Leçon 1 17 novembre 1954








télécharger 6.57 Mb.
titreLeçon 1 17 novembre 1954
page9/75
date de publication19.10.2016
taille6.57 Mb.
typeLeçon
b.21-bal.com > documents > Leçon
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   75
groupe pèremère, avec à l’intérieur de cela tous les problèmes

que cela comportera quant à la signification

de chacune de ces deux expériences.
Je dirai que pour bien faire sentir à quel point nous avons en effet toujours à lutter contre cette sorte de fausse évidence dans l’expérience analytique, qui est là bien saisie sur le vif, je dirai simplement que quelque chose issu d’une expérience, qui n’a pas été longue à suivre…
Ah, le voilà celui qui est en cause !

Il s’agissait, PERRIER, de votre intervention pour ramener la famille à la solide réalité de l’expérience de l’enfant, et dont je montrais qu’elle était quelque chose qui a toute sa portée.
Je rappelle ce point que vous aviez manifesté, de rappeler le centre de ce qu’on pourrait appeler notre expérience analytique, celle qui fait que chaque individu est un enfant, et que comme telle la famille de toute façon tient du relativisme, du conventionnalisme,

du symbolisme qui la fondent, le système d’échange sur lequel nous avons mis l’accent dans la perspective non analytique.

Je voulais montrer combien…

quelles qu’aient été exactement vos

intentions au moment où vous l’avez fait

…c’est quelque chose qui déjà en soi–même montre le penchant de l’esprit à ramener à un certain centrage d’expérience individuelle, psychologique, ce qui est l’expérience analytique elle–même.
Et je vais vous montrer la différence de point

de vue, en vous disant…

je commençais à le dire tout à l’heure

…que pas plus tard que le lendemain, au groupement qu’on appelle contrôle, nous étions en présence

de quelque chose comme ceci.
Un sujet rêvait précisément d’un enfant, tout à fait dans son stade d’impuissance, couché sur le dos, comme une petite tortue renversée et agitant

ses quatre membres, stade tout à fait primitif

du nourrisson. Il rêvait de cet enfant.
Tout de suite, pour certaines raisons, j’étais amené à dire à la personne qui me rapportait ce rêve :
« Cet enfant, c’est le sujet. Il n’y a aucun doute. »
Vous verrez dans la suite qu’il y avait des raisons pour cela, et il y avait un second rêve…

après tout ce n’était pas donné que ce fût le sujet …il y avait un second rêve qui l’éclairait merveilleusement sur tous les points.
Donc, un sujet rêve d’un enfant, image isolée.

Je dis à la personne qui rapporte ce rêve :
« Cet enfant, c’est le sujet. »
Ce qui vient ensuite c’est un autre rêve,

qui m’est rapporté, qui confirme cette imagerie, comme représentant le sujet. Comment le confirme–t–il ?
En ceci, c’est un rêve où la personne du rêveur

se baigne dans une mer, qui a des caractéristiques très spéciales.
Disons…

pour donner tout de suite les associations contexte imaginaires et verbales

… que cette mer est composée de telle sorte

que ce soit en même temps le divan de l’analyste,

les coussins de la voiture de l’analyste, et en même temps, bien entendu, la mère, et que sur cette mer soient inscrits des chiffres qui se rapportent d’une façon absolument manifeste à la date de naissance

et à l’âge du sujet.
On ne peut rien voir de plus clair.
Mais quel est l’arrière–plan de tout ceci ?
Dans le cas précis, c’est le fait que le sujet

est engagé dans une situation vitale, où il semble fantasmer une paternité imaginaire de sa part,

et que déjà au cours de notre élucidation du cas antérieurement, nous avons remarqué que si le sujet est si préoccupé de la paternité qu’il peut avoir,

à se sentir responsable vis–à–vis d’un enfant qui va naître, cette situation vitale où il est, et qui se présente d’une façon tellement ambiguë qu’à la vérité

il ne peut pas ne pas venir à l’esprit que le sujet doit avoir pour cela de profonds motifs.
Car la réalité laisse la chose extrêmement trouble, c’est qu’en effet le sujet reproduit dans une sorte d’anxiété subdélirante…

