Facteurs de production et certification de la quinua sur l’altiplano bolivien








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C.Comment cultiver la quinua ?




1.Le calendrier agricole


Le cycle agricole de la quinua a une place importante dans le calendrier Aymara
(cf. Figure 1). L’itinéraire cultural s’étale sur trois ans. Pour les parcelles qui seront semées l’année suivante, l’opération de défriche a lieu pendant les mois de juin et de juillet. Ensuite vient la préparation du sol entre fin janvier et début mars (Lebonvallet, 2008), ou lors des premières pluies de février (FAUTAPO, 2009). Le semis a lieu lors des premières pluies d’août ou septembre (FAUTAPO, 2009), à la fin de la deuxième année. Il peut s’étaler jusqu’à octobre en cas de forte sécheresse (Lebonvallet, 2008) et même être retardé jusqu’à début décembre pour certaines variétés de cycles très courts (90jours) (Del Castillo et al., 2008). Un ou deux désherbages manuels rapides entre novembre et février s’avèrent parfois nécessaires, quand les pluies permettent aux graines de germer. Enfin, la récolte a lieu une fois que le grain est mûr (Lebonvallet, 2008). Elle commence souvent vers la fin du mois d’avril et se poursuit durant deux mois car la maturité des grains des parcelles est hétérogène (Del Castillo et al., 2008).

2.Les différentes opérations culturales



Les producteurs de Jatariy suivent le cahier de charges de l’agriculture biologique dont les différentes opérations culturales sont listées ci-dessous.

a)La défriche


Dans les zones de culture traditionnelle, la jachère peut avoir été suffisamment longue pour nécessiter une opération de défriche. Si c'est le cas, cette opération se fait en juin et juillet pour un semis l'année suivante. Il s’agit d’arracher la végétation qui pousse naturellement (thola, paja brava principalement) et/ou de la brûler. La matière organique arrachée et/ou les cendres sont laissées à se décomposer dans le sol pour constituer des nutriments. Les pluies de fin d'année participent à ce processus. Le défrichage peut aussi se faire au tracteur dans le cas d'une rotation longue en plaine. Si la période de rotation est courte (2 ou 3 ans), le défrichage n'est pas nécessaire avant le labour (Lebonvallet, 2008).





Illustration 13: Lamas dans les zones de culture
(A. Degaud, C. Royer, 2010)





Illustration 14: Les excréments de lamas sont l'engrais le plus courant pour la quinua (A. Degaud, C. Royer, 2010)


b)Le labour


Le labour est pratiqué pendant la saison des pluies pour éviter les pertes d'eau par évaporation de la terre retournée. Deux options existent : le labour par les outils traditionnels (la tankana, voir prochaine page de gauche) ou le labour mécanisé : utilisation d'une charrue tirée par un tracteur. Le labour traditionnel se fait principalement là où le tracteur n'est pas utilisable. Il consiste à nettoyer le sol des pierres et des gros débris végétaux, à préparer de larges trous dans le sol et parfois, à y enfouir du fumier. Le labour à la charrue peut travailler le sol à une profondeur de 40cm (Lebonvallet, 2008). La majorité des charrues rencontrées sur l'Altiplano sont des charrues à disques. Ce type de matériel est critiqué par la FAUTAPO pour les dommages causés aux sols. « Selon la production organique, il ne faudrait pas utiliser des disques pour labourer. Malheureusement, quasiment tous les tracteurs de l’altiplano sud en sont équipés, et son utilisation provoque la perte de sol par érosion éolienne (FAUTAPO, 2009) ». Cependant, selon différentes sources dont la FAO, le labour par des disques "produit généralement une qualité de labour moins intense et différente de la charrue à versoir mais qui est mieux adaptée aux conditions difficiles, telles que sols à racines, pierres et graviers"17. De plus, ces charrues sont plus adaptées aux sols arides de l'Altiplano18, et s'usent moins vite avec un risque moins important de casse19. L'utilisation de disques semble donc plus appropriée que l'utilisation de charrues à versoirs. Pour limiter l'érosion des sols, le mieux semble cependant de préparer les sols avec les outils traditionnels. Pour des raisons évidentes de temps et de facilité du travail, les agriculteurs utilisent tout de même le tracteur sur toutes les parcelles où cela est possible.

