Leçon 1 17 novembre 1954








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Il a même imaginé que des choses de temps en temps « Mané, Thécel, Pharès » s’écrivaient toutes seules sur les murs.

  • Il a mis des chiffres à l’endroit où s’arrêtait, à chaque heure du jour, l’ombre du soleil.


    Mais enfin, quand même, les symboles restaient toujours

    à la place aussi, où ils étaient faits pour être.
    Ils étaient englués dans ce réel, on pouvait croire qu’ils n’étaient que le repérage de ce réel.
    La nouveauté, c’est qu’on leur a permis de voler

    de leurs propres ailes…

    si je puis me permettre de parler ainsi

    …et grâce à quoi ?
    Grâce à un appareil simple, commun…

    à la portée de vos poignets

    et il suffit d’appuyer sur la poignée

    …une porte.
    Une porte n’est pas quelque chose…

    je vous prie d’y réfléchir

    …de tout à fait réel.
    La prendre pour quelque chose de réel conduirait

    à d’étranges malentendus.
    Si vous observez une porte, et par exemple que vous en déduisiez qu’elle produit des courants d’air,

    ceci vous entraînerait à l’emporter sous votre bras dans le désert pour vous rafraîchir et le résultat serait néant.
    J’ai longuement cherché dans tous les dictionnaires ce que ça voulait dire, une porte.

    Il y a deux pages de LITTRÉ sur la porte :



    • On y va de la porte en tant qu’ouverture à la porte en tant que fermeture plus ou moins jointive.



    • On y va de la porte orientale, de la sublime porte,

    à la porte : « si vous revenez je vous en ferai un masque sur le nez » comme écrit REGNARD42.
    Tout ceci n’est pas très satisfaisant.

    Et à la suite, sans commentaire, LITTRÉ écrit

    qu’il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.
    Personne ne s’en étonnera, ça ne m’a pas complètement satisfait, malgré les échos littéraires 43 que cela éveille.
    J’ai une méfiance naturelle à l’endroit de la sagesse des nations. Beaucoup de choses s’y inscrivent, mais sous une forme toujours un petit peu confusionnelle.

    C’est même pour cela que la psychanalyse existe.

    Nous y reviendrons tout à l’heure.
    Il faut, c’est vrai, qu’une porte soit ouverte ou fermée. Mais ça n’est pas tout à fait strictement équivalent.

    Observez ceci, le langage ici peut nous guider.
    Une porte, mon Dieu, ouvre sur les champs, mais on ne dit pas qu’elle ferme sur la bergerie, ni sur l’enclos. Je sais bien que là je confonds porta et fores, qui est

    la porte de l’enclos, mais enfin nous n’en sommes pas

    à ça près et nous pouvons poursuivre notre méditation sur la porte.
    En fait si elle ouvre quelque chose, qu’est–ce que c’est ?
    On pourrait croire que parce que j’ai parlé du champ et de la bergerie il s’agit de l’intérieur et de l’extérieur. Je crois qu’on se tromperait beaucoup.
    Nous vivons une époque assez grandiose pour imaginer une grande muraille qui ferait exactement le tour

    de la terre selon un américain, si vous y percez une porte, où est l’intérieur, où est l’extérieur ?
    C’est toute une vérité.

    Une porte, quand elle est ouverte, est quelque chose qui n’est pas plus généreuse pour ça.
    On dit qu’une fenêtre « donne sur la campagne ».

    C’est assez curieux que quand on dit qu’une porte donne quelque part, c’est en général qu’il s’agit d’une porte qui est habituellement fermée,

    et même quelquefois condamnée, et c’est dans ce cas qu’on dit qu’elle « donne… ».
    Une porte, mon Dieu, on la prend quelquefois,

    et c’est toujours un acte assez décisif et une porte il est beaucoup plus fréquent qu’autre chose

    qu’on vous la refuse.
    Il peut y avoir deux personnes de chaque côté d’une porte, guettant :

    vous n’imaginez pas cela par rapport à une fenêtre.
    Une porte, on peut l’enfoncer, même quand elle est ouverte, naturellement comme disait Alphonse ALLAIS, ceci est bête et cruel.
    Au contraire, entrer par la fenêtre passe toujours pour un acte plein de désinvolture et en tout cas assurément délibéré, alors qu’on passe souvent

    une porte sans s’en apercevoir.
    Bref, cette porte a quelque chose qui est bien distant, en soi, déjà, à première approximation, de cette fonction vraiment instrumentale qu’a la fenêtre.

    Bien entendu, elle ouvre sur quelque chose dont nous ne savons pas trop si c’est sur le réel ou l’imaginaire. Mais c’est sur l’un des deux.
    La porte est assurément, déjà par sa nature,

    de l’ordre symbolique. Et elle l’est tellement que la clé

    de cette dissymétrie entre l’ouverture et la fermeture

    est que si l’ouverture règle l’accès, c’est–à–dire quelque chose qui se passe en direction, à travers

    la porte, le fait qu’elle ferme règle la clôture.
    Ce qu’elle ferme n’est pas l’enclos, c’est le circuit.

