Leçon 1 17 novembre 1954








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je »…

en tant que distinct du moi, implicitement

…structure la théorie…

nous verrons cela aussi

…mais de moins en moins la conscience peut être inscrite quelque part.
Pour tout dire, à la fin FREUD abandonne la partie, et dit qu’il doit y avoir là des conditions qui nous échappent, c’est l’avenir qui nous dira ce que c’est.
Nous essaierons d’entrevoir cette année comment

nous pouvons, dans la fonctionnalisation freudienne, situer en fin de compte la conscience.
Vous verrez que ça passera, redescendra,

sous les aspects qui je crois

  • pour certains seront des aspects clarifiants,

  • et pour beaucoup d’entre vous assez inattendus.


Mais en fin de compte, qu’estce qui s’est passé dans cette espèce d’irruption, avec FREUD, de nouvelles perspectives révolutionnantes dans l’étude de

la subjectivité, disons individuelle, qui est précisément justement de montrer que le sujet

ne se confond pas avec l’individu.

Et je souligne, j’y reviens encore :

cette distinction, que je vous ai d’abord présentée

sur le plan subjectif, est aussi…

et c’est peutêtre cela, en somme, le pas

le plus décisif du point de vue scientifique

de l’expérience freudienne

…saisissable sur le plan objectif.
Ce que nous apporte FREUD on ne le met pas assez

en relief est ceci :

si nous considérons ce qui dans l’animal humain,

dans l’individu en tant qu’organisme,

se propose à nous objectivement, nous y détecterons :

  • un certain nombre de propriétés, je renvoie aux béhavioristes,

  • un certain nombre de déplacements,

  • certaines manœuvres, relations.


Et c’est du comportement, de l’organisation des conduites, que nous inférerons la plus ou moins grande ampleur des détours dont est capable l’objet que nous nous sommes proposé à savoir cet individu pour parvenir

à un certain nombre de choses que nous posons

par définition pour être ses buts.
Nous imaginerons de ce fait la hauteur si on peut dire de ses rapports avec le monde extérieur.

Bref, nous mesurerons plus ou moins le degré de

son intelligence, nous considérerons comme en somme le niveau, l’étiage ou accent, nous mesurerons

le perfectionnement ou l’ἀρετή [aretè] de son espèce.
C’est ce que FREUD nous apporte.

C’est précisément ceci, que le sujet dont il s’agit… donc, il s’agit d’un homme, ne se situe nulle part sur quelque chose qui serait une axe où d’un certain point nous pourrions voir, comme un point isolé, l’ensemble, la fonction du sujet comme traversée

par quelque chose de pivotal, d’axial, qui ferait que toutes les élaborations du sujet, à mesure qu’elles sont plus élevées, se confondent plus avec ce que nous appelons en effet son intelligence, son ἀρετή [aretè], où son excellence, sa perfection, son individu, sont isolés.
FREUD nous dit : ce n’est pas ça !

Son intelligence et le sujet en tant qu’il fonctionne,

ce sont deux choses différentes,

ce n’est pas sur le même axe, c’est excentrique.
Le sujet comme tel…

en tant que fonctionnant en tant que sujet

…est autre chose qu’un organisme qui s’adapte,

que quelque chose qui peut être saisi en tant qu’organisme individuel, avec des finalités individuelles, il est autre chose.
Il est autre chose et on le voit à ceci :

que pour qui sait l’entendre, toute sa conduite parle, et elle parle justement d’ailleurs que de cet axe

que nous pouvons saisir, quand nous le considérons comme fonction dans un individu, c’estàdire avec

un certain nombre d’intérêts conçus sur l’ἀρετή [aretè] individuel.
Il parle d’« ailleurs », le sujet est ailleurs,

et c’est ça que ça veut dire « je est un autre ».
Pour l’instant nous nous en tiendrons à cette métaphore topique :

le sujet est décentré par rapport à l’individu.
Ceci, ne croyez pas :


  • que ça n’ait pas été annoncé d’une certaine façon autrement que par les poètes et par RIMBAUD,

  • que d’une certaine façon ça n’était pas déjà aussi quelque part en marge de l’intuition cartésienne fondamentale du « Je pense donc je suis ».


Si vous abandonnez, pour lire DESCARTES, les lunettes du dentiste, cela vous permettra d’aller un peu plus loin dans la reconnaissance des énigmes qu’il nous propose et vous vous apercevrez qu’il s’agit

quelque part d’un certain Dieu trompeur.
Il y a évidemment là quelque chose qui était l’ectopie, le rejet justement de ce qu’il faut bien réintégrer.

