Essai préface de Vittorio prodi








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CHAPITRE 2: LA MORT DU PATRIARCAT


Nous venons de voir que le malaise des fondements auquel nous sommes confrontés est comme une énergie de mort qui nous paralyse. Une "guerre à la nature" qui est en réalité une guerre à nous-mêmes, comme le dit admirablement le Directeur de l'UNESCO. En faisant la guerre à la nature, nous sommes arrivés à retourner notre violence contre nous-mêmes, contre nos enfants et contre les générations à venir.

Comment dépasser cela ? Comment aider l’humanité à opter pour des valeurs de vie ?

Très longtemps, j'ai cherché dans les bibliothèques théologiques une réflexion intelligente sur les valeurs de vie ou de mort, ainsi que sur la violence Seules m'y attendaient des réflexions sur le péché, voire le péché originel, qui contribuaient à inscrire la violence et la mort comme des éléments constitutifs de la nature même de l'Homme, voire des conséquences du péché originel.

La religion chrétienne, tout comme les autres grandes religions du monde contemporain d'ailleurs, semble ainsi avoir participé à la sacralisation de la violence et de la mort en les gravant au plus profond des mythes fondateurs de l’Humanité. Seule espérance permise : ils seront compensés, « rachetés », par le salut apporté par une autre mort violente d'un non-violent.

A bien y regarder, le message de Jésus et celui des grands sages de l’humanité avalisent-ils cette sacralisation de la mort violente et de la souffrance ? N'ont-ils pas proposé un chemin différent ? Et n’a-t-on pas, au cours des siècles, défiguré leur intuition première et fondamentale ?

Avant de parler de la mort du Patriarcat, il nous faut comprendre son origine. D'où vient-il? A-t-il toujours existé, ou est-il une apparition relativement récente dans l'histoire de l'humanité?
La Naissance du Patriarcat : un nouveau récit de l’origine ?
La réponse prit pour moi, la forme d'une révélation et d’un visage. Celui de Nicou Dubois Leclercq7 qui m’a fait découvrir le monde de la critique intelligente du patriarcat. Elle m’a fait découvrir les écrits de Riane Eisler,8 Gimbutas9, Françoise Gange et d'autres. Leur découverte est que le Patriarcat qui a influencé les récits d'origine de la plupart des religions contemporaines se présente comme ayant toujours été là, alors qu'il est une apparition relativement récente après des millénaires de civilisation matrilinéaire.

Cette vision nouvelle est basée sur les recherches archéologiques récentes par Marija Gimbutas qui est parvenue à démontrer que la plupart des archéologues n'ont pas trouvé ce qu'ils ne voulaient pas trouver…puisque, selon la Bible, il n'y avait pas eu de civilisation antérieure.

Or il semble de plus en plus certain que des civilisations nettement moins violentes et plus conviviales, axées sur les valeurs de vie, ont existé en Europe, en Inde et en Chine, avant 3.500 ans avant JC. Ces civilisations, que l'on appelle matrilinéaires, reposaient sur une autre articulation entre le féminin, le masculin et le sacré.

Le culte principal était celui de la Déesse-Mère, qui exerçait son autorité en donnant la vie et en aidant à la croissance. Son action s'exerçait même à la mort, conçue comme un passage vers un autre type de vie. Dans ces civilisations, le sacré était par conséquent articulé autour des valeurs du don de la vie, de la fécondité, donc aussi du plaisir sexuel et de la création artistique et de l’esthétique. Le pouvoir était un concept positif, axé sur la vie. Il signifiait faire grandir, faire vivre, épanouir et, à cette fin, établir des normes favorables.

Parmi ces civilisations très anciennes, c'est la civilisation Minoenne (du Roi Minos) en Crète qui nous est la plus proche. On parle aussi de Malte où il y a des fouilles assez importantes. En voici les caractéristiques principales:

  1. Les femmes y jouaient un rôle important notamment dans les rites sacrés. Mais elles étaient sur pied d'égalité avec les hommes. Ce serait une erreur de transposer notre paradigme de domination. Il ne semble pas que dans cette civilisation les hommes aient été dominés par les femmes, comme dans le modèle patriarcal subséquent dans lequel les femmes ont été et sont dominées par les hommes.

  2. Ces sociétés étaient plus pacifiques que les sociétés patriarcales. Dans l'art on ne trouve pas de traces de "batailles héroïques" où des hommes s'entretuent ou violent une femme. Le pouvoir était conçu comme un pouvoir de donner la vie et de la faire grandir.

