Leçon 1 17 novembre 1954








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universel, concrètement.

Et pourtant, dès que se forme un système symbolique quelconque, il est d’ores et déjà de droit universel comme tel.
Alors, si nous faisons perpétuellement la confusion de ce qui est universel et de ce qui est générique,

si nous appelons universel ce qui se rencontre partout, par exemple le fait que les hommes aient, sauf exception, deux bras, deux jambes, et une paire d’yeux,

ce qu’ils ont d’ailleurs en commun avec les animaux, et même des caractéristiques plus précises, comme disait l’autre [Platon] : « un bipède sans plume », « un poulet déplumé », tout ceci est générique, ça n’est absolument pas universel.
Vous introduisez là vos hélix enroulées dans un sens ou dans l’autre. Je ne dis pas que ce soit une question qu’on ne puisse pas poser mais c’est une question d’une autre nature, qui se pose par rapport au type naturel, cette question du type est importante.
Octave MANNONI
Ce n’est pas absolument certain, c’est ça que je mets en question. Je veux dire que jusqu’à présent

les hommes ont opposé à la nature une pseudo–nature.
Cette pseudo–nature c’est les institutions humaines qu’ils rencontrent. On rencontre la famille

comme on rencontre le chêne ou le bouleau,

et puis ils ont convenu que ces pseudo–natures étaient un fait de la liberté humaine, d’une manière ou d’une autre, ou du choix contingent de l’homme.
Et ils ont par conséquent attaché la plus grande importance à une nouvelle catégorie, à la culture opposée à la nature.
Étudiant ces questions, LÉVI–STRAUSS en vient à ne plus savoir où est la nature et la culture, parce que justement on rencontre les problèmes de choix

non seulement dans l’univers des nomenclatures, mais dans l’univers des formes. Dans le symbolisme de la nomenclature comme dans le symbolisme de toute forme, la nature parle, elle parle en s’enroulant à droite ou à gauche, en étant droitière ou gauchère.

C’est sa manière à elle de faire des choix contingents comme des familles ou des arabesques. À ce moment,

en effet, je me trouve placé sur une ligne de partage des eaux, je ne vois plus comment les eaux se partagent.

Et je voulais faire part de cet embarras.

Je n’apporte pas de solution mais une difficulté.
Jean HYPPOLITE
Il me semble que vous avez tout à l’heure très justement opposé l’universel au générique, en disant

que l’universalité était liée au fond au symbolisme même,

à la modalité de l’univers symbolique créé par l’homme.
Mais c’est donc une pure forme.

Votre mot « universalité » veut dire profondément

que quand on considère un univers humain

il affecte nécessairement la forme de l’universalité, il attire à une totalité qui s’universalise.
LACAN C’est la fonction du symbole.
Jean HYPPOLITE
Est–ce que ça répond à la question ?

C’est–à–dire que ça nous montre simplement

le caractère formel que prend un univers humain.
LACAN
Il y a deux sens au mot formel :


  • le sens qui existe dans le terme et dans l’usage du terme de « formalisation mathématique », c’est–à–dire

un ensemble de conventions à partir desquelles vous pouvez développer toute une série qui, comme vous le savez, se construit et s’élabore de conséquences, de théorèmes s’enchaînant qui donnent à un certain type de rapports de structures, établis à l’intérieur d’un ensemble, un type, une loi à proprement parler,



  • et puis il y a « une forme » au sens gestaltiste du terme, au sens de totalité se tenant et réalisée, ce qu’on appelle une bonne forme, à savoir ce quelque chose qui forme une totalité mais une totalité isolée.

Jean HYPPOLITE
Est–ce ce second sens qui est le vôtre, ou le premier ?
LACAN C’est le premier, incontestablement !
Jean HYPPOLITE
Vous avez tout de même parlé de totalité,

alors cet univers symbolique est purement conventionnel,

il affecte la forme au sens où on dit « une forme universelle », sans être pour autant générique ou même générale.

Je me demande si ce n’est pas une solution formelle du problème posé par MANNONI.
LACAN
Le problème que pose MANNONI a deux faces.

Il y a le problème qu’il pose, et qui consiste à se demander, à se reposer la question sous la forme signatura rerum, à savoir que les choses présentent

elles–mêmes un certain caractère d’asymétrie,

car c’est de cela qu’il s’agit, puisque tout de suite

c’est sur des problèmes de symétrie qu’il est tombé, sur un certain caractère d’asymétrie.
Il y a donc quelque chose que nous pouvons là–dedans dire…

cela mériterait une discussion

tout à fait spéciale

…à savoir qu’il y a un réel, un donné, et que ce donné est structuré d’une certaine façon.
Il s’agit très exactement de savoir comment

l’on a élaboré ce donné, si en tout cas dans le fil de développement, de progression de la connaissance où nous sommes, nous allons dans le sens de serrer

de plus en plus près le sens mystérieux, c’est le mot propre en l’occasion, de ces asymétries naturelles ?
Je lui dirai que toute une tradition humaine,

que nous connaissons tous – et connaissons bien –

qui s’appelle « la philosophie de la nature »,

s’est très exactement employée à cette sorte de lecture.

