Leçon 1 17 novembre 1954








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gestalten tendent toujours à se ramener.

Dans la machine, nous ne produisons jamais un effet fondé sur une simplicité semblable, c’est toujours par la plus extrême des compositions, et cette fois dans cet ordre la plus artificielle, c’est–à–dire dans un balayage, par la machine, un balayage ponctuel de l’espace, ce qu’on appelle un scanning, qu’on recompose

par des formules correspondantes qui deviennent dès lors extrêmement compliquées

…ce qu’on pourrait appeler « la sensibilité » de la machine à une forme particulière.
En d’autres termes, les bonnes formes ne sont pas ce qui donne pour la machine les formules les plus simples.

Vous y êtes ? En quelque sorte déjà suffisamment

par là est indiqué dans l’expérience, l’opposition des versants entre l’imaginaire et le réel.

Jean–Paul VALABREGA
Je me suis mal fait comprendre dans ma question.

Le débat que vous avez évoqué, relatif aux origines des mathématiques, entre intuitionnistes et

non intuitionnistes, et rationalistes, est un débat certainement intéressant. Il est ancien, et il est latéral par rapport à la question que je pose.

Parce que la question que je pose a trait à la notion

et non pas à la perception d’un triangle ou d’un rond. C’est l’aboutissement qu’il y a dans la notion même de triangularité, par exemple, que je vise, moi.
LACAN
Alors, la notion de triangularité, on pourrait reprendre le texte auquel vous faisiez allusion.

J’en ai relu cette année une partie, à propos des maxima et minima. Je ne vois plus très bien comment Nicolas de CUES aborde la question du triangle.

Je crois que le triangle c’est bien plus pour lui

le ternaire que le triangle.
C’est en tant que quelque chose se rapporte à ce dont je pose par médiation, du troisième, je crois que c’est plus de cela qu’il s’agit que du triangle.
Jean–Paul VALABREGA
Je ne me réfère pas spécialement à lui.

Ce qu’il semble c’est que la notion de triangularité, quelles que soient les positions intuitionnistes

ou non intuitionnistes des mathématiciens,

ne peut être autre chose que symbolique.

LACANSans aucun doute.

Jean–Paul VALABREGA
À ce moment–là, se pose la question que la machine

cybernétique devrait alors reconnaître cette triangularité,

ce qu’elle ne fait pas. C’est pourquoi vous avez penché à dire, semble–t–il, que la triangularité était en fait de l’ordre imaginaire.

LACAN Absolument pas !

Jean–Paul VALABREGA C’est ce que j’avais compris.

LACAN
Que la machine reconnaisse, il faut donner à ça

un sens plus problématique.

Jean–Paul VALABREGA Comportemental.

LACAN
Mais alors cette triangularité dont vous parlez elle est en quelque sorte la structure même de la machine. C’est la première des choses, à partir de quoi

la machine surgit comme telle. C’est que si nous avons 0 et 1, il y a quelque chose qui vient après.
C’est uniquement à partir d’une succession justement dernière que peut s’établir cette sorte d’indépendance des 0 et des 1, de génération symbolique, de commencement

de la course des connotations présences–absences.
Elle ne peut absolument pas se maintenir dans le[…]
Les choses les plus simples que je vous ai données

au tableau, c’est–à–dire en vous indiquant toutes

les combinaisons possibles, en vous montrant ce qu’on appelle le produit logique, l’addition logique ou addition modulo 2,

ça comporte toujours trois colonnes :



  • il est convenu que dans telle marge d’opérations

0 et 1 feront 1,



  • et dans telle autre, 0 et 1 feront 0,

ce qui implique ce que fait 0 avec 0,



  • ce qui peut différer selon les uns […] par ce que fait 0 et 1, et ce que fera 1 et 1.


En d’autres termes, la ternarité est non seulement présente, mais absolument essentielle, nécessaire,

à la structure même de la machine.
Et bien entendu, d’après ce que je vous ai expliqué, il est bien clair qu’il ne s’agit pas de rite mécanique en tant que tel, mais en principe, même symbolique. Il n’y a aucun doute, la ternarité,

que j’aime mieux que votre triangularité, qui prête à une image, quand même…

Jean–Paul VALABREGA
C’est parce que je ne parlais pas de ternarité,

mais de triangularité. Ce que vous dites a trait

à la ternarité de l’organisation, à la construction.

Ce que j’ai dit, ce n’est pas ça. C’est le triangle lui–même, c’est–à–dire la notion de triangularité

du triangle, et pas la ternarité, vous comprenez.
LACAN Vous voulez dire triangle, comme forme ?

Jean–Paul VALABREGA
Si cette notion…

comme on le croit, comme je le crois

…appartient à l’ordre symbolique, on ne s’explique pas pourquoi on ne peut pas construire une machine cybernétique, puisque c’est de l’ordre symbolique, qui va reconnaître dans tous les cas, n’importe quel cas,

la forme du triangle ?

LACAN
Très précisément, c’est dans la mesure

où c’est de l’ordre imaginaire.

Jean–Paul VALABREGA – Alors, ce n’est pas de l’ordre symbolique.

LACAN
C’est la fonction 3 qui est vraiment minimale

dans la machine.

Jacques RIGUET
Oui. De là, on pourrait un peu généraliser

la question, demander si la machine peut reconnaître dans une autre machine, une certaine relation ternaire. La réponse est oui.
LACAN
Alors que la question qu’elle connaisse le triangle dans tous les cas n’est peut–être pas, dans mon avis, impossible – encore qu’en effet elle ne soit pas résolue – mais justement dans ce fait que le triangle est dans l’ordre des formes encore très symbolisées, il n’y a pas de triangle dans la nature.
Jean–Paul VALABREGA
On peut parler de notion, ça laisse supposer que

le problème peut peut–être être résolu. S’il était insoluble, le problème de la reconnaissance des formes laisserait supposer que la notion en question de triangularité n’est pas entièrement de l’ordre symbolique, mais aussi de l’ordre imaginaire.

LACANOui.

Jean–Paul VALABREGA

À ce moment, on ne peut pas ne pas évoquer

les notions de concepts concrets. Et il semble

qu’on n’aurait pas avancé beaucoup dans la conceptualisation des notions mathématiques.
On resterait intuitionniste, il n’y aurait pas de notion mathématique, il n’y aurait que des concepts concrets, élaborés, et cela est en contradiction

avec les recherches d’axiomatique.

En axiomatique, il semble qu’on élimine, au moins en grande partie, il ne reste qu’un résidu et certains ont dit qu’il n’en restait plus du tout, les concepts concrets d’intuition. Il y a là une question.

