Leçon 1 17 novembre 1954








télécharger 6.57 Mb.
titreLeçon 1 17 novembre 1954
page22/75
date de publication19.10.2016
taille6.57 Mb.
typeLeçon
b.21-bal.com > documents > Leçon
1   ...   18   19   20   21   22   23   24   25   ...   75

Vous me le direz la prochaine fois.
L’important est que ce message soit quelque chose d’articulé, et nous donne le sentiment qu’il s’agit de quelque chose de même ordre que les oppositions fondamentales du registre symbolique.
Ce quelque chose qui tourne doit, ou non, si on peut dire, à un moment donné, rentrer dans le jeu.
Êtes–vous d’accord ?
X Oui, oui.
LACAN
C’est–à–dire qu’en somme c’est toujours prêt à apporter une réponse et à se compléter dans cet acte même pour répondre, c’est–à–dire justement à cesser de fonctionner comme circuit isolé et tournant, c’est–à–dire à rentrer dans un jeu général, qu’il s’agisse ou non de tel ou tel mode spécial sur lequel vous me ferez le plaisir de revenir à propos de ce oui ou non du petit relais. C’est là l’élément important.
Vous voyez qu’il y a là quelque chose qui est

d’un ordre tout différent, d’un modèle complètement différent dans ce qu’on peut appeler mémoire et

qui se rapproche tout à fait de ce que nous pouvons concevoir comme ce mécanisme ou plus exactement

ce Zwang, cette compulsion de répétition.
Mais alors qu’est–ce que ça veut dire ?

Dès qu’on a ce petit modèle, on s’aperçoit d’un tas de choses, qu’à l’intérieur…

je veux dire dans l’anatomie

même de l’appareil cérébral

…on a des choses comme ça qui reviennent sur elles–mêmes.
On en voit tout le temps des modèles et chez certains animaux, comme un certain poulpe auquel je me suis beaucoup intéressé. J’en remercie RIQUET sur l’indication duquel j’ai lu l’ouvrage d’un neurologiste anglais. Il semble qu’il a un système nerveux assez réduit pour avoir des choses très joliment isolées, un nerf qui préside à ce qu’on appelle le jet ou la propulsion de liquide, grâce à quoi la pieuvre a cette façon de progresser si jolie, où il y a de très gros nerfs, on peut croire aussi que son appareil de mémoire est à peu près réduit à quelque chose comme ça, à ceci qu’un message circulant, que je vous faisais entre Paris et Paris, tout à l’heure, et qui se trouvait réduit sur de très petits points du système nerveux.
Mais l’important est ceci : revenez à ce que nous disions la dernière fois, ou même les années précédentes,

à ces concours frappants que tel ou tel texte

de FREUD dans l’ordre de ce qu’on appelle…

on ne l’a pas appelé depuis, car on est engagé dans une voie où on aboutira à des absurdités

…ce qu’il appelle, lui, « télépathie »…

dans ce par quoi des choses s’accomplissent,

très importantes, dans l’ordre du transfert chez

deux patients corrélativement, soit que l’un soit en analyse ou l’autre à peine touché, soit que les deux soient en analyse, mais dont je vous ai montré en son temps, tout au moins pour ceux qui ont assisté à ces commentaires de textes–là

…télépathie à propos d’un rêve dont je vous ai montré que c’est preuve précisément d’être agent intégré, chaînon, support, anneau dans un même cercle de discours, que les sujets se trouvent également,

en même temps, voir surgir tel acte symptomatique, voire se révéler en même temps tel souvenir.
En d’autres termes, ce que je vous suggère aujourd’hui, en perspective, à ce point de notre exposé où nous sommes parvenus, est que ce dont il s’agit dans le besoin de répétition en tant qu’il se manifeste concrètement dans le sujet, par exemple dans l’analyse, sous la forme des conduites apparemment de reproduction de ce comportement monté dans le passé et qui vient là d’une façon si peu conforme à toute adaptation vitale, c’est là qu’il met l’accent.
C’est que pour autant que nous retrouvons là ce que je vous ai déjà indiqué, à savoir que l’inconscient est le discours de l’Autre, ce discours de l’Autre vous le voyez là s’organiser.
Ça n’est pas le discours de l’autre abstrait,

de l’autre dans la dyade, de mon correspondant, ni même simplement de mon esclave, c’est le discours de tout un certain circuit dans lequel je suis intégré,

parce que je suis un des chaînons.
C’est le discours qui est le discours de mon père, par exemple, en tant que mon père a fait des fautes que je suis absolument condamné, chacun le sait,