c)L’amendement organique


La quinua peut se contenter des résidus de la défriche en tant qu'engrais mais elle réagit très bien à l'incorporation de fumier de lama ou de mouton. De l'engrais animal est souvent mis pour pallier le manque de repos des parcelles, en accord avec le cahier des charges de l'agriculture biologique. Le fumier de mouton est réputé pour être plus fort et pour se dégrader plus lentement que celui de lama. Son utilisation est délicate car il peut brûler la plante. Le fumier de lama est souvent considéré comme le plus adapté pour la culture de la quinua.20 Actuellement, cette pratique est menacée car "l’utilisation d’engrais organique est limitée à cause de la réduction de l’exploitation de bétail dans cette zone (FAUTAPO, 2009)". Les agriculteurs préfèrent en effet dédier tout leur temps à la culture de la quinua, qui est bien plus rémunératrice que l'élevage de lamas21. Ce phénomène oblige parfois les

Nom de l’outil

Utilité dans la production de quinua

Tankana

Labour

Taquiza

Semis et labour manuel

Chela

Semis et labour manuel

Liukana

Semis et labour manuel

Picota

Débroussaillage de terres vierges

Pala (pelle)

Semis, labour ou mise d’engrais

Azadon (houe)

Désherbage, parfois récolte

Hoz (faucille)

Coupe ou moisson - récolte

Motosegadora (débroussailleuse à lame)

Coupe ou moisson - récolte

Huaktana

Tri de la quinua

Harrnero (tamis)

Séparation du grain des résidus





Illustration 15 : Outils agricoles traditionnels pour la production de quinua real dans l’Altiplano sud

(Fautapo, 2008).



agriculteurs ou les communautés à acheter des camions de fumier s’il n'est pas disponible sur place. Cette denrée semble en demande croissante et coûte cher aux producteurs. Dans le cas du labour mécanisé, le fumier est déchargé en tas sur la parcelle et réparti sur toute la surface avant le retournement de la terre. Pour la préparation du sol traditionnelle, le fumier est déposé dans les trous qui recevront les graines, si cet engrais est disponible4. Les fumiers de lama et de mouton sont parfois mis en tas au bord des parcelles pour commencer leur décomposition avant des les intégrer dans le sol22. Selon la FAUTAPO, les agriculteurs sont mal informés sur les avantages de l'utilisation d'engrais organique et ses méthodes d’application.

d)Le semis et le choix de la semence


Les parcelles semées par année sont souvent réparties à plusieurs endroits, en plaine et en montagne, à plusieurs kilomètres de distance. Cette pratique a pour but de limiter les effets d'accidents localisés comme la grêle, les gelées ou les attaques de ravageurs. Le semis est une opération délicate qui a lieu à partir de fin août jusqu'à début octobre en cas de sécheresse et de variétés à cycle court. Il faut que le sol soit suffisamment humide pour faire débuter le développement de la graine. Lorsque l'opération se fait manuellement, un trou de 10 à 30 cm est creusé pour atteindre l'humidité du sol. L'outil utilisé pour cela est la taquiza, outil traditionnel constitué d'une pièce de métal (anciennement d'une pierre) de forme allongée et au bout arrondi, ligaturée à un bâton23. Un autre outil construit de la même manière mais qui ressemble plus à une houe est la liukana24. La quantité de graines mise dans le trou varie selon les milieux et les conditions : environ 15 en montagne humide et jusqu'à 50 en pleine sèche (Lebonvallet, 2008). Les graines sont ensuite recouvertes de terre humide, légèrement tassée, pour qu’elles adhèrent à la terre. Des branches de buissons épineux ou des herbes sèches sont rajoutées par-dessus pour empêcher les ravageurs d’avoir accès à la graine fraîchement semée. Lorsque le terrain le permet, un semoir muni d'un soc et attelé au tracteur est utilisé. Ce matériel ouvre des sillons dans lesquels sont disposés des groupes de graines avant qu'un versoir ne vienne les recouvrir de terre1. Selon nos observations sur le terrain, les semoirs présentent l'inconvénient de mettre beaucoup de graines par trou, ce qui est préjudiciable si la levée est importante. En effet, si toutes les graines donnent un plant, les différents plants vont se faire concurrence pour l’eau et les nutriments: ils grandiront donc moins. Selon les auteurs, la densité de semis est de 5 à 10 kg1 ou 10 à 15 kg25 de graines par hectare. Les agriculteurs de Jatariy sèment souvent plusieurs écotypes différents par année et par parcelle.

