Leçon 1 17 novembre 1954








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information », et tout ce qu’on vous raconte sur l’« information » en tant qu’elle serait dans un certain rapport ou non avec l’entropie, c’est aussi simple à voir que ce petit tableau

que je vous ai fait pour vous montrer qu’il était

le principe même de l’introduction dans le réel de

ce système symbolique comme tel.
Observez ceci. Quand je parle par exemple d’une série de deux coups qui doivent me donner comme résultat […] l’enjeu, quand je pars avec ce tableau–là :
0 0  : 0

0 1  : 0

1 0  : 0

1 1  : 1
où il faut que j’aie les deux coups positifs pour gagner, pour avoir 1, ça veut dire qu’au départ j’ai une espérance qui est 1/4. Il n’y a que dans 1 cas sur 4 que je gagnerai, parmi les combinaisons possibles.
Supposez que j’aie déjà joué un coup.

Si j’ai déjà joué un coup :

  • dans un cas [ 1er coup : 0 ], je n’ai plus aucune chance,

  • dans un cas [ 1er coup : 1 ], j’ai une chance sur deux.


Qu’est–ce que ça veut dire ?

Ca veut dire qu’il s’est produit une différenciation

de niveau dans mes chances et que cette différenciation s’est faite dans un sens croissant.
Les phénomènes dits énergétiques et naturels vont toujours dans le sens de dénivellation qui s’égalise dans l’ordre de ce qui est du message et du calcul des chances.
À mesure que l’information survient, la dénivellation se différencie. Je ne dis pas qu’elle augmente toujours

vous pourriez trouver un cas où elle n’augmente pas …mais elle ne se dégrade pas obligatoirement

et elle va toujours plutôt vers la différenciation.
L’existence de cet élément basal autour duquel

peut s’ordonner tout ce que nous appelons langage…

Car qu’est–ce qu’il faut pour que commence à naître quelque chose qui est langage, qui se rapporte

à ce que nous appelons communément langage ?
Pour que vienne au jour le langage,

il faut que s’introduisent de pauvres petites choses

qu’on appelle l’orthographe, la syntaxe.
Mais tout ça est déjà donné dans le départ.

Car tout ceci est très précisément comme telle une syntaxe.
C’est bien pour ça qu’on peut faire faire aux machines des opérations logiques. En d’autres termes, la syntaxe existe avant la sémantique dans cette perspective.
La cybernétique est une science de la syntaxe, et qui est peut–être aussi bien faite pour nous apercevoir que tout ce que nous avons appelé sciences exactes n’est pas non plus autre chose que de lier le réel

à une syntaxe.
Alors, la sémantique, c’est–à–dire les langues concrètes, celles que nous manions avec toute leur ambiguïté, leur contenu émotionnel, leur sens humain,

qu’est–ce que c’est aussi ?
Allons–nous dire aussi qu’elle est peuplée, meublée, par le désir des hommes ?
C’est nous qui apportons le sens. C’est bien sûr. C’est très certain pour une grande part de choses.
Mais peut–on dire aussi que tout ce qui circule

dans la machine soit sans aucune espèce de sens ?
Assurément, pas dans tous les sens du mot « sens ».
Car il y a quelque chose que je ne vous ai pas encore dit, c’est qu’il faut, pour que le message soit message, non seulement qu’il soit suite de signes,

mais qu’il soit suite de signes orientés.
Et pour qu’il fonctionne selon une syntaxe,

il faut que la machine aille dans un certain sens.
Et quand je dis machine, vous sentez bien qu’il ne s’agit plus du tout pour l’instant de – simplement – la petite boîte, quand j’écris tout ça sur mon papier, quand je donne les hypothèses de transformation

des petits 1 et 0, il s’agit aussi de quelque chose toujours orienté dans un sens.
Il n’est donc pas…

nous nous en doutions

…absolument rigoureux de dire qu’à l’intérieur de ce langage primitif ce soit le désir humain en tant que tel et à lui tout seul, qui introduise tout le sens.
La preuve, c’est qu’en fin de compte tout ceci

ne fonctionne, rien ne sort de la machine que…

je vous prie de le remarquer

…ce que nous en attendons, c’est–à–dire non pas tellement ce qui nous intéresse, mais le point où nous avons fixé qu’elle s’arrêterait

et que là se lirait un certain résultat.
Il y a déjà dans le jeu tout le fondement du système.
Bien entendu, comment pourrait–il être établi

s’il ne reposait pas en tant que tel…

puisqu’il repose sur la notion de chance

…sur la notion d’une certaine attente pure,

ce qui est déjà un sens.
Voici donc le symbole sous la forme la plus épurée, sous celle qui peut donner en elle–même déjà plus que des fautes de syntaxe, car fautes de syntaxes n’engendrent qu’erreur.
Mais je dirai que les fautes de programmation engendrent quelque chose qui n’est pas simplement l’accident, mais la fausseté.
Déjà, à ce niveau, le vrai et le faux comme tels sont intéressés.
Qu’est–ce que ceci signifie pour nous analystes ?
À quoi avons–nous affaire dans le discours du sujet humain qui s’adresse à nous ?
Dans ce discours, nous avons affaire à un discours impur.

