Les bases de l’anthropologie culturelle








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Ordre de becquetage chez les pigeons (d'après Allee, 1938).


Il faut lire ainsi les diagrammes : en (a), BR becqueta GW 10 fois et reçut 9 coups de bec quand elle battit en retraite. GW piqua BW 13 fois, mais perdit dans 4 ren­contres. BR gagna 10 fois et perdit 7 fois sur BW, et ainsi de suite. Allee en conclut que dans ces troupes « il devient souvent difficile de déterminer quel oiseau occupe le rang social le plus élevé ». Quoique « la hiérarchie sociale des poulets soit fondée sur un droit de becquetage presque absolu qui ressemble fort au despotisme dont parle Sdhjelderup-Ebbe, ces autres oiseaux ont une organisation basée sur une dominance plutôt que sur un droit de coup de bec ». C'est-à-dire que quoique « l'on sache assez bien quel oiseau dominera dans la plupart des rencontres... l'issue de la suivante entre deux individus ne peut être connue avec certitude avant qu'elle ait eu lieu ».


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Les groupements d'animaux sont donc organisés, mais le degré et le type de cette organisation sont variables. Chez les uns, elle est si lâche et si sporadique que l'on ne peut employer le terme de « société » qu'avec une extrême réserve. Chez beaucoup d'autres cependant, on peut parler d'une unité sociale au sens propre, non seulement dans son organisation mais dans son fonctionnement. En effet, comme dans les sociétés humaines, ces agrégations constituent des groupements unifiés dont les membres, à la fois dans leurs relations internes et externes, ont le sentiment de leur « appartenance » en s'identifiant à un endroit donné, reconnaissant leurs congénères comme tels et en réagissant contre les intrus.
On peut citer l'exposé de Carpenter, résumé par Yerkes, sur la vie sociale des singes hurleurs étudiés sur l'île de Barro Colorado en 1932 : « Le clan des hurleurs n'est pas originairement familial. Il subvient à la reproduction et à toutes les autres activités et relations écologiques qui sont essentielles pour la vie de l'individu et de l'espèce. Hors l'accueil occasionnel d'un mâle supplémentaire, c'est une société fer­mée qui repousse les avances de membres d'autres clans, tout en autorisant les primates d'autres espèces à se mêler à elle sur les terrains de chasse sans les molester ou faire attention à eux. Le clan contient des sous-groupes aux fonctions importantes, comme les femelles et les nouveau-nés; la femelle, le nourrisson et les jeunes; groupes de jeu, de défense, de direction et de préparation; et des groupes de femelles portantes. Ces groupes sociaux provisoires ont une fonction sociale spécialisée et suppléent d'une façon considérable aux activités du clan. »
Pour faire partie d'un groupe social, il faut être accepté par un nombre minimum de ses membres, c'est-à-dire que tout individu, quand il s'associe à ses congénères, doit s'adapter à eux. Dans la plupart des cas l'accueil résulte simplement du fait d'être né dans le groupe et d'avoir grandi dans son sein. Mais le nouveau-né n'est pas seulement amené à maturité, on lui définit encore ses relations avec ses compagnons. Après une seconde étude des primates, cette fois-ci les gibbons, Carpenter expose : « L'inté­gra­tion de primates en groupes semble être un processus complexe compre­nant des types réciproques de comportement naturel qui se modifient et se spéciali­sent par l'éducation ou le conditionnement. A peu près chaque aspect du comporte­ment d'un primate entre dans une certaine mesure dans la détermination de sa « gréga­rité » et dans les qualités de son comportement social complexe. »
Dans toutes les sociétés, les relations entre individus changent avec l'âge, la vigueur, les obligations assumées et la situation. En voici un exemple. La modifica­tion du comportement chez la mère babouin hamadryas est toute différente de son attitude avant la parturition. Ainsi, la femelle babouin est d'ordinaire dominée par les mâles et se comporte souvent avec une extrême passivité, quand, par exemple, les mâles luttent pour elle. Une fois mère, elle enlève son petit au premier signe de dan­ger ou de combat entre les mâles et gagne avec lui un endroit sûr.
L'expérience n'a pas encore pu déterminer dans quelle mesure l'individu, dans les sociétés animales, suit des dispositions instinctives pour s'intégrer à son groupe ou est aidé par ce que R. M. et A. W. Yerkes appellent la « stimulation sociale » pour ac­croî­­tre leurs tendances innées. Il est en tout cas prouvé que l'on peut apprendre à des singes anthropoïdes à manger des aliments étrangers à leur régime normal, ce n'est qu'un exemple, qui peut aussi s'appliquer à certains autres singes. Il y a là proba­blement un facteur d'imitation qui entre en jeu, bien qu'il y ait des raisons de croire que les singes ne sont pas aussi imitateurs que la croyance populaire le vou­drait. No­tons toutefois que ces aspects du comportement des anthropoïdes et des singes ont été observés sans conditions expérimentales ou sur des sujets en captivité. On ne peut dire dans quelle mesure cette disposition se mani­feste en liberté.
Un facteur important de toute la vie sociale est l'identification de l'individu avec son groupe. C'est dire que l'étranger mène jusqu'à ce qu'il soit accepté une vie extrê­mement dure. La plupart des études sur les sociétés d'oiseaux relatent comment un nouveau venu, jusqu'à ce qu'il ait pris sa place dans l'ordre du coup de bec, est un jouet pour les autres membres du groupe où il est entré. Köhler a donné une descrip­tion très vivante de cette attitude dans son étude classique des chimpanzés. Ce grou­pe, dit-il, était une « communauté vaguement organisée » d'individus habitués l'un à l'autre. Il continue :

