Essai préface de Vittorio prodi








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PROLOGUE



UNE HISTOIRE DU XXIème SIECLE 2000-2050 :

Un scénario positif du futur
A Willis Harman (†), avec toute mon admiration.


Ce livre s’ouvre sur une histoire de la première partie du XXIème siècle.

Je dédie ce prologue à la mémoire de Willis Harman. Willis, à la fin de sa vie, insistait énormément, sur l’importance de produire et de diffuser des scénarios positifs du futur. Car disait-il, ils agissent à un autre niveau, sur le champ morphogénétique de la conscience humaine globale et font advenir la positivité qu’ils annoncent. C’est donc une responsabilité importante qu’il nous a invités à assumer. Agissons donc ensemble sur le futur en le racontant.
Nous sommes en 2050
Nous sommes en 2050, et un groupe d’historiens essaye de composer un récit facile à insérer dans les manuels scolaires, afin de raconter et d’expliquer à nos enfants comment et pourquoi les choses ont tellement changé. Et comment elles étaient en 2007.

Comment les gens vivaient, et quelle était la situation. Et pourquoi on avait détruit les espèces animales et végétales par milliers, et comment on était parvenu à influencer négativement le climat. Comment pendant si longtemps on avait appauvri les pauvres et enrichi les riches, tout en promettant le contraire…

Les enfants de 2050 avaient toutes les peines du monde à comprendre le malaise croissant autour des années 2010-2012.

Aux environs des années 2010 - 2012, un malaise grandissant a commencé à se manifester au sein de la population mondiale, y compris dans les pays riches.

Au Sud on acceptait de moins en moins un système où une énorme majorité de la population était exclue, tandis qu’une faible minorité s’emparait de la majorité des biens et surtout que la situation, non seulement ne s’améliorait pas, mais elle empirait de jour en jour, malgré les promesses des dirigeants et des économistes que la croissance du PNB allait apporter la prospérité à tous. On ne voyait pas comment un système qui avait depuis 1950 promis d’apporter du développement au Sud, et n’avait fait qu’approfondir les structures d’inégalité, pourrait tout à coup produire des effets contraires.

Au Nord le nombre de citoyens qui commençaient à se poser des questions grandissait de jour en jour. L’inquiétude grandissait par rapport au futur. N’allons- nous pas vers des changements climatiques graves ? Le Gulf Stream n’est-il pas déjà en train de se déplacer, ce qui plongerait l’Europe dans la glaciation ? Qu’en est-il de l’extinction des espèces animales et végétales ? Comment faisons-nous face à l’explosion démographique ? Si nous ne résolvons pas les problèmes de pauvreté aigus à nos frontières, la pression migratoire va devenir intolérable, voire violente. Que faire ?

Et cette inquiétude ne recevait de la part des dirigeants et gouvernements qu’une seule et même réponse : il faut faire confiance aux méthodes d’hier pour résoudre les problèmes de demain.

L’inquiétude du public augmentait donc et le fossé avec les dirigeants s’agrandissait. Leur légitimité diminuait d’année en année.

Le 21 septembre 2012, le dollar perdit en un jour 75% de sa valeur, car la dette des Etats-Unis était devenue inacceptable et mettait en péril le système économique mondial. Et tout à coup, les Etats-Unis furent en banqueroute parce qu’en cessation de paiement. En effet, soudain, plus personne n’acceptait de leur prêter de l’argent comme la Chine, le Japon, l’UE, et le Brésil et l’Inde l’avaient fait, chaque mois, depuis des années.

Si bien que toute la politique extérieure des USA changea brusquement. Les troupes furent rapatriées du monde entier en un mois, car il n’y avait plus d’argent pour les financer. Le programme de réarmement militaire des USA fut stoppé net. La politique étrangère des Etats-Unis atteignit son point le plus bas depuis la création des Etats-Unis.

C’était la fin brusque d’un monde hégémonique dominé par les USA.

L’euro souffrit de devenir subitement une des monnaies de référence mondiale. Il perdit aussi 15% de sa valeur par rapport au rouble, le real brésilien, la roupie indienne et la monnaie chinoise qui prirent une position de monnaies stables mondiales.

