Leçon 1 17 novembre 1954








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émerge, comme on dit…

c’est là une des propriétés les plus singulières que nous offre notre expérience, c’est que

nous pouvons nous apercevoir de ceci que :

…quand quelque chose de nouveau arrive,

un autre ordre dans la structure…

qu’il faut bien, dans certains cas, que même notre imagination, telle qu’elle est tout au moins constituée, nous force actuellement à admettre comme ayant été, à un moment donné, nouveau, sorti de rien

…nous pouvons nous apercevoir en même temps :

  • qu’à partir de ce moment cela a existé de toute éternité,

  • qu’à partir du moment où cela émerge, cela crée sa propre perspective dans un passé comme n’ayant jamais pu ne pas être là.


Si vous pensez à l’origine du langage, bien entendu il faut que nous nous imaginions qu’il y a un moment où on a dû commencer sur cette terre à parler,

et nous admettons donc qu’il y a eu une émergence.

Mais à partir du moment où cette émergence est saisie dans sa structure propre, il nous est absolument impossible dans le langage de spéculer autrement

que sur des symboles ayant toujours pu s’appliquer

à ce qui précédait cette émergence du langage.
Ce qui apparaît de nouveau paraît aussi toujours s’étendre dans la perpétuité, indéfiniment,

audelà de ce qui précède ou ce qui suivra.
Nous ne pouvons pas abolir un ordre nouveau

par la pensée. Ceci s’appliquera à tout ce que

vous voulez, y compris l’origine du monde.
Pourquoi n’appliquerionsnous pas aussi bien

cette remarque à ceci : que nous ne pouvons plus,

bien entendu, ne pas penser avec ce registre du moi que nous avons acquis au cours de l’histoire,

à tout ce qui nous est donné comme trace, comme signe de l’expression de la spéculation de l’homme

sur luimême, dans des époques très antérieures

où la notion du moi comme telle n’était pas promue, pas mise en avant dans la dialectique.
Il semble, pour tout dire, que SOCRATE ou ses interlocuteurs, devait, comme nous, avoir implicite cette sorte de fonction centrale, que le moi devait exercer chez eux, une fonction analogue à celle qu’il occupe

dans non seulement ces réflexions, mais aussi bien cette sorte d’« appréhension spontanée » que nous avons :

  • de nos pensées,

  • de nos tendances,

  • de nos désirs,

  • de ce qui est de nous et de ce qui n’est pas de nous,

  • de ce que nous admettons comme étant, exprimant notre personnalité, ou ce que nous rejetons comme étant en quelque sorte parasite.


Toute cette psychologie, après tout, il nous est très difficile de penser qu’elle n’est pas une psychologie éternelle, elle aussi.
Sommesnous pour autant si sûrs qu’il en soit ainsi ?
La question vaut au moins d’être posée.

Et à la vérité, à partir du moment où elle est posée, cela nous incite à regarder de plus près si en effet il n’y a pas certains moments où nous pouvons saisir l’apparition de cette notion du moi comme à son état naissant.
Et alors là, nous verrons :

  • que nous n’avons pas tellement loin à aller,

  • que les documents sont encore tout frais,

  • et qu’après tout ça ne remonte pas à beaucoup plus loin qu’à cette époque encore toute récente où se sont produits dans notre vie tellement

de progrès.
Que quand nous lisons le Protagoras, nous sommes excessivement amusés quand quelqu’un arrive le matin chez SOCRATE :


  • Hola !

  • Entrez ! Qu’est–ce qu’il y a ?

  • Protagoras est arrivé !


C’est une histoire. Et ce qui nous amuse c’est que là, comme par hasard, PLATON nous dit que tout cela

se passe dans une obscurité noire.
Cela n’a jamais été relevé par personne, cela ne peut intéresser que des gens qui, comme nous, depuis 75 ans, même pas, sont habitués à tourner le bouton électrique. Quelqu’un qui arrive le matin n’arrive pas dans le noir. Mais c’est du même ordre.
Si vous regardez la littérature, bien entendu

vous direz : « Ça c’est le propre des gens qui pensent  », mais

les gens qui ne pensent pas devaient plus ou moins spontanément avoir toujours une notion plus ou moins de leur moi

et leur faire jouer la fonction que nous lui faisons jouer maintenant.
Je dirai : « Qu’est–ce que vous en savez ? »

Car vous, vous êtes justement du côté des gens qui pensent, ou du moins vous êtes venus après les gens qui y ont pensé, alors, essayons de regarder de plus près et d’ouvrir la question avant de la trancher si aisément.
D’ailleurs, elle a fait l’objet de préoccupations fort sérieuses, cette question.
Il y a un monsieur qui s’appelle DESCARTES,

l’homme qui donne une si solide « bonne conscience »

à la sorte de gens que nous définirons comme ça,

par la notation conventionnelle : les dentistes.
Nous dirons, les dentistes sont très assurés de l’ordre

du monde, parce qu’ils pensent que monsieur DESCARTES dans le Discours de la méthode a abordé les lois et les procès de la claire raison. Il suffit de le lire, rien de plus simple. Quand vous avez lu le Discours de la méthode

vous avez tout compris…
C’est curieux qu’il suffise de regarder en effet

d’un petit peu plus près pour voir que,

parmi ceux qui ont interprété la pensée cartésienne, personne ne soit d’accord. Le mystère reste entier.