C’est qu’en fin de compte, à partir du moment où

on aborde en effet cette notion du moi, on ne peut pas en même temps ne pas mettre en cause qu’il y ait quelque maldonne quelque part.
C’est à la même époque que commence, avec un certain nombre de ces esprits frivoles qui se livrent

à des exercices de salon…

c’est quelquefois là que commencent des choses très surprenantes, c’est aussi avec des petites récréations que quelquefois apparaît tout

un ordre de phénomènes

…il y avait un monsieur…

très drôle de type, qui ne répond guère à

la notion qu’on peut se faire d’une certaine perspective comme étant le type du classique

…qui s’appelait LA ROCHEFOUCAULD et qui tout d’un coup s’est mis en tête de nous apprendre quelque chose

de très drôle, sur quoi on ne s’est pas assez arrêté, quelque chose qu’il appelle l’amourpropre.
C’est drôle que ça ait paru si révolutionnaire,

je ne veux pas dire révolutionnaire, mais ce n’était pas le style de l’époque, et même scandaleux,

car en fin de compte qu’estce qu’il disait ?
Il mettait l’accent sur ceci, même nos activités

en apparence les plus désintéressées sont faites

par souci de la gloire : par exemple, l’amour–passion, voire même l’exercice le plus secret de la vertu.

C’était quelque chose, quoi !

Qu’estce qu’il disait exactement ?

Arrêtonsnous un instant pour le bien voir.
Estce qu’il disait, à proprement parler,

que nous le faisions pour notre plaisir ?

C’est très important cette notionlà, parce que, vous allez voir, tout va pivoter dans FREUD autour de ça. S’il avait dit ça, il n’aurait vraiment fait que répéter ce qu’on disait dans les écoles depuis toujours, et en particulier…

pas depuis toujours, car jamais rien n’est depuis toujours, mais d’autre part vous voyez bien aussi la fonction du depuis toujours en cette occasion

…ce qui semblait s’être dit depuis toujours,

en tout cas ce qui était dit depuis SOCRATE,

qu’en effet si nous définissons le plaisir comme

la recherche de notre « bien », si nous en restons dans cette abstraction, on lie simplement les deux notions comme étant homogènes, s’alliant l’une à l’autre.
Il est certain que quoi qu’on fasse, de toute façon, c’est la poursuite de notre plaisir. La question est simplement : à quel niveau l’appréhendonsnous ?
Comme l’animal humain que nous observions

tout à l’heure dans son comportement ?
C’est une question de plus ou moins de hauteur

et de degré de son intelligence, il comprend où est

son véritable « bien » et dès qu’il l’a compris,

il suit le plaisir qui résulte toujours de chercher

son véritable bien.
Estce que LA ROCHEFOUCAULD dit cela ?
S’il avait dit cela, il n’aurait rien dit d’autre

que ce que disaient depuis toujours les philosophes de l’école. Et d’ailleurs cela a continué à se dire par la suite. Et monsieur BENTHAM a poussé jusqu’à ses dernières conséquences sous le titre d’utilitarisme,

ou « utilitarianisme », cette théorie.
Mais ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit,

sur quoi LA ROCHEFOUCAULD met l’accent.

Ce sur quoi il met l’accent c’est qu’en s’engageant dans un certain nombre d’actions désintéressées,

nous nous figurons nous libérer d’un certain niveau dit inférieur de plaisir, du plaisir immédiat.
Nous nous figurons aller audelà, et en effet chercher un plaisir ou un bien d’un ordre,

d’une qualité supérieure. Mais nous nous trompons.
Et c’est là qu’est le nouveau.

Cela n’est pas que LA ROCHEFOUCAULD nous apporte

une espèce de théorie générale de l’égoïsme, comme englobant toutes les fonctions humaines.

Cela, Saint THOMAS le dit, Saint THOMAS a une notion, si l’on peut dire…

comme on le dit d’ailleurs techniquement

…une théorie dite « physique » de l’amour.
On pourrait aussi bien en langage moderne le traduire par une notion égoïste. Cela ne veut rien dire d’autre que ceci : que le sujet, dans l’amour, cherche son propre bien.
Il était contredit en son temps par un certain Guillaume DE SAINT AMOUR qui faisait remarquer

que l’amour devait être autre chose que la recherche du propre bien. Mais en fin de compte, il disait ce qui se disait depuis des siècles, et tel que c’était

élaboré, il n’y avait là rien de scandaleux.
Ce qui est scandaleux, ce n’est pas du tout que tout soit soumis à l’amourpropre, ce qui est nouveau, avec ce registre du moi

tel qu’il apparaît à partir

d’une certaine époque historique

…ça n’est pas que l’amourpropre soit au fondement

de tous les comportements humains, c’est qu’il est trompeur, qu’il est inauthentique.
C’est cela qui introduit et pour la première fois

le relief, la séparation de plan qui commence de nous ouvrir, par une certaine diplopie, à ce qui va apparaître comme une séparation de plan réelle qu’il y a dans cet ego comme tel, une sorte d’hédonisme qui lui est propre et qui est justement ce qui nous leurre,

c’estàdire ce qui nous frustre à la fois

de notre plaisir immédiat et des satisfactions

de notre supériorité par rapport à ce plaisir.
C’est cela qui se poursuit dans une certaine tradition parallèle de la tradition des philosophes, celle qu’on appelle la tradition des moralistes,

ce qui ne veut pas dire du tout que ce sont des gens spécialisés dans la morale, mais que ce sont des gens qui introduisent une certaine perspective dite

de vérité dans l’observation précisément des comportements moraux, ou encore des mœurs.