Un jour arriva une chimpanzé nouvellement achetée qu'on mit d'abord dans une cage à quelques mètres des autres, pour des raisons sanitaires. Elle éveilla tout de sui­te l'attention des plus anciens, qui, en passant des bouts de bois à travers les barreaux, firent de leur mieux pour lui montrer leurs sentiments peu amicaux ; on lança même une pierre contre son grillage... Quand après quelques semaines la nou­velle venue put entrer sur leur grand terrain en présence des anciens, ils gardèrent une seconde un silence de pierre. Mais à peine l'avaient-ils suivie quelques pas avec des yeux ébahis, que Rana, amical sot mais d'ailleurs inoffensif, poussa un cri de fureur indignée que tous reprirent frénétiquement. L'instant d'après, la nouvelle venue avait disparu sous une masse furieuse d'assaillants, qui lui mordaient la peau, et que nous ne pûmes retenir qu'avec la plus grande peine tant que nous fûmes là. Même après plusieurs jours et en notre présence, les singes les plus vieux et les plus dangereux essayaient sans cesse de bondir sur l'étrangère et la maltraitaient cruellement quand nous ne le remarquions pas assez vite. Elle était une pauvre petite guenon, qui ne mon­tra jamais la moindre envie de se battre, et il n'y avait vraiment rien qui pût éveiller leur colère, sinon le fait d'être étrangère.
La suite a tout autant d'intérêt.
Sultan, qui n'avait pris qu'une petite part aux assauts sus-mentionnés, fut le pre­mier à se trouver seul avec la femelle nouvelle venue. Il s'occupa tout de suite d'elle.... mais elle était très timide depuis qu'elle avait subi ces mauvais traitements. Pour­tant, il continua d'essayer de se lier avec elle..., jusqu'à ce qu'enfin elle cède à ses invites à jouer, à ses embrassements et - assez timidement - à ses avances sexuelles enfantines. Quand les autres s'approchaient et qu'il était loin, elle l'appelait anxieuse­ment à elle... Si jamais elle s'effrayait, ils s'entouraient mutuellement de leurs bras. Cependant, deux autres femelles brisèrent aussi avec le groupe réprobateur et vinrent jouer avec la nouvelle venue... Finalement, seulement Chica et Grande, qui jus­qu'alors ne s'étaient montré aucune amitié, s'unirent dans une aversion commune... et menè­rent une vie à part dans l'enclos, loin de la nouvelle venue et des renégats.

Les pages précédentes ont indiqué quelques-unes des raisons de formation des sociétés. Il y est démontré comment les associations animales peuvent subsister, alors que les individus ne le pourraient pas. Dans quelle mesure leurs organisations com­mu­nautaires sont dictées par des motifs biophysiques, comme le suggère Zuckermann pour la vie familiale et la structure sociale en partant du temps du rut chez la femelle, de la nécessité de s'occuper des petits et du réflexe conditionné de l'épouillage, ou si d'autres facteurs entrent en jeu, tout cela est inutile à notre propos. Ce que nous sa­vons, c'est que l'homme partage sa tendance à vivre en société avec d'autres ani­maux et que bien des institutions sociales fondamentales humaines carac­térisent aussi les communautés subhumaines.

