Leçon 1 17 novembre 1954








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la réciproque soit démontrée, que la réciproque soit maintenue toujours présente à notre esprit, à savoir :

  • que ce moi n’est pas ce « Je »,

  • qu’il n’est pas une erreur, au sens où la doctrine classique de l’erreur est celle d’être une vérité partielle,

  • qu’il est littéralement autre chose,

  • qu’il est un objet particulier à l’intérieur de l’expérience du sujet.


Littéralement le moi est un objet et un objet qui remplit une certaine fonction que nous appelons ici fonction imaginaire, et c’est cela qu’il s’agit de maintenir fortement dans votre esprit.
Pourquoi ?

Pour deux raisons :



  • d’abord, c’est absolument essentiel à votre technique,




  • et secundo, si vous ne voyez pas que c’est de cela qu’il s’agit, je vous défie de rien comprendre

ou inversement, ce qui est la même chose, je vous défie de ne pas dégager cela de la lecture des écrits de FREUD réunis sous le groupe de la Métapsychologie d’après 1920, à savoir précisément tout ce dont il a parlé à propos du moi et de sa topique.
Les recherches de FREUD autour du moi et de sa topique ont été faites pour justement ramener ce moi qui commençait à revenir à la place où il n’était pas : d’abord par cette espèce d’effort d’accommodation de l’esprit [ la loucherie ], on retombait dans l’essentiel

de l’illusion classique

je ne dis pas de l’erreur : il s’agit

à proprement parler d’une illusion

…et pour rétablir la vision, la perspective exacte

de cette différence, de cette excentricité du sujet par rapport au moi  : tout ce qu’écrit FREUD
Ça je vous le donne aujourd’hui comme une espèce

de repérage essentiel de système de coordonnées par rapport à quoi tout est ouvert à votre expérience. Que chacun se mette à lire ces textes et m’apporte, si vous voulez, les questions.
Pourquoi je prétends que c’est là l’essentiel,

et que c’est autour de cela que tout doit s’ordonner ? C’est à vous, à votre initiative qu’est livré

le dialogue.
J’éclaire au départ ma lanterne.

Je vais l’éclairer en partant du b.a.ba, de l’élément

de l’alphabet et même de ce qui mérite d’être repris, à savoir le plan et le niveau de ce qu’on appelle,

ou de ce qu’on croit faussement être, l’évidence.

Car malgré tout ce que je vous explique…

  • Est–ce cela ?

  • Ne l’est–ce pas ?

…il n’en reste pas moins qu’il y a quelque chose

à quoi vous ne pouvez…

dans l’état actuel d’une expérience

psychologique qui est la vôtre

…lier à quelque autre chose, ce qui – si on y regarde de près – est une confusion de concepts.
Seulement vous n’en savez rien parce que contrairement à tout ce qu’on peut croire, nous vivons beaucoup plus effectivement au niveau, en apparence, le plus immédiat des concepts que nous le croyons et en fin de compte ce point de réduction de ce qui est mis en relief dans l’expérience analytique, ce à quoi il y a à combattre…

et vous le verrez jusque dans FREUD, qui en

est embarrassé comme un poisson d’une pomme

…ce sont les illusions de la conscience telles que tout un certain mode de réflexion, qui est quand même essentiel

à la façon dont un être d’une certaine ère culturelle s’éprouve et du même coup se conçoit.
Il s’agit à proprement parler des illusions de la conscience.
Je suis sûr qu’il n’est pas ici un seul d’entre nous qui ne pense qu’en fin de compte, dans la conscience, en tant que telle, s’éprouve, s’expérimente un état particulièrement élevé dans lequel…

quelle que partielle que puisse être l’appréhension de la conscience, donc

de ce quelque chose qui s’appelle le moi

…c’est quand même là que ce quelque chose de radical qui s’appelle notre existence, est donné.
Le moi comme tel est sinon tout exploré,

du moins appréhendé dans son unité même,

dans le fait de conscience comme tel.
Le caractère élevé, hautement élaboré du phénomène de conscience est admis, quoi qu’il en soit, et quoi qu’on dise, comme un postulat, par tous ceux

qui sont ceux que nous sommes, à cette date de 1954.

Il y a là des choses qui pourraient s’aborder par diverses faces. Et si nous regardions comme notre propos, en principe de la critique de textes,

ça serait extrêmement joli de vous montrer, par exemple dans les esquisses, ébauches, d’une théorie de la première époque, celle de 1895 dont je vous parlais :


  • combien dans un schéma déjà élaboré de l’appareil psychique FREUD n’arrive pas – c’est pourtant facile – à situer exactement le phénomène de la conscience,




  • et comment bien plus tard dans la Métapsychologie, quand il s’agit de parler de ce qui se passe

dans les différentes formes pathologiques :

rêves, délire, confusion mentale, hallucinatoire,

quand il les explique par des désinvestissements, des systèmes, il se retrouve toujours devant un paradoxe quand il s’agit de faire fonctionner le système de la conscience et il dit : « Il doit y avoir des lois spéciales ».
Il n’arrive pas à faire entrer le système de

la conscience dans la théorie.
On peut dire que pour FREUD la théorie proprement psycho–physique de ce qui est investissement des systèmes intraorganiques, pour expliquer ce qui

se passe dans l’individu, est hautement astucieux.
C’est vraiment particulièrement bien fait et jusqu’à un certain point, si théorique que ce soit, si exact sur le plan biologique, car beaucoup de choses sont hypothétiques quand même, ce que nous avons gagné d’expérience depuis à propos de la diffusion et de

la répartition de l’influx nerveux, montre plutôt

la valabilité de la construction biologique de FREUD.
Mais ça ne marche jamais pour la conscience.
Vous me direz : « Ça ne prouve rien ».
Cela prouve que FREUD s’est embrouillé.
Mais nous allons prendre les choses sous un autre angle.
Ce qui paraît

j’espère que les philosophes ne me contrediront pas

ce quelque chose qui donne à la conscience ce caractère en quelque sorte primordial dans les pas que nous faisons de ce qui est constitution, réalité structurée, les formes qui en sont convaincantes pour que le philosophe lui–même, quand il se saisit, qu’il essaie de se saisir,

semble partir à propos de quelque chose qui est

en somme une sorte de donnée incontestable :

