Leçon 1 17 novembre 1954








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psychologie individuelle, comme gratuite, c’est là qu’est la question,

qu’est l’énigme, ce que nous voyons au niveau de la psychologie individuelle et qui n’est pas satisfait, dans notre hypothèse du principe du plaisir, à savoir que l’ensemble du système doit revenir à l’état où il était au départ, opérer d’une façon homéostatique, comme on dit de nos jours.
Pourquoi est–ce qu’il y a quelque chose qui,

de quelque bout qu’on le prenne, ne rentre pas ?

C’est bien là le mouvement du principe du plaisir et tout le temps il essaie de rattraper l’assurance qu’il s’agit d’un phénomène qui rentre dans le cadre du terme de restitution.
Et de nouveau les faits, l’expérience, et c’est très frappant de voir qu’il ne lui semble pas que ce soit les plus paradoxaux qui soient les plus instructifs.

En fin de compte c’est le fait massif de la reproduction

dans le transfert qui lui impose la décision.

Il faut admettre comme telle la compulsion de répétition.
Octave MANNONI
Ma question tenait à éclaircir le point :

  • si la compulsion de répétition au second sens l’obligeait à remanier la première conception,

  • ou si elles sont superposées, comme distinctes ?


Je n’ai pas très bien vu si cela le faisait revenir sur l’idée qu’il y avait une restitution pure et simple

ou si au contraire il ajoutait à la restitution pure et simple une compulsion maintenant.
LACAN – À la suite de la lecture du texte ?
Octave MANNONI – Je n’ai pas fini de le relire.
LACAN
C’est justement par cela qu’il est amené tout droit

à la fonction de l’instinct de mort, c’est–à–dire que précisément il sort des limites de l’épure,

puisque jusqu’à présent c’est comme ça.
Jean HYPPOLITE
Pourquoi l’appelle–t–il instinct de mort ?

On a l’impression, quand on relit cela

de quelque chose de terriblement énigmatique.

On a l’impression de phénomènes hétérogènes qu’il cite comme ne rentrant pas dans le cadre de l’épure, aussi bien : les gens qui répètent des échecs,

il cite tout cela et d’autres phénomènes hétérogènes.
Il appelle cela instinct de mort.

Quel rapport y a–t–il entre le mot instinct de mort et ces phénomènes–là audelà du principe du plaisir ? Pourquoi l’appeler instinct de mort ? Cela lui ouvre des perspectives tout d’un coup, dont certaines paraissent assez étranges,

comme « le retour à la matière », c’est intéressant mais un peu étrange, dont d’autres… Le fait de l’appeler instinct de mort va ouvrir d’autres phénomènes assez hétérogènes à ceux dont il parle.
Octave MANNONI
Il aurait mieux fait de l’appeler anti–instinct.
Jean HYPPOLITE
Une fois qu’il l’a appelé instinct de mort, cela le conduit tout à coup lui–même à découvrir d’autres phénomènes ou à ouvrir des perspectives qui n’étaient pas impliquées

dans ce qui le poussait à le baptiser instinct de mort.
LACAN – C’est exact.
Jean HYPPOLITE
C’est une prodigieuse énigme « le retour à la matière »,

et un peu vague à mon sens. Mais là on a l’impression qu’on se trouve en présence d’une suite d’énigmes,

et le nom même qu’il leur donne, instinct de mort, est lui–même un bond par rapport aux phénomènes qu’il a expliqué, un bond prodigieux que les explications philosophiques qu’il en donne…
LACAN Quelqu’un a–t–il quelque chose d’autre ?
M. BEJARANO
J’ai la même difficulté à saisir ce bond–là. Il donne comme exemple aussi que ça s’opposerait aux instincts de vie, de la conservation du moi, et il les appelle donc instincts de mort. Mais on pense – j’ai pensé – à un exemple, celui du feu : est–ce que dire que le feu vise au non–feu, il a l’air de dire que les instincts de conservation même de la vie vont à la mort, mais par un chemin dont il exigerait que ce soit celui–là et pas un autre. En somme, en se défendant des embûches, en disant que la mort est voulue par

ces instincts de conservation, ne peut–on pas,

en transposant, dire que le feu aussi, c’est–à–dire la chaleur, c’est le froid ? À ce moment–là, ça me paraît aussi spécieux dans cette dualité, ce sont

les deux faces d’une même chose, il me semble. Je ne saisis pas, pourquoi appelle–t–il cela instinct de mort ?
Jean HYPPOLITE


Est–ce qu’il n’y a pas, dans cette philosophie un peu vaseuse comme philosophie expressive, il finit par dire la libido tend à former des groupes de plus en plus liés les uns aux autres et organiques, et l’instinct de mort tend à ramener aux éléments, à l’élément…
C’est un peu vague comme philosophie.

Mais il aboutit à dire cela.