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Les sociétés humaines et infrahumaines ont de nombreux traits communs tant dans leur forme que dans leur fonction. La localisation du groupe, les différenciations fondées sur l'âge, la taille ou tout autre caractère, son aspect coopératif, l'identifica­tion des membres par opposition avec les étrangers, cela est tout aussi vrai des agrégations humaines que des communautés animales. Des fonctions comme le soin des petits, la protection contre les pillards, l'intégration dans la vie de la communauté de ceux qui y sont nés ou qui y ont été admis comme adultes venant de l'extérieur, caractérisent tous ces types de sociétés.
Mais ce qui différencie les sociétés humaines des autres, c'est que l'homme, ani­mal social parmi beaucoup d'autres, est néanmoins le seul animal à posséder une culture. Zuckermann a particulièrement bien exposé cette différence. « On ne peut prouver, en dernier ressort, que les phénomènes culturels soient absolument différents des événements Physiologiques. Mais il y a une distinction significative entre les réponses physiologiques de l'animal et le comportement culturel de l'homme. Les stimulants effectifs du comportement des animaux résident principalement dans les événements physiques immédiats, qui ne sont aucunement des sous-produits des activités d'animaux préexistants de la même espèce. L'homme, d'autre part, amasse son bagage de connaissances par la parole, et les stimulants effectifs sur quoi repo­sent son comportement sont en grande partie des produits des expériences des hommes qui l'ont précédé. Le milieu dans lequel vivent les êtres humains est surtout une accumulation des activités des générations précédentes. Dans ce sens, la culture est un phénomène essentiellement humain. »
Schneirla est du même avis et il signale que chez les fourmis, « la méthode d'ap­pren­tissage est stéréotypée, une véritable routine, et se limite, en tant que méthode, à l'individu et à la situation donnée », de sorte que, contrairement aux sociétés humai­nes, où le savoir est cumulatif, « l'acquis spécial à chaque société meurt avec elle ». Schneirla en conclut que nous de­vons « reconnaître sur le plan humain l'existence d'un procédé qualitativement diffé­rent de socialisation individuelle, influencé très différemment par des facteurs psycho­logiques selon le type culturel et l'héritage social, et qui ne dépend pas d'une fonction directe d'agents organiques héréditaires comme au niveau de l'insecte ».
Ces exposés prouvent sous différents points de vue la qualité exclusivement humai­ne de la culture ou, pour reprendre nos propres termes, le fait que l'homme est le seul animal constructeur de culture. On y voit également, exprimée autrement, la distinction que nous avons faite entre la société, agrégat d'individus, et la culture, totalité du comportement appris auquel ces individus conforment leur vie. Mais ce n'est pas tout. Il nous faut encore distinguer entre les processus d'intégration de l'individu dans sa société, lorsqu'il apprend les modes coutumiers de pensée et d'action qui constituent la culture qui distingue sa société des autres.
Le processus d'intégration d'un individu dans sa société s'appelle socialisation. Il comprend, à la fois dans les groupements humains et animaux, l'adaptation de l'indi­vidu à ses compagnons de groupe, l'acquisition d'une position qui lui donne un statut et lui assigne le rôle qu'il doit jouer dans la communauté. Il passe par différents stades selon son degré de maturité, chaque stade étant caractérisé d'ordinaire par certaines formes de comportement permises ou défendues, telles que le jeu chez les jeunes ou l'exercice du pouvoir chez les anciens. Lorsqu'il atteint la maturité sexuelle et qu'entre en jeu l'instinct de procréation, il participe à nouveau au groupement familial, mais cette fois comme parent, protecteur et maître. Il figurera aussi comme membre de certains groupements fondés non sur la parenté mais sur les différences de sexe; ou de groupes d'attaque; ou en bandes comme les singes hurleurs décrits par Carpenter.
Du fait que l'homme a la faculté de développer et de transmettre le comportement appris, ses institutions sociales manifestent toutefois une variété et une complexité que ne possèdent celles d'aucune autre société particulière animale. Pouvant com­mu­niquer avec ses congénères par les formes symboliques et conceptuelles du langage, il a seul pu introduire d'innombrables variations sur une structure sociale aussi fondamentale que la famille, ou le groupe local. Si nous considérons la vie de groupe de n'importe quelle espèce d'animaux, nous voyons que leurs structures sociales sont beaucoup plus uniformes et donc beaucoup plus prévisibles que celles de l'homme. Chaque génération n'apprend que le comportement commun à ses contemporains, tandis que l'homme bâtit sur les expériences de tous ses prédécesseurs.