à reproduire.
C’est ce qu’on appelle super ego.
Je suis condamné à les reproduire, parce qu’il faut que je reprenne ce discours qu’il m’a légué,

non pas simplement parce que je suis son fils,

mais parce qu’on n’arrête pas la chaîne du discours et que je suis justement chargé de le transmettre dans toute sa forme aberrante et mal posée à quelqu’un d’autre, c’est–à–dire à poser à quelqu’un d’autre le problème d’une situation vitale

où il y a toutes les chances qu’il achoppe également.
C’est–à–dire que ce discours fasse enfin cette sorte de petit circuit où se trouve pris toute une famille, toute une coterie, voire tout un camp, toute une nation ou la moitié du globe et qu’on appelle cette forme circulaire d’une certaine parole.

Précisément pour autant qu’elle est à la fois juste

à cette limite de sens et de non–sens, qui fait

que c’est une parole problématique, c’est–à–dire

que quelque chose est posé qui est un problème,

qui est la solution d’une question symbolique posée.
Ce que nous trouvons dans le besoin de répétition, tel que nous le voyons surgir au–delà du principe du plaisir, c’est cela qui vacille au–delà de tous les mécanismes d’équilibre, d’harmonisation et d’accord, sur le plan biologique, c’est quelque chose qui est introduit par le registre

du langage, la fonction du symbole et la problématique

de « la question » dans l’ordre humain.
Comment est–ce que ceci est littéralement projeté

par FREUD sur un plan qui est en apparence

de l’ordre biologique ?
C’est là justement ce sur quoi nous aurons à revenir dans les fois suivantes.
C’est là que je vous montrerai qu’il y a en effet quelque chose qui aborde un certain problème de la vie, mais qui ne le prend que morcelé, décomposé, pris dans toute cette dialectique symbolique qui fait que c’est justement uniquement dans l’ordre existentiel où l’être humain lui–même vit ce registre de la vie, c’est–à–dire pour autant que cette vie est brisée, morcelée, malade, qu’il est en partie hors de la vie, qu’il participe à l’instinct de mort, que l’être humain peut aborder ce registre de la vie.
26 Janvier 1955 Table des séances

Didier ANZIEU

LACAN
Je ne crois pas du tout que ce soit une telle erreur que PERRIER, à la fin de son exposé, ait mis l’accent sur ce qui concerne les troubles psychosomatiques

et les relations à l’objet.
La relation à l’objet est devenue la tarte à la crème grâce à laquelle on évite beaucoup de problèmes.
Il ne s’agit justement pas de l’objet au sens précis, technique, que nous pouvons lui donner, au point d’élaboration où nous sommes des divers registres dans lesquels s’établit la relation du sujet.
Pour qu’il y ait relation à l’objet, il faut déjà qu’il y ait cette relation narcissique du moi

à l’autre qui est, je peux dire, la condition primordiale de toute espèce d’objectivation

à proprement parler du monde extérieur, qui est corrélative, par conséquent, aussi bien de l’objectivation naïve, spontanée, que de toute objectivation scientifique.
En d’autres termes, l’approximation qu’il a faite,

la distinction entre les fonctions organiques, comme les unes représentant l’élément relationnel et les autres quelque chose qu’il ne savait pas très bien exprimer, et qu’il a opposées aux premières comme l’intérieur à l’extérieur, retombant là, ou croyant pouvoir retomber aisément, dans quelque chose qui, vous savez, est mis en avant constamment dans la théorie de l’économie psychique de FREUD.
Je crois qu’il présentait là quelque chose de juste, mais qu’il n’a pas su l’exprimer de façon adéquate.
Mais la distinction dont il s’agit, quant aux réactions psychosomatiques des organes, se place

sur un tout autre plan.

En d’autres termes, il s’agit de savoir quels sont les organes qui peuvent entrer en jeu dans

la relation narcissique, c’est–à–dire dans cette relation imaginaire à l’autre, que je vous souligne sans cesse ici être le point

où se forme, bilden, le moi.
Je vais vous donner des exemples.
La fonction du regard, du regarder et de l’être regardé.