LACAN
Vous voulez dire qu’il y a une marge aussi grande

que vous pourrez. Le problème reste ouvert.
Jean–Paul VALABREGA
Oui, au sens où vous avez dit vous–même que

le triangle n’existe pas dans la nature.

Qu’est–ce alors que cette intuition ? Ce n’est plus un concept concret. Ce n’est pas ça le concept concret, c’est une élaboration à partir de formes existantes.

C’est une notion, c’est symbolique.
LACAN – Oui.

Jacques RIGUET
Dans les recherches axiomatiques récentes,

un triangle est quelque chose de symbolique.

Car un triangle est une certaine relation.

LACAN
Oui. Cela peut exprimer cela, réduit complètement

à une certaine relation.

Jacques RIGUET
Une notion d’incidence entre points et droites.

LACAN
Par conséquent, en fin de compte,

ça doit pouvoir être reconnu par la machine ?

Jacques RIGUET
Oui. Mais il faut définir très exactement quel est l’univers du discours, quel est l’univers de toutes les formes que nous pouvons considérer.

Et parmi celles–ci vous demandez à la machine

de reconnaître une forme bien déterminée.

LACAN Oui. C’est à partir d’une réduction symbolique déjà faite des formes, en fait déjà du travail de la machine, qu’on demande à la machine concrète, réelle, d’opérer.

M. MARCHANT Il s’agit là d’une description.
LACAN Non, je ne crois pas.

Jacques RIGUET
C’est une description de la relation que vous imposez à cette relation incidente d’avoir un certain nombre de propriétés, sans cependant les énumérer.

C’est une description non énumérative parce que

vous ne faites pas la liste de toutes les droites

que vous considérez, de tous les points considérés,

mais la liste de tous les points, droites, qui sont dans la nature. C’est là que s’introduit l’imaginaire.

M. MARCHANT
La question se pose : où placez–vous ce concept,

dans quel domaine ?

Jacques RIGUET
Ça ne sert pas à grand chose, si vous ne vous placez pas dans le cadre d’une axiomatique bien déterminée. Je vous ai parlé de l’incidence sur la droite,

mais il y a d’autres façons d’axiomatiser

la géométrie élémentaire.

Octave MANNONI
On peut en effet constituer le triangle schématiquement, on peut le constituer, et même sans savoir

qu’on parle d’un triangle.

Comment s’aperçoit–on que c’est un triangle ?

C’est le problème central.

Comment est–on sûr que le triangle qu’on dessine…

Il y a là un problème de la relation du symbolique

et de l’imaginaire, qui est très obscur.

LACAN Oui. Pris en sens contraire, si je puis dire.
Octave MANNONI – Oui, à l’envers.

Jacques RIGUET
Quand vous raisonnez sur le triangle dessiné sur la feuille de papier, vous accumulez un certain nombre de propriétés qui ont leur répondant dans le modèle axiomatique que vous considérez.

Octave MANNONI
Alors, vous parlez deux langages qui se traduisent.

LACAN Sans aucun doute.

Octave MANNONI

Alors, l’imaginaire est déjà langage, déjà symbolique.

Il y a deux plans.

LACAN

Le langage humain incarné dans une langue humaine est fait, nous n’en doutons pas, avec des images choisies et qui ont toutes un certain rapport avec l’existence vivante de l’être humain, avec un secteur assez étroit de sa réalité biologique, donc la partie la plus utilisable, c’est ça qui est la découverte pratique, la somme de savoir accumulé par l’analyse, dont la somme la plus utilisable étant le caractère électif…

privilégie quant à une certaine tension,

qui est proprement, celui d’existence humaine

…de l’image du semblable, elle est donnée dans une certaine expérience irréductiblement imaginaire.
Elle leste, elle charge toute espèce de langue concrète

et du même coup toute espèce d’échange verbal,

de ce quelque chose qui en fait un langage humain, au sens le plus terre à terre et le plus commun du mot humain, au sens, si je ne me trompe, de l’humain, human, en anglais

…elle charge le langage de toute espèce de langage humain, de cette expérience fondamentalement imaginaire.
C’est précisément en cela qu’elle peut être un obstacle dans le progrès d’une certaine réalisation symbolique, dont nous ne pouvons pas ne pas voir

se manifester de mille façons, dans la vie humaine, la fonction comme pure, c’est–à–dire comme étant essentiellement une et uniquement connotable

en termes de présence et d’absence, si vous voulez

d’être et de nonêtre.
Et c’est bien en cela que nous avons toujours affaire à quelque résistance à la restitution, si on peut dire, de ce texte intégral d’échange symbolique.
C’est qu’il est perpétuellement stoppé, haché, interrompu, par le fait que c’est dans les termes

de ces images…

en quelque sorte, on peut dire, nécessairement, au sens d’une basse nécessité, parce que nous sommes des êtres incarnés, qui pensent toujours par quelque truchement imaginaire

…qui de ce seul fait alors tirent, arrêtent, stoppent, embrouillent, rendent confus ce qui est proprement de la médiation symbolique.

Octave MANNONI
Ce qui me gêne, c’est que j’ai le sentiment que cette doublure imaginaire ne hache pas seulement, ne détruit pas, mais qu’elle nourrit le langage symbolique, qu’elle en est la nourriture indispensable et que le langage, privé complètement de cette nourriture, devient

la machine, c’est–à–dire quelque chose qui n’est plus humain.
LACAN
Mais ici pas de sentiment.

N’allez pas vous dire que la machine est bien méchante, qu’elle encombre notre existence, que nous sommes objets du machinisme.
Ce n’est pas de cela qu’il s’agit, étant donné

que la machine dont il s’agit, en fin de compte

c’est uniquement la succession des petits 0 et des petits 1,

la question de savoir si elle est humaine ou pas

est évidemment toute tranchée, elle ne l’est pas.
Seulement, il s’agit aussi de savoir si l’humain, dans le sens où vous l’entendez est si humain que ça.
Octave MANNONI – C’est une question très grave.
LACAN
Tout de même, là–dessus la notion historique de l’humanisme

sur lequel je ne vous ferai pas un séminaire

…me paraît quand même assez alourdie de l’histoire pour que nous la considérions comme un phénomène, comme certaine position qu’a réalisée un champ historique, tout à fait localisable de ce que nous continuons

à appeler imprudemment « humanité ».
Alors, nous n’avons pas à nous surprendre pour ce qui est de l’ordre symbolique, nous nous trouvons devant quelque chose qui est absolument irréductible de ce qu’on appelle communément « l’expérience humaine » comme telle.
Vous me dites que sans aucun doute rien ne serait,

si ça ne s’incarnait pas dans cette imagination,

nous n’en doutons pas.
La question est justement là : si les racines y sont toutes.