Tant pour les animaux que pour les hommes, le conditionnement, au sens le plus large, est l'essence du processus d'intégration. Bien entendu, les animaux peuvent apprendre. D'innombrables expériences ont montré que les canaris élevés avec d'autres oiseaux varient leur chant ou que les chats peuvent apprendre à jouer avec les rats plutôt que les tuer. Toutefois, dans une des expériences les plus connues, celle de Kuo, où l'on apprit à des chats à avoir peur des rats, neuf des vingt chatons séparés des chats tueurs de rats devinrent eux-mêmes des tueurs de rats. Il est tentant d'appli­quer les résultats de ces expériences à l'homme. C'est en expliquant la tendance du chat à tuer les souris par son organisme, par ses habitudes de griffer, etc., qu'on échappe à cette inférence. Mais on ne peut exclure le facteur de l'apprentissage con­scient, et pour des chatons élevés dans des conditions normales l'exemple de la mère chatte a une importance considérable.
L'éducation des jeunes animaux par les anciens est un fait reconnu en dehors de la science. Certains contes expriment sous une forme familière cet élément d'instruction et d'éducation chez les animaux. Ainsi, la fable bien connue de La Fontaine, Le Cochet, le Chat et le Souriceau.
La socialisation chez l'homme est infiniment plus complexe que chez les ani­maux, parce que les institutions sociales humaines, en tant qu'expressions de la faculté de l'homme de créer une culture, revêtent des formes diverses et changeantes. Le processus de socialisation n'est qu'une partie du processus par lequel l'homme s'adapte à ses congénères en s'appuyant sur l'ensemble des traditions - économiques, sociales, technologiques, religieuses, esthétiques, linguistiques - dont il hérite. L'édu­cation prend ici une signification spéciale qu'il faut bien comprendre, si l'on veut apprécier l'importance de son rôle dans la détermination du mode de vie d'un peuple.
On pourrait donner le nom d'enculturation aux formes de l'éducation et de l'ap­pren­tissage qui distinguent l'homme des autres créatures et qui lui permettent au début, comme dans le cours de sa vie,
d'acquérir une certaine maîtrise de sa culture. Il s'agit essentiellement d'un proces­sus de conditionnement conscient ou inconscient qui se manifeste dans les limites sanctionnées par un système de coutumes. C'est ainsi que s'effectue l'adaptation à la vie sociale et que s'obtiennent les satisfactions, qui, bien qu'étant une partie de l'expé­rience sociale, dérivent néanmoins d'expressions individuelles plutôt que de l'asso­ciation avec d'autres membres du groupe.
Tout être humain doit subir ce processus d' « enculturation » sans lequel il ne saurait exister en tant que membre d'une société. Ce phénomène peut se comparer aux conditions les plus larges de l'adaptation parfaite que les psychologues nomment homéostase. Elle est essentielle à la vie de tout être, humain ou infrahumain, et con­cer­ne aussi bien la physiologie que la psychologie de l’organisme. Comme tout ce qui a trait au comportement, le phénomène d'enculturation est très complexe. Dans les premières années de la vie de l'individu il consiste surtout en l'acquisition d'habi­tudes fon­da­mentales : manger, dormir, parier, être propre. Elles contribuent fortement à mo­­de­ler la personnalité et les modèles d'habitudes qui caractériseront l'adulte. L'en­cul­turation ne se termine pas avec la première enfance. Elle se poursuit à travers la jeunesse et l'adolescence jusqu'à l'âge adulte pour ne prendre fin qu'à la mort.
La différence de nature entre l'enculturation des premières années de la vie et celle qui la suit se manifeste surtout dans le rôle joué par la conscience de l'individu qui, toujours plus, accepte ou rejette ce qui lui est proposé. Arrivé à maturité, l'hom­me ou la femme a été « conditionné » de telle sorte qu'il se meut aisément dans le cadre du comportement établi par son groupe. Par la suite, les nouvelles formes de comportement qu'un individu rencontre sont surtout celles causées par les change­ments culturels - inventions, découvertes, idées neuves venues de l'extérieur - et dont il doit prendre son parti en réorientant sa culture.
En fait, nous touchons ici à un des aspects les plus fondamentaux du processus d'enculturation. Il prendra toute son importance quand nous aborderons des problè­mes tels que les rapports de l'individu et de la culture, ou du conservatisme et du chan­gement culturels; pour cette dernière question, on s'en souviendra, la synthèse des deux termes nous a permis de résoudre l'un des dilemmes apparents de la notion de culture. Cependant, le principe fondamental est clair : L'enculturation de l'individu dans les Premières années de sa vie est le principal mécanisme de la stabilité culturelle, tandis qu'agissant sur des êtres plus mûrs, le même processus est un important facteur de changement.
C'est en vertu de la première éducation que, comme nous l'avons montré, « les êtres humains apprennent si bien leurs cultures que la plus grande partie du compor­tement atteint rarement le niveau de la conscience ». Dans nos plus jeunes années on nous plie au conformisme. Nous n'avons que peu de choix, soit par l'application des techniques de punition et de récompense, inculcation du code moral de la société; soit par l'imitation, en apprenant les habitudes motrices comme les gestes ou les rythmes du langage. La protestation de l'enfant, par exemple quand un enfant refuse d'appren­dre à parler, n'est pas inexistante, comme l'ont montré les psychiatres et les péda­gogues. Mais ces protestations sont individuelles, elles s'exercent contre les entraves à la liberté de comportement de l'enfant. Il est significatif que la protestation enfanti­ne n'est pas rationnelle. Elle ne peut l'être, car l'équipement linguistique - c'est-à-dire symbolique - de l'enfant, pour ne pas parler du tout-petit, ne le permet pas.