à propos de ses responsabilités de géniteur

…quelque chose qui est une question absolument profonde, pour lui, à savoir est–il, oui ou non,

lui–même un enfant légitime ?
C’est dans la mesure donc où déjà l’analyste

a fait cette simple remarque au sujet :
« C’est de toi qu’il s’agit dans cette histoire. »
que le sujet sort ce rêve où est sous–jacent ceci :
« Ne suisje pas, après tout, votre enfant, à vous, l’analyste ? »
Vous voyez donc à quel point là ce qui est mis en relief ça n’est pas, comme on a toujours tendance

à le croire, la situation en quelque sorte concrète, affective, de dépendance d’enfant par rapport à des adultes, toujours supposés plus ou moins parentaux

ou paternels, mais c’est à la deuxième puissance

que le problème là se pose, à savoir :
« Où est ma vraie famille ?

Qu’estce que je sais ?

Non pas en tant qu’enfant plus ou moins dépendant, mais en tant qu’enfant reconnu

ou pas reconnu, ayant, oui ou non, le droit de porter mon nom d’enfant d’un tel ? »
En d’autres termes, c’est précisément sur le plan

de l’assomption symbolique de son propre destin, c’est–à–dire de son destin dans tout un registre de relations déjà elles–mêmes portées au degré du symbolisme, que se pose le cas, dans le cas qui pose ce problème dont je vous parle.
Est–ce que vous suivez bien ce que je veux dire ?
Je ne dirai pas que toujours tout se poursuit dans le dialogue analytique à ce même niveau, mais dites–vous que c’est là le niveau essentiellement analytique.
Et vous touchez du doigt une expérience qui est celle de l’autobiographie, le récit de la vie.
De très nombreux enfants ont le fantasme d’avoir

une autre famille, d’être l’enfant d’autres gens

que ceux qui sont ceux qui s’occupent de lui,

de son nourrissage et qui prennent soin de lui.
C’est extrêmement fréquent, et je dirai une phase typique normale du développement de l’enfant.

Vous avez là quelque chose qui porte toutes sortes

de rejetons dans l’expérience. De toute façon

il n’est pas permis de le négliger, même en dehors

de l’expérience analytique.
Alors qu’est–ce en somme – c’est là où je veux en venir – que l’analyse des résistances ?

L’analyse des résistances, ça n’est pas…

comme on tend sinon à le dire, à le formuler,

et on le formule, je vous en donnerais bien des exemples, mais beaucoup plus à le pratiquer,


  • ça n’est pas intervenir auprès du sujet pour qu’il prenne conscience de la façon dont ses attachements, ses préjugés, l’équilibre de son moi, l’empêchent de voir,




  • l’analyse des résistances n’est pas une persuasion, bien vite d’ailleurs débouchant dans la suggestion,




  • ça n’est pas de renforcer, comme on dit, le moi du sujet, ou de s’en faire comme on dit, de « la partie saine du moi » un allié.




  • Ce n’est donc pas de porter le dialogue sur le fait qu’il y a à le convaincre de quelque chose.


C’est de savoir à quel niveau précis…

à chaque moment où vous est apporté le texte

ou ce qu’on appelle improprement le matériel

…c’est de savoir à quel niveau…

à chaque moment de cette relation analytique

…doit être apportée la réponse.
Il est possible qu’à certains moments elle doive être apportée au niveau du moi, cette réponse. Mais vous voyez bien que là, dans le cas que je vous dis,

ce dont il s’agissait était de faire comprendre

au sujet qu’il pose une question qui ne se réfère pas tellement à ce qui peut pour lui être éprouvé…

résulter de tel ou tel sevrage, de tel ou tel abandon, de tel ou tel manque, si on peut dire vital d’amour ou d’affection

…que de savoir qu’à ce moment ce qu’il exprime

bien malgré lui à travers toute sa conduite, c’est essentiellement son histoire en tant qu’il la méconnaît, en tant qu’il cherche obscurément à la reconnaître, en tant que sa vie est orientée par une problématique qui n’est pas tellement celle de son vécu, que celle de ce que son histoire signifie, de ce que signifie, à proprement parler, son destin.

