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2.4Les habitudes, les bonnes intentions et les actes : quelques réflexions autour du potentiel « verrouillage comportemental »

Au-delà des dynamiques sociales,de nombreux travaux insistent sur la motivation des individus et les difficultés à mettre en pratique ces bonnes intentions. En effet, on peut s’interroger sur la motivation des individus et leur capacité à mettre en place la dynamique de changement. Pour lapsychologie sociale,les habitudes n’ont pas un caractère immuable mais se heurtent à différentes sources de difficultés, quant à leur éventuel changement. Le modèle (MOA-Motivation OpportunityCapability) en illustre les ressorts (Olanderet Thoegerson1995). Il ne suffit pas de vouloir changer leshabitudes en matière de consommation, encore faut-il pouvoireffectivement mettre ses bonnes intentions en pratique,en avoir « l’opportunité » et la capacité de le faire(cf. aussi Lazaric et Oltra 2012, pour une présentation plus complète de ces travaux).

Le modèlede Olanderet Thoegersen (ibid) synthétise l’ensemble des débats sur l’inertie potentielle des habitudes et sur lesdifficultés à changer lorsque les opportunités ne sont pas misesen place. Il existe ainsi un caractère relativement routinier deshabitudes au-delà des phénomènes de pression sociale qui poussent à répéter certaines habitudes sans forcément les remettre en cause, par souci d’économiser du temps et mais aussi par confort. Par ailleurs, les habitudes ont un caractèreauto-renforçant et sont le fruit d’un apprentissage passé (dimension synchronique des habitudes)etont aussi un caractère diachronique. Dans le domaine du transport, par exemple, où plusieurs habitudes peuvent être activées de manière simultanée. Ainsi on peutécouter de la musique en prenant sa voiture ou activer un autre type de comportement de manière concomitante (Brette et al. 2012). En clair, il existe à la fois une force des pratiques habituelles liées à leur installation dans le temps mais aussi une interdépendance des actions entre elles :la localisation va influencer le mode de transport qui va influencer le type detrajet domicile travail qui va lui-mêmeinfluencer lanature de la consommation et le choix de l’approvisionnement en supermarché ou ailleurs etc... C’est la raison pour laquelle,les ruptures dans les modes de vie (naissance,déménagement ou changementau sein de la structure familiale) sont une occasion rêvée pourremettre à plat les pratiques habituelles et en reconstruire de nouvelles formes.

Pour résumer, il existe ainsi souvent au sein des individus des bonnes intentions pour mettre en place des changements mais dans la pratiqueces formes de motivations se heurtent à la double nature des habitudes. Changer les pratiques habituelles nécessitedonc d’aller au-delà de la seule diffusion ded’informationet requiert d’observer les ressorts déclencheurs deces dernières. Les individus sont insérés dans des habitudesindividuelles, des groupes sociaux mais côtoient aussi des infrastructures qui conditionnent leur consommationquotidienne et qui peuvent aller à l’encontre des valeurs environnementales énoncées etde leurs bonnes intentions (Maréchal et Lazaric, 2010).

Dans cette perspective, la littérature sur ce sujet insiste sur l’idée d’écart « motivations/intentions-comportement » (« attitude-behaviour gap »). Par exemple Young et al. (2010), sur la base de plusieurs études et enquêtes, indique qu’en moyenne, 30% des consommateurs interrogés prétendent se sentir « très concernés » par les problèmes environnementaux et en même temps être « en lutte » pour traduire cela dans leurs comportements effectifs d’achats. Ces consommateurs pensent, d’après la recension faite par Young et al. (2010), que différents types « d’incitations » (prix, labels, informations, temps) – qu’ils ne perçoivent justement pas clairement en l’état – les aideraient à concentrer et rendre plus efficaces leurs efforts limités puisqu’ils considèrent qu’ « être vert » nécessite du temps et de l’espace. Or ces deux dernières variables ne sont toujours, a priori, pas disponibles dans leurs styles de vie (très « chargé » ou « occupé » selon leurs termes).

