Essai préface de Vittorio prodi








télécharger 0.82 Mb.
titreEssai préface de Vittorio prodi
page4/16
date de publication17.05.2017
taille0.82 Mb.
typeEssai
b.21-bal.com > économie > Essai
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   16

De la difficulté d’accepter le changement à la Renaissance : Justus Lipsius.



Ces défis à notre survie sont en train de nous forcer à changer. Mais personne n’aime changer et se transformer. Les civilisations n’aiment pas le changement.

Ne nous culpabilisons pas trop tout de même, si nous résistons au changement. Car l’acceptation du changement ne fut pas facile lors d’autres mutations de l’Histoire comme à la Renaissance. Et ceci pour une raison très simple. Lorsqu’il y a changement d’époque, forcément il y a passation de pouvoir entre ceux qui avaient le pouvoir dans l’ancien système et ceux qui l’auront dans le nouveau. Je n’ai jamais vu dans l’Histoire une telle passation de pouvoir se faire de manière douce et harmonieuse. C’est probablement la raison pour laquelle la fin du Moyen Age fut parsemée de tant de guerres, et de violences individuelles et collectives.

Prenons un exemple : le monde passionnant des universitas, ces universités dont les professeurs étaient théologiens qui parlaient latin et se déplaçaient à travers toute l’Europe pour échanger leurs idées et s’enrichir mutuellement. La vie de Thomas d’Aquin, d’Erasme, d'Albert le Grand et d’autres, est pleine de voyages et d’enseignements à travers toute l’Europe. C’était un monde indéniablement doté de valeurs (universelles) très grandes, qui est mort, lui aussi, d'un coup, sans comprendre pourquoi.

Justus Lipsius était le recteur de l’Université de Louvain, l'un des fleurons de la théologie scolastique qui dominait l’Europe et le monde occidental à cette époque. Il s’écria en 1606, l'année de sa mort: « Omnia cadunt », tout s’écroule ! Soixante ans après la Réforme et alors que l'imprimerie entamait son irrésistible ascension, ce n’était pas, alors, seulement au tour de l’Université de Louvain, en Belgique, de s’écrouler, mais de toute l’architecture du savoir médiéval qui se découvrait soudain menacée de mort. Le latin, cette langue commune européenne, s'effaçait au profit des langues « vulgaires ». La domination absolue de la théologie était battue en brèche par la naissance des nouvelles disciplines de l’Université moderne laïque et humaniste... Tout un monde de valeurs déterminantes depuis des siècles – et que l'on croyait immuables – s'écroulait, terrassé par une mort foudroyante.

Nombreux furent ceux qui ne comprirent pas et refusèrent ce changement. Ce refus se caractérise, dans la phrase de Justus Lipsius, par le « omnia ». S'il avait dit « Multa cadunt », (beaucoup de choses disparaissent), il aurait aidé ses contemporains à comprendre le changement. Mais il le refusa, probablement parce qu’il ne le comprenait pas lui-même5.

Ce refus du changement, qui procède souvent d’une erreur d’analyse, confond le changement de paradigme et la mort du monde. Nombreux sont les humains qui, en effet, ont l'impression que si "leur monde" disparaît, c'est le monde entier qui s'en va. Et cela ne se passe pas au niveau du raisonnement mais au niveau de l’angoisse subconsciente qui prend aux tripes et est difficile à raisonner...et à surmonter.

Cette angoisse empêche souvent ceux qui ont peur et sont dans la mort, de voir ce qui naît discrètement dans les marges et les interstices du système dominant en crise.
Immobilisme et impuissance de l’âme : politique et spiritualité chez Vaclav Havel.
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous avons construit une civilisation mondiale qui a atteint la capacité technique de se nourrir sans compromettre son avenir. Et cependant elle ne le fait pas.

Il n’y a jamais eu autant de pauvreté et de misère qu’aujourd’hui. Des milliers d’enfants meurent chaque jour de faim dans un silence étourdissant. Et notre planète elle-même est en danger de mort. C’est notre survie à tous qui est en jeu.

Que se passe-t-il donc ? Comment expliquer ce contraste saisissant – et révoltant – entre nos capacités technologiques et notre incapacité à nous en servir afin de résoudre nos problèmes les plus lancinants ?