Ceci est important parce qu’en fin de compte :


  • si le symptôme analytique est ce que je vous dis, parce que c’est écrit en toutes lettres dans notre expérience,




  • si le symptôme est lié à ce niveau de la parole, matrice de cette part méconnue du sujet, qui n’est pas le niveau seulement de son expérience individuelle, mais qui est intégrée à tout un texte historique qui fait que ça n’est pas tellement de lui qu’il s’agit, mais de quelque chose qui est entre lui et d’autres,

et même tellement entre lui et d’autres que c’est à cause de cette parole qu’il y a lui et qu’il y a les autres.
Si c’est de cela qu’il s’agit, il est bien certain que le symptôme du sujet cédera en tant que l’intervention est portée à ce niveau, à ce niveau décentré, et non pas au niveau d’une reconstitution plus ou moins forgée d’avance, préfabriquée, au moyen de notre savoir,

de nos idées théoriques, sur le développement,

disons normal, normatif de l’individu.
À savoir de ce qui lui aura manqué, ou de la façon dont il aura réagi à telle ou telle étape, et de ce qu’il doit apprendre à subir de frustrations, par exemple.
C’est l’un ou l’autre, il s’agit de savoir :

  • si un symptôme se résout sur un registre,

  • ou se résout sur un autre.


La chose est d’autant plus problématique qu’il est bien certain que l’action que nous portons sur le plan de ce dialogue intermoïque, de cette normalisation ou normativation selon certains modèles de développement ne sera pas sans avoir certains retentissements

et peut–être dans certains cas – pourquoi pas ? – psychothérapeutique ?
Car on a fait toujours une psychothérapie, et la psychothérapie qu’on a commencé à faire, ça a toujours été

sans très bien savoir ce qu’on faisait,

mais assurément en faisant intervenir la fonction de la parole.
Mais cette fonction de la parole, il s’agit de savoir :


  • si elle est, oui ou non, dans l’analyse subjective,



  • c’est–à–dire si elle exerce son action par quelque chose qui est toujours une substitution de l’autorité, c’est–à–dire de l’analyste au moi du sujet,



  • si l’ordre découvert, instauré, inventé par FREUD prouve que la réalité axiale du sujet n’est justement pas dans son moi, mais ailleurs ?


Le fait d’intervenir en se substituant en somme au moi du sujet

ce qui est toujours ce qui se fait dans un certain mode de pratique de l’analyse des résistances

…est une suggestion et n’est pas de l’analyse.
Ceci doit tout de même avoir des sanctions,

à savoir que le symptôme, quel qu’il soit, n’est pas proprement résolu quand l’analyse n’est pas pratiquée avec cette mise au premier plan de l’action de l’analyste de savoir :


  • où doit porter son intervention,

  • où est essentiellement l’intervention analytique,

  • le point du sujet, si je puis dire, qu’il doit viser.


Je vais pas à pas.
Je crois avoir suffisamment accentué au cours de ces mois, voire de ces années qui précèdent, ce que j’ai voulu dire en disant que l’inconscient c’est exactement ce sujet inconnu du moi, méconnu par le moi, ce point du sujet, ou son être humain à proprement parler,

der Kern unseres Wesen [ le noyau de notre être ], écrit quelque part FREUD.
Dans le chapitre de la Traumdeutung sur le procès du rêve

dont je vous ai prié de prendre

connaissance, d’aborder la lecture

…quand FREUD parle du processus primaire, il entend bien parler de quelque chose qui a un sens ontologique,

il l’appelle le noyau de notre être.
Eh bien, si le noyau de notre être ne coïncide pas avec le moi

et si c’est cela le sens de l’expérience analytique, si une fois que nous l’avons appréhendé,

si autour de toute une expérience s’est organisée

et a déposé toutes ses strates de savoir

qui sont celles qui actuellement sont enseignées :

cela nous a permis de voir et de mieux voir…

car cela est un point essentiel

…ça a révélé sa fécondité, a permis de comprendre dans le développement des choses, qui étaient

tout à fait masquées.
Croyez–vous qu’il suffise de s’en tenir là,

de dire  qu’un certain « Je », qui est le « Je »

du sujet inconscient, « ce « Je » n’est pas moi » ?
Cela suffit si peu que quand vous avez dit cela, rien…

pour vous qui pensez

spontanément, si l’on peut dire

…n’implique la réciproque, car les choses sont telles qu’une fois que, même si vous avez compris,

vous ne pensez normalement qu’une chose :