Et finalement l’assassinat du Président des Etats- Unis et de plusieurs autres chefs d’Etat réunis lors d’une réunion du G.12 (comprenant aussi les BRIC, Brésil, Russie, Inde, et Chine), en 2013, à Rio de Janeiro, par un groupe terroriste lié à la mafia brésilienne, fut le choc final qui amena un basculement mondial.

C’est à ce moment que le parti communiste Chinois décida soudain de changer la constitution et de permettre à la Chine d’élire son président de la République au suffrage universel direct, avec des pouvoirs étendus. Et ce fut Madame Chung, une jeune femme Chinoise, poète extrêmement populaire et prix Nobel de l’Environnement, qui fut élue le 13 décembre 2015.
Le mémorable discours de Mme Chung.
Sa première visite à l’étranger fut en Inde où elle alla d’abord rendre visite au Dalai Lama dans son monastère au nord de l’Inde et elle lui demanda de revenir immédiatement au Tibet où elle lui offrit de reprendre sa position de Lama du Tibet immédiatement puisque c’était sa place. Elle proposa ensuite au gouvernement de Delhi et à la présidente du Parti du Congrès, d’établir entre la Chine et l’Inde, mais aussi les autres pays de la région qui seraient preneurs, comme le Pakistan et le Bangladesh, une alliance de non violence entre Etats, et une communauté de solidarité économique et monétaire, d’après le modèle européen.

Mais l’événement historique majeur fut son discours mémorable le mardi 15 mars 2016, aux Nations Unies, qui avaient déménagé à Genève en 2015, par précaution, à cause de la montée énorme de violence urbaine aux USA, après la crise financière du dollar en 2012, et après l’attentat de Rio en 2013.

En des mots très simples, elle expliqua que nous n’étions plus dans une société moderne capitaliste de style occidental, mais que le monde entier entrait dans une société de la connaissance post capitaliste, et post occidentale, qu’il nous fallait inventer ensemble. Il était donc urgent de nous adapter à cette situation nouvelle avec une vision nouvelle et des outils nouveaux à créer. Il s’agissait d’abord et surtout de changer les objectifs mêmes de notre société. Depuis plusieurs siècles, la société industrielle moderne de type occidental nous avait enseigné à produire le plus possible d’objets les moins chers possibles, et de convaincre ensuite la population de les acheter même si elle n’en a pas besoin. Ces buts ne correspondaient plus au XXIème siècle, où l’urgence première était l’avenir des générations futures et notre survie à tous.

Elle proposa que la société mondiale se donne comme but l’entrée dans la société de la connaissance de manière soutenable et socialement inclusive, ce qui suppose le développement de la créativité et de la qualité humaine y compris la dimension intérieure, et cela dans un respect total de la nature et de l’environnement.

Elle fit d’abord un appel à la société civile mondiale, lui demandant de mettre toute son énergie et tout son cœur à construire cette nouvelle société. Elle s’adressa ensuite aux universitaires et aux intellectuels de tous les pays pour leur demander de mettre toute leur intelligence et leur créativité en réseau afin de concevoir ensemble et faire fonctionner une logique économique et politique nouvelle. Le plus urgent étant la repensée fondamentale de l’économie en transdisciplinarité. Elle s’adressa ensuite aux politiciens du monde afin qu’ils se mettent à dialoguer sincèrement avec la société afin de créer ensemble des pratiques politiques nouvelles et crédibles, nous portant vers un avenir soutenable et inclusif au plan mondial.

Elle s’adressa aussi aux religions. Il est faux de croire comme la modernité occidentale ou les communistes l’ont prétendu, que l’homme peut se passer de la dimension intérieure. C’est une illusion. Il y a donc un défi majeur que les religions organisées ont à relever. Elle les invita donc à participer pleinement à la discussion, voire à la favoriser dans leurs réseaux et leurs communautés. Elle les invita à intégrer les nouvelles formes de sacré de reconnexion avec la nature et le cosmos, qui parlent à la nouvelle génération et sont totalement en accord avec leur message d’origine. Elle se demanda aussi s’il n’était pas temps de repenser fondamentalement la relation entre les religions et la politique dans le monde.