Enfin, le dentiste ne s’en aperçoit pas…
Enfin, ce monsieur a dit « Je pense, donc je suis ».

Chose curieuse, cette démarche…

qui a été absolument fondamentale pour toute voie de la pensée, pour une nouvelle subjectivité

…justement s’avère, à un examen plus précis,

poser un problème qui peut apparaître à certains comme devoir être résolu par la pure et simple reconnaissance d’une sorte d’escamotage parce qu’à la vérité s’il est bien vrai que la conscience est transparente à ellemême, et se saisit ellemême comme telle,

même après ample examen de la question il apparaît bien que ce « je » qui est donné dans la conscience,

n’y est guère donné différemment d’un objet c’estàdire que si la conscience est transparente à ellemême,

le « je » ne lui est pas pour autant plus transparent.
En d’autres termes, la conscience ne renseigne guère sur ce « je » plus qu’elle ne nous renseigne sur aucun objet quand un objet est donné à la conscience.

Cette appréhension ou cette saisie de la conscience ne nous livre, pas plus que pour aucun autre objet, les propriétés de ce dont il s’agit.
En effet, si ce « je » nous est livré par une sorte

de donnée immédiate dans l’acte de réflexion qui nous livre la transparence de la conscience à ellemême, rien du tout ne nous indique que pour autant

la totalité de cette réalité…

et c’est déjà beaucoup dire que

l’on aboutit à un jugement d’existence

…soit pour autant là épuisée.
Ceci a amené…

vous le savez : à la suite des philosophes

…à une notion de plus en plus purement formelle

de ce moi en tant que donné dans la conscience,

et pour tout dire à une critique de cette fonction du moi, comme exerçant une sorte d’« instance propre » si vous voulez, qui est vraiment précisément le signe que ce moi,

en tant que réalité, en tant que « substance », apparaît.
C’est quelque chose dont la pensée, le progrès de la pensée se détournait, tout au moins provisoirement, comme un mythe à soumettre à une stricte critique scientifique, et s’engageait dans une tentative

de le considérer comme un pur mirage.
Légitimement ou non, peu importe : c’est là que

la pensée s’engageait, avec LOCKE, avec KANT,

avec même ensuite toute la voie des psycho–physiciens, qui après tout n’avaient qu’à prendre la suite…

pour d’autres raisons, bien entendu,

avec d’autres départs, d’autres prémisses

…et qui à la vérité tendaient à mettre dans la plus grande suspicion cette fonction du « je »,

dont il apparaissait bien d’ailleurs, qu’à la lumière d’une certaine critique du mythe comme tel,

nous avions en tant que savants la plus grande méfiance à manifester à quelque chose qui était appelé le moi, pour autant qu’il perpétuait toujours plus ou moins implicitement, cette sorte de substantialisme impliqué dans la notion religieuse de l’âme en tant que substance, du moins, revêtue des propriétés

de l’immortalité.

N’estil pas frappant de voir que par une espèce

de tour de passepasse extraordinaire de l’histoire,

pour avoir un instant complètement abandonné ce progrès

disons « ce progrès », sans aucune autre connotation que ce processus considéré dans une certaine tradition d’élaboration de la pensée comme un progrès

…pour l’avoir abandonné un instant dans la perspective complètement subversive qu’apporte à un moment donné FREUD et qui consiste essentiellement en ceci…

je pense que je peux le dire d’une façon abrégée, puisque tout de même cela résulte, se dégage de tout ce que nous avons développé l’année dernière

…si à juste titre nous pouvons employer le terme de « révolution copernicienne » pour ce qu’a découvert FREUD, c’est bien en effet en ce sens, c’est qu’à un moment donné, qui…

je vous le répète

…n’est pas luimême de toute éternité…

De même qu’après tout, ce qui n’est pas copernicien n’est pas absolument univoque, les hommes n’ont pas toujours cru que la terre était une sorte de plateau infini, pour la raison qu’ils l’ont toujours considérée comme un plateau ayant des formes et des limites, pouvant ressembler à un chapeau de dame, à tout ce que vous voudrez, il y avait plusieurs formes,

mais ils avaient l’idée qu’il y avait des choses

qui étaient là, en bas, disons au centre, et le reste du monde s’édifiait audessus.
Eh bien, c’est la même chose.
Nous ne savons pas très bien ce que pouvait penser

un contemporain de SOCRATE, de son moi, mais il y avait quand même quelque chose qui devait être là,

au centre, et il ne semble pas que SOCRATE en doute, mais ce n’était probablement pas fait…

et je vais vous dire pourquoi

…comme un moi du… depuis une date que nous pouvons situer vers le milieu du XVIème début du XVIIème siècle.