    Plus précisément, j’ai dit d’abord, c’est la clôture.
    Et c’est précisément à partir de ce moment

    que cette porte est un vrai symbole…

    en tant que précisément le symbole par excellence …celui auquel se reconnaîtra toujours le passage

    de l’homme quelque part, qui est l’entrecroisement

    de deux traits, et la croix qu’elle dessine :

    l’accès et la clôture.
    C’est à partir du moment où on a eu la possibilité

    de rabattre les deux traits l’un sur l’autre…

    à savoir de faire la clôture, précisément le circuit,

    c’est–à–dire quelque chose :

    ça passe quand c’est fermé [ 1 ],

    et où ça ne passe pas quand c’est ouvert [ 0 ],

    …que nous avons eu la possibilité de faire passer

    la science de la conjecture comme telle

    dans les réalisations de la cybernétique.
    Car s’il y a des machines qui calculent toutes seules, des machines qui vous additionnent, qui vous totalisent,

    qui font toutes les merveilles que l’homme avait crû jusque–là être le propre de sa pensée,

    c’est parce que nous avons la possibilité d’établir…

    grâce à « la fée électricité » comme on dit

    …des circuits, des circuits qui s’ouvrent ou qui se ferment, qui s’interrompent ou se rétablissent, en fonction de l’existence de portes, c’est–à–dire de portes cybernétisées,

    de la porte où l’accès règle la clôture,

    ce qui est la définition essentielle à partir de quoi vous pouvez en développer tout le maniement.

    Car observez bien que ce dont il s’agit, c’est de

    la relation comme telle, de l’accès et de la clôture, c’est–à–dire qu’une fois que la porte s’ouvre,

    elle se ferme, quand elle se ferme, elle s’ouvre.

    Il ne faut pas qu’une porte soit « ouverte ou fermée » !

    Il faut qu’elle soit « ouverte puis fermée, puis ouverte, puis fermée… ».
    La base de toute espèce de machine naît en ceci

    que vous connaissez, qui est la possibilité, grâce au circuit électrique et au circuit d’induction branché sur lui–même, c’est–à–dire ce qu’on appelle un feedback, mais très original, qui a pour effet qu’il suffit que la porte se ferme pour qu’aussitôt elle soit rappelée par un électro–aimant en état d’ouverture, c’est de nouveau sa fermeture, et de nouveau son ouverture, vous engendrez ainsi ce qu’on appelle une oscillation.
    Cette oscillation est la scansion, et la scansion

    est la base sur laquelle vous allez pouvoir inscrire indéfiniment l’action ordonnée par une série de montages qui ne seront plus, c’est le cas de le dire, que des jeux d’enfants.
    Toutes les combinaisons sont possibles d’ouverture et de fermeture, ainsi pouvez–vous, par exemple, faire toutes les opérations qui consistent en celle–ci, par exemple : 0 0 1 1.

    Voilà quatre cas, qui peuvent être :

    • dans les deux premiers cas : 0, une porte fermée44,

    • et dans les autres, une porte ouverte : 1.


    Puis alternativement une porte fermée ou ouverte : 0 1 0 1.

    Qu’est–ce qui va en résulter ?

    À votre gré vous décréterez par exemple,

    qu’une troisième porte sera à la suite de cela,

    ouverte ou fermée dans les cas suivants :

    0 0  : 0

    0 1  : 1

    1 0  : 1

    1 1  : 1
    C’est–à–dire que quand il y a une porte d’ouverte simplement – 3 cas sur 4 – cela suffira pour que la 3ème soit ouverte.
    Il y a autant d’autres formules : vous pouvez décréter qu’il faut que les deux portes soient ouvertes pour que la troisième le soit.

    Vous aurez :
    0 0  : 0

    0 1  : 0

    1 0  : 0

    1 1  : 1
    Je vais vous en faire une 3ème car elle a bien son intérêt.

    Ici, vous décréterez que la troisième porte ne sera ouverte que quand une seule

    sur les deux sera ouverte.

    0 0  : 0

    0 1  : 1

    1 0  : 1

    1 1  : 0

    Qu’est–ce que tout ceci ? C’est tout ce qu’on veut. Par exemple ceci :

    0 0  : 0

    0 1  : 1

    1 0  : 1

    1 1  : 1
    peut s’appeler sur le plan logique, réunion ou conjonction.

    Une autre traduction encore, c’est « ou, ou… », « ou ça, ou ça ».
    Ça peut être aussi une certaine façon de monter

    le circuit, c’est–à–dire deux portes, deux relais mis en série,

    dans l’autre cas :

    0 0  : 0

    0 1  : 0

    1 0  : 0

    1 1  : 1
    C’est là que vous aurez le montage en série, c’est ce qu’on peut appeler une autre façon de qualifier une opération logique : une conjonction du terme « et ». Il faut qu’il y ait « 1 et 1 » pour qu’il y ait 1.
    Et ceci se confond aussi, vous voyez, si vous vous rappelez certaines lois élémentaires des opérations arithmétiques, celles de la multiplication, c’est pourquoi on l’appelle quelquefois multiplication logique.