En relation avec ces consommateurs se déclarant « en lutte » pour réduire leur « attitude-behaviour gap », des travaux comme ceux d’Arbunhott (2012) insistent sur le fait qu’il n’y a pas nécessairement une vraie correspondance entre leurs intentions et les comportements rapportés par les consommateurs, d’une part, et les comportements observés, d’autre part. En fait, la portée de cette idée développée par les auteurs doit être nuancée par l’exemple pris pour l’illustrer : les écarts entre des actions pro-consommation durable et le soutien à des politiques ou des initiatives encourageant la généralisation de ces actions (élections, pétitions, manifestations, etc.).

Si la motivation intentionnelle, aux niveaux des changements qualitatifs des modes de consommation, ou dans la réduction de cette dernière, ne parvient pas toujours aux changements significatifs de pratiques, l’intérêt de cette littérature récente est de proposer des explications prenant deux types de directions :

1) le rôle des habitudes (nous dirons pratiques habituelles, par la suite) ;

2) le rôle des besoins sociaux/psychologiques ouvrant la porte aux normes sociales des groupes sociaux d’appartenance dans la détermination du comportement individuel.

On peut considérer, en effet, que l’essentiel de nos comportements de consommation sont « habituels » au sens où notre consommation quotidienne de ressources telles l’eau, l’énergie et les combustibles fossiles (et donc la production des déchets solides et gazeux « joints ») se fait très concrètement et tout simplement sans délibération individuelle, voire sans acte délibéré au préalable, au-delà de la raison d’user de la ressource. Dans le cadre de ce débat et sur la base d’une revue de 16 études de cas, Han et Hansen (2012) fournissent un panorama des facteurs influençant la consommation alimentaire dite «durable ». Parmi ceux-là, les « normes personnelles » (morales), et la « pression sociale » ont des impacts plus forts sur les intentions. Ainsi, bien plus forts que les croyances, la perception de contrôle du comportement par les individus par d’autres individus situés dans le même groupe apparait significative(ce que l’on appelle aussi une forme de « peer pressure »). Il en est de même pour les facteurs qui influencent, d’après ces études, le comportement déclaré.

De façon plus générale, la littérature récente insiste sur l’insuffisance des approches « purement » individualistes pour observer les ressorts de la consommation durable. Par exemple, ThØgersen (2010) pointe les négligences, dans ces recherches, des déterminants macroéconomiques et/ou structurels de cette dernière, à savoir, parmi d’autres éléments, les régulations, les systèmes de (re)distribution, la culture ou le degré de prégnance des valeurs post-matérialistes dans une société. Dans la même perspective, Brand (2010) développe l’idée que la consommation privée ne peut être approchée de façon satisfaisante en termes de « choix personnel ». Pour cet auteur, les approches individualistes ne prennent pas en compte la nature sociotechnique complexe de la consommation, sa contingence à des « systèmes de provision » (d’offre), sa variété de significations symboliques selon les espaces sociaux, les interrelations systématiques entre les pratiques de consommation et les conventions de la vie quotidienne. Des approches fondées sur l’étude des « pratiques routinières » (« routine practices ») fournissent, selon Brand, les outils pour une meilleure compréhension des interdépendances complexes. Dans cette même direction,Spaargaren (2011) indique que les théories centrées autour du concept de « pratiques » (cf.Ropke, 2009) sont de plus en plus utilisées pour analyser le « verdissement » de la consommation. Cette notion de pratiques comme unité méthodologique de base pour la recherche et la gouvernance est suggéréepour pallier les défauts des paradigmes individualistes et (trop) structuralistes qui ont dominé le champ d’étude de la consommation durable jusque-là.

2.5.Le débat consommation durable version « faible» ou version « forte »