Et le dernier passage de son discours fut adressé aux femmes du monde, de toutes races, religions et cultures. Elle leur annonça que le règne du patriarcat était terminé, quelle que soit la culture ou la religion dans laquelle elles vivaient. Car les valeurs patriarcales ne permettaient pas à l’humanité de protéger la terre bleue, notre planète. Elle leur demandait de descendre dans l’arène et de participer pleinement à la discussion sur l’avenir du monde et de notre économie mondiale puisqu’il s’agissait de l’avenir de nos enfants. Et, sans elles, la moitié de l’humanité manquerait dans la discussion. Ses dernières phrases furent empreintes d’émotion, car on sentait en elle vibrer la femme dans toute sa puissance.
Accueil très contrasté…puis enthousiaste.
Ce message « passa » de manière extraordinaire, instantanément, et dans le monde entier. Le lendemain on en parlait partout, autant dans les favelas de Rio, que dans les mosquées du Qatar, et dans les rues de Paris ou de New York, ou au parlement de New Delhi, ainsi que dans les villages de Chine.

Mais sur place, aux Nations Unies, elle fut applaudie poliment par les chefs d’Etat qui n’ont pas pris ce discours du tout au sérieux. La presse non plus n’a pas compris, ni accepté ce discours qui était trop « déviant ». Certains médias ont même ridiculisé le discours de la « poétesse chinoise» !

Mais après quelques jours des personnalités importantes du business, du monde intellectuel, des organisations de la société civile, et des corps constitués ont réagi fortement et rapidement. Ils ont formé sur Internet un forum de millions de personnes, des anciens chefs de presse, des grands patrons d’entreprises mondiales, et des responsables de la société civile comme « Greenpeace », « Amnesty International » et même le « Croissant rouge » et d’autres organisation musulmanes démocratiques qui se développaient énormément depuis que la date de l’entrée de la Turquie dans l’union européenne avait été fixée définitivement pour le 1 janvier 2017.

Ce « Forum mondial pour Mme Chung » a déclaré le 20 mars, cinq jours plus tard, par la voix de son porte-parole, qu’il considérait ce discours comme historique et fondateur pour le XXIème siècle. Pour la première fois depuis des années, un discours politique répondait enfin aux véritables attentes des populations et à leurs questions rarement entendues jusqu’ici.

Et ce mouvement de la société civile prit de plus en plus d’ampleur à tel point que certains médias commencèrent à refléter ces opinions nouvelles qu’ils n’avaient pas prévues.

Et c’est ainsi que petit à petit la situation se retourna totalement, à tel point que nombre de politiciens avouèrent, à la fin du mois de mars, avoir toujours pensé comme Mme Chung. Son discours commença à être analysé et disséqué par la presse, par les médias, et même par les universités et par les économistes. Tout le monde fut soudain d’accord que ce discours avait enfin dit tout haut ce que bon nombre pensait tout bas et qu’il était temps d’agir… ensemble au plan mondial. Car aucune solution partielle n’était capable de fournir de réponse aux problèmes globaux. Il fallait réinventer notre fonctionnement mondial.

Et le gouvernement conservateur des Etats-Unis n’était plus en position de faire obstacle au processus. Le Vice Président qui avait succédé au président Républicain conservateur assassiné en 2013, était surtout préoccupé par la crise financière de son pays et les remous sociaux importants qui se produisaient un peu partout, ce qui n’empêcha pas des milliers d’intellectuels américains de participer très activement à la réflexion mondiale et d’y jouer un rôle très important.