« la transparence de la conscience à ellemême ».
Si dès lors que ce quelque chose est conscient,

il ne se peut pas que ce quelque chose de conscient

ne se saisisse soi–même comme étant conscience.
Que ce quelque chose se produit au maximum dans ce que nous appellerons la conscience claire, à savoir

par exemple le champ distinct de ce que je vois

pour l’instant devant moi, vous tous groupés formant une petite surface peinte, que je peux évidemment prendre comme telle, par exemple, pour me demander

si mon hypermétropie s’accentue avec les jours,

et expérimenter en quelque sorte mon champ de conscience, comme on dit, comme tel, comme un objet.
Quelque chose, nous dit–on, ne peut pas être expérimenté sans qu’à l’intérieur de cette expérience le sujet puisse être mis dans une sorte de réflexion immédiate.
Là–dessus on a dit beaucoup de choses.

Et sans aucun doute, les philosophes ont fait quelques pas depuis le premier pas, le pas décisif, celui de DESCARTES, qui avait été fait avec tellement d’audace qu’on peut dire qu’il avait vraiment […] entre une conscience dite thétique et la conscience nonthétique.
Déjà quelques questions ont été posées qui,

pour les philosophes eux–mêmes, restent ouvertes.
La question est de savoir si un « Je »

est immédiatement saisi dans cette activité.

Je vais vous proposer quelque chose.

Je n’appellerai pas cela « hypothèse de travail »,

parce que je prétends qu’il ne s’agit pas là d’une hypothèse.
À la vérité, il ne s’agit pas de quelque chose qu’il faut prendre comme un […] dans cette investigation métaphysique du problème. C’est tout à fait autre chose, c’est une espèce de façon de trancher un nœud gordien.
J’aimerais que vous admettiez cette hypothèse pour pouvoir le maintenir, le soutenir. Je ne prétends pas vous donner là un type de pensée, mais plutôt

une espèce de résolution.
Ici, ce n’est pas seulement l’expérience, mais il y a aussi toute une tradition mentale, toute une façon d’aborder un problème. Il y a des problèmes qu’il faut se résoudre à abandonner sans les avoir résolus. Je vais vous proposer un mode de l’abandonner.
Vous allez voir tout de suite le côté problématique. Je vais prendre une des formes du phénomène de la conscience qui est incontestablement un phénomène de conscience,

et dont vous allez voir où il va nous mener.
Il s’agit une fois de plus…

ça n’est pas par hasard, mais vous allez

voir que ça n’est pas essentiel non plus

…du phénomène de l’image dans le miroir.
L’image dans le miroir, qu’est–ce que c’est ?
C’est tout de même essentiellement un phénomène de conscience, ça n’est pas une image réelle. Les rayons qui reviennent sur le miroir nous font situer dans un espace imaginaire

l’objet qui est quelque part, et vous vous dites sans aucun doute, il n’y a pas là de problème. Pourtant, ce n’est pas l’objet que vous voyez dans la glace.
Il y a donc là, dans l’expérience, quelque chose

qui est phénomène de conscience comme tel.
Ce phénomène de conscience, je vais vous proposer un petit apologue, qui n’est nullement nécessaire,

c’est seulement une façon de guider la réflexion.

Supposez que tous les hommes aient disparu de la terre…

je dis tous les hommes, étant donné la valeur élevée que vous donnez à la conscience,

il me semble que c’est déjà assez pour que

le problème se pose, pour se poser la question

…qu’est–ce qu’il va rester dans le miroir ?
Mais supposons aussi que tous les êtres vivants aient disparu. Il ne reste que cascades et sources, il reste tout de même éclairs et tonnerre. Est–ce que l’image dans le miroir, ou l’image dans le lac, existe encore ?
Il est tout à fait clair qu’elle existe encore,

pour une très simple raison, qu’au haut degré

de civilisation où nous sommes parvenus, qui dépasse

de beaucoup nos illusions sur la conscience,

nous avons fabriqué des appareils, des caméras par exemple, que nous pouvons actuellement, sans aucune audace, imaginer aussi compliqués que possible, développant eux–mêmes les films et les rangeant dans des petites boîtes où ils sont déposés au frigidaire et qu’en fin de compte la caméra enregistre votre image de la montagne dans le lac, ou votre image

du Café de Flore en train de s’effriter dans la solitude complète, continuant à se refléter dans son propre miroir.
Je sais que là–dessus les philosophes auront toutes sortes d’objections astucieuses à me faire. Je vous prie de quand même continuer à faire attention

à mon apologue. Voici les hommes qui reviennent.
Cela se passe par un acte arbitraire du Dieu de MALEBRANCHE, puisque c’est lui qui nous soutient à tout instant dans notre existence. Il a donc pu nous supprimer et quelques siècles plus tard nous remettre en circulation. Ne faisons pas trop d’hypothèses.
Mais je vous suivrai si vous les faites, jusques et y compris que les hommes auront tout à réapprendre, c’est–à–dire à savoir lire une image. Mais peu importe !
Il y a une chose certaine, dès qu’ils verront l’image de la montagne sur le film, ils verront aussi

son reflet dans le lac. C’est un film.
Ils verront aussi toutes sortes de choses,

les mouvements qui se sont passés dans la montagne, et ceux également de l’image.
Nous pouvons pousser les choses plus loin,

si la machine avait été plus compliquée.