Rien ne nous permet de le dire.

Les simples questions posées par la déduction empirique des nombres entiers

qui non seulement n’est absolument pas faite,

mais paraît même démontrée de ne pas pouvoir l’être

…posent la question.

En fin de compte, pour essayer de ramener ça à un petit schéma résumatif, qui ne me paraîtrait que le commentaire d’un texte freudien, qui est dans celui que nous étudions cette année, c’est–à–dire au début du chapitre III de l’Audelà du Principe du plaisir [ Principe du plaisir et transfert affectif ], quand FREUD fait l’histoire de l’évolution de ce qui s’est passé, et qui le mène aux questions de

l’Audelà du principe du plaisir, il y a là un certain nombre

de paragraphes que je crois nécessaire de reproposer à votre attention avant que nous nous quittions, parce que ce sont en quelque sorte des paragraphes décisifs, et tout à fait essentiels, et qui sont, vous le verrez, au cœur de ce que nous avons enseigné cette année.
Il explique les étapes par où a passé le progrès de l’analyse.

Il les distingue avec une clarté exemplaire qui fait de ce texte un texte absolument lumineux,

un texte dont vous devriez tous avoir la copie

dans votre poche, pour vous y référer à tout instant.

Il dit d’abord :
« Nous avons visé à la résolution du symptôme, en donnant sa signification. »
Il se trouve qu’on a eu quand même quelques résultats, quelques lumières, quelques clartés,

et même quelques effets par ce procédé.

M. BERNAERTPourquoi ?

LACAN
Pour la raison absolument radicale que si

la découverte analytique signifie quelque chose,

c’est–à–dire ce que je vous enseigne, autrement dit ce que je vous enseigne n’est rien d’autre que d’exprimer la condition grâce à quoi ce que FREUD

dit au départ est possible, c’est–à–dire de répondre à votre pourquoi. Parce que précisément le symptôme

est en lui–même et de bout en bout signification, c’est–à–dire vérité. Il est vérité, mais comme symptôme

il est déjà vérité mise en forme.

En tant que vérité, il se distingue de l’indice naturel par ceci qu’il est déjà structuré en termes de signifié et signifiant avec ce que ceci comporte, c’est–à–dire

un jeu de signifiant.
Une complémentarité s’établit :

si telle chose veut dire telle chose dans ce symptôme

et chez ce malade, autre chose qui est abandonné,

du fait que ceci a pris cette signification signifiera autre chose.
Il y a déjà une précipitation dans un matériel signifiant, à l’intérieur même du donné concret

du symptôme.
Le symptôme est l’envers d’un discours.

M. BERNAERT
La seule question que je poserai est :

« Comment la communication immédiate au malade estelle efficace à ce momentlà ? »

LACAN

La communication au malade de ceci guérit très exactement dans la mesure où FREUD dit qu’elle entraîne chez le malade l’Überzeugung

c’est le terme qu’il emploie dans ce passage

…c’est–à–dire la conviction.
Or, toute la suite du texte, ceci ne veut strictement rien dire d’autre, c’est que le sujet intègre ce que vous lui donnez à ce moment–là comme explication dans l’ensemble des significations qu’il a déjà admises.
Or, ceci se produit – peut se produire – d’une façon ponctuelle, ou d’une façon que nous pouvons constater quelquefois dans l’analyse sauvage, qui n’est pas toujours sans effet, mais il est bien clair

que c’est loin d’être général.

C’est pour ça que nous passons à la seconde étape, qui est celle où on exige justement, où on reconnaît la nécessité de cette intégration dans l’imaginaire, qui est déterminée par le fait qu’il faut que surgisse, non pas simplement la compréhension de la signification, mais la réminiscence, à proprement parler, c’est–à–dire

le passage dans l’imaginaire, le fait que le malade réintègre dans quelque chose, et qui est tout ce contenu imaginaire qu’on appelle le moi, en fin de compte, qu’il se soutienne comme étant de lui, de ce quelque chose qui fait qu’à ce moment–là la suite des significations le réintègre dans sa biographie.

C’est la deuxième étape.
Je suis pour l’instant à suivre le texte qui est

le début du chapitre III de l’Audelà du Principe du plaisir dans

les Essais de psychanalyse.
Troisième étape, on s’aperçoit que ceci même

ne suffit pas, à savoir qu’il y a une inertie précisément propre à ce qui est déjà structuré

d’une certaine façon dans l’imaginaire.

Le texte à ce moment–là continue :
[Bei diesem Bemühen fiel das Hauptgewicht auf die Widerstände des Kranken; die Kunst war jetzt, diese baldigst aufzudecken, dem Kranken zu zeigen und ihn durch menschliche Beeinflussung (hier die Stelle für die als « Übertragung » wirkende Suggestion) zum Aufgeben der Widerstände zu bewegen. Dann aber wurde es immer deutlicher, daß das gesteckte Ziel, die Bewußtwerdung des Unbewußten, auch auf diesem Wege nicht voll erreichbar ist. Der Kranke kann von dem in ihm Verdrängten nicht alles erinnern, vielleicht gerade das Wesentliche nicht, und erwirbt so keine Überzeugung von der Richtigkeit der ihm mitgeteilten Konstruktion.]
« Le principal, au cours de ces efforts, parvient à retomber sur les résistances du malade. L’art est maintenant de découvrir le plus vite possible ces résistances, de les montrer au malade et de le mouvoir, de le pousser par l’influence humaine ici la place fut pour cette suggestion qui agit en tant que transfert à l’amener à l’abandon de ces résistances. Le passage à la conscience, le devenir conscient de l’inconscient, même par cette voie, n’est pas toujours possible à attendre complètement. Tout ce souvenir n’est peutêtre pas strictement l’essentiel, si on n’obtient pas en même temps la conviction, Überzeugung. »[ Cf. éd. Payot p.21 ]
La suite du texte insiste sur ceci. Il faut le lire comme je le lis, c’est–à–dire en allemand [ Jenseits des Lustprinzips ],

car le texte français est vraiment une espèce…

ça tient à l’art du traducteur, ça a un côté grisâtre, poudreux, qui empêche de voir la violence du relief

de ce que FREUD apporte dans ce passage.
Il insiste sur ceci, qu’il est beaucoup plus nécessaire que le refoulé, dans la mesure où il vient de nous donner cette limite de ce qu’on obtient,