En d'autres termes, l'apprentissage, au cours des premiers temps de l'existence humaine, des disciplines d'enculturation qui permettent au nouveau venu de fonc­tionner comme membre de son groupe social, contribue à la stabilité sociale et à la continuité culturelle. A mesure que l'individu prend de l'âge, ce premier acquis de­vient si efficace qu'il constitue la routine du comportement quotidien. Ensuite, l'encul­turation continuant, l'individu subit dans une très large mesure un processus de reconditionnement, qui a lieu au niveau conscient. Un homme ou une femme connaît les façons de se comporter traditionnellement acceptées par son groupe dans une situation donnée. Ainsi dans telle société, il doit s'écarter du chemin et tourner le dos à l'aîné qui passe, dans telle autre, brûler les biens d'un défunt.
Mais s'il entre en contact avec un autre peuple qui veut que l'on manifeste son respect envers un supérieur en le regardant en face, il se présente alors une alternative qu'il lui faut résoudre, ne serait-ce que pour entrer en relation avec ce peuple étrange. S'il adopte le nouveau mode, il peut rencontrer une résistance chez les gens. Mais si on ne l'empêche pas de suivre cette nouvelle manière de montrer son aspect, sa persistance fera de lui un élément de déviation possible et ses compagnons devront sans cesse envisager le choix qu'il a déjà fait.
Les résistances aux révisions du comportement économique, provoquées par la diffusion de la culture euroaméricaine sur le monde, montrent la marche de ce pro­ces­sus. Dans notre culture on réprouve la destruction des biens des morts ou toute autre forme de destruction de la propriété. Les administrateurs de peuples indigènes ont dû faire pression pour changer de force ces coutumes. Qu'ils y aient réussi ou non, les processus psychologiques des indigènes pour se conformer à ces pres­criptions sont d'un ordre différent que les premiers processus auxquels ces indigènes furent soumis dans leur prime enfance.
L' « encuIturation » subie à l'âge adulte a un caractère intermittent. Elle contraste à cet égard avec le conditionnement continu auquel le nourrisson et l'enfant sont soumis. Les cas d'enculturation qui s'offrent à l'adulte ne concernent d'ailleurs que des fragments de la culture. Celui-ci, en effet, connaît sa langue, l'étiquette qui règle son comportement, l'attitude à adopter face au surnaturel, les thèmes musicaux de sa culture, en un mot toutes choses que l'enfant doit apprendre. Pour l'adulte l'encultu­ration est complète, sauf quand de nouvelles situations se présentent à lui et qu'il lui faut faire un nouveau choix. Dans l'ensemble, il. a si bien fait l'apprentissage de sa culture qu'il n'a guère besoin d'y penser. Dans sa vie journalière il prend ses décisions en fonction des connaissances qu'il doit à sa culture. Un adulte peut ainsi réagir de façon efficace aux stimuli que lui présente sa culture sans avoir à refaire entièrement le chemin déjà parcouru. L'enculturation est ainsi le processus qui permet à la plus grande partie du comportement de ne pas dépasser le seuil de la conscience. En d'autres termes, il se révèle dans la manière dont nous admettons sans questionner des manifestations aussi complexes de notre culture que les automobiles, l'électricité et les orchestres symphoniques, pour ne pas mentionner l'écriture et des inventions aussi fondamen­tales que la roue.


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