Et que nous savons ce que ça donne.

Cela ne va jamais très loin.

Ça va à des choses en fin de compte très ineffables, mais dans le fond stoppées assez vite,

sauf si on veut tout de même…

avec quelque bonne volonté,

qui ne manque jamais, on y arrive assez bien

…si on est prêt à entrer à toutes voiles

dans le plan de ce qui est communément appelé le délire.
Cela n’est certainement pas le cas de MANNONI

dont l’esprit est beaucoup trop aigu et dialectique pour ne pas poser une question semblable

que sous la forme d’une question problématique.
La seconde chose est de savoir si c’est ça que visait LÉVI–STRAUSS hier soir, quand il nous a dit qu’en fin de compte il était là au bord de la nature,

saisi tout d’un coup d’un vertige, et à se demander si en fin de compte ce n’était pas là qu’il fallait vraiment retrouver les racines de son arbre symbolique. C’est de ça qu’il s’agit.
Mais mes dialogues personnels avec LÉVI–STRAUSS

me permettent de vous éclairer :

n’en croyez rien, il ne s’agissait pas du tout

du genre de question que MANNONI pose.
Mais il s’agit de ce que LÉVI–STRAUSS est en train

de reculer devant cette division, cette bipartition très tranchante qu’il fait, et dont il sent bien

la valeur méthodologique, créative, comme méthode, pour distinguer entre les registres, et du même coup entre les ordres de faits.
Il est en train d’osciller autour de ça pour

une raison qui pourra vous paraître surprenante

mais qui est tout à fait avouée chez lui :

qu’il craint que sous la forme de cette autonomie,

si on peut dire, du registre symbolique et de la fonction symbolique,

ne reparaissent d’une façon masquée, larvée,

toute une transcendance dans ses affinités au sens plus strictement psychologique du mot, dans sa sensibilité personnelle, pour laquelle sa sensibilité personnelle n’éprouve que crainte et aversion.

En d’autres termes, il craint qu’après que nous ayons fait sortir Dieu par une porte nous ne le fassions entrer par l’autre. C’est de cela qu’il s’agit.
Il ne veut pas que le symbole

et même sous la forme extraordinairement épurée sous laquelle lui–même nous le présente

ne soit qu’une réapparition de Dieu sous un masque.
Voilà, je crois, ce qui est à l’origine de l’oscillation qu’a manifesté LÉVI–STRAUSS quand il a posé

la question qui mettait en cause celle de la nette séparation méthodique du plan du symbolique avec le plan naturel.
Jean HYPPOLITE
Il n’en est pas moins vrai que l’univers symbolique ne résout pas, par les mots « univers symbolique », la question même

des choix qui ont été faits par l’homme.
LACAN Certainement pas.
Jean HYPPOLITE
Je veux dire que ce qu’on appelait institution et qui implique un certain nombre de choix contingents, entre dans un univers symbolique mais que nous fassions appel à cet univers symbolique ne nous donne pas pour autant l’explication de ses choix.
LACAN Il ne s’agit pas d’explication.
Jean HYPPOLITE
Nous n’en restons pas moins devant un problème…
LACAN Exactement ! Devant le problème des origines.
Jean HYPPOLITE
Même au sein de la fonction symbolique elle–même. Je ne refuse pas que la relation symbolique ait joué ce rôle, et ait imprimé la marque d’une universalité systématique, mais

ce revêtement requiert lui–même explication. Ce revêtement

ne nous en amène pas moins au problème qu’a posé MANNONI.

Octave MANNONI
C’est très compliqué, moi je ne comprends plus

grand–chose.
Mme BARGUES
Je me demande si on ne pourrait pas reprendre ce problème et le déplacer d’une certaine façon entre culture et nature, sur le plan justement du symbolique et de l’imaginaire.
J’ai été frappée quand vous avez parlé, à certain moment, dans notre société actuelle de la loi,

qui, en quelque sorte, un peu se dégrade.