Un discours impur, pourquoi ?
Est–ce seulement en raison des fautes de syntaxe ?
Bien entendu pas.

Toute la psychanalyse est justement là fondée sur

le fait que ça n’était pas une question de logique que de tirer quelque chose de valable du discours humain, qui a son sens, c’est derrière ce discours, dans quelque chose qui se manifeste à travers lui, dans sa fonction symbolique.
Qu’est–ce que cet autre sens du mot symbole, qui surgit maintenant que nous en cherchons le sens ? Eh bien, c’est ici qu’intervient un fait précieux que nous manifeste la cybernétique et qui est celui–ci :

il y a quelque chose qui n’est pas éliminable de la fonction symbolique

du discours humain, et c’est ceci : le rôle qu’y joue l’imaginaire.
Les premiers symboles, les symboles naturels, sont issus

d’un certain nombre d’images prévalentes, l’image du corps humain, l’image d’un certain nombre d’objets évidents comme le soleil, la lune et quelques autres et c’est ceci, nous le savons, qui donne son poids, son ressort, sa vibration émotionnelle, à toute une partie du langage humain.
Cet imaginaire est–il quelque chose d’homogène au symbolique ? Non. Le fait que l’analyse tende à l’imposer, à faire de l’imaginaire de la coaptation du sujet à un objet électif privilégié prévalent, qui est celui qui nous donne le module de ce que l’on appelle maintenant

de ce terme à la mode maintenant dans l’analyse :

la relation d’objet.
Réduire la psychanalyse à l’apparition, à la mise en valeur, à la limite du discours de ces thèmes imaginaires et de la coaptation du sujet à ces thèmes,

est quelque chose qui, fondamentalement, pervertit

le sens de l’analyse.
S’il y a quelque chose que la cybernétique nous met en valeur, c’est la distinction de cet ordre symbolique radical de l’ordre imaginaire et qui se voit en ceci qu’un cybernéticien m’avouait encore récemment, la difficulté extrême qu’on a, quoi qu’on en dise, à traduire cybernétiquement les fonctions de Gestalt, c’est–à–dire la coaptation

de la bonne forme comme telle avec une autre bonne forme :

ce qui est bonne forme dans la nature vivante

est mauvaise forme dans le symbolique.

Puisque tout à l’heure je vous ai parlé de pendule et de PASCAL, je vais vous faire une simple remarque :

la vraie pendule isochrone, ce qui fait que la construction

de HUYGHENS est une date, c’est la découverte de la cycloïde.
Or, comme on l’a souvent dit, l’homme a inventé la roue. La roue n’est pas dans la nature,

mais nous savons que c’est une bonne forme, le cercle.

Par contre, quelle est la véritable différence ?
C’est que la roue ne roule pas dans la nature :

  • il n’y a pas de roue qui roule,

  • il n’y a pas de roue qui inscrive la trace d’un de leurs points à chacun de leurs circuits,

  • il n’y a pas de cycloïde, dans l’imaginaire.


La cycloïde est une découverte du symbolique.

Elle peut être faite dans une machine cybernétique, mais on a les plus grandes peines du monde,

sauf de la façon la plus artificielle, à faire…

à travers le dialogue de deux machines

…répondre un rond à un rond.
Voilà la vérité fondamentale, qui peut être ici mise en évidence et où se distingue ce qui est pour nous la distinction de deux plans essentiels, à savoir cette inertie de l’imaginaire que nous voyons intervenir dans le discours du sujet, en tant qu’il brouille

le discours, qui fait que je n’aperçois pas :



  • que quand je veux du bien à quelqu’un je lui veux du mal,




  • que quand je l’aime, c’est moi–même que j’aime,




  • ou quand je crois m’aimer, c’est à ce moment précisément que j’en aime un autre.


Cette confusion de l’imaginaire

qui est précisément l’exercice dialectique fondamental de l’analyse, qui permet

la restitution du sens du discours

…c’est ce autour de quoi se distinguent

deux orientations fondamentales de l’analyse.
Il s’agit de savoir si le symbolique existe comme tel,

ou si le symbolique est simplement, si on peut dire,

le fantasme au second degré des coaptations imaginaires.
C’est ici que se fait le choix entre deux termes

et deux orientations de l’analyse.
Ce qui forcément…

puisqu’aussi bien tous les sens se sont accumulés depuis longtemps à travers les aventures

de l’histoire dans le lest de la sémantique

…s’il s’agit de suivre le sujet dans le sens qu’il a d’ores et déjà donné à son discours, et d’ores et déjà donné

en ce sens qu’il sait qu’il fait de la psychanalyse :



  • et que déjà la psychanalyse a donné des normes,

  • et que déjà la psychanalyse lui a dit qu’il fallait être bien gentil,

  • c’est–à–dire être un véritable personnage parvenu à sa maturité instinctuelle et sorti des étapes et des stades où domine l’image fondamentale

de tel ou tel orifice.
Il s’agit de savoir si ceci a son importance, pour être réduit, corrigé, dans cette suite du discours universel où le sujet est engagé, ou si c’est d’une coaptation à ces images fondamentales qu’il s’agit.
Il s’agit de savoir si c’est d’une normativation, d’une rectification en termes d’imaginaire,

ou d’une libération du sens dans le discours

qu’il s’agit dans l’analyse.
C’est ici que divergent les orientations et les écoles, et que je crois pouvoir dire que si FREUD…

qui au maximum a eu ce sens du sens qui fait que telle ou telle de ses œuvres se lisent à la façon de celles d’un devin

…prend Le thème des trois coffrets et reconnaît la mort dans

le personnage [ de Portia ? ] On peut dire qu’il est guidé

par quelque chose qui est de l’ordre de l’inspiration poétique.