    Enfin ceci :

    0 0  : 0

    0 1  : 1

    1 0  : 1

    1 1  : 0
    tout à fait original, a nécessité un terme spécial : « addition modulo 2 ».
    Ce n’est pas quelque chose de tellement étranger, puisque, si vous faites une addition avec les signes binaires, vous serez amenés à utiliser ce tableau,

    à savoir que quand vous additionner 1 et 1, dans un monde de notation binaire, ça fait 0 et vous retenez 1.
    Ceci simplement pour vous donner la perspective de ceci, que dans une certaine réduction, simplification des symboles, et à partir du moment où la possibilité est donnée d’incarner dans le réel ce 0 et ce 1,

    cette notation de la présence et de l’absence comme telle, et de l’incarner sur un rythme et sur une scansion fondamentale, quelque chose est passé dans le réel, dont nous sommes à nous demander…

    peut–être pas très longtemps, mais enfin on se l’est tout de même assez bien demandé, et des esprits qui ne sont pas tellement négligeables

    …si c’est là quelque chose qu’on pourrait appeler, comme on l’a dit, une machine qui pense.
    Bien entendu, on sait bien qu’elle ne pense pas, cette machine. C’est nous qui l’avons faite, cette machine,

    et elle pense, mon Dieu, ce qu’on lui a dit de penser.
    Car enfin, quand nous faisons les mêmes choses…

    et nous faisons les mêmes choses dès que nous prenons avec notre main un crayon et que nous commençons à écrire sur un petit bout de papier un des signes, et à faire des additions, des multiplications, des choses très fastidieuses, très fastidieuses encore qu’elles comportent chacune un type d’action résolument original, c’est à savoir

    que l’on a fait ces symboles avec son action

    …et voilà que tout d’un coup il les restitue eux–mêmes à l’action c’est–à–dire qu’il a fait une collection.
    C’est la base de l’addition.

    Et tout d’un coup ce qui était fait est en quelque sorte réouvert et défait. Et à partir de là,

    on va en refaire une autre.
    C’est là l’essence du [ mécanisme ? ].
    Quand nous l’opérons effectivement, c’est–à–dire quand nous faisons l’addition de 2, 4, et 5,

    si on nous dit que nous ne pensons pas à ce moment–là,

    nous sommes plutôt vexés.
    Et pourtant c’est clair que si nous refusons la pensée

    à la machine, nous ne pensons pas non plus au moment où nous faisons une opération quelconque, particulière.
    Nous suivons exactement les mêmes…

    entre guillemets, je vous en prie

    …« mécanismes » que la machine.
    L’important ici est donc ceci, de s’apercevoir :



    • que quelque chose existe, qui est la chaîne possible de toutes sortes de possibilités

    de combinaisons de la rencontre comme telle,



    • que ceci peut être étudié comme tel, et que si on l’étudie comme tel, on voit que c’est un ordre qui subsiste dans sa rigueur… je dis rigueur pour ne pas dire tout à fait vérité, qui nous entraînerait loin maintenant, …indépendamment de toute subjectivité.


    Le symbole, par la cybernétique, s’incarne d’une façon qui est littéralement transubjective, et qui peut, comme telle, incarner dans un objet, un appareil.
    Ce n’est bien entendu pas l’appareil dont il s’agit…

    l’appareil est son support

    …ce dont il s’agit c’est d’un jeu symbolique comme tel

    et d’un jeu qui comporte quoi ?
    Des dimensions qui lui sont propres.
    J’ai dû opérer par des voies qui assurément peuvent vous apparaître lentes.
    Mais il faut que vous les ayez soutenues dans l’esprit pour comprendre le véritable sens

    de tout ce qu’on nous apporte dans la cybernétique.
    Par exemple, la notion de message.
    La notion de message dans la cybernétique n’a rien à faire avec ce que nous appelons habituellement un message, c’est–à–dire quelque chose qui a toujours un sens.
    Ce message c’est une suite de signes, et une suite de signes,

    ça se ramène toujours à une suite de 0 ou de 1.
    C’est bien pour cela que ce qu’on appelle l’unité d’information, c’est–à–dire ce quelque chose…

    à quoi se mesure l’efficacité de signes quelconques,

    …se rapporte toujours à une unité primordiale

    qu’on appelle le clavier, et qui n’est autre

    que l’alternative, tout simplement.
    Le message, à l’intérieur de ce système de symboles, est pris dans une sorte de réseau basal, qui est celui

    • de la combinaison comme telle,

    • de la rencontre comme telle,

    sur la base d’une scansion unifiée, c’est–à–dire

    d’un 1 qui est la scansion.
    Ceci définit la perspective du message et vous montre exactement aussi la limite dans laquelle vous pouvez admettre ou ne pas admettre des usages plus ou moins adultérés du mot « message », à l’intérieur de

    la cybernétique, qui s’en déduisent.
    D’autre part, la notion d’« 
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