même après la réduction des résistances, il y a

un résidu qui, dit–il, peut être l’essentiel.
[Er ist vielmehr genötigt, das Verdrängte als gegenwärtiges Erlebnis zu wiederholen, anstatt es, wie der Arzt es lieber sähe, als ein Stück der Vergangenheit zu erinnern[5]. Diese mit unerwünschter Treue auftretende Reproduktion hat immer ein Stück des infantilen Sexuallebens, also des Ödipuskomplexes und seiner Ausläufer zum Inhalt und spielt sich regelmäßig auf dem Gebiete der Übertragung, d. h. der Beziehung zum Arzt ab. Hat man es in der Behandlung so weit gebracht, so kann man sagen, die frühere Neurose sei nun durch eine frische Übertragungsneurose ersetzt. Der Arzt hat sich bemüht, den Bereich dieser Übertragungsneurose möglichst einzuschränken, möglichst viel in die Erinnerung zu drängen und möglichst wenig zur Wiederholung zuzulassen. Das Verhältnis, das sich zwischen Erinnerung und Reproduktion herstellt, ist für jeden Fall ein anderes. In der Regel kann der Arzt dem Analysierten diese Phase der Kur nicht ersparen; er muß ihn ein gewisses Stück seines vergessenen Lebens wiedererleben lassen und hat dafür zu sorgen, daß ein Maß von Überlegenheit erhalten bleibt, kraft dessen die anscheinende Realität doch immer wieder als Spiegelung einer vergessenen Vergangenheit erkannt wird. Gelingt dies, so ist die Überzeugung des Kranken und der von ihr abhängige therapeutische Erfolg gewonnen.]

Il introduit ici la notion de répétition, wiederholen.

Que veut dire cette répétition ?
[Um diesen « Wiederholungszwang », der sich während der psychoanalytischen Behandlung der Neurotiker äußert, begreiflicher zu finden, muß man sich vor allem von dem Irrtum frei machen, man habe es bei der Bekämpfung der Widerstände mit dem Widerstand des Unbewußten zu tun. Das Unbewußte, d. h. das »Verdrängte«, leistet den Bemühungen der Kur überhaupt keinen Widerstand, es strebt ja selbst nichts anderes an, als gegen den auf ihm lastenden Druck zum Bewußtsein oder zur Abfuhr durch die reale Tat durchzudringen. Der Widerstand in der Kur geht von denselben höheren Schichten und Systemen des Seelenlebens aus, die seinerzeit die Verdrängung durchgeführt haben. Da aber die Motive der Widerstände, ja diese selbst erfahrungsmäßig in der Kur zunächst unbewußt sind, werden wir gemahnt, eine Unzweckmäßigkeit unserer Ausdrucksweise zu verbessern. Wir entgehen der Unklarheit, wenn wir nicht das Bewußte und das Unbewußte, sondern das zusammenhängende Ich und das Verdrängte in Gegensatz zueinander bringen. Vieles am Ich ist sicherlich selbst unbewußt, gerade das, was man den Kern des Ichs nennen darf; nur einen geringen Teil davon decken wir mit dem Namen des Vorbewußten. Nach dieser Ersetzung einer bloß deskriptiven Ausdrucksweise durch eine systematische oder dynamische können wir sagen, der Widerstand der Analysierten gehe von ihrem Ich aus, und dann erfassen wir sofort, der Wiederholungszwang ist dem unbewußten Verdrängten zuzuschreiben. Er konnte sich wahrscheinlich nicht eher äußern, als bis die entgegenkommende Arbeit der Kur die Verdrängung gelockert hatte.]


Elle tient essentiellement en ceci, dit–il :

qu’il n’y a…

et il l’affirme dans ce texte

…du côté de ce qui est refoulé, du côté de l’inconscient, que tendance à se répéter.
Il n’y a aucune résistance, qui soit du côté de

ce qui est refoulé.
Or, c’est dans le même texte où il va nous souligner la nouveauté, l’originalité de ce qu’il apporte, d’une façon décisive, dans sa nouvelle topique.

C’est précisément l’accent duel qu’il y a d’une part une fonction inconsciente du moi, autrement dit

que la simple connotation qualitative inconsciente

et consciente n’est pas le point de départ essentiel, que la ligne de clivage passe très exactement entre ce qui est refoulé et ce qui tend à se répéter,

et ce qui est refoulé qui tend à se répéter est précisément cette modulation symbolique dont je vous parle.
Et c’est précisément parce que la division ne passe pas entre inconscient et conscient, mais entre :


  • quelque chose qui ne tend qu’à se répéter, c’est–à–dire à cette parole qui insiste,



  • et quelque chose qui y fait obstacle, conscient ou inconscient, qui est organisé d’une autre façon, et qui s’appelle le moi, qui se confond strictement quand vous suivez ce texte, si vous le lisez avec les notions auxquelles je pense vous avoir rompus, qui est strictement justement l’ordre de l’imaginaire.


Et il souligne que toute résistance à ce titre

vient uniquement et comme telle de cet ordre.
De sorte, si vous voulez, qu’avant de vous quitter, il faut ponctuer, il faut bien mettre un point final quelque part, qui se dessine, qui vous serve

en quelque sorte de table d’orientation.
Je reprendrai les quatre pôles qui sont ceux que plus d’une fois j’ai inscrit pour les ouvrir au tableau.
Sous la forme d’un A, par lequel je commence, qui est l’Autre radical. Je le fais vite, vous en ferez ce que vous voulez. C’est l’Autre comme tel, l’Autre radical, l’Autre en tant qu’autre, celui de la 8ème

ou 9 ème hypothèse du Parménide, qui est aussi bien le réel dans son caractère également le plus radical, le pôle réel de la relation subjective, et qui est aussi bien — nous y reviendrons à la fin — ce que FREUD appelle

ce où il attache la relation à l’instinct de mort. Tout ceci est là, dans ce schéma qui est A.
19.jpg


  • Puis vous avez ici m, qui est le moi.



  • Vous avez ici a qui est l’autre, qui n’est pas un autre du tout, l’autre qui, comme tel est essentiellement couplé avec le moi, et toujours dans une relation réflexive, interchangeable, ce par quoi l’ego est toujours un alter ego.




  • Et vous avez ici, S, qui est à la fois le sujet, mais aussi le symbole, et aussi le Es ce dont il s’agit dans la réalisation symbolique du sujet, pour autant qu’elle est toujours création symbolique, relation de la parole.


C’est une relation qui va de A à S. [ S ← a ← m ← A ]

Elle est sous–jacente, elle est inconsciente.