Le débat sur la consommation durable version faible ou version forte permet de synthétiser l’ensemble des débats précédents et d’en voir les implications directes en terme d’apprentissage. Changer les pratiques habituelles de consommation requiert de s’interroger sur la nature des changements visés. Les modifications des pratiques habituelles peuvent ainsi se faire sans « douleur » et accompagner les pratiques existantes sans nécessiter une révision de la consommation ou impliquer au contraire une rupture dans les pratiques avec unerévisionde ces dernières. On peut aussi envisager un cas intermédiaire où des changements incrémentaux répétés pourraient entrainer progressivement une refontedespratiqueshabituelles.
À travers les outils de régulation possible mis en place par le législateur, on voit bien deux types de consommation durable, ainsi que le résument Fuchs et Lorek (2005) : une version faible et une version forte.
Dans le premier cas, la consommation durable est vue comme un moyen d’augmenter l’efficience écologique de la consommation (« eco-efficiency »), plus précisément c’estun moyen de réduire les ressources ou l’énergie par unité consommée, à travers des améliorations dans les processus de production ou dans la conception des produits. Le caractère durable de la consommation ici dépend de la nature des produits consommés et de leurs caractéristiques environnementalespour aller vers une substitution graduelledesproduits classiques ou traditionnels dont l’impact environnemental est moindre par les produits qualifiés de plus « verts ». L’approche est donc icibasée sur l’évolution des produits ainsi que de leur processus de production. La consommation durable est ici directement liée aux innovations écologiqueset à la diffusion des produits «verts »ainsi que de leur capacité d’adoption par les ménages. Leur diffusionmassive devant réduire à terme l’impactenvironnemental de la consommation des ménages.
La consommation durable version forte requiert, quant à elle, un changement structurel des modèles de consommation. Elle implique un questionnement sur la nature de la consommation et demande des changements plus larges dépassant le simple acte de consommation isolée.
La distinction entre ces deux formes de consommation peut ainsiêtre illustrée dans le cas de la conduite automobile. La consommation durable version faible suppose de conduire moins et d’utiliser, à cet égard, une voiture moins polluante pour diminuer l’empreinte écologique. La version forte de la consommation durable engageune révision de son mode de transport pour utiliser le train ou le vélo à la place de l’automobile et nécessite de ré-envisager le poste de transport pour voyager moins et moins souvent.
Ainsi dans le premier cas (version faible), on se contente de changer de véhicule utilisé alors que dans le second cas (version forte), on revoit ses pratiques habituelles de transport. On comprend bien que les implications des deux modèles sont bien distinctes. La version faible suppose une substitution graduelle de produits écologiques qui prendrait place au sein de la consommation ordinaire pour s’imposer graduellement. A travers les innovations écologiques, on parviendrait aux défis écologiques et le changement serait ainsi véhiculé par l’offre technologique. La version forte envisage, quant à elle, une diminution de la consommation et se situe dans le débat autour de ladécroissance. Dans ce dernier cas de figure le défi est tant au niveau de l’offre technologique que dans la nature de la demande des ménages. L’environnement institutionnelaccompagne ces changements qui sont d’ordre tant technologique, sociétal, qu’institutionnel.
En définitive, dans le premier cas, les consommateurs font évoluer graduellement leurs modes de consommation pour intégrer des valeurs et pratiques environnementales. Il s’agit soit d’acheter les fruits et légumes de saison, soit de se conformer aux labels existants pour changer les réflexes de la consommation courante en y intégrant de nouveaux critères de choix. Cette nouvelle forme de consommation est à l’heure actuelle la plus fréquemment adoptée et repérée dans les enquêtes en France et dans l’ensemble des pays industrialisés (environ 20 à 30 % de consommateurs seraientprêts à intégrer ces variables dans leur choix ou les réalisent déjà en France). La plupart du temps, ces consommateurs disposent d’une bonne information, mais aussi de revenus suffisants pour rendre cohérents leurs choix avec leurs propres contraintes budgétaires. Ceci permet ainsi de consommer mieux en incluant un certain nombre de pratiques (tri des déchets, par exemple), de motivations individuelles et de valeurs dans la consommation finale des ménages. Ceci n’exclut pas un ensemble de contradictions inhérentes aux choix et modes de vie des ménages. En effet, dans cette optique, les modes de consommation ne sont pas fondamentalement remis en cause si bien que l’on peut avoir des consommateurs ayant des pratiques de consommation durable tout en utilisant, par exemple, des modes de transports privés. Si ces compromis subsistent, ilsdemeurent néanmoins un premier pas avant de réaliser une refonte de modes de consommation usuels.
La consommation durable, version forte, implique un changement plus radical visant à réduire la consommation finale. Les ménages consomment différemment et réduisent certaines formes d’achats. La mise en place de nouvelles formes de services est ainsi préconisée dans cette version, notamment pour accélérer l’usage de transports collectifs, mais également pour encourager le recours à de nouvelles formes de services (type location au lieu d’achat). Ceciengendre une nécessaire prise en considération sur le long terme de la pratique d’achat pour l’envisager dans sa globalité pour résoudre certaines formes de « contradiction » inhérentes à tout acte de consommation. L’« effet rebond » illustre cette possible incohérence dans nos comportements. Il consiste, en effet, à consommer certaines formes de biens moins « énergétivores », mais à augmenter la consommation d’énergie finale. Il s’agit par exemple des voitures moins polluantes qui sont utilisées plus souvent ou bien de l’achat d’un réfrigérateur acheté en fonction la classe énergétique réduite, mais qui se réalise conjointement avec la conservation de l’ancien, ce qui a pour résultat d’augmenter la consommation finale d’énergie. Dans la version forte, la révision du modèle de consommation globale est réelle, et les potentiels « effets rebonds » de la consommation sont ainsi évités.
En France, l’ensemble des études montre que peu de consommateurs sont prêts à aller dans cette direction plus contraignante. Cette dernière émerge toutefois dans certaines formes de groupements sociaux ou politiques à travers, par exemple, la floraison du mouvement des Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) remettant en cause nos modèles de consommation et de production par la mise en place de nouveaux liens entre agriculteurs et ménages (cf. Dubuisson Quellier, 2009) pour une discussion sur la consommation engagée). Dans la version forte, l’achat de services est donc privilégié ainsi que de nouvelles formes de liens sociaux. Dans les « éco-quartiers », de nouvelles formes de gouvernance peuvent ainsi mettre en place une réflexion sur la consommation et la ville durable (comme on l’obverse pour la ville de Nantes).
Il ressort donc que la consommation durable, dans sa version forte, doit pour se pérenniser s’inscrire sur de nouvelles formes d’actions collectives qui ne sont plus uniquement individuelles. Ceci requiert, au-delà de l’acte de consommation, de repenser les infrastructures et les modes d’aménagement du territoire. Le législateur n’est plus le seul acteur, mais sert de relais à de nouvelles formes d’organisations sociales qui concourent à imaginer la consommation et la ville de demain. Cette réflexion de grande ampleur nécessite, des expérimentations locales pour amorcer une révision de notre modèle de consommation comme la volonté des politiques locales, nationales et internationales. Bref, une réflexion de grande envergure qui aboutit à de nombreuses préconisations et textes internationaux dont le degré d’application fluctue selon les sensibilités et les traditions des ménages et leur environnement politique et social.