Elle peut être organisée de telle sorte qu’une cellule photoélectrique braquée sur cette image

dans le lac ait déterminé à ce moment–là

je ne sais quelle explosion…

puisqu’après tout, il faut toujours, pour que quelque chose paraisse efficace, que se déchaîne quelque part une explosion

…et qu’une autre machine ait enregistré l’écho

de cette explosion ou recueilli l’énergie de cette explosion.
Voilà en fin de compte quelque chose que je vous propose de considérer comme étant essentiellement

un phénomène de conscience qui n’aura été strictement perçu par aucun moi, qui n’aura été réfléchi dans aucune expérience moïque, puisque toute espèce de moi, et du même coup

de conscience du moi est absente à cette époque.
Vous allez me dire :

« Minute papillon ! Le moi est quelque part, il est dans la caméra. »
Eh bien, je vous dirai non, il n’y a pas l’ombre

d’un moi dans la caméra.

Mais par contre j’admettrai volontiers que le « Je »

y est, non pas est dans la caméra, mais y est pour quelque chose.

Et je vous montrerai dans la suite ce que ça veut dire, précisément, que le « Je » y est pour quelque chose.
Il n’y a pas non plus l’ombre de « Je » dans la machine. Mais ce que construit l’ordre du « Je » , c’est–à–dire précisément ce fait que l’homme est le sujet décentré dont je vous parle, est le sujet en tant qu’engagé dans un jeu de symboles et dans un monde symbolique  :

c’est en effet une seule et même chose avec le fait que l’on puisse construire des machines extrêmement compliquées, c’est avec des paroles.

Et des paroles en tant que la parole n’est pas toujours… ou la parole est d’abord, cette espèce d’objet d’échange,

avec lequel on se reconnaît :

pour celui qui d’avance s’approche, est un ennemi…

et parce que vous avez dit le mot de passe on ne se casse pas la gueule, etc.
C’est en tant que la parole commence comme ça, commençant cette circulation particulière qui vient

à s’enfler au point de constituer ce monde propre du symbole

  • qui permet des calculs algébriques,

  • qui permet aussi que nous nous connaissions, que nous nous appelions avec des mots et des paroles,

…c’est avec ce même monde symbolique qu’est construite

la machine et la machine n’est pas autre chose.
C’est, si vous voulez, la structure détachée de cette activité proprement subjective que je laisse pour l’instant en dehors et dont vous verrez qu’il y a encore des choses à dire, que c’est même là tout le problème, à savoir comment on s’engage et justement se constitue son être à lui dans ce monde symbolique.

Mais ce monde symbolique c’est le monde de la machine.
Je dirai qu’il y a ceux qui sont fort inquiets

de me voir me référer, paraît–il, puisque j’y faisais allusion l’autre jour, à ce monde divin.

Je dirai pourtant que c’est un Dieu que nous saisissons ex machina, de la machine, à moins que nous n’extrayons machina ex Deo, nous ne savons pas très bien encore exactement pour l’instant. C’est sur ce point que nous sommes.
Mais bien entendu, cette machine, c’est elle qui fait la continuité grâce à laquelle non seulement

les hommes absents pendant un certain intervalle auront l’enregistrement :

  • de ce qui s’est passé dans l’intervalle,

  • mais à proprement parler de phénomènes de conscience.


Et en vous disant là « phénomènes de conscience »,

vous voyez que je peux le dire sans absolument entifier aucune espèce d’âme cosmique, ni de présence qui soit dans la nature.

Au point où nous en sommes…

et peut–être justement parce que nous nous sommes assez bien engagés dans la fabrication de la machine

…nous n’en sommes plus à confondre l’intersubjectivité symbolique avec la subjectivité cosmique, nous sommes tout à fait détachés de cela.
Ce qui ne règle pas pour autant la question ouverte, mais elle nous est indifférente, et en ce sens

je vous dis que ce n’est pas une hypothèse que je vous développe, mais simplement un exemple qui vous montre que

nous pouvons au départ…

et simplement par opération de salubrité, pour commencer à ne pouvoir véritablement poser les questions de ce qu’est le moi

…partir de ce qu’il est

contrairement à la vision que nous appellerons profondément religieuse de la conscience, considérée comme le sommet des créatures

fabrication de l’homme moderne, qui est quelque chose d’absolument extraordinaire, car implicitement l’homme moderne pense que tout ce qui s’est passé dans l’univers depuis l’origine est fait pour converger vers cette chose qui pense, création

de la vie et être précieux : l’homme…

parmi lequel cet être unique qui est lui–même,

dans lequel il y a ce point privilégié

qui s’appelle la conscience.
À partir de cette perspective, nous entrons précisément dans un anthropomorphisme si délirant

qu’il faut commencer à s’en dessiller les yeux :


  • pour s’apercevoir de quelle espèce d’illusion on est victime,



  • et même pouvoir se rendre compte à quel point c’est nouveau dans l’humanité,



  • pour pouvoir comprendre aussi par exemple… ce ne sont que des parenthèses que je ne dis là qu’en passant …ce que j’appellerai la niaiserie de l’athéisme scientiste.