LACAN
Cela ne donne pas l’impression de vague.
On a l’impression à lire ce texte qu’il suit bien

ce que j’appelle sa petite idée.
Il y a quelque chose qui le travaille et en fin de compte, quand il s’aperçoit lui–même, en effet, il en reconnaît lui–même le caractère extraordinairement spéculatif de tout son développement.
Ou plus exactement de ce que j’évoquai tout à l’heure comme cette espèce d’interrogation en rond qui est le mouvement de sa pensée, qu’il revient sans cesse sur ses bases de départ, et il fait un nouveau cercle,

et il retrouve de nouveau le passage, et finit par

le franchir enfin, et l’ayant franchi il reconnaît, avoue, qu’il y a là quelque chose qui est en effet

ce que j’appelai entièrement sorti des limites

de l’épure, qui ne peut pas absolument se contenter de la référence à l’expérience pour se fonder.
Il lâche, il affirme que la dernière nécessité de ce développement qui lui a paru essentiellement, à lui, digne d’être recommuniquée, cette dernière référence est donnée dans son assentiment, dans le fait

qu’il est porté nécessairement dans la vie de cette investigation, de cette problématique.
Jean HYPPOLITE

On a l’impression aussi, en lisant l’article,

que selon lui, dans l’inconscient, les deux instincts,

de vie et de mort, n’en font qu’un.
Mais que ce qui est grave et qui fait

toute une histoire, c’est quand les composantes

d’une chose unique se séparent.
Il y a là d’ailleurs quelque chose de très beau, et de très frappant, mélangé, exactement comme un enfant qui vous embrasse en vous égratignant.
Il le dit d’ailleurs explicitement, c’est vrai,

il y a une part, dans ce qu’on appelle l’amour humain, d’agressivité, sans laquelle il n’y aurait guère qu’impuissance, mais qui peut aller jusqu’à tuer

le partenaire, et une part de libido qui aboutirait à une impuissance effective s’il n’y avait pas une part d’agressivité.
Si ça marche ensemble, ça fait l’amour humain.

Mais cela se décompose quand une des composantes fonctionne seule, et apparaît alors l’instinct de mort.
LACAN
Ceci est à proprement parler au niveau de ce qu’on peut appeler l’immédiat, ce qui est donné dans l’expérience psychologique de l’individu considéré comme tel, c’est–à–dire isolé si on peut dire, disons même…

en allant très loin pour imager ma pensée

…au niveau de la marionnette, dans son comportement.
Mais ce dont il parle quand il parle d’instinct de mort, aussi bien que dans l’instinct de vie, c’est les fils.

Ce qui l’intéresse, c’est de savoir par quel fil

est conduite la marionnette.
Et c’est ce qui me ramène au point de convergence de la question telle qu’elle s’est posée à la suite de notre entretien d’hier soir, à la question que j’ai cru devoir vous poser sous la forme : « Estce que c’est un humanisme ? ».

Et qui est la même question que je pose quand je dis :
« Estce qu’il est dans le sens de la découverte freudienne de parler

d’autonomus ego à un titre quelconque ? »
En d’autres termes, est–ce que vraiment FREUD apporte une question et une réponse absolument fondamentale à cette question de toujours, au niveau du vécu humain le plus commun de la préoccupation de tous ?
Que veut dire cette espèce de notion ou de mirage,

ou de question éternelle qui est posée ?

Quelle est la part d’autonomie qu’il y a dans l’homme ?

Dans ce sens, que nous apporte FREUD ?

Est–ce une découverte vraiment fondamentale, une révolution ?
Et se repose également du même coup la troisième question que je posai hier soir, à savoir :
« Qu’y a–t–il de nouveau…

si nous les mettons sur le même plan, au même niveau, au même registre

de Hegel à Freud ? »
Jean HYPPOLITE – Il y a beaucoup.
LACAN
Je ne vous répondrai certainement pas dès aujourd’hui d’une façon complète, car il y a des pas à faire

dans un certain chemin qui est peut–être lui aussi un long chemin.
Je vais essayer à ma façon d’éclaircir, d’entrevoir, de situer exactement, quel est le sens de ce que j’appelai tout à l’heure sa petite ou sa grande idée, quand il est là, à osciller, à tourner autour de cette notion, de cette fonction de l’instinct de mort.
Mais par contre nous pouvons justement commencer

le chemin, à partir de cette question fondamentale, parce qu’elle est là présente, elle est la question que nous mettons ici au premier plan, en partant

de la pratique, de la technique analytique :
Que doit viser l’analyste ?
Est–ce que l’analyste, pour tout dire…

comme maintenant à le faire dans des cercles très largement étendus, et je dirai même si largement étendus qu’on peut dire que c’est général,

à part quelques exceptions

…doit retourner à cette notion, à cette perspective essentiellement individualiste du sujet, qui laisse en somme intact et d’une façon très surprenante, car il est tout de même très surprenant qu’actuellement…

dans une perspective que nous pourrions polariser entre les deux termes d’une pensée conquérante

ou d’une pensée rétrograde, littéralement une polarité entre la lumière et l’obscurantisme

…que ce soit dans l’ensemble ce qu’on peut appeler « les savants de laboratoire » qui continuent de maintenir

cette sorte de mirage, de ce que, si vous voulez, tout le temps les voiles de la pensée […]

pour réduire, pour mettre en question ce mirage :



  • qu’en fin de compte c’est l’individu, le sujet humain

et pourquoi lui parmi tous les autres ?