Enfin, il est intéressant de noter que la distinction entre consommation durable « faible » et « forte » continue toujours d’alimenter les controverses dans la« littérature » récente. Par exemple, Lorek et Fuchs (2012) pointent la prédominance des actions incrémentales type version faible de la consommation durable dans les actions des décideurs publics et pensent que celle-ci n’est pas en mesure de prendre en compte les problèmes liés à la « surconsommation » en général ou encore aux « effets rebond » et aux questions de distribution de revenus en particulier. Prendre d’emblée le parti de la conception « forte » de la consommation durable permettrait, pour ces auteurs, de désigner les éléments cruciaux en termes de soutenabilité que sont par exemple le rôle des valeurs et les obstacles ou inerties à l’action politique réellement réformatrice des modes de consommation.

L’ensemble de ces débats est résumé dans les deux figuresci-dessous (Lazaric et Oltra, 2012). Dans la version faible, certains éléments du modèle de consommation sont impactés. Il s’agit ainsi de favoriser le changement decertaines formes d’habitudes et d’ancrer ces changements au niveau institutionnel (dans le système d’innovation ou à travers les outils de régulation du législateur -type affichage ou étiquetage environnemental)pour accélérer la diffusion deséco-innovations( cf. figure 1).Le législateur et les pouvoirs publics doivent mettre en place desmesures incitatives ou fiscalesfavorisant la diffusion des informations environnementales au grand public et favoriser leur accessibilité. Il s’agit donc de faciliter l’opportunité pour le consommateur de modifier ses pratiques habituelles et de l’inciter à le faire. Toutefois, il n’existe pas d’obligation de résultat et tout est laissé au « bon vouloir » et à l’appréciation de ce dernier qui peut mettre en œuvre ces changements selon son information, sa disposition motivationnelle et sa capacité à les implémenter.