Toute la société mondiale se mit, en effet, à réfléchir aux alternatives économiques, politiques, juridiques etc. Un mouvement d’enthousiasme et de créativité inouïe vit le jour rapidement. Un vent d’espoir et de changement soufflait un peu partout. Un grand nombre de réunions furent organisées en Chine, mais elles étaient ouvertes et accessibles sur le web en temps réel ce qui ne posait plus aucun problème technique.
2015 - 2020 : Une reforme profonde et audacieuse qui réenchante les citoyens du monde.
Les années qui suivirent furent des années intenses de repensée et de créativité. Un espace avait été ouvert et la société civile s’y engouffra avec un dynamisme inattendu. Tout à coup les analyses « alternatives » qui avaient été mises sous le boisseau pendant des années firent surface. On découvrit tout à coup l’existence de concept nouveaux et de projets intéressants concrets et assez élaborés, et ceci dans les domaines les plus divers. Mais Mme Chung menait sa barque de manière intelligente. Il fallait commencer par les finances et le système économique mondial. La chute spectaculaire du dollar forçait tout le monde à réfléchir sérieusement, et hors des sentiers battus.
Les Accords Monétaires de Pékin en 2017.
Elle demanda donc que l’on repense le système économique et financier mondial, notamment les mécanismes monétaires de base, pour les adapter à la nouvelle économie de la connaissance, que peu d’économistes connaissaient vraiment. Et elle insista que le bien commun de la majorité de la population mondiale soit réellement défendu et que l’on aille vers une société véritablement soutenable. Plusieurs jeunes femmes économistes, membres du groupe des « économistes pour un monde soutenable », firent des propositions vraiment innovantes… qui furent acceptées… Et cela déboucha, après six mois de réflexion, sur un nouvel accord monétaire mondial, les Accords Monétaires de Pékin de 2017. Ces accords ouvraient le XXIème siècle en créant une monnaie de référence mondiale basée non sur de l’or mais sur les ressources vitales de la Terre. Car là se trouvait le trésor de notre humanité pour les générations à venir.

Un nouvel ordre économique mondial et un nouvel ordre de l’information.
Dans la foulée on mit sur pied, en l’espace de quelques mois, les grandes lignes d’un nouvel ordre économique mondial, basé non plus sur le libre commerce des objets, comme dans l’économie industrielle, mais sur le libre partage de la connaissance. Et ceci dans le cadre du respect absolu de l’environnement et de l’inclusion sociale. Ce nouvel ordre se voulait un message d’espérance pour la majorité d’exclus de la planète et pour les générations futures…nos enfants et nos petits-enfants. L’idée était simple : dans une économie de la connaissance mondiale, les six milliards d’humains sont la ressource principale. Il faut donc la valoriser au maximum et donc changer les priorités économiques vers la croissance des ressources humaines mondiales par l’éducation, l’accès à l’eau propre, aux soins médicaux etc. Mais on ne faisait plus cela, « pour aider le Tiers-Monde », mais pour augmenter le capital humain global et donc notre prospérité à tous à court, moyen et long terme.

On intégra entièrement les « intangible assets » et autres nouveaux concepts de l’économie post capitaliste. Et nombre d’économistes alternatifs qui avaient été mis sur le côté, pendant des années, purent enfin expliquer leur vision qui fut acceptée et amplifiée dans l’interaction positive. En l’espace de quelques mois, on est parvenu à façonner les grandes lignes d’une nouvelle société mondiale : la société post industrielle et post capitaliste de la connaissance.

Enfin les pauvres du monde virent poindre une lumière nouvelle d’espérance puisque dans cette nouvelle vision, l’humain est le capital principal et donc les mécanismes d’inclusion sociale ne sont désormais plus considérés comme des coûts mais comme des atouts « immatériels » inestimables. La plus importante association de business leaders des Etats-Unis avança l’idée que l’entrepreneur de demain serait un champion de la cohésion sociale. Et le miracle se produisit. Les gens des bidonvilles dans le monde entier comprirent soudain que les choses changeaient vraiment et que s’ils travaillaient sérieusement, ils avaient une véritable chance de s’en sortir dans un système basé sur le win-win social et environnemental, ainsi que sur le respect des cultures locales. Un très puissant mouvement d’espoir bruissait dans le monde.

Et les mouvements terroristes étaient en chute libre.