  3. Les structures sociales étaient plus égalitaires. Tout semble indiquer qu'il n'y avait pas de grandes injustices sociales. Bien que l'on remarque dans les tombes certaines différences de statut social.

  4. Cette civilisation ne semble pas avoir construit de grandes murailles défensives, ni avoir eu d’armées importantes. C’est sans doute pour cette raison qu'elles furent très vulnérables aux invasions et qu’elles disparurent vers -3500.

  5. Technologie: au plan technologique, il ne semble pas qu'il y ait eu des percées sensationnelles. Par exemple ces civilisations n'ont pas inventé l'écriture, si bien qu'il soit très difficile même aujourd'hui pour les historiens et les archéologues, de savoir exactement comment elles fonctionnaient.

Il est impressionnant de constater qu'un peu partout dans le monde, à peu près au même moment, que ce soit en Inde en Chine ou en Europe, cette civilisation plus féminine, centrée sur la vie et le plaisir d’exister, fut remplacée par une civilisation patriarcale, centrée sur la mort et la souffrance. Il y eut presque partout des conquêtes et des invasions violentes. Et ces civilisations sans armée furent rapidement submergées et piétinées.

Dans ce « nouveau » monde dont nous sommes les derniers héritiers, le pouvoir n’est plus celui de donner la vie, mais bien de donner la mort, de détruire la vie, de soumettre l’autre et de se faire obéir coûte que coûte. En termes modernes cela s’exprime en « commande, conquête, contrôle ». La sexualité y est radicalement désacralisée et avilie, le plaisir est sali, la femme est présentée comme "tentatrice" et réduite à l'état d'objet de reproduction et/ou de plaisir. Et le don sacré de la vie est ravalé au rang d'une punition: "Tu enfanteras dans la douleur". Le sacré se déplace aussi: il se niche désormais dans le sang de la mort violente et dans la souffrance qui sauvent. Le sacré change de 180°. Il se connecte au renoncement à la sexualité, à la mortification du corps et la dévalorisation de la vie dans son entièreté. La vie présente est une "vallée de larmes" et n'a pas de valeur en soi. Elle n'est là que pour être l’antichambre du ciel, où "toute larme sera essuyée", comme nous dit l'Apocalypse.

Cette transition culturelle des mythes s’est opérée de manière graduelle, par une subversion systématique des symboles et des mythes sacrés. La Déesse Mère est, par exemple, devenue progressivement la Déesse Mère avec un époux, puis l’Épouse du Dieu Père et, enfin, la Mère de Dieu, qui n’a même plus rang divin, face au Dieu Père Tout-Puissant. Cette transformation subversive des mythes originaires est admirablement décrite par Françoise Gange dans son ouvrage Les Dieux menteurs10. Elle montre de manière très érudite que cette transition n’est évidemment pas uniquement le fait de la tradition chrétienne, mais qu’elle se retrouve dans presque tous les grands mythes présents sur terre vers 3500 avant Jésus-Christ. Un livre fait par l’Académie des Sciences Sociales de Pékin, montre que le même phénomène s’est passé en Chine à la même époque.
Réinterpréter le péché originel ?
Grâce à ces auteurs, j'ai découvert aussi une interprétation totalement nouvelle du début de la Genèse qui ne serait plus tellement le récit présentant le scénario du Péché Originel, mais tout simplement une transition, entre les mythes et les symboles matrilinéaires et les symboles patriarcaux, comme on en trouve dans tous les mythes de cette époque. Pour ce faire, il diabolise et avilit irrémédiablement les rites et les symboles les plus sacrés du récit primordial féminin et sacralise avec violence, les symboles du nouveau récit patriarcal.

Je dois dire que cette nouvelle interprétation est intéressante et probablement assez solide. Reste à savoir ce que l'on fait du récit du péché originel lui-même. Au cas où on décide que le péché originel n'est pas le message central, voire un détail de la transition mythique, alors la tradition chrétienne serait débarrassée d’un poids gigantesque de culpabilisation individuelle et collective qui sévit dans notre civilisation occidentale depuis presque deux millénaires. (St Augustin est le grand inventeur du concept de « péché originel »). Et il nous faudrait alors repenser en profondeur notre interprétation du message de Jésus: s'il n'est pas tellement celui qui nous "sauve de nos péchés", que vient-il nous apporter? Peut-être une manière de dépasser la violence et aller vers un art de vivre d'un niveau supérieur, centré sur la source du divin en chacun de nous. ("Le Royaume de Dieu est en vous")

Tout ceci induit une réinterprétation assez fondamentale du christianisme qui peut être très enrichissante.
Le Passage du matrilinéaire au patriarcal.
Mais analysons le texte plus en détail. La scène du péché originel dans le jardin d’Éden, ou Paradis Terrestre, met en scène quatre des symboles les plus importants et les plus sacrés de la Religion de la Déesse-Mère.

