Leçon 21 05 Juin 1963 Leçon 22 12 Juin 1963 Leçon 23 19 Juin 1963 Leçon 24 26 Juin 1963 Leçon 25 03 Juillet 1963 : enregistrements non disponibles. Sigmund Freud : Das Unheimliche Otto Rank : Das «Schauspiel»








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LACAN

L’Angoisse



1962 – 63

Ce document de travail a pour sources principales :


  • L’Angoisse, sur le site E.L.P. (sténotypie Pdf).




  • L’Angoisse, sur le site de Patrick VALLAS : enregistrements de 22 séances sur 25.




  • L’Angoisse, version imprimée datée 1982 ( format thèse).




  • L’Angoisse, version critique de Michel ROUSSAN.



Les références bibliographiques privilégient les éditions les plus récentes.
Les schémas sont refaits.

N.B. : Ce qui s’inscrit entre crochets droits [ ] n’est pas de Jacques LACAN.

Remerciements  aux auteurs des superbes schémas  du « vase renversé » (Wiki), repris et modifiés ici.
TABLE DES SÉANCES




Leçon 1 l4 Novembre l962 *

Leçon 2 21 Novembre l962

Leçon 3 28 Novembre l962
Leçon 4 05 Décembre 1962

Leçon 5 12 Décembre 1962

Leçon 6 19 Décembre 1962
Leçon 7 09 Janvier 1963

Leçon 8 16 Janvier 1963

Leçon 9 23 Janvier 1963

Leçon 10 30 Janvier 1963
Leçon 11 20 Février 1963 *

Leçon 12 27 Février 1963


Leçon 13 06 Mars 1963

Leçon 14 13 Mars 1963

Leçon 15 20 Mars 1963 *

Leçon 16 27 Mars 1963
Leçon 17 08 Mai 1963

Leçon 18 15 Mai 1963

Leçon 19 22 Mai 1963

Leçon 20 29 Mai 1963

Leçon 21 05 Juin 1963

Leçon 22 12 Juin 1963

Leçon 23 19 Juin 1963

Leçon 24 26 Juin 1963
Leçon 25 03 Juillet 1963

* : enregistrements non disponibles.
Sigmund Freud : Das Unheimliche Otto Rank : Das « Schauspiel » in Hamlet, Le spectacle dans Hamlet

l4 Novembre l962 Table des séances
Je vais vous parler cette année de l'angoisse.
Quelqu'un qui n'est pas du tout à distance de moi dans notre cercle, m'a pourtant l'autre jour laissé apercevoir quelque surprise que j'aie choisi ce sujet qui ne lui semblait pas devoir être d'une tellement grande ressource.
Je dois dire que je n'aurai pas de peine à lui prouver

le contraire. Dans la masse de ce qui se propose à nous

– sur ce sujet – de questions, il me faudra choisir

et sévèrement. C'est pourquoi j'essaierai,

dès aujourd'hui de vous jeter sur le tas.
Mais déjà cette question m'a semblé garder la trace de

je ne sais quelle naïveté jamais étanchée, pour la raison que ce serait croire que c'est un choix : que chaque année, je pique un sujet, comme ça, qui me semblerait intéressant pour continuer le jeu de quelque sornette, comme on dit. Non !
Vous le verrez, je pense, l'angoisse est très précisément

le point de rendez–vous où vous attend tout ce qu'il en était de mon discours antérieur et où s'at­tendent entre eux un certain nombre de termes, qui ont pu jusqu'à présent

ne pas vous apparaître suffisamment conjoints.
Vous verrez sur ce terrain de l'angoisse, comment…

à se nouer plus étroitement

…chacun prendra encore mieux sa place.

Je dis « encore mieux » puisque récemment il a pu m'appa­raître…

à propos de ce qui s'est dit du fantasme à une des réunions dites pro­vinciales de notre Société1

…que quelque chose avait dans votre esprit…

concer­nant cette structure si essentielle

qui s'appelle le fantasme

…pris effective­ment sa place.
Vous verrez que celle de l'angoisse n'est pas loin de celle–la, pour la raison que c'est bel et bien la même.
Je vous ai mis sur ce tableau…

pourtant, après tout, ce n'est pas grand un tableau

…quelques petits signifiants, repères ou aide–mémoire,

peut–être pas tous ceux que j'aurais voulu, mais après tout il convient de ne pas non plus abuser quant au schématisme.

Cela, vous le verrez s'éclairer tout à l'heure.
Ils forment deux groupes, celui–ci et celui–là :

celui–là que je compléterai.
À droite, ce graphe :

dont je m'excuse depuis si longtemps de vous impor­tuner, mais dont il est tout de même nécessaire…

car la valeur de repère vous en apparaîtra,

je pense, toujours plus efficace

…que je rappelle la struc­ture qu'il doit évoquer à vos yeux.

