Essai préface de Vittorio prodi








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CONCLUSION DE CHAPITRE 2: LE PATRIARCAT EST DEJA MORT… MAIS…
Le patriarcat, comme structure mentale inconsciente multimillénaire est donc déjà mort, si nous acceptons le changement d'horizon de sens suggéré.

Notre civilisation est en train de recourir à un nouvel ensemble de valeurs plus féminines: un nouveau cocktail de valeurs. Nous allons probablement vers un nouveau mélange composé de certaines valeurs patriarcales et de certaines valeurs pré patriarcales (matrilinéaires). Et ceci s'effectue - déjà - à une profondeur qui nous échappe le plus souvent, dans le subconscient de millions de personnes sur la terre aujourd'hui.

Et donc à la fin de ce second chapitre, notre hypothèse est la suivante. Les valeurs patriarcales sont mortes comme horizon de valeurs. Elles ne font plus sens, précisément parce qu'elles ne sont pas capables d'apporter une solution constructive dans le nouvel horizon de sens qui est notre survie collective.

Elles sont certes relativement efficaces dans l'horizon de sens précédent qui est celui de l'autonomisation de l'esprit et de l'intelligence humaines et le développement de l’intelligence humaine pratique et rationnelle. Les valeurs patriarcales ont été utiles pour les conquêtes: les expansions et invasions, la colonisation, et finalement la "conquête" de la Lune. Elles ont été utiles à l'épanouissement de la science et de la technologie.

Elles ne le sont plus lorsqu'il s'agit de survivre en protégeant notre "planète bleue" qui est en danger. Car elles sont trop centrées sur la mort.
Le phénomène du dinosaure
Or rendons nous compte que la plupart de nos institutions sont encore à 95% patriarcales et pyramidales. Beaucoup de dinosaures qui se savent menacés de mort et ne savent souvent pas quoi faire.

Il ne faut pas attaquer ni critiquer les structures du passé. Elles ont eu le mérite de nous porter jusqu'aujourd'hui.

Le plus urgent est de se mettre au travail et de construire à côté de ces structures pyramidales qui ne parviendront pas toutes à se transformer, des nouvelles entreprises et institutions en réseaux, non pyramidales, souples, et transparentes. Bref un travail énorme et très créatif nous attend, pour repenser et reconstruire nos institutions.

Evidemment tout ceci menace aussi gravement les tenants des valeurs patriarcales, qui sont les responsables actuels de la gestion de ces institutions et structures religieuses, politiques, économiques, et autres. Ces gestionnaires sentent confusément que leur pouvoir est gravement menacé et que leur horizon est bouché. Ceci les rend parfois agressifs voire dangereux. D'où les excès que nous observons actuellement. C'est ce que j'appelle le phénomène du Dinosaure qui devient de plus en plus agressif parce qu'il se sent condamné et n’a plus rien à perdre.

On assiste en effet à un retour à l’obscurantisme le plus barbare. La manière – elle crie vengeance au ciel ! – dont certains hommes d'Afghanistan, par exemple, mettent à profit les interprétations prémodernes et patriarcales de l’Islam pour opprimer les femmes suffit pour s'en convaincre.

De plus le patriarcat a été pendant les quelques derniers siècles renforcé par la modernité, par la manière moderne de penser et d'agir. La connexion du patriarcat avec la modernité a favorisé une civilisation axée encore plus clairement sur la mort et encore moins sur les valeurs de vie. Nous nous sommes donc encore plus totalement déconnectés de la vie.

Mais ceci nous mène au chapitre suivant. La fin de la modernité.



CHAPITRE 3 :
LA MODERNITE EST MORTE

La modernité comme vision du monde et comme horizon de sens est déjà morte, car elle ne parvient pas à aider efficacement l’humanité à s’orienter vers un futur soutenable.

Nous sommes donc en train de changer de vision du monde, de paradigme, puisque nous sommes confrontés à l'urgence de notre survie.

Nous passons du paradigme moderne au paradigme "planétaire" ou "transmoderne".
Une définition des paradigmes

Qu’est ce qu’un paradigme ?

Tout d’abord le mot provient du terme grec paradeigma qui signifie exemple. Cette piste ne nous aide pas beaucoup. A ma connaissance c’est surtout le livre le de Thomas Kuhn11, professeur à Harvard, qui a popularisé le terme en montrant que la science a progressé au cours de son histoire par sauts et conflits très durs entre différentes interprétations scientifiques, qu'il a appelées "paradigmes". Chaque fois que quelqu'un arrive avec une nouvelle hypothèse de travail (nouveau paradigme, comme la mécanique quantique par exemple) basée sur des expériences reproductibles, il met en crise les tenants de l'explication officielle précédente. Kuhn décrit les fameux quatre stades de l'apparition d'un nouveau paradigme scientifique c'est-à-dire, d'une nouvelle méthode d'explication de phénomènes scientifiques.

  1. Tout d'abord le nouveau paradigme est ignoré.

  2. Ensuite il est ridiculisé comme absolument sans importance et irrelevant.

  3. Ensuite il est sauvagement attaqué, y compris au niveau de la vie privée de l'inventeur, parfois.

  4. Et finalement tout le monde se met d'accord pour convenir que c'est bien la seule manière de penser désormais, et que "D'ailleurs tout le monde a toujours pensé ainsi!".