C’est vraiment la défense contre cette espèce

de vertige, contre lequel…

dans cette perspective classique traditionnelle de la conscience considérée comme l’achèvement de l’être

…l’homme est évidemment forcé de lutter contre quelque chose de tellement écrasant que cette sorte de défense…

que nous voyons s’exercer à l’intérieur de la science contre tout ce qui peut rappeler quelque chose qui serait un recours à cet Être suprême

…vient uniquement de cette défense tout à fait première, immédiate contre ceci qu’évidemment il n’y a plus qu’une chose à faire, à se prosterner, c’est–à–dire qu’il n’y a plus rien à comprendre, tout est expliqué, parce qu’il faut qu’en fin de compte la conscience apparaisse, c’est–à–dire cette merveille qu’est l’homme moderne contemporain, vous, moi, qui courons à travers les rues.
Tout est déjà expliqué par leur existence dans cette perspective, il y a une espèce de divination de l’individu humain, c’est précisément la source,

et la source unique de cet athéisme sentimental, véritablement incohérent, qui pousse alors par contrecoup toute la pensée dite scientifique et scientiste à cette même conscience, dont elle fait

en quelque sorte le sommet des phénomènes, à tâcher autant que possible…

comme d’un roi trop absolu on fait un roi constitutionnel

…de dire que cette conscience c’est le chef–d’œuvre des chefs–d’œuvre, la raison de tout, le sommet des apparences, la perfection de la réalisation.

Mais ces épiphénomènes, comme on dit, ça ne sert à rien,

et si nous nous mettons maintenant à aborder

les phénomènes, nous allons toujours faire comme si on n’en tenait pas compte.
Mais ce soin même de ne pas en tenir compte marque bien qu’en effet si on n’en détruit pas la portée

on va devenir crétin, on ne pourra plus penser à autre chose.

Ceci, pour vous rappeler aussi que ces formes tout à fait contradictoires et puériles de ce qu’on appelle les aversions, les préjugés, certains soi–disant penchants à introduire des forces, ou des entités, qu’on appelle vitalistes, reflètent exactement ceci.

Quand on vous parle par exemple, en embryologie, d’une intervention d’une forme formatrice,

centre organisateur chez l’embryon, tout de suite nous pensons bien entendu que du moment qu’il y a

un centre organisateur, il ne peut y avoir

qu’une conscience, donc il y a une conscience…

il est d’ailleurs normal de penser ainsi

…et que ce centre organisateur a aussi des yeux,

des oreilles, c’est donc qu’il y a là un petit démon à l’intérieur de l’embryon.
N’essayons donc plus d’organiser ce qui peut être donné, apparent, manifeste dans le phénomène.
À cause de tout ce qui est supérieur, cela implique pour nous conscience et nous savons que la conscience est liée à quelque chose de tout à fait contingent, d’aussi contingent que la surface d’un lac dans un monde inhabité, à savoir l’existence de nos yeux ou oreilles.
Bien entendu, il y a là quelque chose d’impensable, une espèce d’impasse, devant quoi s’arrêtent

et viennent buter toutes sortes de formations qui dans l’esprit apparaissent s’organiser d’une façon contradictoire, et contre lesquelles en effet

le bon sens a réagi par un certain nombre de tabous, qui engendrent toutes sortes de prémices, par exemple à l’investigation clinique, ce que l’on appelle

le behaviourisme et qui dit :
« Nous autres, nous allons nous mettre à observer les conduites totales, ne faisons pas attention à la conscience. »
On sait assez que le behaviourisme n’a pas tiré tellement de fécondité de cette mise entre parenthèses

de la conscience.

Ce n’est pas le monstre qu’on croit, la conscience, et le fait de l’exclure, de l’enchaîner n’apporte aucun bénéfice véritablement, bien qu’on dise depuis quelque temps que le behaviourisme l’a réintroduit en contrebande, en douce, sous le nom de behaviourisme molaire.
Parce qu’à la suite de FREUD ils ont appris à manier cette notion qui est celle du champ.
Sans cela, ce qu’il a pu faire comme petits progrès en dehors est lié précisément au fait qu’il a consenti à observer une série de phénomènes à leur niveau propre, au niveau par exemple des conduites prises comme totales, considérées dans un objet constitué comme tel, à son niveau, sans se casser

la tête pour savoir quels étaient les appareils

élémentaires, inférieurs ou supérieurs.
Il n’en reste pas moins qu’il y a dans la notion même de « conduite » quelque chose qui est une certaine castration de la réalité humaine et non pas simplement du tout parce qu’elle ne tient pas compte de la notion de conscience…


  • qui en fait ne sert absolument à rien ni à personne,

  • ni à ceux qui s’en servent,

  • ni à ceux qui ne s’en servent pas



…mais parce que la notion de « conduite » élimine comme telle la relation intersubjective en tant qu’elle fonde non pas simplement des conduites humaines

mais des notions et des passions humaines.
Et ceci n’a rien à faire avec la notion de conscience.
Je vous prie de considérer pendant un certain temps au sens introductif que je vous apporte aujourd’hui, que la conscience ça se produit chaque fois qu’est donnée…

et cela se produit dans les endroits les plus inattendus et les plus distants les uns des autres

une surface telle

je vous donne une définition matérialiste

qu’elle puisse produire ce qu’on appelle une image.

Et une image, ça veut dire que tous les effets énergétiques partant d’un point donné du réel, quel qu’il soit…

imaginez–les de l’ordre de la lumière,

puisque c’est ce qui fait le plus

manifestement image dans notre esprit

…viennent, grâce à cette surface, se réfléchir en quelque point de la surface, qu’ils viennent frapper au même point correspondant de l’espace.
Vous entendez bien ce que ça veut dire ?