Elle est essentielle à toute situation subjective comme telle. Il s’agit de la symbolisation du réel.
Il est bien clair que ceci ne part pas d’une espèce de sujet absolu et isolé, que tout ceci ne se passe que dans une […] qui fait que tout est lié à la transmission et à la constitution de l’ordre symbolique, depuis qu’il y a des hommes au monde et qu’ils parlent.
Et que ce qui se transmet, ce qui tend à se constituer, est cet immense message par où, peu à peu, tout le réel est retransporté, recréé, refait, dans une symbolisation qui tend à être équivalente à l’univers et où les hommes et les sujets comme tels sont là–dedans des relais

et des supports.
Mais pour l’instant ce que nous faisons là–dedans

est une coupure au niveau d’un de ces couplages.
Rien ne se comprend si ce n’est qu’à partir de ceci, qui vous est, dans toute l’œuvre de FREUD,

de bout en bout, rappelé et enseigné.
Prenez le schéma de l’appareil psychique, de la psyché, au niveau des petits manuscrits qu’il envoyait

à FLIESS, et on peut croire qu’il essayait simplement de formaliser cela dans ce qu’on pourrait appeler

la symbolique scientiste, et qui n’est rien moins que ça.
Vous le retrouvez également à la fin de la Science des Rêves. Ce qui est essentiel dans ce qu’apporte FREUD, son idée, le point aigu, la chose qui ne se trouve nulle part ailleurs et cette chose sur laquelle il insiste principalement dans le chapitre VII, ou la partie VII sur les processus psychologiques, explicatifs de toute la théorie des rêves.
C’est ceci :

qu’il y a vraiment opposition entre fonction consciente et fonction inconsciente.
Ce départ, justifié ou pas, peu importe…

nous sommes en train de commenter FREUD

…qui lui paraît essentiel, pour expliquer n’importe quoi de ce qui se passe de concret avec les sujets auxquels il a affaire, avec ses malades,

pour comprendre les champs de la vie psychique,

qui sont ceux dans lesquels il apporte un nouvel ordre est ceci : que, essentiellement, ce qui se passe au niveau du pur conscient est comme tel

et absolument effacé de suite.
Il faut penser que s’il y a quelque chose qui se passe à un niveau de cortex où se place ce reflet

du monde qui est le conscient, pour que ça puisse fonctionner, il ne faut pas que ça laisse de trace.
Les traces se passent ailleurs.
C’est de là que sont parties ces espèces d’absurdités, de terme de profondeur, que FREUD,

je pense, aurait pu éviter, et dont on a fait

un tellement mauvais usage.
Cela veut dire ceci qu’en fin de compte l’être vivant ne peut enregistrer et recevoir que ce qu’il peut recevoir, c’est–à–dire ce qu’il est déjà fait pour recevoir.
Plus exactement, sa mémoire et ses fonctions

sont beaucoup plus faites :

  • pour ne pas recevoir,

  • pour ne pas voir ce qu’il n’est pas utile de voir pour sa réalité biologique,

  • pour ne rien entendre de ce qui n’est pas biologiquement sensible.


Et que c’est précisément à partir de ces conditions que le problème de ce qui se passe pour les êtres humains commence à se faire voir.
Comment est–ce que l’être humain va au–delà du réel qui lui est biologiquement naturel,

c’est–à–dire pourquoi est–ce que l’être humain, contrairement à toutes les machines animales qui sont strictement rivées à leurs conditions de milieu extérieur, et si elles varient c’est dans toute la mesure où, on nous le dit, ce milieu extérieur varie, mais, bien entendu, pour autant qu’elles le suivent.
Mais le propre de la plupart des espèces animales est très précisément de ne rien vouloir savoir de ce qui les dérange : plutôt crever !
C’est d’ailleurs pourquoi elles crèvent

et que nous sommes forts !

C’est d’imaginer des espèces spécialement primitives, ouvertes, sensibles, que nous retrouvons toujours à l’origine des […] familiales, qui sont des espèces d’espèces, indéterminées, qui, elles, auraient eu le pouvoir de recevoir du milieu extérieur un nouveau cachet qui n’est rien d’autre que leur forme.
Car si les êtres vivants restent dans une certaine forme

c’est l’inspiration de FREUD en tout cas de le dire,

c’est en cela qu’il n’est pas mystique, qu’il ne croit pas qu’il y a de pouvoir morphogène en tant que tel,

et comme primordial, dans la vie

…c’est de marquer toujours la stricte corrélation

qui fait que le type et la forme sont absolument liés aussi à un choix dans le milieu extérieur,

qui en est l’endroit, comme l’autre est l’envers,

ou l’envers comme l’autre est l’endroit.
Il s’agit de savoir pourquoi, dans l’être humain

il se passe autre chose.

Car pour ce qui est simplement de l’action de la réalité au sens où la réalité est ce quelque chose

où à partir de ce moment–là on apprend à faire ça,

la pieuvre le fait aussi, et le fait excessivement bien, la pieuvre ou n’importe quoi. Il y a des expériences de laboratoire exténuantes, depuis déjà assez d’années, pour savoir que c’est partout.
Et que même l’abstraction, la généralisation,

Et même la triangularité…

au sens où le centre la question de VALABREGA

…où même la triangularité peut s’insérer quelque part.
Il suffit de la mettre avec une certaine ténacité,

le triangle devant, pour qu’il finisse par reconnaître, c’est–à–dire par généraliser. Car en fin de compte c’est sur le plan du général qu’il faudrait répondre sur ce sujet de la triangularité.
Ce qui est nouveau dans l’homme, c’est précisément que quelque chose est déjà assez imperceptiblement ouvert, dérangé dans cette coaptation imaginaire,

pour que ce soit là qu’ait pu s’insérer l’utilisation symbolique de l’image.
Il faut évidemment supposer une certaine béance biologique déjà dans le rapport animal et très précisément celui que j’essaie de définir quand

je vous parle du rapport fondamental structurable

du stade du miroir, c’est–à–dire dans cette captation totale du désir, de l’attention.

Ceci suppose déjà le manque.
Il est déjà là quand je dis désir du sujet humain,

par rapport à son image, ce quelque chose qui est justement cette relation imaginaire extrêmement générale,

qu’on appelle le narcissisme.
À savoir que les sujets vivants animaux sont sensibles à l’image de leur type. Point absolument essentiel, grâce à quoi toute

la création vivante n’est pas une immense partouze.
Pour l’être humain, il y a un certain rapport spécial avec cette image qui est la sienne. Et ce rapport est évidemment un rapport de béance, de tension aliénante, construite comme telle.
C’est là que vient s’insérer la possibilité de

l’utilisation dans l’ordre de la présence et de l’absence, c’est–à–dire dans l’ordre symbolique, de quelque chose, c’est–à–dire l’introduction de ce quelque chose qui va vers la tension entre le symbolique et le réel.
C’est une tension, bien entendu, qui est là sous–jacente, je dirai substantielle, si vous voulez,

bien simplement, donner son sens purement étymologique au terme de substance : il est sous–jacent.