Aussi bien sa forme…

qui peut–être ne vous est jamais apparue

…de poire d'angoisse, n'est peut–être pas ici à évoquer par hasard.
D'autre part, si l'année dernière à propos de cette petite surface topologique à laquelle j'ai fait une si grande part, certains ont pu voir se suggérer à leur esprit certaines formes de reploiement des feuillets embryologiques, voire des couches du cortex, personne…

à propos de la disposition à la fois bilatérale et nouée d'intercommunication orientée de ce graphe

…personne n'a jamais évoqué à ce propos, le plexus solaire.
Bien sûr je ne prétends pas là vous en livrer les secrets, mais cette curieuse petite homologie n'est peut–être pas

si externe qu'on le croit et méritait d'être rappelée

au début d'un discours sur l'angoisse.
L'angoisse, je dirai…

jusqu'à un certain point la réflexion par laquelle j'ai introduit mon discours tout à l'heure,

celle qui a été faite par un de mes proches,

je veux dire dans notre Société

…l'angoisse ne semble pas être ce qui vous étouffe, j'entends, comme psychanalystes.
Et pourtant, ce n'est pas trop dire que ça devrait…

dans, si je puis dire, la logique des choses, c'est­–à–dire

de la relation que vous avez avec votre patient.

Après tout, sentir ce que le sujet peut en supporter de l'angoisse, c'est ce qui vous met à l'épreu­ve à tout instant.
Il faut donc supposer qu'au moins pour ceux d'entre vous qui sont formés à la technique, la chose a fini par passer, dans votre régulation, la moins aperçue il faut bien le dire.
Il n'est pas exclu – et Dieu merci – que l'analyste,

pour peu qu'il y soit déjà disposé…

je veux dire par de très bonnes

dispositions à être un analyste

…que l'analyste entrant dans sa pra­tique ressente de ses premières relations avec le malade sur le divan quelque angoisse.
Encore convient–il de toucher à ce propos la question

de la communica­tion de l'angoisse.
Cette angoisse…

que vous savez, semble–t–il, si bien régler

en vous – tamponner – qu'elle vous guide

…est–ce la même que celle du patient ? Pourquoi pas ?
C'est une question que je laisse ouverte pour l'instant, peut–être pas pour très longtemps, mais qui vaut la peine d'être ouverte dès l'origine, si toutefois il faut recourir à nos articulations essen­tielles pour pouvoir y donner

une réponse valable, donc attendre un moment au moins, dans les distances, dans les détours que je vais vous proposer

et qui ne sont pas absolument hors de toute prévision

pour ceux qui sont mes auditeurs.
Car si vous vous en souvenez, déjà à propos justement d'une autre série de journées dites « provinciales » qui étaient loin de m'avoir donné autant de satisfaction, à propos desquelles dans une sorte d'inclusion, de parenthèse, d'anticipation, dans mon discours de l'année dernière, j'ai cru devoir vous avertir et proje­ter à l'avance une formule vous indiquant le rapport de l'angoisse essentiel au désir de l'Autre.
Pour ceux qui n'étaient pas là, je rappelle la fable, l'apo­logie, l'image amusante, que j'avais cru devoir

en dresser devant vous pour un instant :

moi–même revêtant le masque animal dont se couvre

« le sorcier de la grotte Des Trois Frères », je m'étais imaginé devant vous, en face d'un autre animal…

d'un vrai celui–là, et supposé géant pour l'occasion

…celui de la mante religieuse.



Et aussi bien, comme le masque que moi je portais,

je ne savais pas lequel c'était, vous imaginez facilement que j'avais quelques rai­sons de n'être pas rassuré,

pour le cas où, par hasard, ce masque n'aurait pas été impropre à entraîner ma partenaire dans quelque erreur sur mon identi­té, la chose étant bien soulignée par ceci que j'y avais ajouté : que dans ce miroir énigmatique du globe oculaire de l'insecte je ne voyais pas ma propre image.
Cette métaphore garde aujourd'hui toute sa valeur,

et c'est elle qui justifie qu'au centre des signifiants

que j'ai posés sur ce tableau, vous voyez la question que j'ai depuis longtemps introduite comme étant la charniè­re des deux étages du graphe pour autant qu'ils structurent

ce rapport du sujet au signifiant, qui sur la subjectivité me paraît devoir être la clé de ce qu'introduit

dans la doctrine freudienne le « Che vuoi ? », « Que veux–tu ? ».
Poussez un petit peu plus le fonctionnement, l'entrée

de la clé, vous avez « Que me veut–il ? » avec l'ambiguïté

que le français permet sur le « me », entre le complément indirect ou direct.
Non pas seulement : « que veut–il à moi ? », mais quelque chose

de suspendu qui concerne directement le moi,

qui n'est pas « comment me veut–il ? » mais :

  • qui est « que veut–il concernant cette place du moi »,

  • qui est quelque chose en suspens, entre les deux étages, S a d et m i(a), les deux points de retour

qui dans chacun désignent l'ef­fet caractéristique et la distance…

si essentielle à construire au principe de tout ce dans quoi nous allons nous avancer maintenant

…distance qui rend à la fois homologue et si distinct le rapport du désir et l'identification narcis­sique.