Que sur ce point–là, la surface du lac peut être remplacée par l’area striata du lobe occipital, pour une simple raison que c’est exactement quelque chose d’analogue qui se passe dans l’area striata, grâce aux fibrilles, aux couches fibrillaires, qui mettent

en communication tout l’espace de cette surface.
L’expérience prouve que nous avons des images nettes d’un champ visuel assez étendu et cette area striata

est tellement semblable à un miroir que :


  • de même que vous n’avez pas besoin

de toute la surface d’un miroir…

si tant est que cela veuille dire quelque chose

…pour vous apercevoir du contenu d’un champ,

ou d’une pièce, qu’avec un tout petit morceau vous obtenez le même résultat en le manœuvrant,

  • de même n’importe quel petit morceau de l’area striata sert au même usage et se comporte comme un miroir.


Toutes sortes de choses se comportent comme miroirs

à l’intérieur du monde, il suffit que les conditions soient telles pour qu’à un point d’une réalité corresponde…

quel que soit le point de la surface que

viennent frapper ses effets énergétiques

…un effet en un autre point qui est unique,

une correspondance bi–univoque entre deux points

de l’espace réel, par l’intermédiaire de quelque chose.
J’ai dit de l’espace réel, je vais trop vite, puisque précisément il y en a deux, espaces :

  • ceux où ces effets se produisent dans un point de l’espace réel,

  • et ceux où ils se produisent dans un point de l’espace imaginaire.



C’est pour cela qu’il m’a été plus facile de mettre tout à l’heure en évidence ce qui se passe en un point de l’espace imaginaire, parce que là il vous apparaît avec évidence qu’il y avait en effet quelque chose qui nous laisse véritablement dans l’embarras

par rapport à nos conceptions habituelles.
À savoir que tout ce qui est imaginaire et tout ce qui est à proprement parler illusoire n’est pas pour autant subjectif, qu’il y a un illusoire parfaitement objectif, objectivable et il n’y a plus du tout besoin

de faire disparaître toute votre honorable compagnie pour que vous le compreniez.
Si vous partez de points de vue semblables, beaucoup de choses vous apparaîtront dans une perspective telle que, par exemple ce qui vous est donné

dans l’expérience, c’est que ce moi

qui vous est donné comme la prétendue

unité de ce champ de conscience claire

…est bel et bien un objet et que ce que vous percevez soi–disant à l’intérieur du champ de conscience comme étant son unité est précisément ce quelque chose vis–à–vis de quoi l’immédiat de la sensation est mis dans

un certain rapport tensionnel avec une unité qui, elle, n’est pas quelque chose d’homogène du tout

avec ce qui se passe à la surface de ce champ neutre.
Cette perspective que nous avons appelée la conscience, comme étant un phénomène en quelque sorte physique, est quelque chose qui engendre cette tension.
Et toute la dialectique de ce que j’essaie de vous faire comprendre comme un modèle, comme un exemple, sous le nom de stade du miroir, c’est le rapport entre un certain immédiat et les tendances d’un certain niveau aussi, qui méritent d’être précisées…

à la vérité tout est là

…un certain niveau des tendances qui sont expérimentées

disons pour l’instant, à un certain moment de la vie …comme déconnectées, comme discordantes, comme morcelées… et il en reste toujours quelque chose !

…que ce quelque chose se confonde et s’appareille avec une unité qui est à la fois, justement,

ce en quoi le sujet pour la première fois se connaît comme unité, mais comme unité aliénée, comme unité virtuelle qui, elle, ne participe pas pour autant néanmoins des caractères d’inertie de ce que nous avons appelé tout à l’heure, le phénomène de conscience sous sa forme primitive, qui a, lui,

au contraire un rapport vital ou contre–vital

avec le sujet et qui est ce par quoi il semble

que l’homme ait une expérience privilégiée.
Peut–être, après tout, y a–t–il quelque chose

de cet ordre aussi dans d’autres espèces animales.

Ce n’est pas là le point absolument crucial,

c’est un point qui, pour ce qui nous importe…

ne forgeons pas d’hypothèse, ne posons pas la question de savoir où cette dialectique de l’univers primitif avec une unité appréhendée dans une expérience unique et aliénante, représentant le sujet comme aliéné, ayant dissipé sa propre unité où elle pût se situer dans l’ordre de l’univers objectif

…dans l’expérience, c’est quelque chose qui se reflète, se répercute, se retrouve à un tel degré,

et à tous les niveaux de la structuration de ce qu’on appelle le moi humain comme tel, que cela nous suffit pour partir de là.
Pour bien faire saisir cette expérience, je voudrais avoir encore le temps de vous la représenter sous une forme que je ne vous ai pas encore donnée et qui vous apparaîtra subjective justement pour ceci qu’elle est neuve, et de ce fait inhabituelle, comme vous n’avez pas encore eu le temps d’en user l’effigie, et comme il se fait toujours à propos de tout schéma, quel qu’il soit, pour exprimer une expérience originelle.
C’est celle de l’aveugle et du paralytique, par exemple.