En réalité, nous semblons incapables d’orienter nos outils et nos volontés individuelles et collectives vers la vie : notre civilisation ne parvient pas à poser et, a fortiori, à résoudre le problème fondamental de sa propre survie. Et elle se sent glisser inexorablement vers le non-sens et vers la mort. Mort de la nature et dépérissement irréversible des espèces animales et végétales. Mort de faim de centaines de millions d’enfants et d’adultes. Mort par suicide de milliers de jeunes et d’adultes dans les pays du Nord. Face à cette énergie de mort, nous sommes, dans le fond de nous-mêmes, partagés entre la révolte et le désespoir.

Tel est le malaise des fondements.

Est-il possible de changer de polarité, de changer quelque chose au plus profond de notre inconscient collectif, au niveau du récit primordial, au niveau du mythe fondateur de notre civilisation mondiale ? Passer de l’instinct de mort à l’instinct de vie, d'une culture de violence à une culture de paix s'avère, aujourd'hui, indispensable pour assurer la survie même de l'espèce humaine. Mais comment faire ?

Cette question est centrale. Sa difficulté est à la mesure des enjeux qu'elle recouvre. Elle nous fait toucher aux racines mêmes de notre civilisation occidentale, mais aussi, plus largement, aux racines de la plupart des civilisations et cultures du monde actuel.

Non, nous n’agissons pas....

Pourquoi ne faisons-nous rien?

Vaclav Havel est, nous semble-t-il, celui qui a décrit le mieux cette maladie de l’âme : « Cette inaction s’explique par un manque désespérant de volonté et de besoin intérieur, c’est-à-dire par des obstacles qui appartiennent au domaine de la conscience et de l’esprit. J’en retire une conviction de plus en plus forte : le retournement de la situation n’est possible que si un changement s’amorce dans la sphère de l’esprit elle-même, dans le rapport de l’homme au monde, dans son acceptation des valeurs de la vie, dans sa mentalité, sa manière d’être responsable6  ».

Ces propos nous font toucher au niveau le plus profond du malaise même de notre civilisation moderne et industrielle. Notre civilisation semble avoir perdu l’énergie spirituelle nécessaire pour prendre les décisions nécessaires à la Vie. Aurait-elle perdu son âme ? Je suis tenté de le croire. En tout cas elle semble incapable de ce sursaut éthique, ce refus de la fatalité, nous permettant de renouer avec l’instinct de survie élémentaire et fondamental.

Au fond, les prévisions de Max Weber sur le désenchantement du monde se sont parfaitement réalisées. Le désenchantement semble avoir percolé de génération en génération, de plus en plus profond... jusqu'à la moelle de nos os. N'est-ce pas notre désenchantement qui nous paralyse ?

Mais en même temps que nous touchons au plus profond de ce malaise de mort, la vie semble en même temps être en train de renaître, en silence, au fond du cœur et de l’âme des citoyen(ne)s du monde entier. Nous le verrons au chapitre 9.
CONCLUSION DU CHAPITRE 1:
Dans ce premier chapitre, nous avons invité le lecteur à descendre dans l'eau très froide de notre subconscient collectif. Ce n'est pas une démarche facile. Mais elle est essentielle.

Nous y avons trouvé beaucoup d'énergies de mort. Nous avons touché les racines de la crise de notre civilisation, racines dont il est difficile de parler et dont peu de gens parlent à part quelques intellectuels. Nous avons vu aussi que la jeune génération est en première ligne de la prise de conscience mais qu'elle est en première ligne aussi de la souffrance engendrée par cette crise contemporaine.

Nous avons touché la racine de notre désenchantement individuel et collectif.



1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   16

similaire:

Essai préface de Vittorio prodi iconEssai clinique réciser, si thérapeutique, phase 1,2, 3 ou 4, caractéristiques...

Essai préface de Vittorio prodi iconPreface

Essai préface de Vittorio prodi iconPRÉface

Essai préface de Vittorio prodi iconPreface (2 pages) introduction

Essai préface de Vittorio prodi iconPreface et objectifs du document 1

Essai préface de Vittorio prodi iconSommaire Préface de Sylvie Simon

Essai préface de Vittorio prodi iconPreface a l'edition allemande de 1872

Essai préface de Vittorio prodi iconPréface : L’idéal éducatif du collégien

Essai préface de Vittorio prodi iconPRÉface
«métapsychiques» a fait de remarquables progrès en France surtout du côté physiologique, et, pourrait-on dire, scientifique

Essai préface de Vittorio prodi iconPréface
«La prise en compte des dimensions linguistiques de toutes les matières scolaires : équité et qualité en éducation»








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com