Tout ce mouvement était aussi facilité par le fait qu’il ne se passait pas à huis clos, dans une capitale occidentale, mais toutes les discussions se passaient dans l’ouverture d’un forum mondial suscité et protégé par la république de Chine. Car c’était en effet Madame Chung en personne qui protégeait l’ensemble du processus, de son autorité devenue mondiale et désormais incontestée.
Un nouvel ordre de l’information promu par l’UNESCO.
Elle invita aussi poliment l’UNESCO, dont le nouveau président était un chinois, à relancer le « nouvel ordre de l’information » que l’Unesco avait essayé de lancer dans les années 1980, sans succès. Et ce fut un succès total et surprenant. Car le contexte avait complètement changé. La stratégie était désormais le win-win-win, où tout le monde gagne, les individus, les organisations, business ou autres, mais aussi la planète. (« People-organizations-planet »). Le nouveau mot d’ordre était: « Plus je partage mon information et ma connaissance, plus j’en reçois ». On avait aussi enfin compris que les stratégies de commande, conquête, contrôle et exclusion, qui étaient la colonne vertébrale de la société industrielle n’étaient plus opérationnelles dans la nouvelle société. Finies les approches patriarcales. Cette nouvelle politique de partage de la connaissance au plan mondial eut un impact retentissant, et inattendu.

C’était aller d’un coup beaucoup plus loin que toutes les politiques industrielles de « développement » n’avaient jamais été. Ici, pour la première fois on s’asseyait autour de la table du monde et on partageait réellement et honnêtement le gâteau de la connaissance, pour l’augmenter au profit de chacun. On n’avait jamais vu ni entendu pareille vision. Et, sous l’égide de madame Chung, tout le monde se mit d’accord, en l’espace de quelques mois.

Bien entendu il y eut des résistances farouches de la part de certaines entreprises, car c’était la notion même de propriété intellectuelle qui était mise en question, et basculait sur ses bases. Certaines entreprises, américaines et européennes surtout, voulaient continuer à protéger leurs brevets, notamment en nanotechnologie. Ces brevets leur permettaient d’assister, mais aussi de manipuler le cerveau humain. Et c’est Madame Chung qui eut le mot de la fin, quand elle proposa que précisément, la seule protection que l’Humanité pouvait se donner contre les utilisations néfastes des nouvelles nanotechnologies touchant à la vie humaine et au cerveau humain était précisément de les rendre publiques, de les faire « part du patrimoine commun de l’humanité ». Et les entreprises seraient récompensées selon le degré d’utilisation au profit du social et de l’environnement qu’elles pourraient en faire (intangible assets). Le profit serait la garantie du caractère social et environnemental des utilisations proposées. C’était vraiment une logique entrepreneuriale nouvelle, mais cohérente.

Le Nouvel Ordre de l’Information fut voté par les Nations Unies à 72% de majorité, le mardi 20 mars 2018.
Le modèle européen, une porte transmoderne vers le 21ème siècle
Madame Chung fit en janvier 2017, une visite très célèbre à Bruxelles au siège de l’Union européenne. Elle fut l’invitée spéciale à la réunion du Conseil européen (des chefs d’Etat). Elle écouta longuement les chefs d’Etat et le président de la Commission européenne, qui faisait entrer l’Union européenne dans la société transmoderne.

Madame Chung fit un éloge très appuyé – et très remarqué – des structures de l’Union européenne. Elle les considérait comme les premières structures politiques transmodernes et post patriarcales au monde, puisqu’elles étaient la première alliance de non violence stricte entre des Etats et qu’elles avaient stabilisé l’Europe depuis cinquante ans de manière incroyable et inattendue. Elle expliqua que son projet était de reproduire le système européen en Asie avec la Chine, le Pakistan, le Bangladesh mais aussi Ceylan. Ces structures politiques transmodernes étaient, selon elle, les structures du XXIème siècle, qu’il fallait continuer à développer et perfectionner.