Comme l'a écrit Willis Harman, un paradigme est la base de la manière de percevoir, de penser, de juger et d’agir qui est associée à une vision particulière de la réalité12. Le paradigme d’une civilisation détermine la manière dont celle-ci se perçoit, dont elle voit la nature de la réalité, la société, le monde qui l’entoure et le but de l’existence.

Les paradigmes déterminent non seulement nos pensées, mais la manière même dont nous percevons la vie. Lorsqu'une civilisation quitte un paradigme pour un autre, ce basculement touche au cœur même de nos vies. Nous verrons aussi que politiquement la passation de pouvoir se fait le plus souvent de manière violente: guerres, révolutions, etc.
Qu’entend-on par « paradigme moderne » ?
Rappelons qu’à la fin du Moyen Age, il était pratiquement impossible pour des scientifiques comme Copernic et Galilée de poursuivre tranquillement leurs recherches sans être menacés de mort par l’Inquisition de l’Eglise catholique.

La modernité a donc été auparavant un mouvement de libération par rapport à cet obscurantisme ecclésiastique. Ce mouvement d’idées s’est donné un nouvel horizon, une nouvelle vision, une nouvelle manière d’envisager le rapport à la vérité. Cette nouvelle manière d’envisager la vie (paradigme) a eu beaucoup de succès. Au cours des siècles, elle a permis un essor extraordinaire des sciences et des techniques, ce qui a permis l’avènement de la société industrielle.

L’horizon de sens de la vision moderne est celui d’une autonomisation de l’intelligence humaine par rapport à tous les obscurantismes quels qu’ils soient. Et ce réflexe d’autonomisation est encore profondément enraciné chez de nombreux intellectuels. Il y a comme une mémoire collective subconsciente, un réflexe collectif d'autonomisation qui est encore profondément ancré et très puissant. Prenons un exemple. Le scandale des caricatures de Mohammed parues dans un journal danois. Quel que soit le jugement que l’on ait sur le fond, je me permets d’attirer l’attention sur la levée de bouclier pour protéger l’autonomie de l’intelligence humaine. Les vieilles blessures de l’inconscient collectif ont surgi à nouveau.

Nous décrirons la modernité plus en détails au chapitre 9, en faisant une comparaison entre les paradigmes matrilinéaire, prémoderne, moderne, postmoderne et transmoderne. (Figure 7)
Pourquoi le paradigme moderne est-il MORT?
L’humanité sent qu’elle est allée trop loin dans l’analyse, la séparation, la dissection de la pensée et des disciplines. A la suite de Descartes, nous avons trop saucissonné les problèmes pour prétendre les résoudre. Notre civilisation a aussi été trop loin dans les valeurs de conquête, de soumission des opposants. Trop loin dans la conquête de la nature, des océans, des continents, des autres cultures, des autres religions. Trop loin dans la conquête de nos personnalités et de notre psychisme par la raison, par les arguments rationnels et analytiques. Trop loin dans l’exaltation de la souffrance et dans le mépris du plaisir et de la sexualité.

Notre civilisation mondiale n’en peut plus. La Terre non plus : elle le montre par le biais de soubresauts environnementaux de plus en plus clairs et inquiétants. Les autres cultures commencent à réclamer et à prendre la parole, à nous reprocher l’arrogance mortifère et envahissante de la modernité à leur égard, toutes choses nouvelles pour nous, qui ne voyions pas la face cachée de notre comportement « moderne », notre zone d'ombre collective.

Il nous faut donc de toute urgence sauver la terre. Notre nouvel horizon de sens est notre survie collective. Telle est la raison pour laquelle la modernité est morte. Mais voyons les choses plus en détails.


  • Un nouvel horizon de sens : la planète…à sauver


Nous venons de voir que l'horizon de sens de la modernité avait été cette volonté d'autonomisation de l'esprit humain face à l'obscurantisme du Moyen Age.

Mais nous venons de voir qu'aujourd'hui nous vivons dans un horizon de sens complètement différent: la nécessité absolue d'assurer notre survie collective et celle des générations futures.

Depuis que nous, les citoyens du monde avons vu les premières photos de la Terre rapportée par les astronautes, comme une merveilleuse mais fragile boule bleue, depuis ce moment-là, nous sommes entrés dans l'ère planétaire, dans le paradigme planétaire (ou transmoderne). Parce qu'une priorité absolue mais nouvelle s'est soudain imposée à nous: il nous faut préserver et protéger cette "belle boule bleue", si nous voulons survivre.

Et donc la raison principale du changement de paradigme est que l'horizon de sens a complètement changé, et cela en quelques années depuis que les astronautes sont rentrés de la mission Apollo, dans les années 1980. Nous ne sommes plus du tout dans le même horizon de sens. Et nous sommes tous comme désemparés car nous cherchons désespérément un système de pensée et d'action qui corresponde à notre nouvel horizon de sens: sauver la planète.

  • Une méthode analytique inefficace pour les nouveaux problèmes à résoudre.


Or le paradigme moderne qui est analytique, est extrêmement efficace pour nous mener jusqu'à la Lune. Mais il s'avère:

  1. Incapable de penser de manière synthétique et holistique. Il nous faut en effet prendre le problème le plus globalement possible. Et les méthodes analytiques modernes s’avèrent insuffisantes et inefficaces. La modernité a en effet tendance à suivre le conseil de Descartes qui est de couper un problème difficile en parties plus faciles à analyser et à résoudre. Si bien qu’à la sortie on n’a que des morceaux de solution, ou des solutions partielles. Jamais une solution globale. Là est le problème.