Pisankalla Real blanca Pandela rosada Utusalla Amarillo Toledo Hilo blanco





Illustration 16: Quelques variétés de quinua utilisées dans la zone de l’Altiplano Sud

(Source Fautapo, 2008)




Illustration 17: Nandous dans le parc national de SAJAMA
(A. Degaud, C. Royer, 2010)



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Cette pratique semble généralisée. On voit ainsi peu de champs unis pendant la maturation mais plutôt une variation de couleur d’épis, du vert au rouge en passant par le jaune. Pour certaines entreprises, ce mélange est un problème (FAUTAPO, 2009). Pour Jatariy, peu importe la couleur de la saponine tant que les couleurs de la graine sont peu mélangées. Aussi, les différences d'écotypes peuvent entraîner des différences de taille des grains, plus ou moins gênantes pour les entreprises26. L’avantage des mélanges est de limiter les pertes en cas de mauvaises conditions climatiques (gel, grêle, attaque de ravageurs localisée…). Par exemple, en cas de gel précoce, une parcelle présentant un seul écotype risque d’être entièrement détruite, tandis qu’une parcelle présentant une partie des écotypes résistante au gel, limitera ses pertes. Les grandes plantes protègent les petites du gel (Mujica, 2001). Une multitude d’écotypes de la quinua Real destinées à l’exportation sont cultivées. Les variétés les plus courantes que nous avons rencontrés sont la Real blanca, la Pisankalla, la Pandela, le toledo, la Utusalla, la Toledo amarillo, entres autres. Pour ce qui est de l'origine des semences, "Il est recommandé [par la FAUTAPO] de réaliser la sélection artisanale de semences qui consiste en la sélection de panojas remarquables avec des grands grains, couleur et maturation uniformes." D'après nos observations, les achats de semence sont rarement pratiqués dans la zone d’étude. D’après une étude basée sur les entretiens de 98 producteurs de l’Altiplano bolivien, 96% des producteurs de la vallée interandine et de la région des salars utiliseraient des semences issues de leur propre récolte, contre 69% et 59% pour des producteurs de l’Altiplano nord et centre (Del Castillo et al., 2006 ; Del Castillo et al. 2002-2003). Les meilleures panicules sont conservées pour servir de semences l'année suivante.

e)Ravageurs et modes de contrôle


Les principaux ravageurs de la quinua sont les papillons, les ruminants (vigognes), les oiseaux (autruches, perdrix) et les rongeurs (lièvres, rats). Ces animaux sauvages sont devenus des ravageurs importants à cause de l’extension de la surface cultivée sur les surfaces autrefois sauvages (plaines) d’après la FAUTAPO. Pour Cesin Curi, les ravageurs ont toujours été présents mais ils étaient faciles à contrôler sur des petites surfaces (ramassage des chenilles et larves à la main). Avec la massification des cultures, ces insectes sont devenus plus difficiles à contrôler. Pour lui, expliquer la multiplication des ravageurs par l’extension de la culture en plaine est un argument pour revenir à une agriculture de subsistance, ce qui lui parait absurde dans l’état actuel du marché de la quinua. Tous les paysans veulent produire de la quinua.
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Les ravageurs qui semblent le plus nuire à la quinua sont les larves de papillons et les larves de mites. Tout d’abord, les espèces de larves des papillons "ticonas" (groupe des noctuidés) identifiées dans la quinua sont : Copitarsia incommoda (ou turbata27), Helicoperva gelotopoeon et Dargida acanthus (Eric-Schaffer). A l’état larvaire, ces chenilles sont grises, vertes clair ou bleues foncé et s’alimentent de jeunes plantules, en détruisant les feuilles apicales et les panicules en formation. A l’état adulte, ce sont des papillons nocturnes de couleur brun grisé avec de petites tâches sombres ou claires.