…qui est vraiment autonome,


  • qu’en dernier ressort, en dernière limite, il y a là quelque part… que ce soit la glande pinéale ou ailleurs …un aiguilleur, le petit homme qui est dans l’homme, et qui fait marcher l’ensemble de l’appareil.


Eh bien, c’est à cela que la pensée analytique, pour l’instant, revient, qui se manifeste sous mille formes.
Quand on nous parle :



  • d’ego autonome,

  • de partie saine du moi,

  • de moi qu’il faut renforcer,

  • de moi qui n’est pas suffisamment fort pour qu’on puisse s’appuyer dessus pour faire une analyse,

  • de moi qui doit être l’allié de l’analyste, l’allié du moi de l’analyste…



Vous voyez ces deux « moi » bras dessus, bras dessous, à l’aide de ce résidu qui reste dans le moi du sujet, ainsi subordonné, par cette espèce de soi–disant confiance ou alliance, dont véritablement on peut dire que rien ne nous donne le moindre petit commencement dans l’expérience, puisque c’est exactement le contraire qui se produit, à savoir que c’est par ailleurs au niveau de ce moi que se produisent exactement et forcément toutes les résistances.
On se demande vraiment d’où elles pourraient partir, si ce n’était pas précisément de ce moi ?
Et là–dessus, j’en passe…

Je n’ai pas le temps aujourd’hui d’extraire de mes papiers quelques textes, mais je le ferai un jour,

je citerai quelques paragraphes récemment parus où s’étale, avec une sorte de complaisance, de satisfaction du repos

enfin conquis, cette notion que c’est très simple,

simple comme bonjour, et c’est comme ça :

il y a de bonnes choses dans ce brave petit sujet

  • où la libido est neutralisée, délibidinisée,

  • où l’agressivité elle–même est désagressivée,

…c’est la sphère sans conflit, libre de conflit.
À partir de là, c’est comme ARCHIMÈDE :

on lui donne son petit point hors du monde,

il peut le soulever… Mais malheureusement,

ce petit point hors du monde n’existe point.
Je repose donc bien la question.

Il faut bien voir jusqu’où elle s’étend,

c’est jusqu’à ceci dont j’ai parlé hier soir :
« Estce que c’est un humanisme ? »
C’est encore une autre façon de poser la question,

et qui s’étend au–delà de ces niaiseries,

de ces naïvetés, ça va beaucoup plus loin.
« Estce en lui

c’est justement là que ça va

que l’homme a sa mesure ? »

C’est–à–dire que cela met en question un point tout à fait tranchant, un versant absolument essentiel qui emporte…

bien entendu à condition de bien la saisir

…une des prémisses les plus fondamentales de toute

la pensée classique, depuis une certaine date

de la pensée grecque :
« L’homme nous dit–on est la mesure de toute chose ». [ Protagoras ]
Mais où est sa propre mesure ?

Jean HYPPOLITE
Vous ne croyez pas que…

c’est presque une réponse à votre question

à laquelle j’ai été amené à réfléchir une partie de la nuit, mais qui tombe dans ce que vous dites

…il y a chez FREUD un conflit profond,

le conflit entre un rationalisme…

et j’entends par rationaliste quelqu’un

qui pense qu’on pourra rationaliser l’humanité, et cela va du côté du moi

…et un tout autre homme, infiniment détaché de guérir les hommes, au fond avide plutôt d’un savoir

d’une tout autre profondeur, et qui s’oppose

à ce rationaliste là à chaque instant ?
Dans L’avenir d’une illusion, FREUD nous dit, qu’est–ce qui

se passera quand toutes les illusions seront parties, et là le moi, le moi renforcé, humain, agissant, intervient : on voit une humanité délivrée, l’homme…
On voit là un personnage.

Mais il y a un personnage plus profond.

Est–ce que la découverte de l’instinct de mort n’est pas liée à ce personnage profond que FREUD trouve en lui et que le rationaliste n’exprime pas. Qu’en pensez–vous ?
Il y a deux hommes en FREUD.

De temps en temps, je vois le rationaliste,

et c’est le côté de l’humaniste :
« On va se débarrasser de toutes les illusions, que resteratil ? ».

Puis il y a le spéculatif pur, en quelque sorte,

qui au fond n’est pas tellement attaché à guérir

les gens, dans une large mesure, et qui se découvre du côté de
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