Voilà une relation qui intéresse un organe, l’œil, pour l’appeler par son nom, qui a un objet électif, qui joue un rôle tout à fait structurant dans cette fonction qui est l’image spéculaire, l’image de l’autre en tant qu’elle est dans cette relation spéciale, élective, l’image du corps propre autour de laquelle se fait toute

la structuration imaginaire du moi.
Eh bien, il peut se passer là des choses très étonnantes, je n’ai pas voulu aborder cela hier soir, la plus grande confusion règne sur tous ces thèmes

de la psychosomatique.
Et c’est pour cela qu’il est important de faire

le travail d’élaboration conceptuelle que nous faisons ici, comme le Professeur LAGACHE l’a fort bien remarqué, et d’une façon qui n’est pas sans mettre la puce à l’oreille : ce souhait d’un empirisme, est strictement corrélatif de ce vœu absolument essentiel, sans lequel il n’y a pas

d’empirisme possible, d’une conceptualisation incroyablement poussée.
Or, on ne peut pas donner de meilleure qualification de l’œuvre de FREUD. L’œuvre de FREUD est la perpétuation de ce mouvement lié, et qui fait qu’on ne peut se propager, avancer dans le domaine empirique que dans la mesure où la conceptualisation est à chaque instant soutenue, reprise, enrichie.
Il y a des textes… Ouvrez l’article Les pulsions et leur destin 4, qu’on va commencer à lire.

Je me reproche de ne pas vous avoir lu le texte.

Aujourd’hui je vais vous en lire un bout :
« Il convient, entend–on dire souvent, qu’une science soit fondée sur des concepts fondamentaux clairs et bien définis. En réalité, aucune science, même parmi les plus exactes, ne débute par de semblables définitions. L’activité scientifique, à son véritable début, consiste bien plutôt à décrire des phénomènes qu’ensuite elle groupera, classera et rangera dans certains ensembles. Mais déjà, alors qu’il n’est question que de description, l’on ne peut éviter d’appliquer au matériel certaines idées abstraites prises quelque part, non certes tirées uniquement de la nouvelle expérience. Ces idées, concepts fondamentaux de la science, s’avèrent encore plus indispensables lorsqu’on continue à travailler la même matière. Elles comportent nécessairement au début un certain degré d’incertitude et il ne saurait être question de délimiter nettement leur contenu. Tant qu’elles se trouvent en cet état, on parvient à s’entendre sur leur signification en recourant, de façon répétée, au matériel expérimental dont elles paraissent tirées, alors que ce matériel leur est en réalité soumis. Elles ont donc, à proprement parler, le caractère de conventions, tout dépend de ce que leur choix n’a pas été arbitraire, mais qu’elles ont été désignées du fait de leurs importants rapports avec les matières empiriques dont on peut postuler l’existence avant même de l’avoir reconnue et prouvée.

Seule une étude plus approfondie de l’ensemble des phénomènes considérés permettra d’en