Par exemple, si vous avez un problème et que vous allez trouver vos autorités locales nationales ou européennes, on va vous obliger à formater votre demande en l’adaptant aux différents ministères et départements. Puis avec le temps vous allez recevoir différentes réponses de chacun des ministères. Et c’est à vous de faire la synthèse. Ce qui n’est pas toujours facile, et parfois impossible.

  1. Incapable aussi de se repenser en profondeur en tant que système, afin d’arriver à une solution soutenable pour notre avenir. Il nous faut, en effet, repenser en profondeur nos systèmes économiques et politiques afin qu'ils soient orientés vers la vie et les générations futures et non vers notre mort collective.

  2. Les leaders "modernes" sont un peu comme le capitaine du Titanic. Ils font ce qu'ils peuvent pour limiter les dégâts, mais les plus lucides se sentent profondément impuissants. Car il s'agit d'apprendre à penser autrement. Et ce n'est pas facile, voire à peu près impossible dans leur contexte. Il leur faut rester sur le Titanic.

  3. Donc : Puisque le système de pensée moderne n’est pas en mesure de répondre correctement aux défis actuels, il est MORT. La modernité est en crise mortelle en ce début de XXIème siècle car son horizon de sens ne parvient pas à aider l'humanité face à l'urgence de sa survie.

  4. Et nous sommes aujourd'hui à la recherche de solutions holistiques, synthétiques et globales qui concernent notre survie collective. Il s'agit de repenser en même temps:

  1. l'économie mondiale (économie),

  2. notre rapport à la nature et à l'environnement (philosophie et anthropologie),

  3. mais aussi notre relation au sacré, puisque nous avons tellement désacralisé la nature que nous nous sommes permis de la saccager (philosophie et théologies).

  4. Enfin, il faut aussi repenser nos systèmes politiques qui ne s'avèrent même pas capables de lancer un débat convenable (sciences politiques). Al Gore a dû attendre de ne plus être dans la politique pour pouvoir faire le film qui l'a rendu beaucoup plus célèbre que sa carrière politique.

La modernité est donc morte comme horizon de sens au XXIème siècle.


  • Difficulté de changer de paradigme…c’est dangereux.


Oui changer de paradigme est un exercice délicat, pénible et laborieux. Après tout, on ne change pas de culture, de manière de voir et de juger les êtres et les choses comme on change de chemise. L'accouchement d'un nouveau monde est toujours difficile et dangereux.

Ce troisième niveau de changement (mort de la modernité) est le plus difficile à cerner et à décrire parce qu’il parle de la manière même dont nous regardons le réel. Il parle des lunettes à travers lesquelles nous percevons le réel. Le "paradigme" ce sont précisément ces lunettes, à savoir l’ensemble des valeurs et préjugés implicites à travers lesquels nous appréhendons le réel. La difficulté majeure est que les gens ne sont pas conscients qu'ils portent des lunettes. Et certainement les modernes, nous l'avons déjà vu. La plupart des intellectuels modernes sont convaincus qu'ils sont objectifs. Ils sont persuadés qu'ils n'ont pas de lunettes. Et donc qu'ils n'ont aucun besoin d'une réflexion sur quelque paradigme que ce soit.

Une autre difficulté est que ce n’est pas telle ou telle valeur qui change, mais c'est l’ensemble des valeurs et, surtout, la relation et la hiérarchie entre elles. C’est pourquoi on parle de matrice de valeurs. Une matrice de facteurs est, en mathématiques, un ensemble de facteurs liés entre eux par des équations déterminées.

Mais la difficulté majeure est d’ordre politique et institutionnel. Il est difficile voire très dangereux de s’attaquer aux structures en place.

CONCLUSION DU CHAPITRE 3:
La modernité est donc morte, mais la plupart des citoyens du monde n'en est pas avertie, même si une partie en est plus ou moins consciente. Tout se passe dans un silence feutré. Un monde se meurt. Mais dans un silence étonnant. Pourquoi ce silence ?


  1. Silence feutré des intellectuels.


Une des raisons est que les intellectuels qui devraient expliquer la situation au public ne sont pas du tout convaincus du changement en cours. Ils auraient plutôt tendance à continuer à brandir implicitement le slogan "hors de la modernité pas de salut". En effet on rencontre de nombreux intellectuels qui sont convaincus que si l'on sort de la modernité, on ne peut aller que vers le chaos. Ils sont convaincus qu'il n'y a pas de porte avant. Il n'y a que la que la porte arrière qui réveille des souffrances de nos inconscients collectifs: guerres de religion, croisades, Inquisition. Oui il y a de quoi s'effrayer s'il n'y a vraiment pas de porte avant… Mais il y en a une. Nous nous en occuperons dans la seconde partie.


  1. Extrême difficulté des institutions de s’adapter aux changements.


L’autre raison est plus politique. Il est pratiquement impossible pour une institution de changer de paradigme parce qu’une institution est faite pour durer, non pour changer.

J’ai compris cela quand je travaillais à la Commission européenne. L’idée des Pères fondateurs, Monnet, Schuman, Adenauer, Spaak, de Gasperi, etc. était précisément de créer au centre de l’Union européenne, qui s’appelait à ce moment « communauté européenne », une institution qui leur survivrait et durerait afin d’être un élément de stabilisation de leur intuition du départ: la non-violence entre les Etats européens et par là la stabilisation définitive de notre continent.