C'est dans le jeu de la dialectique, qui noue

si étroitement ces deux étages, que nous allons voir s'introduire la fonction de l'angoisse, non pas qu'elle en soit elle–même le ressort, mais qu'elle soit par les moments

de son apparition ce qui nous permet de nous y orienter.
Ainsi donc au moment où j'ai posé la question de votre rapport d'analyste à l'angoisse, question qui justement laisse en suspens celle–ci : qui ménagez–vous ?
L'Autre, sans doute, mais aussi bien vous–même et ces deux ménagements pour se recou­vrir ne doivent pas être laissés confondus. C'est même la une des visées qui à la fin

de ce discours vous seront proposées.
Pour l'instant, j'introduis cette indication de méthode

que ce que nous allons avoir à tirer d'enseignement

de cette recherche sur l'angoisse,

c'est à voir en quel point privilégié elle émerge.
C'est à modeler sur une horographie2 de l'angoisse

qui nous conduit directement sur un relief qui est celui des rapports de terme à terme que constitue cette tentative structurale plus que condensée dont j'ai cru devoir faire pour vous le guide de notre discours.
Si vous savez donc vous arranger avec l'angoisse,

cela nous fera déjà avan­cer que d'essayer de voir comment. Et aussi bien, moi–même, je ne saurais l'introduire

sans l'arranger de quelque façon…

et c'est peut–être là un écueil :

il ne faut pas que je l'arrange trop vite

…cela ne veut pas dire non plus que d'aucune façon,

par quelque jeu psychodramatique, mon but doive être

de vous jeter dans l'angoisse avec le jeu de mots

que j'ai déjà fait sur ce « je » du « jeter ».
Chacun sait que cette projection du « je » dans une introduc­tion à l'angoisse est depuis quelque temps l'ambition d'une philosophie dite existentialiste pour la nommer.
Les références ne manquent pas, depuis KIERKEGAARD :

Gabriel MARCEL, CHOSTOV, BERDIAEV et quelques autres, tous n'ont pas la même place ni ne sont pas aussi utilisables.
Mais au début de ce discours, je tiens à dire

qu'il me semble que dans cette philosophie…

pour autant que de son patron – nommé le premier –

à ceux dont j'ai pu avancer le nom, incontestablement se marque quelque dégradation

…il me semble la voir, cette philosophie,

marquée, dirais–je, de quelque hâte d'elle–même méconnue, marquée, dirais–je, de quelque désarroi par rapport

à une réfé­rence qui est celle à quoi, à la même époque,

le mouvement de la pensée se confine : la référence à l'histoire.

C'est d'un désarroi…

au sens étymologique du terme3

…par rapport à cette référence, que naît et se précipite

la réflexion existentialiste.
Le cheval de la pensée, dirais–je…

pour emprunter au petit Hans l'objet de sa phobie

…le cheval de la pensée qui s'imagine, un temps, être celui qui traî­ne le coche de l'histoire, tout d'un coup se cabre, devient fou, choit et se livre à ce grand Krawallmachen,

pour nous référer encore au petit Hans qui donne

une de ces images à sa crainte chérie.
C'est bien ce que j'appelle là, le mouvement de hâte,

au mauvais sens du terme, celui du désarroi.

Et c'est bien pour cela que c'est loin d'être ce qui nous intéresse le plus dans la lignée – la lignée de pensée – que nous avons épinglée à l'instant, avec tout le monde d'ailleurs, du terme d'existen­tialisme.
Aussi bien peut–on remarquer que le dernier venu…

et non des moins grands : Monsieur SARTRE

…s'emploie tout expressément – ce cheval – à le remettre, non seulement sur ses pieds, mais dans les brancards de l'histoire.

C'est précisément en fonction de cela que Monsieur SARTRE4 s'est beaucoup occupé, beaucoup interrogé sur la fonction du sérieux.
Ιl y a aussi quelqu'un que je n'ai pas mis dans la série,

et puisque j'aborde, simplement en y touchant à l'entrée, ce fond de tableau…

les philosophes qui nous observent – sur le point où nous en venons – [s’interrogent] : les analystes seront–ils

à la hauteur de ce que nous faisons de l'an­goisse ?

…il y a HEIDEGGER
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