On trouve aussi dans les plantes les larves de la mite de la quinua ("Polilla de la quinua" : Eurysacca melanocampta où Eurysacca quinoae Povolny), appelées "Kcona Kconas". Ce sont de petites chenilles blanches à tête noire qui deviennent jaune-vertes à marron en grandissant. Les adultes sont des mites de couleur grise à jaune. Il y a deux générations par an. La première génération de chenilles attaque les feuilles et les panicules en formation, la deuxième se nourrit des grains en maturation (Mujica, 2001). L’introduction de la machine agricole a facilité la propagation dans le sous-sol des larves (FAUTAPO, 2009). Pour contrer ces deux principaux insectes, de grandes quantités d'insecticides organophosphorés ont été données aux organisations syndicales paysannes, qui les ont répartis sans la moindre formation aux producteurs. Les doses préconisées ont été largement dépassées, avec apparition de résistances et dommages notables sur l'environnement. Après s'être rendu compte de ces dommages, des entreprises comme ANAPQUI et des institutions boliviennes comme le "Programa de Autodesarollo Campesino (PAC) ou l'"Instituto Boliviano de Tecnologia Agropecuria (IBTA)" ont recommandé l'utilisation de pyrèthroïdes synthétiques entre les années 1996 et 2004. Les noms commerciaux de ces produits sont notamment le Karate, l'Ambusch, la Politrin, la Cipertrin et la Nurelle. Dans ce cas là encore, les producteurs augmentaient la dose de produit à diluer au détriment de l'environnement. A partir de 1992, l'application des normes de production biologique a poussé à l'utilisation d'extrait de pyrèthre et de plantes locales ou non. Les prix plus élevés pour la quinua du marché biologique ont justifié ces changements de pratiques (FAUTAPO, 2009).
Aujourd'hui, les deux principaux moyens de contrôle biologique de ces insectes sont les insecticides naturels et les pièges à papillons. Le pyrèthre naturel ou des préparations à base d'extraits de plantes locales (muña, orin, nurelli, tholla, parfois additionnés avec de l'ail et du fumier) peuvent être pulvérisés à différents moments de la croissance de la plante. Des pièges à lumière ou à phéromones peuvent être installés sur les parcelles. D’après les entretiens réalisés, ces pièges à lumière sont efficaces mais il en faut un nombre important pour couvrir toutes les parcelles.
Il faudrait que la gestion s’organise au niveau communal pour ne pas laisser de zones de répit aux papillons (FAUTAPO, 2009). A Jatariy, les pièges à phéromones posent problème car l’origine de ces substances est incertaine. En effet, si cette origine est floue, la certification en agriculture biologique peut être suspendue. D'autres méthodes peuvent aussi être utilisées : faire des feux de nuit sur les parcelles qui attirent les papillons qui s'y brûlent, ou alors allumer les phares d'une voiture, sous lesquels des bassines d’eau additionnées de détergent ou d’essence réceptionnent des papillons qui s’y noient. Pour contrer les dommages dus aux oiseaux, des épouvantails se trouvent quelquefois sur les parcelles. Des barrières de barbelés sont parfois disposées autour des parcelles de plaine pour les protéger des vigognes et des lamas non surveillés. Des bandes de plastique, de tissus ou de papier peuvent être accrochées à ces barrières car elles effraient les animaux en s'agitant avec le vent. Pour tuer les rongeurs, il existe aussi des "pièges à eau", où ces animaux se noient après avoir été attirés par de la nourriture28.