Et voici que nous, la « Cellule de Prospective » créée par le Président de la Commission, nous posions la question du changement de vision (paradigme) et invitions donc l’institution à réfléchir au changement afin de s’adapter à l’époque nouvelle. C’était un message qui pouvait être entendu par les fonctionnaires individuels, parfois avec intérêt, souvent avec scepticisme. Mais au plan institutionnel, c’était un message très difficilement acceptable. La Cellule de Prospective a donc été supprimée.

Il est important de noter cette énorme difficulté des institutions à se réformer de l’intérieur. C’est souvent presque impossible. Ce n’est pas dans leur « programme » de base. Et ceci, même si les individus sont intéressés par le changement en cours et sont de bonne volonté.





CHAPITRE 4 :
LA MORT DE LA « SOCIETE INDUSTRIELLE »

En Belgique, nous avons été choqués d’apprendre que tout à coup, l’excellente usine de montage de « Renault » à Vilvorde allait être fermée. Ensuite ce fut le tour de l’usine de montage de « Volkswagen » à Forest, et maintenant nous apprenons que la très performante usine de montage de « General Motors » à Genk va fermer également.

Et le public ne comprend pas. Les ouvriers ne comprennent pas. Les syndicats ne comprennent pas non plus. Enfin c’est ce que chacun dit. Même le premier ministre se dit étonné, voire catastrophé. Car ces usines fonctionnaient bien et étaient considérées comme ayant atteint un des meilleurs rendements en termes du rapport salaires / qualité de production, en Europe.

On pourrait raconter des centaines d’histoires similaires dans les pays voisins de l’UE. Partout la tendance est la même.

Mais personne n’ose aborder le sujet tabou : notre société industrielle est morte de par les progrès mêmes de la technologie de robotisation.

La « société industrielle » est morte. Nous allons certes continuer à avoir un secteur de production industrielle, comme nous avons encore un secteur de production agricole, mais nous ne sommes plus dans une société industrielle. C'est-à-dire que l’industrie ne sera plus celle qui offre les emplois et pour cette raison donne son nom à la société.

Rappelons-nous ce qu’Alvin Toeffler disait en 1970, il y a trente-sept ans13: "Nous sommes en train de créer une société nouvelle. Non pas une version transformée, élargie, plus grande que nature, de la société actuelle, mais une société vraiment originale. Cette simple constatation n'a pas jusqu'à maintenant fait son chemin dans notre esprit. Et pourtant, faute de nous pénétrer de son bien-fondé, nous irons droit à la ruine en dépit de nos tentatives pour faire face à l'avenir…

Notre civilisation se débat dans les affres du changement révolutionnaire. Dans les années 20 et 30, les communistes parlaient de la "crise générale du capitalisme". Il est clair maintenant qu'ils faisaient preuve de myopie car ce qui se produit est une crise non pas du capitalisme, mais de la société industrielle elle-même quelle que soit sa forme d'organisation politique… Nous traversons une crise généralisée de l'industrialisme. En un mot nous sommes dans la révolution super-industrielle.

Et Toeffler lance un avertissement aux politiciens et à tous ceux qui ont tendance à continuer le "business as usual": "Des hommes par ailleurs intelligents qui méconnaissent cet état de choses en sont réduits non seulement à ne pas comprendre le présent, mais aussi à étaler une ignorance crasse lorsqu'ils parlent du futur. Cela les mène à suivre sans s'en écarter, des lignes directrices simplistes. Face à la bureaucratie qui les gouverne aujourd'hui, ils présument naïvement qu'elle aura encore plus de pouvoir demain. Ce type d'extrapolation rectiligne est propre à la majeure partie de ce qui a été dit et écrit sur le futur et il nous pousse à perdre de vue les vrais problèmes." Selon Toeffler, la majeure partie des dirigeants semblent ne pas comprendre ce qui se passe et continuent à imaginer un futur linéairement semblable au présent. C'est compréhensible mais c'est dommage.

Concrètement le changement post industriel nous envahit par la disparition de la main d'œuvre industrielle. Comme le dit Jeremy Rifkin14 et avant lui Daniel Bell, le sociologue de Harvard, dès 197315, c’est au plan de la main d’œuvre que les choses changent. Il devient de plus en plus clair que les usines qui continuent à exister vont être obligées de remplacer la main d’œuvre humaine par des robots.

Et c’est la même tendance dans le monde entier.

Rifkin fait remarquer que ce phénomène de robotisation se passe en Chine également16, puisque la Chine a diminué le volume de sa main d’œuvre de 15% en 7 ans, ce qui est énorme. Si dans nos pays, nous croyons que la main d’œuvre chinoise est bon marché, elle est finalement encore plus chère que les robots ! Et au plan global, dans le monde, la main d’œuvre industrielle a diminué de 14% en 7 ans. Et Rifkin ajoute que certes l’ « outsourcing » n’intervient que pour 5% maximum dans la diminution des emplois. Encore un argument de moins pour la classe politique.

Rappelons-nous qu’en 1900, 87% des européens travaillaient dans l’agriculture. Aujourd’hui, 4% de la population européenne produit 7 fois plus de produits agricoles que les 87%, il y a 100 ans. Les rendements ont donc augmenté de manière géométrique et l’emploi agricole a presque disparu.