Ceci aboutit jusqu’à la Généalogie de la morale de NIETZSCHE, mais ceci reste dans cette perspective en quelque sorte négative qui est à proprement parler la perspective moraliste, à savoir que le comportement humain

est comme tel un comportement leurré, trompé.
C’est dans ce creux, dans ce bol, que vient se verser la vérité freudienne que FREUD nous montre.
Qu’estce que ça veut dire ?

Vous êtes leurré sans doute, mais la vérité est ailleurs. FREUD nous dit là où elle est.
Peu importe pour l’instant de savoir ce que c’est

que ce quelque chose qui à ce momentlà arrive,

fait irruption, avec un bruit de tonnerre,

c’est l’instinct sexuel, la libido.
Qu’estce que ça veut dire l’instinct sexuel ? Qu’estce que la libido, le processus primaire ?
Tout cela bien entendu vous croyez le savoir, moi aussi. Cela ne veut pas dire que nous soyons aussi assurés que cela. Il faudrait le revoir de près.

C’est ce que nous essaierons de faire cette année.
Mais il y a un moment, il y a un tournant

dans l’expérience qui s’engage à la suite

de cette découverte, qui est que ce nouveau « je »…

avec lequel il s’agit de dialoguer

…n’est pas si facile à atteindre que ça.
Pour tout dire, au bout d’un certain temps, il refuse de répondre. Littéralement, il y a quelque chose

qui s’est appelé réellement une crise concrète

dans l’expérience de la psychanalyse.
Ce quelque chose a été entrevu, pendant un certain temps ça a marché et puis, ça ne marche plus.

Ceci est exprimé par les témoins historiques de l’époque de ces années entre 1910 et 1920, où la réponse aux premières révélations analytiques s’est avérée

de plus en plus amortie. Je parle chez des sujets concrets, chez ceux à qui on avait affaire.

Ils guérissaient plus ou moins miraculeusement.

Et ça nous apparaît maintenant quand nous regardons les observations de FREUD avec les interprétations fulgurantes et les explications à n’en plus finir.
Eh bien, ça a de moins en moins bien marché !

C’est tout de même curieux.
Cela laisse à penser qu’il y avait quelque réalité dans

ce que je vous explique, à savoir dans l’existence

de la subjectivité comme telle avec les modifications qui se passent

au cours des temps, en raison d’une causalité propre et qui échappe peutêtre à toute espèce

de conditionnement individuel comme tel.
Ceci est en rapport avec une dialectique propre,

qui va de subjectivité à subjectivité.

Mais si nous considérons ces unités conventionnelles, ce que nous appelons subjectivité en raison de ce qui se passe, en raison de particularités individuelles alors on se met à s’intéresser à ce qui se passe,

à ce qui se referme, à ce qui résiste.
Comment on s’y est intéressé ?

Comment on s’y est bien intéressé ?

Et comment aussi on s’y est mal intéressé ?
C’est ce que nous espérons voir cette année. Et ce qui est intéressant est de voir où nous en sommes.
Eh bien, ce à quoi nous en sommes…

  • par une espèce de curieuse révolution de position, qui est véritablement quelque chose

de saisissant,

  • par une sorte de progressive cacophonie qui s’est établie sur le plan théorique,

…provient d’abord de ceci que nous essaierons de mettre au premier plan de nos préoccupations cette année, à savoir :

toute l’œuvre de métapsychologie de FREUD après 1920

a été littéralement prise de travers, lue de façon délirante par, dironsnous, l’équipe insuffisante

que sont les gens qui étaient ceux de la première

et de la seconde génération après FREUD, et qui…
je crois que je vous le ferai sentir,

je vous le manifesterai assez clairement

…n’ont absolument pas vu ce que signifiait cette métapsychologie, à savoir pourquoi FREUD, justement en 1920, c’estàdire juste après le tournant dont

je viens de vous parler, la crise de la technique analytique,

a cru devoir introduire ces notions métapsychologiques

nouvelles qui s’appellent le Moi, le Surmoi, et le Ça.
Si on lit attentivement…

bien entendu, tout est là

…ce qu’il a écrit, on s’aperçoit qu’il y a un lien étroit entre cette crise de la technique…

à savoir ce qu’il s’agissait de surmonter, la nouvelle façon dont se présentaient les problèmes

…et l’invention, la fabrication de ces nouvelles notions dites topiques qu’il apporte alors.
Mais pour cela il faut les lire !

Il faut les lire dans l’ordre, c’est préférable. Quand on s’aperçoit qu’
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