Les variétés de quinua ne sont pas toutes résistantes au mildiou (Peronospora farinosa) qui est la seule maladie à laquelle la bibliographie fait référence. Les conditions climatiques sèches de l'Altiplano sud rendent son apparition anecdotique29.

f)Récolte


La récolte de la quinua sur l’Altiplano Sud se fait soit par déracinement de la plante pour 57%30 des producteurs, soit par coupe manuelle de la plante pour 42%31 des producteurs ou quelquefois avec une débrousailleuse à lame pour les 2%32 restants. La pratique traditionnelle consiste à arracher la plante du sol. Les plants possédant des panicules matures sont récoltés en premier. En moyenne, trois passages alternés d’une semaine sont nécessaires pour récolter tous les plants. La maturité des plants de la parcelle est en effet hétérogène, conséquence de l’utilisation de semences mélangées. Une fois arrachés, les plants sont secoués sur les genoux pour enlever la terre et les cailloux des racines. La plante étant entièrement extraite du sol, il ne reste pas de déchets végétaux pouvant jouer le rôle d’amendement organique. En outre, la terre se mélange aux graines. Cette pratique à l’avantage d’être plus rapide que la méthode de la coupe et ne demande aucun outil. Selon les recommandations de l’agriculture biologiques, les producteurs sont incités à couper à 10 à 15 cm du sol les plants à l’aide d’une faucille, d’une houe ou d’une débroussailleuse à lame. Les racines restent donc dans le sol, ce qui participe à la conservation de sa fertilité, de sa structure et limite le mélange de la terre avec les graines. Seul inconvénient, la perte

de graines lors de la coupe est plus forte que lors du déracinement de la plante (FAUTAPO, 2009). Pendant les récoltes auxquelles nous avons assistées, une petite serpe dentelée est utilisée pour couper les tiges si le sol est dur. Si le sol est meuble, l'arrachage est souvent préféré. Les plantes sont mises en gerbes et laissées à sécher sur le champ en tas ou en arcos (rassemblements organisés d’épis) de 1 à 2 semaines33, jusqu’à 5 semaines suivant le taux d’humidité, et regroupés ou non par variété (selon la quantité, le temps et la main-d’œuvre disponibles).

g)Rendements


Selon Diotimo Mamani, technicien à Jatariy, les rendements moyens obtenus dans l’entreprise sont de 20 à 25qq/ha (environ 1t/ha) en serranía et 15-20qq/ha (environ 0,6t à 0,9t/ha) en pampa. Sur l’Altiplano, la moyenne serait seulement de 0,6t/ha (FAO, 2009 ; Del Castillo et al., 2008).

h)Post-récolte : Tri/Ventilation/Stockage


Le tri en montagne est une des tâches les plus difficiles de la production de la quinua. Il convient de préparer la « takta », plateforme d’argile, d’eau et de jipi (paille). Certains agriculteurs utilisent une bâche sur laquelle ils réalisent la séparation des grains avec un bâton nommé huaktana. Avec cette pratique manuelle, la quantité triée par jour par un agriculteur est faible : 1,5qq/jour34. Le tri en coteaux ou en plaine se fait à l’aide d’un engin motorisé (tracteurs, camions, 4x4) et de 6 à 8 personnes. Comme précédemment, il faut une takta ou une bâche sur laquelle sont étalées les gerbes de quinua en deux colonnes parallèles suivant l’écartement des roues du véhicule. Les panojas (panicules) sont orientées vers l’intérieur. Le véhicule sépare les grains par plusieurs passages consécutifs sur les panojas. Cette méthode permet d’obtenir 10qq en 55min35. Les gaz d'échappement des véhicules se retrouvent souvent en contact avec la quinua disposée au sol. Cet inconvénient est toléré par les organismes certificateurs car la composition du grain ne serait pas modifiée. Ces impuretés se fixeraient uniquement sur la saponine, qui est ensuite retirée avant la consommation36. Une fois la séparation des grains effectuée, il faut ventiler les grains soit à la main avec une assiette, méthode traditionnelle, soit à l’aide d’une ventileuse. Plusieurs sortes de ventileuses existent, mais la plus utilisée à Jatariy reste la « trilladora herrandina » (cf. illustration 70). L’objectif est de réduire la présence d’impuretés pour les entreprises transformatrices de quinua. La méthode traditionnelle de tri nécessite la présence de vent et beaucoup de patience. Cette tâche est souvent réalisée par les femmes (FAUTAPO, 2009).

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Le stockage de la récolte par les producteurs se fait souvent de manière peu appropriée. Ils utilisent souvent des sacs de polypropylène, parfois même des sacs de soja avec le risque qu’ils soient OGM. Il faudrait garder la quinua dans des sacs destinés aux produits alimentaires, entreposée dans un local salubre, protégé de tous risques de contamination (rongeurs, mauvaises odeurs…), car la quinua absorberait les odeurs37.