C’est un ὑποχείμενον [ upokeimenon ] par rapport à toute situation du sujet humain.
Qu’est–ce qui se passe ?

Il se passe ceci, que pour tous les sujets humains qui existent, ils estimeront que le rapport

entre le A et le S passera toujours comme ceci :
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A → maS, c’est–à–dire par l’intermédiaire

de ces substrats imaginaires, nécessaires, que sont le m et le a, le moi et l’autre, et avec eux la constitution de toutes les fondations imaginaires de l’objet.
Et vous [ à Lefèvre–Pontalis ] pourquoi vous marrez–vous,

êtes–vous pour ou contre ?
Tâchons de faire un peu de lanterne magique,

pour accompagner cette tendance à l’amusement.
Nous allons imaginer ceci, que ce dont il s’agit au milieu, au point de recoupement entre ce direct symbolique, que nous avons supposé, et le passage par l’imaginaire, nous allons supposer que ce qui est ici…

nous allons tomber dans la basse mécanique,

qui est l’ennemie de l’homme

…vous savez ce que c’est. Vous ne le savez pas ?
Je vais vous dire que je pourrais mettre à la place n’importe quoi, une lampe triode, c’est amusant, c’est exemplaire…
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Et ça veut dire que quand vous avez ici un endroit

où il y a le vide, vous pouvez faire quelque chose qu’on appelle une vague électronique, qui est constituée par ceci :

que quand un courant passe par l’ensemble du circuit, s’il y a le vide, il se produit ce qu’on appelle,

de la cathode à l’anode, un bombardement électronique,

grâce à quoi le courant passe.
À cause de ceci, qu’en dehors de l’anode et de la cathode il y a une troisième ode [ la grille ] et que cette troisième ode

qui est transversale ici

…a cette utilité :

comment, en raison de la façon dont vous y faites passer le courant, vous pouvez faire deux choses différentes :

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  • ou bien positiver de façon telle cette troisième ode que les électrons soient en quelque sorte conduits vers ce qui est derrière, c’est–à–dire l’anode [ A → S ],



  • ou bien la négativer, ou arrêter net le processus, c’est–à–dire que ce qui émane déjà du négatif

va se trouver repoussé par le négatif

que vous interposez. [ A → maS ]
Ceci simplement est une nouvelle illustration

de l’histoire de la porte…

dont je vous ai parlé l’autre jour, en raison

du caractère non homogène de l’auditoire

…mais disons que c’est une porte de porte, une porte

à la puissance seconde, c’est tout.
Vous pouvez faire une porte à la puissance seconde…

c’est–à–dire une porte à l’intérieur de la porte

…de mille autres façons, on peut imaginer n’importe quoi.
L’important est de s’apercevoir ce que précisément, en raison de ce passage très particulier par l’intermédiaire de l’imaginaire, c’est justement le rôle que peut jouer l’imaginaire  :

  • c’est–à–dire d’interrompre, de hacher, de scander d’une certaine façon ce qui peut passer au niveau du circuit,



  • et en quelque sorte du caractère à soi–même conflictuel qui réside dans ceci que ce qui

se passe entre A et S, au mieux, passe toujours de façon en quelque sorte à se contrarier, à se stopper, à se couper, à se hacher soi–même.
Au mieux… je dis « au mieux », car bien entendu

le discours universel est symbolique, venant de loin,

car nous ne l’avons pas inventé :



  • ce n’est pas nous qui avons inventé le nonêtre, nous sommes tombés dans un petit coin de nonêtre.




  • Pour ce qui est de l’imaginaire, et de l’imaginaire transmis, nous en avons aussi notre compte

avec toutes les fornications de nos parents, grands–parents, et autres histoires scandaleuses qui font le sel de la psychanalyse.
Alors, à partir de là pas mal de choses sont tout de même aisées à comprendre, en particulier les nécessités du langage et celles que j’ai exprimées maintes fois devant vous, celles de la communication interhumaine.
À la base de ça, vous pourriez avoir un autre sujet,

il prend souvent la forme du message que le sujet émet…

sous une forme qui le structure, le grammaticalise,

comme le recevant – ce message – de l’Autre

…sous une forme inversée.
Quand un sujet dit à un autre « Tu es mon maître »,

ou « Tu es ma femme »je vous l’ai maintes fois expliqué

ça veut dire exactement le contraire : ça veut dire que ça passe par A et ça passe par m, [ A → maS ]

et ça vient en quelque sorte au sujet, ça intronise tout d’un coup dans cette position périlleuse,

et essentiellement problématique d’époux, ou de disciple, par l’intermédiaire du langage humain, qui fait que c’est ainsi que s’expriment les paroles fondamentales.

Eh bien, de quoi s’agit–il, quand il s’agit du symptôme, autrement dit d’une névrose ?
Vous avez pu remarquer que dans ce schéma, le m, c’est–à–dire le moi, dans le circuit est vraiment séparé du sujet S par le petit a, c’est–à–dire l’autre.
Et pourtant il y a quand même bien un lien :

moi je suis moi, et vous aussi vous l’êtes, vous,

et entre les deux évidemment il y a aussi quelque chose :

il y a aussi quelque chose que nous caractérisons

par cette donnée structurante que les sujets sont incarnés

et que c’est même de cela qu’il s’agit

et que ce qui se passe au niveau du symbole

se passe en effet chez les êtres vivants.
Et il y a bien quelque chose par là qui exprime

toute cette réalité biologique du vivant, qui établit

en somme cette sorte de division entre la [ dimension ? ] imaginaire de ce vivant, dont le moi est une des formes…

et structuré : nous n’avons pas tellement à nous plaindre

…et le fait qu’il est capable de remplir cette fonction symbolique qui lui donne une position éminente vis–à–vis du réel.
Ce qui se passe quand il y a névrose est ceci.

Dire qu’il y a un refoulé…

un refoulé qui ne va jamais sans retour

…c’est exactement faire allusion à ceci :

que quelque chose passe du discours, qui va de A à S [ A → S ] :

quelque chose en passe et en même temps n’en passe pas.
En d’autres termes, c’est pour autant que quelque chose de ce qui est en S

c’est–à–dire de ce quelque chose qu’il a dans la parole pour se révéler [ A → S ]

…va passer par ailleurs [ A → m → a → S ] , va passer par le support corporel du sujet [ ma ], ce quelque chose va être là et intervenir aussi d’une autre façon, qui reste à doser

par rapport à la parole donnée :

  • en tant qu’elle passe,

  • en tant que – tout à l’heure je vous en ai donné un exemple – en tant qu’elle structure une partie des relations humaines et qu’elle fait qu’il existe des engagements de toutes espèces : c’est quand même un acte à la base de toute structuration, sociale ou autre.