Dans le modèle de consommation durable version forte, tous les niveaux sont modifiés (cf. figure 2). Il ne s’agitplus de changer à la marge que certaines pratiques habituelles mais aussi de revoir les besoins, les valeurs et les normes sociales pour que les institutions puissent aller dans le même sens que les changements individuels. On comprend bien que vu l’ampleur du changement, les décideurs publics peuvent se focaliser, dans un premier temps sur une version faible de la consommation durable. S’attaquer à tous les changements risque d’être une tâche peu aisée pour les décideurs publics, voire même impopulaire… En effet, la question des valeurs reste très sensible et doit être contournée de manière opportune pour arriver à faire évoluer ces dimensions sans heurter de plein fouet les groupes ménages réticents et indifférents à la variable environnementale….

Graphique 2 :Version faible de la CD



Source : notre recherche (Lazaric et Oltra, 2012).

Graphique 3 : Version forte de la CD



Source : notre recherche (Lazaric et Oltra, 2012).

2.6. Les résultats empiriques antérieurs et la méthodologie de notre questionnaire

Pour bâtir notre questionnaire, nous sommes partis du contenu des enquêtes réalisées en France et à l’étranger sur grande échelle (cf. tableau 1 ci-dessous) et portant sur la consommation durable.

Il ressort que seule l’enquête de l’OCDE réalise un bilan complet des pratiques habituelles en matière de tri, de l’énergie et du choix du mode de transport et de l’alimentation. Son contenu est loin d’être homogène vu l’ensemble des pays et des domaines couverts allant de la consommation stricto sensu à la demande. En effet, les questions vont du consentement à payer aux infrastructures en matière de déchet ou pour la qualité de l’air. Sa principale force est donc sa comparaison internationale. Ce qui permet de relativiser le comportement des français à l’aulne des pays de l’OCDE. Ainsi à titre d’exemple, on s’aperçoit que dans le domaine des produits alimentaires, 41% des français se déclarent rétifs à un paiement supplémentaire pour obtenir une alimentation organique dite « bio » alors qu’ils ne sont que 29% en moyenne dans l’ensemble des pays de l’OCDE. La France est le second pays après les Pays Bas à avoir un consentement à payer aussi faible !!!

Notre questionnaire reprend donc la méthodologie OCDE dans ces grands principes à l’exception de la qualité de l’air que nous n’avons pas inclus. Autre différence, nous nous sommes focalisés sur la dynamique du consommateur et nous n’avons pas rebouclé sur les infrastructures existantes. Ainsi nous ne sommes pas demandés s’il existait des infrastructures de collecte des déchets suffisantes dans les régions questionnées, ni s’il avait suffisamment de transport en commun dans la région observée. Cette dimension n’a pas été abordée au profit d’un  focus sur la dynamique et les contradictions du consommateur sans pour l’instant aborder les infrastructures à sa disposition. Ces données «offre » pourront être rajoutées par la suite au niveau régional, dans l’hypothèse où nous en aurions besoin. En effet, ces dimensions sont disponibles sur la base de données du ministère de l’environnement et elles peuvent être collectées pour comparer certains comportements régionaux, dans une prolongation ultérieure de cette recherche.

Au niveau des enquêtes du CREDOC, nous avons été particulièrement attentifs à la façon dont cet organisme définissait les dimensions de la consommation durable en demandant aux ménages comment ils définissaient la consommation durable selon plusieurs items proposés. Nous avons repris, par ailleurs, certaines questions en les adaptant pour mesurer la proportion des ménages qui envisageaient de consommer moins, et se rapprochaient ainsi de la consommation durable « version forte », et ceux qui pensaient que cette dimension n’était pas critique, la CDétant pour eux associée, tout d’abord, à un maintien de leur qualité de vie.