À ce moment–là, on a l’impression, quand on frôle l’inceste, qu’il y a au point de vue de l’imaginaire

une formation, une réaction extrêmement forte

qui apparaît dans le fond quand on frôle,

si on peut dire, la nature.
C’est sur le plan de l’imaginaire qu’il y a quelque chose qui se passe. Je songe…

je ramène là à quelque chose de plus clinique

…à la présentation de malade que vous avez faite

la dernière fois. Vous avez insisté sur ce garçon homosexuel, sur le fait que dans sa famille il y avait des alliés très proches, c’était en vase clos, un peu. Je pense qu’à ce moment–là on trouve…

et je l’ai vu dans d’autres cas

…des facteurs prédisposants de névroses, où on trouve le complexe d’Œdipe — sous d’autres formes — arrivé sur

un plan tout à fait violent, aussi violent qu’a pu

le dire DURANDIN hier. Cela se passe quand on va frôler la nature, en quelque sorte. À ce moment–là l’imaginaire joue le rôle de démolition dans une personnalité.
LACAN
La question de BARGUES est quand même orientée dans le sens des questions que nous posons. Et si je veux ne pas laisser cette question telle que vous venez

de la poser, qui est vraiment – telle que vous venez de la poser ici – au niveau métaphysique, il s’agit d’expliquer quand même la fonction de l’univers symbolique.

Jean HYPPOLITE
Excusez–moi, c’est une critique.

En quoi l’emploi du mot nous rend–il service

et qu’est–ce qu’il apporte ? Voilà la question.

Je ne doute pas qu’il rende service.

En quoi ajoute–t–il et qu’ajoute–t–il ?
LACAN
Il me sert dans l’exposé de l’expérience analytique comme tel. Vous avez pu le voir l’année dernière,

par exemple, à partir du moment où j’essayai…

je crois vous avoir montré qu’il est impossible d’ordonner d’une façon correcte les divers aspects, les diverses fonctions du transfert, si on ne part pas d’une définition essentielle, en pointe d’une espèce de pyramide, qui catégoriserait les différentes manifestations du transfert.
Ce qui ne dit pas qu’essentiellement le transfert…

la fonction qui est le point de fuite, le point de perspective, là où tout converge dans les différentes fonctions du transfert, fonction à proprement parler créatrice, fondatrice, qui existe dans un certain type, dans une certaine fonction pleine de la parole

…que c’est ça qui permet de situer ce qu’est

le transfert, quand il se produit au niveau,

si vous voulez, réfracté, imparfait, démultiplié,

où nous le voyons dans l’expérience et où nous le saisissons sous ses différents aspects psychologiques, personnels, interpersonnels, sans une sorte de prise

de position radicale sur ce qui est la fonction

de la parole comme telle.
Le transfert est purement et simplement inconcevable, et je dirais même plus, inconcevable au sens propre du terme : il n’y a pas de concept « transfert »,

il n’y a qu’une multiplicité des faits,

liés par un lien vague et inconsistant.
Ceci est un exemple de ce que je crois pouvoir

vous montrer cette année.

C’est la prochaine fois que j’introduirai la question du moi sous la forme que j’ai choisi de l’introduire : rapports entre la notion et la fonction du moi et le principe du plaisir.
Ce que je pense vous montrer est que pour concevoir également toute la métapsychologie freudienne, à savoir cette fonction qu’il désigne sous le terme de moi,

il est également indispensable de se servir de cette image, de cette distinction de plans et de relations qui sont exprimées par les termes de symbolique, d’imaginaire

que vient d’introduire, à partir de notre expérience la plus quotidienne, BARGUES

…et de réel.
En d’autres termes, pour éclairer ma lanterne,

et vous donner un exemple, après tout c’est ça

que vous me demandez : à quoi ça sert?
Jean HYPPOLITEJe ne doute pas, d’ailleurs, que ça serve.
LACAN
Ça sert au sens qu’une expérience, qui est en tout cas une expérience symbolique particulièrement pure, celle de l’analyse, je vais vous en donner un exemple en amorçant la question que je serai amené à vous dire concernant le moi.
Le moi dans son aspect le plus essentiel…

et c’est là quelque chose qui est une découverte

de l’expérience, qui n’est pas, si vous voulez, d’aucune façon, une catégorie que je qualifierai presque d’a priori, comme la catégorie symbolique

en tant que je la détache, dégage

le moi est une fonction imaginaire.
Et par ce point là, je dirai presque : par ce seul point, nous trouvons dans l’expérience humaine la porte ouverte sur cet élément de typicité qui, bien entendu,

nous apparaît à la surface de la nature,

mais sous une forme toujours…

c’est là que j’ai voulu insister, en parlant de l’échec des différentes philosophies de la nature

…décevante.

Elle est décevante aussi quant à ce qui est

de la fonction imaginaire du moi. Mais c’est une déception

dans laquelle nous sommes engagés jusqu’à la garde, en tant que nous sommes le moi.
Non seulement nous en avons l’expérience, mais elle est [cette fonction imaginaire] tout autant un guide de notre expérience que les différents registres qu’on a appelés « 
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