La subjectivité au niveau du moi comme tel est exactement comparable à ce couple, introduit par l’imagerie

du XVème siècle, et sans doute non sans raison,

d’une façon particulièrement accentuée à cette époque.
Ce qui est donné dans la moitié subjective…

qui est celle d’avant l’expérience du miroir, d’avant cette appréhension de l’unité

de soi–même, comme anticipée

…c’est très précisément le paralytique, ce quelque chose qui ne peut pas se mouvoir tout seul, si ce n’est de la façon la plus incoordonnée, la plus maladroite, et qui n’est, contrairement à l’image que nous nous en faisons d’habitude :

vous voyez qu’ici dans la relation le maître c’est l’image du moi contrairement aux apparences, et c’est justement ça qui constitue le problème de la dialectique,

ce n’est pas…

comme on le croit dans PLATON,

…le maître qui chevauche le cheval,

c’est–à–dire l’esclave, c’est bien le contraire, c’est le paralytique qui chevauche celui qui sait marcher, mais qui, lui, est aveugle.
Je dirais qu’il est aveugle, c’est une façon de parler : il est aveugle du point de vue de celui qui voit, mais ce qu’il voit, lui, c’est quelque chose d’autre, ou plus exactement…

puisqu’en fin de compte le paralytique

c’est à partir de lui que se construit

cette perspective dont il s’agit

…c’est que quand il s’identifie à son unité,

il ne peut s’y identifier qu’en entrant exactement dans l’attitude fascinée, dans l’immobilité fondamentale, grâce à quoi il peut correspondre

d’une façon équivalente au regard, au regard aveugle…

puisque c’est le regard d’une image

…au regard sous lequel il est pris.
L’autre image – car toutes les images sont bonnes –

qui complétera celle de l’aveugle et du paralytique,

est celle du serpent et de l’oiseau en tant que précisément l’oiseau est fasciné par un certain regard.
Il est absolument essentiel à ce phénomène de constitution du moi comme tel en sa première expérience

que ce rapport, qui est rapport de réflexion, soit aussi rapport fascinant, il est rapport de blocage. Il est ce dans quoi toute cette diversité incoordonnée, incohérente, du morcelage primitif prend son unité, précisément en tant que fascinée.
Et cette image de la fascination, voire de

la terreur, est tellement essentielle que je vous

la remontrerai sous la plume de FREUD, à ce niveau précis, c’est–à–dire au niveau de la constitution

du moi comme tel.
Je vais vous donner une troisième image.
Si quelque chose…

puisque nous avons parlé des machines

…était capable d’incarner pour nous ce dont il s’agit dans cette dialectique, je vous proposerais le modèle suivant :

une de ces petites tortues ou renards, comme nous savons en fabriquer depuis quelque temps, et qui forment le jeu, l’amusette, des savants de notre époque, les automates ont toujours joué un très grand rôle, ils jouent un rôle renouvelé à notre époque.
Disons qu’une de ces petites machines auxquelles

nous savons maintenant…

grâce à toutes sortes d’organes intermédiaires …donner quelque chose qui ressemble presque à des désirs et des choses qui ressemblent aussi presque

à une homéostase, ou même tout à fait.
Disons qu’il s’agit d’une machine qui serait constituée de telle sorte qu’elle serait assez inachevée pour ne devoir son blocage définitif…

à savoir sa structuration dans un mécanisme,

…au fait qu’elle perçoive…

par quelque moyen que ce soit, une cellule photoélectrique, avec relais

…la production d’une certaine image quelque part,

qui fixe le mécanisme, qu’elle ne prendrait son unité que dans la perfection d’une autre machine toute semblable à elle–même, qui aurait simplement sur elle–même l’avantage d’avoir déjà pris ce blocage

au cours de ce qu’on peut appeler une expérience antérieure. Une machine peut faire des expériences.

Vous voyez ce qui en résulte ?

Le mouvement de chaque machine est strictement conditionné par la perception d’un certain stade atteint dans ce qu’on pourrait appeler la cristallisation, la fixation dans un certain point.
Et c’est ce qui correspond à cet élément fasciné d’une autre machine.
Mais vous voyez aussi quelle sorte de cercle peut s’établir, très exactement, du même coup, tout ce vers quoi pourra se diriger la première machine…

celle d’où nous sommes partis

…dépendra essentiellement de ce vers quoi aussi

se dirige l’autre, parce que c’est toujours à l’unité de l’autre que sera suspendue l’unité de la première.
Il n’en résultera rien de moins que certainement

une situation en impasse, qui est celle de la constitution de l’objet humain, pour autant que lui–même est entièrement suspendu à une dialectique de jalousiesympathie,

qui est exactement ce qui est réfléchi et exprimé dans la psychologie traditionnelle par le caractère incompatible des consciences.
Cela ne veut pas dire ce qu’on croit :

qu’une conscience ne peut pas concevoir une autre conscience, puisque le propre d’une conscience serait au contraire de les concevoir toutes, une conscience des consciences.
Mais par contre la stricte incompatibilité d’un moi, qui est entièrement suspendu à l’unité de l’autre, avec cet autre comme moi, c’est–à–dire avec cet autre en tant que s’avançant vers un objet comme tel,

comme désiré, comme appréhendé, c’est lui ou moi

qui l’aura, il faut bien que ce soit l’un ou l’autre.
Car en fin de compte quand c’est l’autre qui l’a, c’est parce qu’il m’appartient, ou plus exactement aussi, si je puis, à partir de ce schéma, appréhender ou désirer quelque chose, c’est en tant que l’autre

a commencé de s’y diriger, puisque c’est l’autre

qui me donne le modèle et la forme même de mon unité.
Cette dialectique de la rivalité essentielle…

comme constitutive de la connaissance humaine,

de la connaissance à l’état pur

…est évidemment une étape virtuelle.
Car vous voyez bien, il n’y a pas de connaissance

à l’état pur, car c’est précisément dans cette communauté stricte du moi avec l’autre dans le désir de l’objet que peut s’amorcer ce qui est tout à fait autre chose, à savoir la reconnaissance.
Ceci suppose très évidemment un troisième.