Au niveau des obstacles vers le « verdissement » des comportements, les ménages à titre individuel déclarent que la variable prix reste le principal frein. Quand on examine les achats alimentaires dans les différentes enquêtes, il ressort que l’achat de produit bio ou « respectueux de l’environnement » doit d’abord entrer dans leur quotidien. Il doit exister une certaine familiarité pour prendre l’habitude d’acheter ces produits « verts » et les repérer dans leur centre d’approvisionnement. Ainsi le manque de reflexe (cf. enquête Agence Bio 2011) et le fait que ces produits ne soient pas directement accessibles dans leur contexte habituel est le second élément, après la variable prix ( cf. cabinet Atefo). On voit bien derrière la variable prix, la dimension sociotechnique reste déterminante ainsi que l’apprentissage de nouvelles formes de consommation. L’enquête de Welsh et Kühling (2009) insiste sur l’aspect fidélité et apprentissage pour les produits alimentaires qui est un élément moteur pour commencer la consommation durable. Dansnotre questionnaire, nous avons retenu la dimension d’enchâssement des habitudes et le fait qu’une pratique puisse dépendred’une autre. C’est la dimension d’un groupe d’habitudes interdépendantes qui est leplus pertinent à tester. Nous n’avons pas retenu de creuser la dimension temporelle des habitudes, c’est-à-dire leur durée. Néanmoins nous avons voulu observer leur fréquence et leur potentielle régularité pour savoir si ces dernières étaient bien ancrées (les questions tri sont illustratives de cet ancrage potentiel et de cette régularité dans l’activation au quotidien de certaines pratiques).

L’émulation sociale et le groupe de référence sont des questions particulièrement pertinentes pour notre recherche. En effet, on observe que certains groupes de références diffusent de nouvelles pratiques habituelles aux autres membres du groupe (« les influents » dans l’enquête Eco baromètre). Par ailleurs, l’entourage social a une influence sur les individus et peut faire infléchir leur motivation intrinsèque, voire au cours du temps leurs valeurs. On retrouve ainsi la notion de « peer pressure » dans l’enquête de Lucas et al. (2009) et l’importance de l’entourage immédiat dans l’enquête allemande de Welsch et Kühling. Le fait d’être inséré dans un groupe ou dans un réseau aurait donc bel et bien une influence et un effet démonstration sur nos pratiques individuelles. Il s’agit là de la diffusion sociale des habitudes, chères à Veblen et à Franck. Cette notion d’entourage social a donc été retenue dans notre questionnaire pour expliquer l’importance de certaines pratiques. Il peut ainsi être renseigné en demandant les pratiques habituelles dans l’entourage immédiat. On peut ainsi mesurer le comportement par la densité relative des pratiques qui entourent l’individu. Le fait que le réseau social puisse avoir des comportements « verts » selon une certaine densité du réseau social (entre 20% et plus de 50% de personnes avoisinantes) n’est pas neutre sur les comportements individuels à travers la communication sur leurs pratiques, l’imitation ou la simple volonté de conformité sociale, pour certains individus. Il est clair que cette question critique a été prise en compte dans notre questionnaire et renvoie aux questionnements théoriques déjà évoqués par Buensdorf et Cordes (2009).

Enfin, la notion de statut social a été retenue pour tester les habitudes énergétiques en Allemagne Welsch et Kühling(2009). En clair, il s’agit de savoir si les motivations sont intrinsèquement environnementales ou si elles sont gouvernées par des motifs extrinsèques comme la nécessité d’obtenir un statut social. Il ressort que le regard des autres primes et l’obtention d’un certain statut social est déterminante, lors de l’équipement des ménages en énergies renouvelables. En fait, la visibilité de la consommation durable peut parfois outrepasser les seules motivations environnementales. Par ailleurs, les motivations d’achat « d’énergie électrique verte » ont un caractère moins ostentatoire, et correspondent le plus souvent à de véritables motivations intrinsèques et ne sont pas guidées par le seul motif de désirabilité sociale.