  • c’est que ce « Je » c’est le vrai moi,



  • c’est–à–dire qu’en fin de compte le moi n’est qu’une des apparences, une des formes incomplètes, une forme erronée de ce « Je ».


C’est–à–dire que ce décentrage, qui est essentiel pour la découverte freudienne, vous l’avez fait,

mais aussitôt…

exactement comme le regard qui est la proie

d’une diplopie quelconque, si nous la faisions artificielle cette diplopie, expérience bien connue des oculistes : mettons deux images très proches l’une de l’autre et près de se recouvrir, grâce à une certaine loucherie il arrivera qu’elles n’en feront qu’une, si elles sont assez rapprochées

…vous faites rentrer le moi dans ce « Je » découvert, c’est–à–dire que vous restaurez l’unité.
C’est exactement ce qui s’est passé dans l’analyse

à partir du jour où, s’apercevant que…

pour une raison qui restera

rétrospectivement à élucider

…ce qui était la première fécondité de la découverte analytique s’épuisait

dans la pratique, on est revenu à ce qu’on appelle « l’analyse du moi », prétendant y trouver l’exact envers de ce qu’il s’agissait

si on peut dire – de démontrer au sujet.
Car on en était déjà au puzzle au plan de la démonstration.

Et en pensant que purement et simplement en analysant le moi on trouvait, en quelque sorte, l’envers de ce qu’il y avait à faire comprendre, eh bien on opérait quelque chose qui est exactement de l’ordre de cette réduction dont je vous parle de deux images différentes en une seule, une sorte de point d’unité.
Et ce qui est important à mettre en relief maintenant n’est pas seulement que le vrai « Je » n’est pas moi, c’est que le fait qu’il y ait ce moi :


  • ça n’est pas seulement une erreur de ce « Je »,

  • ça n’est pas un point de vue partiel dont une simple prise de conscience suffirait à élargir la perspective assez pour que la réalité qu’il s’agit d’atteindre dans l’expérience analytique se donne et se découvre.


Il faut en quelque sorte que
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   75

similaire:

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon I 18 novembre 1953

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 1 18 novembre
«Tout se ramène à des forces physiques, celles de l'attraction et de la répulsion.»

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 21 05 Juin 1963 Leçon 22 12 Juin 1963 Leçon 23 19 Juin 1963...

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 21 17 Mai 1961 Paul Claudel : Trilogie Leçon 22 24 Mai 1961...
«De l’amour». Trad. Léon robin ( texte grec et trad. Fr.) Notice pp 13–129, texte pp 130–313

Leçon 1 17 novembre 1954 iconActivité 23 : Sexualité et bases biologiques du plaisir
«centres du plaisir», sont répartis en différents endroits du système limbique (Olds et Milner, 1954)

Leçon 1 17 novembre 1954 iconManuel intitulé «libertés publiques»
«libertés publiques» du professeur Jean Rivero en 1973. Elle a été introduite en 1954 dans les universités de droit

Leçon 1 17 novembre 1954 iconSynthèse de l’Ummocat de Darnaude
«Diez Minutos» du 13 février 1954 consacre 2 pages à l’affaire de la main coupée. Les n° 129 et 130 (20 février) de la même revue...

Leçon 1 17 novembre 1954 iconSynthèse de l’UmmoCat de Ignacio Darnaude
«Diez Minutos» du 13 février 1954 consacre 2 pages à l’affaire de la main coupée. Les n° 129 et 130 (20 février) de la même revue...

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 1A Ça va?

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 1A Ça va?








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com