Or nous sommes en train d’assister à une tendance assez similaire dans le domaine de l’industrie. En effet, au fur et à mesure que les emplois diminuent, la productivité augmente puisque les mêmes usines peuvent tourner jour et nuit avec des robots sans aucun problème. Telle usine de sucre dans les environs de Bruxelles occupait 5000 ouvriers. Aujourd’hui elle est totalement robotisée et occupe 5 ouvriers spécialisés qui surveillent les écrans d’ordinateurs jour et nuit. La main d’œuvre a diminué par 1000 et la productivité a augmenté énormément.

Dans les années à venir, nous pourrions avoir la situation suivante dans l’UE :

  • 6% dans l’agriculture qui sera devenue plus Bio (c’est la tendance actuelle des subsides de la « Politique agricole commune » de l’Union européenne. On aura créé quelques nouveaux postes de travail (+ 2%) pour des fermiers « bio »),

  • 10% dans la production industrielle,

  • 30% dans les services,

  • et le reste ?


Le reste : personne ne sait. Et donc on ne dit rien. Car il n’y a rien à dire si ce n’est des promesses creuses de « création d’emplois ».

La situation de l’emploi ne peut être affrontée véritablement que si l’on se rend compte que la société industrielle est morte ! Mais ce n’est pas facile à dire quand on est politicien. Le premier qui dit la vérité risque d’être exécuté, comme dans la chanson17 !

C’est ce que Jacques Delors et la Commission européenne avaient essayé de dire dans la Livre Blanc de 1993, en faisant des propositions intelligentes pour préparer le XXIème siècle. Mais ils n’ont pas été entendus.

C’est peut-être la raison pour laquelle les chefs d’Etat européens ont accepté de si grand cœur ce projet de « société de la connaissance » appelé « stratégie de Lisbonne ». Nous en parlerons dans la seconde partie.

Oui le problème difficile que se posent les politiciens les plus avertis est précisément celui de l’emploi dans la société post-industrielle dans la quelle nous sommes déjà depuis pas mal d’années.

Mais les choses semblent en train de changer lentement. Romano Prodi quand il était président de la Commission européenne à Bruxelles a demandé à Jeremy Rifkin d’être un de ses conseillers. Et Angela Merkel, chef du gouvernement Allemand actuel, a invité Jeremy Rifkin en Allemagne, en 2005, pour réfléchir sur l’emploi et le futur.
Mort du concept "industriel" et "moderne" de développement.
Cela fait cinquante ans que nous promettons la "prospérité par le développement" aux pays que nous appelons pudiquement "en voie de développement". Et à part quelques cas de réussite assez exceptionnels, il faut avoir le courage de constater que globalement le concept même de "rattrapage" conçu par l'économiste américain Rostov18 et indéfiniment répété par des milliers d'économistes officiels ou non, au sein d'Euraid, de la Banque Mondiale ou au sein des ONG de développement (Organisations non Gouvernementales), est un concept qui n'a globalement pas fonctionné et ne fonctionne toujours pas.

Mais en attendant, la machine du développement continue à fonctionner. Les crédits de la Banque Mondiale continuent à être distribués. Mais surtout "Euraid", l'aide au développement offerte par l'Union européenne, qui est de loin la plus importante du monde, continue, comme si aucun constat n'avait été fait. C'est compréhensible, mais attristant. Car il y tellement de vies humaines en jeu.

Le problème principal est qu'il n'y a pas de nouveau concept. Alors... on continue avec le vieux concept, même si on sait qu'il est obsolète... Le plus urgent donc est d'inventer, de créer une vision nouvelle, un espoir pour 80% de la population mondiale. Mais il n'y a pas grand-chose à l'horizon. Du moins dans les milieux officiels. Et donc il n’y a pas de projet, pour la majorité de l’Humanité. Il n’y a pas d’horizon, pas d’espérance.

Mais on pourrait objecter que le modèle actuel de développement a très bien réussi à la Chine et à l’Inde qui applaudissent à la globalisation des deux mains. Oui, mais l'opinion publique mondiale et une partie des intellectuels tant en Chine en Inde et en Occident s'en rendent parfaitement compte. Ce modèle de "développement" non seulement ne mène pas à l'épanouissement de la grande majorité des citoyens, mais en plus il nous mène droit à la catastrophe écologique mondiale.

En arrière fond de cette mort du concept de développement, se profile la mort de l'hégémonie occidentale sur le monde. Après avoir apporté, la "bonne" religion, et la "bonne" civilisation, nous avons continué à apporter le "bon" développement, et le "bon" ajustement structurel. C'étaient nous Occidentaux qui savions, qui avions la vérité, et la distribuions aux "sous développés".

Nous étions donc les seuls détenteurs de la vérité. Il n'y avait donc pas véritablement de place pour d'autres points de vue, d'autres approches, d'autres visions.

La thèse de ce livre est que nous assistons aussi à la mort de cette conception arrogante de la vérité selon laquelle l'Occident a fonctionné pendant des millénaires. Et ce concept fermé et arrogant de la vérité était calqué sur l'antique adage de l'Eglise catholique "Extra Ecclesia nulla salus" (Hors de l'Eglise pas de salut). Mais en étions-nous conscients? Non probablement pas. Mais ceux qui le subissent, eux, en sont parfaitement conscients depuis des siècles. Ils ont même souvent intériorisé l'oppression sous la forme d'un gigantesque complexe d'infériorité. Ce complexe prenant souvent la forme de complexe de "sous développement". Ce qui supposerait aussi que notre civilisation occidentale soit la norme et le modèle du développement soutenable. Mais qui peut encore oser prétendre pareille chose ?