Elle rendit un hommage appuyé à au Ministre européen des Affaires Etrangères. Elle souligna surtout qu’il a avait été dans l’ombre, le créateur patient et concret d’un nouveau paradigme de politique étrangère non-violente et post patriarcale. Il avait, en silence, enterré Clausewitz et Machiavel, et s’était mis à proposer en douceur une politique étrangère de l’Union innovante non-violente et de plus en plus efficace.

Madame Chung félicita également les chefs d’Etat d’avoir finalement décidé d’accepter l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, en 2017. « Par cette politique étrangère d’un type nouveau, vous êtes devenus un véritable bulldozer de paix, de stabilité et de démocratie. Et l’UE a fait plus pour inviter l’Islam mondial à adopter les critères de la démocratie, des droits de l’Homme et de l’Etat de droit, que toutes les autres politiques étrangères additionnées. Et de plus, cette politique est presque gratuite, et absolument non violente, puisque ce sont les candidats qui font tout le travail tous seuls et à leurs frais. ».
La création de l’Agence de Sécurité Internationale (ASI, ISA)
Dans la conversation, le Ministre européen des Affaires Etrangères lui fit part d’un concept de défense mondiale tout à fait nouveau qui se discutait dans son groupe de réflexion, à Bruxelles. Il s’agissait de proposer aux Etats qui étaient intéressés de supprimer leur armée nationale et de payer une assurance à la nouvelle Agence de Sécurité Mondiale des Nations Unies. Et celle-ci garantissait la protection du territoire national du pays contre toutes les agressions extérieures mais aussi intérieures par l’intervention immédiate de ses casques blancs.

Elle trouva l’idée excellente et l’adopta. « From now on, it is also my idea » répondit-elle au Ministre européen des Affaires Etrangères. (A partir de maintenant c’est aussi mon idée). Car c’est exactement de ce genre de troupes dont on aurait eu besoin afin d’intervenir en ex-Yougoslavie, et d’empêcher efficacement les massacres et les viols de masse. Elle proposa la création immédiate d’un groupe de travail sur le sujet au sein des Nations Unies. Et un an plus tard, les Nations Unies proposaient la création d’une « Agence pour la Sécurité Internationale» (ASI ou ISA International Security Agency).

L’ambiance aux Nations Unies avait beaucoup changé en deux ans, et les Nations Unies acceptèrent par un vote à 80% favorable. On n’avait jamais vu cela. Cette agence reçut une puissante armée de casques blancs et une technologie de pointe. Le cœur de ces troupes était formé par les armées européennes (allemande, belge, néerlandaise, suédoise, danoise, finlandaise, etc.) qui depuis des années s’étaient réorientées vers des actions concrètes sur le terrain de promotion de la paix (le « peace keeping ») et avaient appris à travailler ensemble, notamment en ex-Yougoslavie.

C’est aussi en Europe que l’on a trouvé les premiers cotisants sérieux : Allemagne, Irlande, Suède, Norvège, Danemark, Espagne, Portugal, et Grèce et Turquie ensemble. Mais très vite le Japon se joignit ainsi que la Chine (poussée par Mme Chung), qui fut suivie par l’Inde, car en Inde le lobby des généraux est impressionnant et il était fortement hésitant.

Avec tout ce beau monde dans le projet, la moitié de l’Humanité était largement représentée. C’était parti. Les autres Etats, n’avaient qu’à suivre, s’ils voulaient et quand ils voulaient. C’est alors que soudain tous les Etats africains, Afrique du Sud en tête, décidèrent d’adhérer. Les cotisations étaient adaptées au revenu par habitant, et c’était pour l’Afrique, un choix sage et bon marché, qui augmentait énormément les chances de stabilisation de ce continent qui soudain avait compris qu’il pourrait vraiment entrer dans la société de la connaissance à cause du nouvel ordre de l’information lancé par l’Unesco. Ils commençaient à entrevoir la possibilité réelle de valoriser le potentiel énorme de créativité des leur population, y compris et surtout les femmes. Ils furent suivis par les Russes, qui ne demandaient pas mieux que de dépenser moins pour leur défense, mais avaient attendu prudemment de savoir comment fonctionnait cette armée de casques blancs. Après une intervention extrêmement efficace en Afrique, en 2018, tout le monde a soudain compris.