Car en fin de compte, pour continuer notre apologue, qu’est–ce qu’il faudrait ?
Pour que la première petite machine bloquée sur l’image

de la deuxième puisse encore arriver à un accord, pour qu’elle ne soit pas forcée de se détruire sur le point de convergence de leur désir, qui est en somme le même désir, puisqu’ils ne sont pas, à ce niveau, qu’un seul et même être, il faudrait que la petite machine puisse, comme on dit, informer l’autre,

qu’elle lui dise « je désire cela ».
Vous voyez bien que ce n’est pas possible.

Parce qu’en admettant qu’il y ait un « je »,

tout de suite ceci se transforme en : « tu désires cela »,

car « je désire cela » veut dire Toi, autre, qui es mon unité, « tu désires cela ».
Ceci ne nous étonne pas.

Nous n’y retrouvons là que cette forme spéciale qui est celle essentielle du message en tant qu’humain, qui fait qu’on reçoit son propre message de l’autre, sous une forme inversée.
Mais n’en croyez rien.

C’est purement mythique ce que je vous raconte–là. Car il n’y a aucun moyen que la première machine dise « je désire cela », car la première machine, en tant qu’elle est justement avant l’unité, est essentiellement désir immédiat, n’a pas la parole, pour une très simple raison : elle n’est personne.

La première machine n’est pas plus quelqu’un que le reflet de la montagne dans le lac, et ce paralytique est aphone, il n’a absolument rien à dire.

Pour qu’il s’établisse quelque chose, il faut

qu’il y ait quelque chose quelque part, un troisième, qui se mette à l’intérieur de cette machine,

par exemple de la première, et puisse en effet prononcer quelque chose qui s’appelle un « je ».
Mais ceci est tout à fait impensable à ce niveau de l’expérience. Cela est pourtant, parce que – vous le verrez – c’est précisément celui que nous trouvons

dans l’inconscient, mais justement il est dans l’inconscient.
Là où nous pouvons le concevoir, pour que la danse

de toutes les petites machines s’établisse,

c’est très évidemment au–dessus des petites machines, c’est–à–dire là ou M. Claude LÉVI–STRAUSS vous a dit l’autre jour que s’établissait le système des échanges :

à l’intérieur de ces petits groupes de machines,

on pouvait, parce que le ballet était réglé d’un ailleurs, céder la petite machine à un autre groupe.

C’est ce que nous trouvons dans les éléments élémentaires.

Il faut que le système symbolique intervienne pour que

dans le système conditionné par l’image du moi, quelque chose puisse s’établir, un échange.

Quelque chose s’établira qui est non pas connaissance mais reconnaissance.
Vous voyez la déduction où cette sorte d’image opérationnelle que je vous ai donnée aujourd’hui nous conduit.

Vous voyez par là qu’en aucun cas, jamais, le moi

ne pourra être autre chose qu’une fonction imaginaire déterminant à un certain niveau la structuration

du sujet, mais qu’il est aussi ambigu que peut l’être la constitution de l’objet lui–même, dont il est

en quelque sorte non pas seulement une étape

mais le corrélatif identique.
Là où se pose le sujet comme opérant, comme humain, c’est au moment ou apparaît le système symbolique, à partir duquel le sujet peut se poser comme « Je » et que ce moment n’est aucunement déductible de quelque modèle que ce soit, qui soit de l’ordre d’une structuration individuelle.
En d’autres termes…

je vais vous l’expliquer sous une autre forme

…pour que le monde du sujet humain apparaisse,

il faut que la machine, dans les informations qu’elle va donner, puisse faire une chose, qui est la seule chose qu’elle ne peut pas faire, c’est se compter elle–même, comme une unité parmi les autres.
Pour qu’elle se compte elle–même, il faudrait évidemment qu’elle ne soit justement plus, justement la machine qu’elle est, qu’elle soit quelque chose d’autre.
Car on peut tout faire sauf qu’une machine s’additionne elle–même en tant qu’élément à un calcul.
Voici l’angle sous lequel aujourd’hui

je vous ai présenté les choses.
Vous verrez peut–être la prochaine fois, je vous le présenterai sous un angle moins aride, parce qu’aussi bien ce moi il n’est pas, bien entendu, qu’une fonction,

à partir du moment où le monde symbolique est fondé, il est lui–même… il peut servir de symbole. C’est d’ailleurs précisément ce à quoi nous avons affaire.
Et tout l’effort que nous avons fait aujourd’hui était justement, pour le moment, de le dépouiller de cette fonction symbolique fascinante qui fait que nous y croyons.
Comme on veut que ce soit lui, le moi, qui soit le sujet, ce rapport de l’unification du moi en tant que fonction et en tant que symbole ramène aux positions fondamentales.
C’est ce sur quoi je compte arriver la prochaine fois et vous montrer le rapport très étroit que cela a avec toute notre pratique opératoire, la façon d’aborder le sujet dans la technique analytique, quand nous l’abordons, très précisément, au niveau

de ce qui est du moi.

15 Décembre 1954 Table des séances

Je voudrais essayer de situer un peu l’exposé d’hier soir.