Nous assistons donc ici en même temps à la mort de cette épistémologie, de cette conception pyramidale et exclusive de la vérité qui prétend savoir mieux que les autres cultures et continents ce qui leur convient et ce qui est leur voie d'avenir.

Dans un monde global, une telle conception n'a strictement plus de sens. Et pourtant elle est toujours là.

CONCLUSION DU CHAPITRE 4 :

La société industrielle est morte. Ce qui ne veut pas dire que nous n’aurons plus d’industrie. Mais l’industrie ne domine plus nos sociétés. Et donc toute la vision de « développement-rattrapage» disparaît également. Il n'y a donc plus de projet global pour la grande majorité des citoyens du monde actuel. Plus d’espérance. Ce qui est potentiellement très dangereux politiquement, car cela peut mener au désespoir et donc à la violence. Mais tout ceci se passe dans un silence étonnant. Cette mort affecte nos vies à tous... avant que nous n’ayons reçu le faire-part du décès!

Toutes ces morts, on le comprend, affectent le moral des citoyens européens, américains, mais aussi ceux du reste du monde, qui n’ont plus d’espérance, plus d’horizon.

Nous vivons, on le comprend dans une époque difficile. Et les citoyens ont raison d’être inquiets. Pour le moment il n’y a pas beaucoup de débats politiques sur ce sujet brûlant.

C’est compréhensible. Mais c’est dommage.



CHAPITRE 5 :
MORT DES STRUCTURES PYRAMIDALES


Ce cinquième et dernier niveau de changement est le seul qui, à la figure 1, soit au dessus de l’eau. Lui seul est visible. On en parle même un peu dans les journaux. Et cela apparaît sous la forme de « crise de crédibilité » (credibility gap) de l’Etat et de la démocratie et de toutes les structures pyramidales.
Mort de toutes les structures pyramidales
Les citoyens adhèrent de moins en moins aux structures de l’Etat, et croient de moins en moins dans la démocratie. Le nombre des abstentions augmente de plus en plus dans tous les pays du monde. Le parti des abstentionnistes est devenu le plus grand parti au monde. N’est-ce pas inquiétant ?

Mais on rencontre la même tendance dans les institutions - presque toutes - qui sont structurées de manière pyramidale: Syndicats, Eglises, Institutions Internationales, Entreprises multinationales, etc.

Ce qui "ne marche plus" c'est l'organisation verticale du pouvoir. Pourquoi? Il semble que les citoyens veulent participer, avoir leur mot à dire être créatifs et pouvoir participer créativement aux décisions qui les concernent.

Mais plus profondément, les citoyens n'ont plus confiance dans les structures mêmes qui ont engendré la situation dangereuse de menace de mort collective, dans laquelle nous sommes. Ils voulaient bien accepter de déléguer le pouvoir politique aux élus, au sommet de la pyramide, si au moins la gouvernance avait un sens. C'est-à-dire que les intérêts de l'humanité à court moyen et long terme soient préservés. Mais ce n'est absolument pas le cas.

Et il y a probablement une raison plus profonde. A la base de toutes ces structures pyramidales, n'y a-t-il pas la logique patriarcale qui est encore profondément enracinée dans l'âme même de nos structures. Et n'est-ce pas cette logique de mort et de combat qui fait de plus en plus problème dans le monde actuel et la vision planétaire?

Et donc ces structures pyramidales qui sont partout, ont tout à coup perdu leur légitimité. Au lieu d'être comme avant "une partie de la solution", elles sont devenues soudain "une partie du problème". Leur légitimité est morte en quelques années. C'est étonnamment rapide.

Mais il y a aussi un second phénomène, moins spectaculaire, mais nonobstant important. L'Etat comme structure politique, est en train de perdre son hégémonie. D'autres instances sont en train de partager la souveraineté avec lui.
Mort de l'hégémonie de l'Etat "moderne".
La modernité a inventé l'Etat comme structure de pouvoir ultime et n’a pas conçu d’autre instance de pouvoir au dessus de lui. Il y a certes des Etats plus forts qui vont s’imposer aux Etats moins puissants, ou moins riches, et il y toute une littérature sur le sujet, mais la modernité n’a pas conçu d’autre instance au-dessus de l’Etat ou à côté de lui.

Et pendant toute la modernité, l’Etat a été la structure politique dominante au plan mondial. On a bien sûr essayé de construire des forums d’Etats comme la Société des Nations en Europe, entre les guerres mondiales de 1914-18 et 1940-45, le Conseil de l’Europe, et au plan mondial évidemment les Nations Unies. Mais toutes ces structures sont encore « modernes », parce qu’elles ne reconnaissent aucun niveau d’autorité au-dessus de l’Etat. Au plan des Nations Unies il y a le Conseil de Sécurité, où les « Grands » Etats exercent un droit de veto sur les plus petits. Mais on reste encore dans une vision moderne, car nous nous trouvons ici encore face à des rapports de force entre Etats. Et il n'est dit nulle part qu'il s'agit d'un nouveau niveau de pouvoir. D'ailleurs certains Etats comme les USA, n’accepteraient jamais un nouveau niveau de pouvoir. Les USA sont beaucoup trop « modernes ».