mieux saisir les concepts scientifiques fondamentaux et de les modifier progressivement afin de les rendre utilisables sur une vaste échelle, les débarrassant par là entièrement des contradictions. »
[Wir haben oftmals die Forderung vertreten gehört, daß eine Wissenschaft über klaren und scharf definierten Grundbegriffen aufgebaut sein soll. In Wirklichkeit beginnt keine Wissenschaft mit solchen Definitionen, auch die exaktesten nicht. Der richtige Anfang der wissenschaftlichen Tätigkeit besteht vielmehr in der Beschreibung von Erscheinungen, die dann weiterhin gruppiert, angeordnet und in Zusammenhänge eingetragen werden. Schon bei der Beschreibung kann man es nicht vermeiden, gewisse abstrakte Ideen auf das Material anzuwenden, die man irgendwoher, gewiß nicht aus der neuen Erfahrung allein, herbeiholt. Noch unentbehrlicher sind solche Ideen – die späteren Grundbegriffe der Wissenschaft – bei der weiteren Verarbeitung des Stoffes. Sie müssen zunächst ein gewisses Maß von Unbestimmtheit an sich tragen; von einer klaren Umzeichnung ihres Inhaltes kann keine Rede sein. Solange sie sich in diesem Zustande befinden, verständigt man sich über ihre Bedeutung durch den wiederholten Hinweis auf das Erfahrungsmaterial, dem sie entnommen scheinen, das aber in Wirklichkeit ihnen unterworfen wird. Sie haben also strenge genommen den Charakter von Konventionen, wobei aber alles darauf ankommt, daß sie doch nicht willkürlich gewählt werden, sondern durch bedeutsame Beziehungen zum empirischen Stoffe bestimmt sind, die man zu erraten vermeint, noch ehe man sie erkennen und nachweisen kann. Erst nach gründlicherer Erforschung des betreffenden Erscheinungsgebietes kann man auch dessen wissenschaftliche Grundbegriffe schärfer erfassen und sie fortschreitend so abändern, daß sie in großem Umfange brauchbar und dabei durchaus widerspruchsfrei werden.]
Nécessité du discours cohérent, vous le voyez. On dit que FREUD n’est pas un philosophe. Moi je veux bien. Mais je ne connais pas de texte sur l’élaboration scientifique qui soit plus profondément philosophique.
« Il sera temps alors de les enfermer dans des définitions. Le progrès de la connaissance n’admet non plus aucune rigidité de ces définitions. Ainsi que le montre brillamment l’exemple de la physique… »
[Dann mag es auch an der Zeit sein, sie in Definitionen zu bannen. Der Fortschritt der Erkenntnis duldet aber auch keine Starrheit der Definitionen. Wie das Beispiel der Physik in glänzender Weise lehrt…]
C’est écrit en 1915.
Octave MANONNI – Après GALILÉE, quand même.
LACAN
Mais avant EINSTEIN.
Donc, quand même ce sens de l’esprit scientifique en tant que par exemple l’élaboration du très joli livre de PASCAL nous montre cette perpétuelle refonte des concepts dans l’expérience avec sa valeur propre, pour autant que même il peut faire éclater un instant ce qu’on appelle les cadres rationnels. Tout cela est déjà là.
« …l’exemple de la physique, le contenu des concepts fondamentaux fixés en définitions se modifie aussi continuellement. C’est d’un semblable concept fondamental et conventionnel, pour le moment encore assez obscur, mais dont nous ne pouvons nous passer en psychologie, celui de l’instinct, autrement dit pulsion, que nous allons parler. »
[Wie das Beispiel der Physik in glänzender Weise lehrt, erfahren auch die in Definitionen festgelegten « Grundbegriffe » einen stetigen Inhaltswandel. Ein solcher konventioneller, vorläufig noch ziemlich dunkler Grundbegriff, den wir aber in der Psychologie nicht entbehren können, ist der des Triebes.]
Alors, cher PERRIER, vous étiez sur la sellette.
J’étais en train de dire qu’une distinction fondamentale nous a manqué qui aurait probablement mis votre exposé à l’abri de certaines critiques

de VALABREGA si vous vous y étiez référé,

si vous aviez mis le doigt dessus.
Dans ce passage de FREUD, « l’instinct » est strictement de l’invention de Madame Anne BERMAN.
Il n’est question que de la pulsion dans le texte de FREUD.
Ce qui vous a manqué PERRIER est ceci,

j’étais en train de le dire.
Quand vous cherchez une distinction, une limite,

à propos des organes qui sont intéressés dans le procès proprement
1   ...   18   19   20   21   22   23   24   25   ...   75

similaire:

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon I 18 novembre 1953

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 1 18 novembre
«Tout se ramène à des forces physiques, celles de l'attraction et de la répulsion.»

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 21 05 Juin 1963 Leçon 22 12 Juin 1963 Leçon 23 19 Juin 1963...

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 21 17 Mai 1961 Paul Claudel : Trilogie Leçon 22 24 Mai 1961...
«De l’amour». Trad. Léon robin ( texte grec et trad. Fr.) Notice pp 13–129, texte pp 130–313

Leçon 1 17 novembre 1954 iconActivité 23 : Sexualité et bases biologiques du plaisir
«centres du plaisir», sont répartis en différents endroits du système limbique (Olds et Milner, 1954)

Leçon 1 17 novembre 1954 iconManuel intitulé «libertés publiques»
«libertés publiques» du professeur Jean Rivero en 1973. Elle a été introduite en 1954 dans les universités de droit

Leçon 1 17 novembre 1954 iconSynthèse de l’Ummocat de Darnaude
«Diez Minutos» du 13 février 1954 consacre 2 pages à l’affaire de la main coupée. Les n° 129 et 130 (20 février) de la même revue...

Leçon 1 17 novembre 1954 iconSynthèse de l’UmmoCat de Ignacio Darnaude
«Diez Minutos» du 13 février 1954 consacre 2 pages à l’affaire de la main coupée. Les n° 129 et 130 (20 février) de la même revue...

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 1A Ça va?

Leçon 1 17 novembre 1954 iconLeçon 1A Ça va?








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com