Si je voulais exprimer d’une façon imagée ce que nous essayons de faire ici, je commencerais par me réjouir que…

les œuvres de FREUD étant là à notre portée

…je ne sois pas forcé…

sauf intervention inattendue de la divinité

…d’aller les chercher sur quelque Sinaï, autrement dit de vous laisser trop vite tous seuls.
Parce qu’à la vérité, ce que nous verrons – et verrons toujours – se reproduire, dans le plus serré du texte

de FREUD, c’est quand même quelque chose qui n’est pas tout à fait l’adoration du veau d’or mais tout de même en quelque sorte quelque idolâtrie.
Ce que j’essaie de faire ici c’est de vous en arracher une bonne fois pour toutes. Et j’espère qu’un jour ce sera assez réalisé pour que je ne sente plus ce danger vers quelque penchant à des formulations trop imagées.

C’est ça que ça veut dire en fin de compte idolâtrie.
Notre cher LECLAIRE ne s’est peut–être pas orienté vers une telle prosternation, mais il y avait quand même, vous l’avez bien d’ailleurs tous senti, c’est bien de là que partaient quelques jets, quelques points où, ce que j’ai appelé plus tard, dans une conversation avec lui, « les échafaudages » dont il faudra se débarrasser à partir d’un certain moment, une certaine façon de centrer son exposé, quelques points où le maintien de certains de ses termes de référence est quelque chose de cet ordre–là.
Le besoin d’imager – et Dieu sait si c’est légitime…

le terme de modèle, pattern, est quelque chose qui a sa valeur, sa fonction, et qui exprime bien d’une certaine façon le procédé dans l’exposé scientifique aussi bien que dans certains autres domaines,

peut–être pas tellement qu’on le pense d’ailleurs

…n’est pas sans inconvénient.
Il n’y a nulle part, où ce ne soit une tentation plus insidieuse en ses effets, je veux dire, qui recèle

plus de pièges que dans le domaine où nous sommes,

qui est celui précisément de la subjectivité et

c’est précisément la difficulté quand on parle

de la subjectivité de ne pas entifier le sujet.
Je crois que LECLAIRE, dans un certain dessein de faire tenir debout sa construction…

et c’est bien précisément le dessein de la faire tenir debout qui fait qu’il nous l’a présentée

comme une pyramide, bien sur son derrière,

tout à fait solide, et non sur sa pointe

…dans ce besoin il nous a fait à un endroit sous une forme pointillée, évanescente, quelque chose qui est quelque idole du sujet.
Or, nous ne saisissons que le côté presque en arrière, et le jour où nous l’amenons en face, à ce moment–là,

il se dissout, s’évanouit, ne se laisse pas saisir.

Il n’en reste pas moins qu’il n’a pas pu faire autrement que de nous le représenter.
Je crois que c’est une remarque qui vient s’insérer

à part dans la chaîne, le procès, de cette démonstration, qui était exactement centrée sur cette question :

« Qu’est–ce que le sujet ? », cette question posée à partir

à la fois de l’appréhension naïve et de la formulation scientifique ou philosophique.
Je vous ai indiqué que fondamentalement c’était [ rejeté ? ]

du moi.
Et nous nous trouvons, en somme, avec cette remarque, cette question…

à propos de ce que nous avons fait hier soir

…au même carrefour, au même point où nous pouvons reprendre notre chemin, au point où je l’ai laissé

la dernière fois, c’est–à–dire au moment où le sujet saisit son unité.
Ce corps morcelé trouve son unité dans cette image de l’autre qui est sa propre image anticipée.
C’est une situation duelle dans laquelle nous voyons s’ébaucher une relation polaire, non symétrique certes, et dont la dissymétrie nous indique déjà en quel sens

la théorie du moi

telle que la psychanalyse nous la donne

…ne permet d’aucune façon de rejoindre la conception dite scientifique ou philosophique du moi telle qu’elle rejoint

une certaine appréhension naïve dont je vous ai dit qu’elle était le propre de la psychologie, d’une certaine psychologie qui est datable historiquement, qui est ce que nous appellerons « la psychologie de l’homme moderne ».
Je vous ai arrêté en somme, au moment où vous montrant ce sujet, que j’ai aussi bien appelé la dernière fois… et non pas simplement hier soir, au moment où nous nous sommes arrêtés sur cette question du sujet de LECLAIRE, que je n’ai pas appelé seulement hier soir, mais aussi

à la fin de ma dernière conférence : « personne ».
Je ne l’ai peut–être pas très bien accentué ni souligné, mais c’était bien le «  personne » dont nous parlions hier soir.
Que ce sujet, qui est personne

et qui est décomposé, morcelé,

se bloque, trouve son unité, est en quelque sorte aspiré

d’une façon anticipante, par cette image à la fois trompeuse et réalisée, qui est cette certaine unité du sujet

qui lui est donnée dans l’image de l’autre, qui lui est aussi bien donnée dans son image spéculaire, la possibilité de

la fonction, à cette occasion, de l’image spéculaire, aussi bien à la place de l’image de l’autre, montrant bien le caractère fondamentalement imaginaire de cette relation.
Et, m’emparant d’une référence prise au plus moderne de nos exercices machinistes, qui ont tellement d’importance dans le développement, non seulement de la science,

mais de la pensée humaine, je vous représentai,

en somme, cette étape du développement du sujet comme quelque chose qui pouvait s’incarner dans un modèle,

je vous ai fait un modèle.
Je vous ai fait un modèle qui a le propre de ne – nulle part – idolifier ce sujet.

Je pense que vous l’avez suffisamment vu, c’est qu’au point où je vous ai laissé, le sujet était bien nulle part, pour une bonne raison :

que justement il s’agissait de deux petites tortues mécaniques, et l’une bloquée sur l’image de l’autre, non pas tout l’ensemble énergétique, mais pour une partie régulatrice de ces mécanismes, qu’on peut envisager comme prise, captivée par tous les moyens imaginables
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