Continuons sur cet exemple : le leadership de G.W. Bush aux USA. C’est un bon exemple d’une vision politique totalement « moderne ». Ce leadership est comme une photo (jaunie) du leadership moderne que nous sommes, en Europe, en train de quitter, sans le dire, mais que nous avons pratiqué pendant des siècles. Si l’on écoute ses discours, il est clair que l’Etat américain est dans tous les domaines hégémonique et prioritaire, y compris dans les domaines qui affectent la terre entière, comme l’environnement, ou les droits de l’homme, par exemple. L’Etat possède l’hégémonie absolue du pouvoir politique, dans tous les domaines de politique étrangère. Il n’accepte, en aucun cas, de partager la souveraineté avec quiconque, ni même avec les Nations Unies, qu'il ne manque pas d'humilier tant qu'il peut, quand il n'en a pas besoin.

En tout cela Bush est un véritable chef d’Etat "moderne". Et si cela nous choque, c’est la démonstration que notre opinion publique européenne ou mondiale n'est déjà plus "moderne". Nous sommes déjà dans une autre vision qui n'accepte plus l'hégémonie absolue de l'Etat nation, en tout cas face à des problèmes globaux comme l'environnement et le changement climatique. Nous sommes déjà dans le paradigme politique "planétaire".
Refus du pouvoir pyramidal et principe de subsidiarité.
Mais en même temps dans nos pays, nous voyons que les citoyens refusent de plus en plus un fonctionnement du pouvoir "top-down", qui dicte les ordres du haut. Cette conception du pouvoir politique n'est plus acceptée par le citoyen européen. C'est probablement la raison pour laquelle on a soudainement redécouvert le principe de subsidiarité. Selon ce principe, toute décision politique doit toujours être prise au niveau la plus bas possible. Et le niveau supérieur de pouvoir ne peut et doit intervenir - comme une aide (Subsidium) - si et seulement si le niveau inférieur est dans l'incapacité de décider.

Le principe de subsidiarité est donc un principe qui tout en donnant clairement la priorité au pouvoir à la base, donne aussi au niveau supérieur de pouvoir sa raison d'être, son sens et la clé de son fonctionnement puisqu’il indique aussi quand le pouvoir supérieur est obligé d’intervenir. Ce principe nous mène vers une société post-pyramidale, car il s’applique aussi à une société en réseaux.

Et, rappelons-le, ce principe est inscrit dans les premiers articles du projet de Constitution européenne. Il est aussi la clef de voûte de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique, mais sous le vocable de "fédéralisme". En fait ces deux concepts proviennent de la même source: un vieux livre allemand du début du XVIIème siècle écrit par un certain von Althaus ou Althusius.19
Relativisation de la souveraineté de l'Etat par la "haut": l'Union européenne
L'Union européenne est un nouveau niveau de pouvoir, auquel les Etats sont invités à céder une partie de souveraineté, afin de l'exercer ensemble à un niveau plus global, celui de l'Union européenne. C'est un nouveau niveau de pouvoir au dessus de l'Etat.

Mais l'UE n'est pas un Etat, ni un Super Etat. C'est une structure transmoderne ou planétaire.

Oui sans vraiment le savoir, les Pères fondateurs de l'Union Européenne ont créé ce que Jacques Delors appelait un "animal politique non identifié". J'ose ajouter un animal politique du nouveau paradigme politique « transmoderne » ou « planétaire » et qui correspond véritablement aux nécessités du monde global du XXIème siècle où il apparaît de plus en plus clairement que la guerre et la violence ne sont plus des solutions politiquement acceptables.

L'Union européenne est en fait la première construction politique transmoderne. Elle est un animal politique d’une autre nature. Et elle est la première structure qui relativise l’hégémonie de l’Etat puisqu’elle organise une mise en commun d’une partie des souverainetés nationales afin d’institutionnaliser la non-violence absolue entre les Etats de l'Union. Mais en faisant cela ils créent de facto, un niveau supérieur de pouvoir et de responsabilité continentale auquel les Etats délèguent une partie de souveraineté. Et la Cour Européenne de justice ne s’est pas trompée quand elle a décidé que les lois européennes priment toujours sur les lois nationales.

L’UE est un pas énorme et significatif vers une société mondiale non violente. Elle nous installe, sans que nous le sachions, dans la vision politique transmoderne ou planétaire, car elle est un nouveau niveau de pouvoir (non étatique) et de responsabilité politique continentale…

Au cours de mes années passées à la Commission européenne, j’ai eu l’occasion d’assister à des réflexions sur l’évolution des gouvernements nationaux quand ils fréquentent Bruxelles. Il leur faut habituellement quelques années pour réaliser que, lorsqu’ils signent des lois européennes, ils ne sont pas dans le même niveau de pouvoir que quand ils siègent au sein de leur gouvernement national. Ce n’est pas le même niveau de pouvoir ni le même niveau de responsabilité. Et l’on assiste ainsi très souvent à un processus d’élévation du niveau de conscience politique des gouvernements et du personnel politique. Tout à coup ils prennent conscience de leur nouveau niveau de responsabilité européenne et globale… juste au moment où le gouvernement est remplacé par le suivant…

Mais cela veut aussi dire que les grands penseurs « modernes » de la politique et de la guerre que sont Clausewitz et Machiavel sont aussi dépassés. C’est donc tout un pan énorme de la science politique et de la tactique guerrière qui s’écroule en silence.