Il s’agit de savoir si, oui ou non, l’analyse poursuivra dans ce sens freudien, dans ce sens qui, au–delà du langage, cherche non pas l’ineffable,

la limite, le point où adhère le langage, où arrête le langage, ou au contraire cherche au–delà le sens.
Et qu’est–ce que veut dire le sens ?
Le sens c’est ceci que l’être humain n’est pas

le maître de ce langage primordial et primitif.
Il y a été jeté, engagé, pris dans un engrenage. L’origine, nous ne le savons pas.
On nous dit que dans les langues les nombres cardinaux

sont apparus avant les nombres ordinaux.

On ne s’y attendait pas.
Si on pensait effectivement la façon normale dont l’homme entre dans ce jeu des places :

  • c’est l’ordre de la procession,

  • c’est l’ordre de la danse, à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure, de la danse primitive

ou de la procession civile et religieuse,

  • l’ordre des préséances,

  • l’ordre dans lequel s’image l’organisation de la cité, qui n’est rien d’autre qu’ordre et hiérarchie,

…finalement c’est le nombre ordinal qui devrait apparaître avant. Mais le nombre cardinal, les linguistes l’affirment, apparaît avant.
Il faut nous émerveiller du paradoxe.

L’homme n’est pas ici maître chez lui.

Il y a quelque chose dans quoi il s’intègre et qui déjà règle par la loi de ses combinaisons.
Les lois de la danse, par où l’homme passe de l’ordre de la nature à l’ordre de la culture, ce sont les mêmes tableaux de combinaisons mathématiques qui serviront à classifier et expliquer.
M. LÉVI–STRAUSS les appelle « structures élémentaires de la parenté ». Et pourtant les hommes primitifs ne sont pas supposés avoir été PASCAL.
Eh bien, l’homme est engagé déjà par tout son être dans cette procession, cette procession des nombres ou d’un primitif et fondamental symbolisme

qui se distingue de ces représentations imaginaires,

c’est quelque chose autour de quoi s’établit

le conflit fondamental.
Car en fin de compte l’homme a aussi, au milieu de cela, à se faire reconnaître. Mais ce quelque chose qui a à se faire reconnaître, nous dit–on…

c’est cela le sens de ce que nous dit FREUD

…n’est pas exprimé. Il est refoulé.
Si c’était dans une machine, ça serait tout simplement tombé, ça ne revendiquerait rien,

du moment que ça ne vient pas à temps, ça n’explique plus le timing de la machine.
Chez l’homme, ce n’est pas la même chose, la scansion est vivante. Alors, ce qui n’est pas venu à temps dans la machine reste suspendu, reste refoulé.

C’est de cela qu’il s’agit.
Le sens de l’analyse est ceci :

quelque chose sans doute qui n’est pas exprimé, n’existe pas,

mais est toujours là, qui insiste et qui demande à être.
Le rapport fondamental de l’homme à cet ordre symbolique est très précisément celui qui fonde l’ordre symbolique

lui–même :


  • c’est l’ordre du non–être à l’être,

  • ce qui insiste pour être satisfait et qui ne peut être satisfait que dans la reconnaissance,

c’est le non–être, la fin de ce rapport, de cette grande aventure de l’homme par rapport au symbolisme.
Nous ne pouvons en séparer ni la psychanalyse,

ni la cybernétique.
Cette fin est que le nonêtre vienne à être, qu’il soit parce qu’il a parlé.

29 Juin 1955 Table des séances
Ce que je vais vous dire là, d’abord, est en préambule, en marge du séminaire. Ce ne peut être qu’une parenthèse, car nous ne sommes pas là pour faire de l’exégèse.
Ça se rattache quand même à notre question.
Dans cette pénultième réunion, je vous ai interrogé avec un succès mélangé, c’est une séance qui a porté des effets divers dans les esprits de ceux qui y ont participé.
J’espère que maintenant vous avez compris quels avaient été pour moi le sens et la fonction, c’était une façon d’accorder mon instrument à ce que j’avais à vous dire la dernière fois. J’espère que ça n’a pas seulement servi à moi, mais à vous.
Mais enfin j’ai retenu sans m’y arrêter sur l’instant, parce que du train où allaient les choses, si je vous avais suivi sur ce terrain, ça nous aurait donné encore plus le sentiment d’aberration,

qu’est–ce que vous avez voulu me dire,

quand vous m’avez dit que le
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