  1. La Femme qui est le sexe sacré et le symbole de sagesse et de savoir sacré. Elle est aussi le symbole de la divinité suprême, la Déesse-Mère. Elle est symbole de vie et de don. Elle donne la vie et la sagesse. Elle est la grande prêtresse de la Vie, de la sexualité et du plaisir sacré. Son pouvoir est un pouvoir de Vie.

  2. Le serpent est l’attribut principal de la puissance de Vie de la Déesse-Mère. Il est le symbole de la sagesse éternelle et de la vie qui rejaillit, comme lui-même se renouvelle en changeant de peau.

  3. L’arbre de vie est un des symboles principaux de la vie. Il la donne en faisant le lien entre le ciel et la terre. Ses racines plongent dans la terre et ses branches touchent le ciel. L’arbre est explicitement présenté comme « bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance » (Genèse 3,6).

  4. La relation de l’homme et de la femme est le cœur du sacré. La sexualité et le plaisir sont sacrés. L’homme et la femme accèdent par leur amour à des expériences extatiques qui leur ouvrent les portes de la connaissance mystique.


Or, le récit va s’efforcer – en moins d’une page - d’inverser et de subvertir totalement le sens profond de tous ces symboles, les uns après les autres. Il va le faire en les désacralisant, en les diabolisant ou en brandissant des malédictions à leur encontre.

  1. La Femme est maudite à jamais et on lui colle une image d’être inférieur qui ne comprend rien, de pécheresse entraînée par sa sensualité et sa curiosité perverse, qui entraîne l’homme vers la "chute" qui sera LA catastrophe de l'histoire de l’Humanité. Son désir sexuel est donc très négatif puisqu'il est la cause des malheurs de l'humanité. Il est dit explicitement que l’homme la dominera. Quant au pouvoir de donner la vie, il est transformé en une malédiction et en un scénario de souffrance « Tu enfanteras dans la douleur » dit le texte. On le voit, tout est parfaitement inversé. Et nous vivons encore toujours dans cette inversion…sans le savoir.

  2. Le serpent est maudit. La tradition ira même plus loin encore que le récit lui-même : elle transformera le serpent en symbole du démon. Lui qui était l'un des attributs principaux de la Déesse devient hostile à la femme qui lui écrasera la tête. Il devient l’animal le plus sordide de la création puisqu’il est le démon en personne !

  3. L’arbre de vie et de sagesse est frappé par la foudre de l'interdit. Manger du fruit de l’arbre de vie pour connaître le bien et le mal était le but ultime de la sagesse dans la religion précédente. Désormais, c’est un danger mortel annoncé par Dieu lui-même et sanctionné par les faits. L’arbre de vie sera remplacé par la croix de bois mort, symbole de la mort et de la souffrance rédemptrice du Sauveur.

  4. L’éros sacré entre l’homme et la femme est remplacé par un couple où l’homme détient le pouvoir et où la femme est ridiculisée et infériorisée à jamais. "Et ils furent honteux car ils étaient nus". On associe, pour quelques millénaires, la sexualité à la culpabilité. Il n'y a plus aucune place pour une vision positive de la Vie, donc de la femme, du corps et de la sexualité.


Il y a donc, on le voit, inversion du sacré à 180°. Tous les symboles un à un, sont avilis et transformés en leur contraire.
Figure 2 : Du Matrilinéaire au Patriarcal


De -7000 à -3500

Matrilinéaire

Pas d’écriture, ni d'armée.


De -3500 à +2000

Patriarcal

Début de l’écriture : "Gilgamesh"

VIE = sacrée

Naissance = joie, chant

MORT = sacrée

Vie = triste vallée de larmes

Naissance = souffrance douleur

Déesse-Mère donne vie. Son pouvoir est bénéfique.


Dieu-Père Tout-Puissant qui a pouvoir de mort. (Abraham et Isaac). Il va sauver par la mort violente.