Nous pourrions aussi ajouter, en passant, que nous nous trouvons aussi face à un changement de paradigme dans la manière même de mener la guerre. Un général anglais qui a dirigé le siège de Sarajevo dans la guerre des Balkans, vient d'écrire un livre révolutionnaire qui suggère de repenser totalement nos concepts stratégiques, dans un monde en mutation20. Selon lui la bombe atomique de 1945 a mis fin à la "guerre industrielle" et a inauguré l'ère de la "guerre parmi les gens". Si bien que "vous utilisez des soldats à des fins pour lesquelles ils ne sont pas préparés". Je crois que l'on n'est qu'au début de la réflexion au sujet du rôle des armées dans ce XXIème siècle post industriel.
Relativisation" par le bas": les villes, les régions et la société civile.
Mais il y a aussi la relativisation "par le bas". On voit que la souveraineté se partage vers des niveaux plus bas que le niveau de l'Etat nation. L'essor des régions européennes est impressionnant. Même si le "Conseil européen des Régions" n'a pas beaucoup de pouvoir institutionnel, il acquiert une importance croissante dans l'appareil européen. Il y a donc un partage de souveraineté évident. En Belgique le cas est encore plus flagrant, puisque les réformes successives de l'Etat fédéral cèdent aux régions belges de plus en plus de pouvoirs et de droits, y compris par exemple les représentations commerciales à l'étranger. Il y a en fait un véritable partage de souveraineté, vers le bas cette fois.

J’ai constaté aussi que les villes et régions sont beaucoup plus ouvertes au changement et aux nouvelles idées. Et le management à ce niveau est assez étonnant et parfois très créatif. C'est peut-être à ce niveau de pouvoir que la mutation politique vers la transmodernité et la société de la connaissance va se réaliser en priorité.

Enfin, nous ne faisons ici qu'effleurer le sujet de l'irruption de la société civile dans les débats politiques environnementaux, de consommateurs, etc. Il est de plus en plus visible que l'impact de la société civile grandit de plus en plus. L'indice le plus clair est que maintenant, les Nations Unies ont crée un département ad hoc pour la société civile et les organisations non gouvernementales.

CONCLUSION DU CHAPITRE 5 ET DE LA PREMIERE PARTIE
Les structures pyramidales sont des morts en sursis. Et tout ceci est en train d'arriver très vite, alors que toutes nos structures dans le monde entier sont presque toutes pyramidales. Nous l'avons vu, la raison principale est que ce type de leadership n'est pas capable de résoudre le problème de notre survie collective. Et donc leur légitimité est morte, même si elles sont toujours en place.
Le lien entre ces morts: le patriarcat?
Mais au terme de cette première partie qui décrit la mort de toute une série d'évidences de nos vies de tous les jours, arrêtons-nous un instant. Et regardons avec un peu de distance. N'y a-t-il pas un lien entre toutes ces morts?

Oui, notre hypothèse en cette fin de la première partie est qu'il y a un lien entre toutes ces morts.

C'est le danger de mort collective qui est la seule force capable de déraciner des comportements puissamment enracinés dans nos subconscients, masculins et féminins, depuis des millénaires.

Nous avons tenté de démasquer le patriarcat. Il n’est pas une fatalité maçonnée dans nos origines. Il est simplement une époque de l'histoire de l'humanité. Et donc, une fois ce patriarcat démasqué, on peut commencer à le relativiser et à le dépasser. Mais ce n'est pas aussi facile que nous l'imaginons, car nos corps en ont gardé une mémoire et une imprégnation profondes, dont il n’est pas si facile de se dégager.

Bref, les morts de la modernité et de la société industrielle sont liées à celle du patriarcat. Ce sont presque des conséquences de cette première mort. On y rencontre les mêmes pyramides de pouvoir, les mêmes structures de bas en haut, la même absence de femmes aux niveaux supérieurs de décision. Oui la modernité est comme l'ultime avatar du patriarcat. C'est évidemment la prédominance de l'esprit analytique masculin qui a été renforcée par la modernité.

La modernité se donne l'image d'avoir promu l'égalité des femmes. Certes, mais dans la réalité nous sommes loin du compte. On pourrait dire que dans le privé, oui il y a une plus grande autonomie des femmes. Au moins elles ne sont plus considérées par le code civil comme étant la « propriété de leur mari ». Des pas ont été faits. Mais au plan des structures politiques et des entreprises, les femmes sont cantonnées dans des rôles qui sont rarement des rôles de réel leadership. Car la matrice implicite et inconsciente de valeurs n’est pas favorable aux valeurs féminines.

Et la société industrielle est, elle aussi, comme un dernier avatar du patriarcat également. Elle aussi s'est bâtie sur des valeurs assez guerrières. Si l'on examine les stratégies de marché dans les écoles de Business, on s'aperçoit que nous sommes en présence d'une phraséologie de champ de bataille. Valeurs patriarcales oui.

L'Etat moderne lui-même est lui aussi assez patriarcal. Il a certes fait des concessions aux femmes et c'est tout à son honneur, mais la structure même de sa politique de défense, est guerrière, et violente. Oui, patriarcale.
Nous voyons ici donc qu'un fil rouge de violence patriarcale passe à travers toutes ces morts. Et ce fil rouge de la violence patriarcale est en train de se couper. N'est-ce pas une bonne nouvelle?

Mais on mesure aussi la profondeur du changement en cours.

Ce n'est pas un changement cosmétique. C'est un changement de niveau de conscience.




2° PARTIE:
LA SOCIETE DE LA CONNAISSANCE:





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