Tableau  : Les grandes enquêtes nationales et internationales sur la CD

Auteurs et ou Organisme

Nature de l’enquête CD

Variables renseignées

OCDE (2008 et 2011)

Qualité de l’eau, Consommation d’Energie,

choix du mode de transport personnel,

consommation de produits bio,

Production et recyclage des déchets

10 000 ménages dans l’ensemble des pays de l’OCDE

Consentement à payer pour les produits bio et l’énergie

Incidence de l’amélioration des infrastructures de transport

Variable tri en fonction de la disponibilité des infrastructures

ADEME (2008 - 2011)

Baromètre Attitudes et comportements des français en matière d’environnement

Enquête réalisée par IPSOS en 2008 et 2009 puis par le CREDOC sous la direction de S. Hoibianen 2010 et 2011

Développement durable

Consommation durable

Qualité de l’air

Qualité de l’eau

Attente des français en matière d’étiquetage environnement

2 024 ménages en France

Définition de la CD

Vision de la consommation durable selon les CSP

Vision de la CD selon la sensibilité environnementale

Agence bio (2011)

Baromètre de l’agence BIO

Enquête réalisée depuis 2003

Evolution des achats en matière de produits bio

995 Ménages en France

Principaux freins à l’achat des produits bio :

- 1) le prix et 2) le manque de réflexe

Léger fléchissement de la demande en 2011

Credoc (2009)

T. Mathe

Alimentation durable

5 biens alimentaires : Œuf, viande haricot vert, yaourt, jus de fruit

1000 ménages

10 entretiens qualitatifs avec analysé lexicale des représentations

Représentation dans l’achat et comportement des ménages

Critères d’achat (emballage, label bio…)

Habitude de consommation et valeurs creusées dans l’analyse lexicale

Eco baromètre 2010

Etude réalisée auprès des consommateurs éco responsables

1 130 répondants

questionnaire auto renseigné en ligne

Consommation responsable

Motivations des ménages en matière de produit « vert » prix variété et autres variables

Groupes de consommateurs notamment les influents (17 % du total)

Importance de l’entourage immédiat et de l’avis des internautes dans l’achat de tout type de bien (auto, alimentaire et autres biens)

D. Brécard et al (2012)

Consentement à payer pour les produits bio : fruit de mer

Distinction de 3 types de labels : label santé, label « éco », label commerce équitable

911 ménages en France

Consentement à payer dépend du type de label

Label santé :

Profil achetant plus âgé que la moyenne, femme mariée avec des enfants

Label «eco » et « fair trade»:

Population jeune, masculine et sensibles aux questions de pèches

Autre variable : altruisme et conscience environnementale

D. Brécard et al 2009

Enquête sur 5 000 ménages en

France, Danemark, Pays bas, et Italie (dont 1 030 ménages en France)

Déterminant de la demande « verte en matière de poisson

Caractéristique socio-économique du consommateur « vert » et des autres

Motivation pour le label

Motivation intrinsèque et quantité de l’information influence le choix final

Cabinet Atefo, Mouvement Vraiment Durable (2007)


Panel de 1 004 personnes, représentatif de la population.

Définition et perception dela cd


Ressorts psycho- socio de la cd

Motivations des ménages et capacité à faire évoluer leurs habitudes

Inertie des comportements et des habitudes

Importance des circuits de distribution et de l’offre disponible et nécessité de s’insérer dans le cadre habituel et routinier des ménages

Motivation limitée des ménages

Importance de la variable prix

Diamantopoulos, et al 2003

Variables socio démographiques pour le profil « vert »

1 697 ménages anglais

Mesure de la conscience environnementale et test des variables âge, sexe statut marital, niveau d’éducation et CSP

S. Lucas et al (2012)

Même données que l’enquête sur les fruits de mer de D. Brécard et la 2012

Test de Young et al 2010 («attitude/behaviour/ gap » )

Influence du Peer pressure sur la demande « verte »

Motivation intrinsèque et extrinsèque


H. Welsch et J Kühling

(2009)

Enquête sur les déterminants de la consommation pro-environnementale

494 individus testés sur la région d’Hanovre (Allemagne)

Test sur l’énergie et la consommation de produit bio en Allemagne

Biens habituels (alimentation) et achat de bien occasionnels (Energie renouvelable)

Importance de la notion d’imitation

Notion de groupe de référence : voisins, amis, et proches)

Test de la consommation passée sur la consommation actuelle (alimentation)

Test du statut social et de la consommation «ostentatoire » (énergie renouvelable)

Source : notre recherche
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