Ce que nous avons quand il s’agit de la névrose, est cela, c’est quelque chose comme ceci, mais considéré dans la relation propre, intérieure au sujet,

entre ce m et S.
C’est–à–dire que quelque chose passe par là [ A → maS ] et vient interférer d’une façon qui semble beaucoup plus dérangeante, par rapport à la parole fondamentale [ A → S ],

que ce qui se passe dans cette parole seconde

en quelque sorte, dérivée, et qui constitue cette rupture, cette scansion du discours, qui est à la fois

trou du temps, le discours, mais en même temps discours dans sa signification, dire quelque chose,

qui fait du symptôme cette vérité inversée, scellée,

que le traitement analytique est fait pour résoudre.
La signification de l’analyse est quoi ?
Je vous l'ai dit et enseigné maintes fois,

elle tient en ceci que s'il y a en effet quelque chose qui mérite de s'appeler résistance…

et qui est la résistance–schème :

ainsi va tout schème

…qui fait que le m n'est pas le S, à savoir que le moi n'est pas identique au sujet.
Vous devez bien voir que ce n'est pas tellement

cette résistance sur laquelle FREUD met l'accent,

car il dit que toute résistance vient de l'organisation du moi.
Ce n'est pas tellement parce qu'il y a cette condition naturelle, c'est parce qu'il est de la nature du moi de s'intégrer dans le circuit imaginaire, qui conditionne les interruptions du discours fondamental comme tel.
C'est en tant qu'il est imaginaire, et pas simplement

en tant qu'il est existence charnelle, qu'il est moi, qu'il est à la source de ce qui dans l'analyse

se propose comme des interruptions de ce discours,

qui ne demandent qu'à passer en actes, ou en paroles, ou en Wiederholen [répéter], c'est la même chose.
Quand je vous dis que :

la seule véritable résistance dans l'analyse c'est la résistance de l'analyste.

Quest–ce que ça veut dire ?
Ça veut dire ceci : qu'une analyse n'est faisable, n'est concevable, n'est concevable précisément que dans la mesure où ceci (a) d'une certaine façon…

cet a dans la position élective qu'est l'analyste

…cet a est effacé, est absent.
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Qu'est–ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que quelque chose, une certaine purification subjective dans l'analyse…

à quoi bon, sans ça, toutes ces cérémonies auxquelles nous nous livrons ?

…cet a s'est réalisé, pour qu'on puisse…

en quelque sorte, pendant tout

le temps de l'expérience analytique

…confondre ce pôle a avec ce pôle A.
C'est que l'analyste, d'une certaine façon participe

de la nature radicale de l'Autre, précisément en tant qu'il est ce qu'il y a de plus difficilement accessible.
Et que dès lors, et à partir de ce moment…

nous reprenons ici le premier schéma

…quelque chose puisse s'établir, qui fasse

que ce qui part de l'imaginaire du moi du sujet s'accorde…


  • non pas avec cet autre auquel il est habitué

et qui n'est que son partenaire, celui qui est fait pour entrer dans son jeu,


  • mais avec justement cet Autre radical qui lui est masqué.


Ce qui s'appelle « transfert » se passe très exactement à ce niveau–là, entre A et m, et pour autant que le a, en tant qu'il est là représenté par l'analyste,

fait défaut.
Vous le voyez, ce dont il s'agit…

comme FREUD le dit d'une façon

admirable dans ce texte

…est cette sorte de Überlegenheit

qu'on traduit en cette occasion par supériorité,

mais dont je soupçonne qu'il y a là un jeu de mots

en usage dans FREUD, comme la suite l'indique

…grâce à laquelle la réalité qui apparaît à ce moment–là dans la situation analytique est reconnue immer, toujours, als Spiegelung

qui est un terme étonnant

comme le mirage d'un certain passé oublié.
C'est–à–dire que c'est dans la fonction imaginaire du moi comme tel…

et le terme de Spiegel, miroir, y est

…que ce qui se produit dans la relation à l'autre peut prendre, cette valeur polyvalente qui tient

à ce qu'à partir du moment où n'existe plus ici

cette résistance, le A et le m peuvent en quelque sorte se mettre en accord, communiquer assez pour qu'il y ait un certain isochronisme, une certaine positivation simultanée, si vous voulez, par rapport à notre lampe triode, entre le A et le m, pour que

ce qui va du A au S rencontre ici, si on peut dire, une vibration harmonique, quelque chose qui, loin d'interférer, de s'opposer au passage de la parole fondamentale, trouve ici quelque chose qui, en l'espèce, ait suffisamment de sens, et d'une façon suffisamment croissante de sens, et même quelquefois, d'une façon amplifiée de sens…

parce qu'on peut prendre cette lampe

dans son rôle réel, qui est souvent

le rôle d'un amplificateur dans la réalité

…pour que s'éclaircisse le discours fondamental jusque–là censuré, pour employer le terme qui est le meilleur.
Et dans la mesure où ce procès en tant qu'il se passe par l'effet de transfert…

qui, vous le voyez est différent en lui–même et se passe ailleurs que là où se passe la tendance répétitive, c'est–à–dire ce qui insiste,

c'est–à–dire ce qui ne demande qu'à passer

…ce qui se passe entre A et S, le transfert,

se passe entre m et a.
Et c'est dans cette mesure que peu à peu le m,

si on peut dire, apprend à se mettre en accord avec

ce discours, qu'il puisse être traité de la même façon qu'est traité le A, c'est–à–dire peu à peu lié au S.
Cela veut dire ceci, non pas qu'un moi supposé autonome prend appui sur le moi de l'analyste, comme écrit LŒWENSTEIN…

dans un texte que je ne vous lirai pas aujourd'hui, mais que j'avais scrupuleusement choisi

…et devienne un moi de plus en plus fort, intégrant et savant.
Cela veut dire au contraire :



  • que le moi devienne ce qu'il n'était pas,




  • qu'il vienne au point où est fondamentalement le sujet.