Femme = symbole de Vie et du sacré. La femme est la Grande Prêtresse du sacré de la Vie, car elle donne la Vie, elle sauve et guérit.


Homme domine la femme et l’univers. Il sauve. Il s'accapare le sacré totalement et exclusivement.

Femme = impure & souillée. Le don de la vie est punition! Les femmes sont totalement exclues du sacré.

Arbre = vie, lien entre la terre et le ciel, il donne la connaissance de la vie et du bien et du mal. Cet arbre bienfaisant apporte la sagesse et la Vie.

Arbre de la connaissance = menace de mort

Arbre de mort = croix du Christ qui va sauver !

Sexualité et couple = sacrés

Par l'amour sacré le couple peut accéder au divin. La relation de couple est donc un chemin vers la lumière.

Sexualité et plaisir = suspects + culpabilité

Souffrance = sacrée

Célibat, ascèse, moines

Le mot violence est lié à VIOL (Jung).

Serpent = symbole de la sagesse et de la vie

Serpent = tentateur et trompeur = démonisé.

Pouvoir = donner la VIE.

Le pouvoir facilite la créativité et l'initiative et fait croître la vie.

Pouvoir = donner la MORT,

Domination par la culpabilisation et la peur (de l'enfer)…


Créativité, art, beauté, harmonie avec le cosmos...

Soumission, obéissance

© copyright Marc Luyckx Ghisi 2007.



Le crime est parfait
Avec la Bible, comme dans les autres récits originaires de la même époque, le crime est parfait: il n’y a pas d’alternative car les civilisations qui existaient avant ont été parfaitement effacées.

En effet, comme tout mythe de l’origine, il donne et détermine les significations « à l’origine », c'est-à-dire qu’il ne peut y en avoir d’autre, car il n'y a forcément rien avant l'origine. Donc cet avant est parfaitement effacé. Le matrilinéaire n'a donc jamais existé. On l'entend encore aujourd'hui, car beaucoup de gens doutent encore de l'existence même de ce matrilinéaire.

Nous sommes donc encore et toujours prisonniers de ce récit "originaire" patriarcal qui continue à fonder nos vies individuelles et collectives depuis des milliers d'années, puisque les choses ont toujours été ainsi.
En ouvrant le passé, on ouvre le futur.
L’intérêt de cette nouvelle vision matrilinéaire est qu'elle ouvre. En ouvrant le passé et en exhumant des civilisations « primitives» antérieures, elle délégitime les récits patriarcaux violents et centrés sur la mort qui nous étaient présentés comme les seuls possibles puisque récits de l'origine qui, donc, effaçaient toute possibilité d’alternative au niveau de notre inconscient collectif.

En ouvrant le passé, ces femmes pionnières ont ouvert le futur. Elles nous ouvrent la porte du paradigme transmoderne et planétaire et de la société de la connaissance qui est post patriarcale.
La Mort du Patriarcat
Si nous suivons la vision esquissée ci-dessus qui tente de démontrer que le Patriarcat n'aura finalement été qu’une période transitoire dans l'histoire de l'Humanité, alors un poids énorme nous est enlevé des épaules. Non, la violence qui baigne nos sociétés n'est pas inscrite dans la nature humaine dès les origines. Non les valeurs patriarcales ne sont pas éternelles. Non, elles n'ont pas existé de tout temps. Non, elles ne font pas partie de la nature humaine puisqu'elles seraient là dès les origines. Tout à coup on constate que le roi est nu et que le patriarcat n'est après tout qu'une période de notre histoire. Ce n’est pas une fatalité.

Les valeurs patriarcales sont les caractéristiques d'une époque finalement assez triste de l'Histoire de l'Humanité, même si elle a connu des réalisations extraordinaires.

Si l'on revient à l'époque actuelle, il est aussi évident que même si elles nous ont permis des bonds prodigieux dans le domaine de la science et de la technologie, les valeurs patriarcales sont incapables de nous aider à aller vers un avenir soutenable. Et donc il nous faut conclure qu'elles sont déjà mortes comme système de référence. Leur horizon de sens de conquête, commande et contrôle, ne convient plus à notre civilisation mondiale en danger de mort.

Ou pour présenter les choses de manière un peu différente on peut dire que notre société est malade d’un excès de valeurs patriarcales. Et qu’il est grand temps également, comme le suggère Riane Eisler, de réécrire ces récits originaires dans le sens d’un authentique partenariat entre les valeurs féminines et masculines.
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