3.Comparaison avec l’agriculture conventionnelle



D’après Cesin Curi, la différence entre la quinua conventionnelle et la quinua biologique est surtout liée au fait que la quinua biologique est certifiée et que l’autre ne l’est pas. Pour pouvoir importer de la quinua, les clients à l’international demandent une certification par des organismes certificateurs comme Bolicert, Ecocert ou Biolatina. La quinua qui part illégalement au Pérou est cultivée aussi de manière biologique, mais ne comprend aucune garantie de traçabilité du produit. Dans les années 80, les paysans utilisaient de grandes quantités de pesticides sur les parcelles de quinua. Depuis, ils ont constaté les dommages sur les sols et sur l’eau et ont quasiment arrêté l’utilisation de ces produits. La grande majorité de la quinua produite sur l’Altiplano serait donc produite de manière biologique38. On ne peut donc pas comparer les rendements entre agriculture biologique et conventionnelle dans ce cas là car les techniques sont probablement les mêmes.

4.Trois systèmes de production en fonction de la typographie.





  • La production en montagne (14% des parcelles)

Les sols de montagne sont caractérisés par des fortes pentes, des sols pierreux, un haut contenu en limon qui rend ce sol plus fertile par rapport à d’autres sols. Toutes les opérations se font à la main du semis à la récolte. La mécanisation, si elle est tentée, a pour effet de favoriser l’érosion hydrique. Les sols cultivés en montagne restent fertiles grâce un repos des terres suffisant et par une gestion des zones de semis au niveau communal. Quand les sols d’une zone ont été exploités sur une longue période, il y a un transfert à une autre zone afin qu’ils puissent retrouver leur fertilité et leur végétation primitive (FAUTAPO, 2009).


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  • La production en coteaux (17% des parcelles)

En coteaux, la préparation du sol est mécanisée. Le semis et le tri sont manuels si la pente est forte ou mécanisés dans le cas contraire. La récolte est manuelle, la ventilation est manuelle ou à la ventileuse. Les ravageurs ont proliféré ces dernières années et leur contrôle se fait par fumigation (FAUTAPO, 2009).


  • La production en plaine (69% des parcelles)

La surface cultivée en plaine a fortement augmenté dans les années 1980 avec l’arrivée du tracteur. En plaine, la préparation du sol et le semis sont mécanisés. Le contrôle des nombreux ravageurs est fait par fumigation. Le tri est semi-mécanisé et la ventilation est faite à l’aide de ventileuses (FAUTAPO, 2009).
La distinction entre les trois étages écologiques montagne, coteaux, plaine correspondent aux termes serranía, ladera et pampa pour Jatariy avec une prise en compte prioritaires des pratiques agricoles dans leur politique des prix. Par exemple, si une parcelle est cultivée à la main en plaine, elle sera payée comme une production de serranía.

5.Evolution des techniques depuis les années 1970



La quinua est parfois cultivée de façon similaire depuis l’époque Inca, et la tradition perdure. Toutefois, depuis les 1970, avec l’arrivée de la technologie, les producteurs de quinua ont adopté de nouvelles techniques. L’amendement organique avec de l’engrais de lama et de mouton n’est pratiqué que depuis les années 1990. En 2005, il est pratiqué à moins de 35%. Le labour au tracteur n’est pratiqué que depuis les années 1980, et il semblerait que cette pratique soit en diminution (FAUTAPO, 2009), mais nous ne l’avons pas constaté sur le terrain. L’utilisation du tracteur et la nécessité d’apport de la matière organique sont liés. En effet, lors des entretiens que nous avons réalisés, les producteurs faisaient la corrélation entre l’utilisation du tracteur qui favorise l’appauvrissement du sol et la nécessité d’apporter des nutriments dans le sol sous la forme de fumier. Comme nous l’avons déjà vu, traditionnellement, la récolte se faisait uniquement par arrachement de la plante. Toutefois, depuis les années 1990, la récolte se fait aussi par coupe du plant de quinua à la serpette (FAUTAPO, 2009).

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