Et que la position finale se réalise comme ceci :

que ce qui part du m, qui n'est pas pour autant volatilisé après une analyse…

qu'elle soit didactique ou thérapeutique, on ne monte pas dans le ciel, désincarné et pur symbole

…c'est toujours le moi qui parle, bien sûr, mais

le circuit passe du moi à cette source fondamentale

de l'activité symbolique qui est le S, et allant vers l'autre, le rejoindre le a

c'est–à–dire le petit a, en tant qu'il est imaginaire

…par l'intermédiaire d'une expérience radicale de l'Autre et du réel comme tels, et pour autant

qu'il a été symbolisé dans l'expérience.
Car toute expérience analytique est une expérience de signification.
Et une des plus grandes objections qui nous sont toujours élevées c'est de savoir ce qui va arriver comme catastrophe si nous révélons au sujet

sa réalité, sa pulsions, ou je ne sais quoi,

sa vie homosexuelle… Dieu sait si les moralistes

ont à nous en exposer, à cette occasion.
C'est une objection caduque et sans valeur par soi–même. Car, en admettant même qu'on révèle au sujet quelque tendance qui aurait pu être écartée de lui à jamais par je ne sais quel effort, ce qui est mis en cause dans l’analyse n’est absolument pas celle de

la réalité que nous découvrons au sujet.
C’est à cela que notre expérience authentique

de l’analyse s’oppose radicalement…

à une certaine conception de l’analyse

des résistances, qui en effet,

s’inscrit assez dans ce registre

…qu’on lui découvre sa réalité.
Il la découvre par l’intermédiaire de l’analyse

sa vérité, c’est–à–dire la signification que prend dans sa destinée particulière ces données qui lui sont en effet propres et qu’on peut appeler son lot.
Les êtres humains naissent avec toutes sortes de dispositions extrêmement hétérogènes, et bien ou mal réparties. Nous ne sommes en mesure là–dessus

ni de prendre parti nous–mêmes, ni de choisir.
Mais ce que l’analyse réalise est que,

quel que soit ce lot fondamental, ce lot biologique, ce qui est révélé par l’analyse c’est sa signification,

en fonction d’une certaine parole, d’une parole du sujet, et qui n’est pas et n’est jamais entièrement la sienne, car cette parole :

  • il en est le point de passage,

  • il la reçoit déjà toute faite.


Je ne sais pas si c’est à partir du maître–mot primitif, du livre du jugement, ou je ne sais

de quoi, inscrit dans la tradition rabbinique.

Nous ne regardons pas si loin,

nous avons des problèmes assez singuliers,

d’une portée assez limitée, pour qu’aient toute leur valeur les termes de vocation et d’appel.
S’il n’y avait pas cette divergence, cette distinction

de plans entre une certaine parole incluse et reçue par le sujet, qui est celle qui porte, en raison d’une situation particulière en tant qu’elle est symbolique, s’il n’y avait pas ça, il n’y aurait aucune espèce de conflit avec l’imaginaire et chacun

purement et simplement suivrait son penchant.
Il est bien clair que l’expérience nous montre

qu’il n’en est rien.
La signification fondamentale du conflit

mis en relief par FREUD…

et maintenu comme le dualisme essentiel,

celui auquel il n’a jamais renoncé,

comme constituant le sujet

…ne signifie rien d’autre que ces recroisements.
Et ces recroisements je voudrais les poursuivre.
Vous sentez bien que ce réseau ne s’arrête pas

des plans du symbolique à ceux de l’imaginaire.
Dans Audelà du principe du plaisir, la découverte est justement que ce moi en tant qu’il s’inscrit dans l’imaginaire

et sa découverte est homogène avec les tensions libidinales, tout ce qui est de la libido, ou plus exactement tout ce qui est du moi, s’inscrit dans les tensions imaginaires, comme le reste des tensions libidinales. Libido et moi sont du même côté.

Le narcissisme est libidinal

…le moi n’est pas une puissance supérieure,

un pur esprit, un moi autonome…

comme on essaie de nous le restituer maintenant

…une sphère sans conflits…

comme on ose l’écrire

…sur la base de laquelle nous aurions à prendre appui pour permettre au sujet le moindre progrès.

Qu’est–ce que c’est que cette histoire ?
Qu’est–ce que c’est que ces sujets dont nous exigerions des tendances en quelque sorte supérieures vers la vérité ?
Qu’est–ce que c’est que cette sorte de tendance transcendante à la sublimation, que FREUD répudie de la façon la plus formelle, dans l’Audelà du principe du plaisir ?
Il ne voit, dans aucune des manifestations concrètes des fonctions humaines, ni de son histoire…

et il l’affirme, et cela a bien sa valeur

chez lui, qui a inventé notre méthode

…la moindre tendance au progrès :


  • elle n’a absolument rien d’inscrit dans l’ordre libidinal, ni biologique.

  • Il n’y a pas tendance vers des formes supérieures.

  • Pour ce qui est des formes de la vie, toutes sont aussi miraculeuses, aussi équivalentes et étonnantes dans leur existence.


Il s’agit de tout autre chose.

C’est ici que nous débouchons sur, précisément,

cet ordre symbolique, différent de l’ordre libidinal,

où s’inscrivent aussi bien le moi que toutes

les tendances et les pulsions.
C’est ça qui tend audelà du principe du plaisir, le rejette

en tant qu’ordre hors des limites qui sont

à proprement parler les limites de la vie, les limites du principe du plaisir, quand FREUD l’identifie à l’instinct de mort.
C’est au point où…

vous relirez le texte, et vous verrez,

s’il vous semble digne d’être approuvé

…c’est pour autant que l’ordre symbolique se trouve,

comme tel, rejeté de l’ordre libidinal, en tant

qu’il inclut tout le domaine de l’imaginaire, y compris

la structure du moi, que FREUD a écrit l’Audelà du principe du plaisir, et aboutit à la notion de l’instinct de mort, qui, disait–il, n’est que le masque de l’ordre symbolique, en tant justement – il l’écrit – qu’il est muet.
C’est–à–dire que tant qu’il ne s’est pas réalisé, tant que l’ordre symbolique sur un point…

sur le point de la reconnaissance

de quoi que ce soit du sujet

…ne s’est pas établi : par définition, il est muet.
Et c’est entre cet ordre symbolique, et [ celui ] à la fois nonétant

et insistant pour être, c’est cela que FREUD vise quand

il nous parle d’instinct de mort comme étant ce qu’il y a

de plus fondamental, au fond de l’inconscient, ce qui est en somme le plus radical de ce qui est le Es, l’instinct de mort c’est–à–dire cette insistance, un ordre symbolique

  • en gésine,

  • en poussée,

  • en train de venir,

  • en train d’insister pour être réalisé.


[ Fin du séminaire ] Table des séances


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