Mais enfin il était là, au centre et à la base.
La découverte freudienne a exactement le même sens

de décentrement qu’apporte la découverte de COPERNIC.

La découverte freudienne est essentiellement ceci, l’affirmation telle qu’elle est…

sous sa forme la plus fulgurante

…déjà inscrite…

parce que les poètes, qui ne savent pas ce qu’ils disent, c’est bien connu c’est vrai disent toujours quand même les choses avant les autres

…ce qui est écrit dans la célèbre formule de RIMBAUD dans la Lettre d’un voyant : « Je est un autre ».
Naturellement, ne vous laissez pas épater par ça,

ne vous mettez pas à répandre dans les rues que

« Je est un autre » ça ne fait aucun effet, croyez–moi.
Et de plus, comme je vous l’ai dit, ça ne veut rien dire. Cela ne veut rien dire, parce que d’abord il faut savoir ce que ça veut dire un autre, mais enfin ça a une valeur impressionniste et ça dit quand même quelque chose.
Sur le sujet de l’ autre, vous comprenez, là aussi

ne vous imaginez pas que c’est en vous gargarisant avec ce terme…
Il y a un de nos collègues…

de nos anciens collègues

…qui nous avait apporté ça comme une vérité :

pour que quelqu’un puisse se faire analyser…

cet ancien collègue était quelqu’un qui s’était un peu frotté aux Temps modernes, la revue, à ce qu’on appelle « l’existentialisme », et il nous apportait comme une audace, de celles que l’on apporte dans les milieux analytiques

…que le premier fondement de la relation analytique était : il fallait que le sujet fût capable d’appréhender l’autre comme tel.
C’est un gros malin, celui–là !

Enfin, on aurait pu lui demander :

  • « Qu’est–ce que cet autre ? »

  • « Qu’est–ce que vous voulez dire par là : l’autre ? »

  • « À quel titre : son semblable, son prochain, son « idéal de je », une cuvette, tout ça c’est des autres ? »


Alors il faudrait savoir de quel autre il s’agit.
Mais enfin, pour l’instant, je vous parle de

la formule de RIMBAUD… ceci pour poursuivre à travers l’œuvre freudienne, la théorie de FREUD, ce qu’elle apporte d’une façon extrêmement élaborée et cohérente.
Et l’inconscient c’est strictement quelque chose qui ne veut pas dire autre chose que cela, c’estàdire :



  • que c’est quelque chose qui échappe tout à fait à un certain cercle de certitudes qui est précisément ce en quoi l’homme, aussi loin qu’il puisse aller, se reconnaît comme moi,



  • que c’est hors de ce champ qu’il existe quelque chose qui a littéralement tous les droits de s’exprimer par « je », et qu’il démontre ce droit dans le fait de venir au jour, de s’exprimer au titre de « je ».


C’est précisément ce qui est le plus méconnu

par ce champ qui s’appelle le champ du moi.

C’est précisément cela qui a au maximum le droit…

et qui le démontre dans le fait, par l’analyse

…de se formuler comme étant à proprement parler le « je ».
C’est dans ce registre, exprimé comme ça, que ce que FREUD nous enseigne, nous apprend de l’inconscient, prend sa portée et son relief.
Et s’il a exprimé cela en l’appelant « l’inconscient »…

ce qui le mène à de véritables « contradictiones in adjecto »

…c’estàdire à parler de « pensées

il le dit lui–même : « sit venia verbo » [ pardonnez l’expression ],

il s’en excuse tout le temps

…de « pensées inconscientes ».
Tout ceci qui est tellement embarrassé,

parce qu’il est forcé…

dans la perspective du langage, du dialogue, de la communication,

à l’époque où il commence à s’exprimer

…il est forcé de partir de cette idée que ce qui est justement essentiellement de l’ordre du moi est aussi de l’ordre

de la conscience.
Mais cela n’est pas sûr !

C’est en raison d’un certain nombre… d’un certain progrès d’élaboration de la philosophie, à cette époque qui précisément avait l’équivalence « moi = conscience ».
Tout ce qu’on peut lire à travers l’œuvre de FREUD, comme progrès de son expérience, comme élaboration

de ce qu’il nous décrit, arrive toujours plus

à la notion qu’en fin de compte la conscience ça doit être quelque chose d’un registre tout à fait spécial.
Il n’y arrive pas : plus il avance dans son œuvre, moins il arrive à situer la conscience, plus il avoue qu’elle est insituable.
Tout s’organise de plus en plus dans une certaine dialectique où le «
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