Et puis tout le monde a fait ses comptes, et s’est rendu compte qu’un énorme surplus s’était accumulé dans les budgets nationaux, puisque les dépenses militaires s’étaient évanouies. Mme Chung saisit la balle au bond et annonça que la Chine allait investir 10% de son budget national pour la promotion de la qualité humaine dans l’éducation, d’abord en Chine puis dans le reste du monde. Et tout le mode suivit. L’économie mondiale était vraiment en train de bouger.
La refonte complète des Nations Unies: un nouveau niveau de pouvoir…
Mais suite à sa visite à Bruxelles, et suite aussi au succès de l’ « Agence de Sécurité internationale », Madame Chung, se rendit compte qu’il était urgent de repenser complètement la structure et le concept de base des Nations Unies. De fait, comme l’avait déjà dit Jean Monnet, les Nations Unies étaient construites sur un concept de base dépassé parce qu’aucun niveau de pouvoir n’était accepté au dessus de l’Etat Nation, ce qui condamnait l’ONU à une relative impuissance.

Or c’est ce niveau de pouvoir supérieur, mais subsidiaire, que l’Union européenne avait créé de facto. Même si les Etats membres européens, surtout les nouveaux arrivés tardaient à comprendre ce qu’ils avaient accouché ensemble. Et paradoxalement, Mme Chung trouva en la nouvelle présidente du Brésil et le premier Ministre du Japon les premiers qui comprirent cette nouvelle manière de raisonner, alors que les diplomates indiens, chinois et russes, et même de quelques Etats européens, et d’autres gouvernements hésitaient à concevoir une instance d’autorité au dessus des Etats et qui ne soit pas un Etat.

Mais c’est à la séance des Nations Unies de novembre 2019, que les choses bougèrent vraiment, quand le Général Smith, chef de l’armée des casques blancs dont tout le monde était enchanté, dit carrément lors de son rapport annuel très attendu : « Mais la seule chose qui manque à nos casques blancs, c’est qu’ils soient l’émanation d’une autorité mondiale, qui soit supérieure en légitimité à l’autorité légitime des Etats, et fonctionne selon le principe de subsidiarité. Et cela, seule une « Union Mondiale des Nations » de style européen peut nous l’apporter. Il faut donc rapidement aller dans ce sens, sinon nous allons avoir des problèmes dangereux avec les Etats forts du globe. » Un grand silence suivit. Et ce fut la présidente du Brésil, soutenue par le premier ministre du Japon et Mme Chung elle-même, qui proposa une commission pour transformer les Nations Unies en une Union mondiale des nations.

La réforme prit six mois seulement, car les mentalités étaient mûres. Cette réforme dont les effets continueront à se faire sentir tout au long du XXIème siècle, a évidemment engendré une refonte totale de toutes les agences des Nations Unies. La réforme la plus spectaculaire a été celle de l’OMC - WTO, l’organisation mondiale du commerce, qui s’est transformée sans crier gare en 2019, en l’ « Organisation Mondiale du partage des connaissances », l’OPC ou « World Information Sharing Organization » (WISO). Elle ne faisait que tirer les conséquences du « Nouvel ordre de l’information » proposé par l’Unesco et approuvé lui aussi par l’Assemblée Générale en 2018. Son but était donc dorénavant de favoriser le partage des connaissances tous azimuts, car c’était la seule manière de créer de la nouvelle connaissance. La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire furent fermés en 2017, lors des Accords Monétaires de Pékin de 2017. Ils ne furent pas remplacés immédiatement.
Nous sommes en 2050
Nous sommes maintenant en 2050, et le monde est tellement différent, que les « Nouvelles Nations Unies » ont créé une commission internationale d’historiens afin que nous rédigions un texte facile pour les manuels scolaires d’ « Histoire du XXèmesiècle », afin d’expliquer aux enfants comment était le monde dans lequel sont nés leurs parents.

La mémoire de nos erreurs passées ne doit pas se perdre… Sinon le danger est grand de recommencer.
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