A quel âge avez-vous débuté la course à pied?








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Zatopek n°1 – Janvier 2007

Propos recueillis par Gilles Goetghebuer
Cuisine et dépendances

Philippe De Witte enseigne la biologie du comportement à l'Université catholique de Louvain (UCL). Dans ses heures creuses, il se lance aussi des défis sportifs insensés et, comme d'autres coureurs de grand fond, il se reconnaît volontiers une dépendance à l'effort. Il l'explique même grâce à sa parfaite connaissance de notre petite cuisine cérébrale.

  A quel âge avez-vous débuté la course à pied?

- J'avais trente ans. A l'époque, je n'avais jamais fait de sport et je fumais un paquet de cigarettes par jour. A la naissance de mon premier enfant, il me semble que j'ai soudainement pris conscience du caractère fragile et éphémère de la vie. Il s'en est suivi une modification globale de mon style de vie. Cela s'est traduit notamment par l'abandon du tabac et la découverte du sport. Je me suis mis à courir et je me suis aperçu que j'aimais cela. Après quelques mois d’entraînement, j'ai fini mon premier marathon. C’était à Reims en 1984.
- Aujourd'hui, vous courez toujours...

  Oui. Cela constitue une partie très intense de ma vie. Mais je ne fais plus de marathons. Je trouve cela trop court. Je préfère les longues distances: 100 bornes, double ou triple Ironman ou des épreuves qui durent plusieurs jours comme le Marathon des Sables. J'adore ces heures passées à courir en solitaire dans le désert. C'est ma folie. Le désert permet d’avoir une conscience très précise de notre propre insignifiance. Je suis frappé par cette juxtaposition de nullité et de grandeur.
- Vous courez toujours seul?

- Non. Pendant l'année, je m'entraîne souvent avec mon chien. D'ailleurs, je suis toujours très attentif à ses réactions. En règle générale, il est content de m'accompagner. Mais si la sortie se prolonge exagérément, il me fait bien comprendre qu'il en a marre. J'en déduis que moi aussi, je parviens à un état de fatigue qui devrait logiquement me pousser à arrêter. Pourtant, je me refuse à le faire. Pourquoi? Parce qu'à ce moment-là, mon cerveau est sous la gouvernance du cortex frontal qui m'inspire des notions de surpassement. Les animaux, eux, ne trichent pas avec leurs sensations. Il n'y a pas de notion de devoir chez eux. Ils obéissent à leur physiologie, c'est tout. Bref, nous sommes différents, mon chien et moi. Mon cerveau d'humain me permet de m'affranchir de certains diktats biologiques grâce à un cortex frontal particulièrement développé qui va réinterpréter les messages de mon organisme. Cela me permet d'aller plus loin, d'explorer d'autres territoires. Evidemment, cela implique aussi de gros dangers. On peut aller trop loin et se blesser. Mon chien, lui, ne se blesse jamais.
- Ne risque-t-on pas aussi de développer une dépendance à l'effort au point de se sentir angoissé ou insatisfait si on se trouve soudain privé de ses bornes quotidiennes?

- Exactement! A la longue, l'organisme s'adapte aux contraintes qu'on lui impose jour après jour. Physiologiquement, il va solliciter de façon exagérée toutes sortes de chaînons métaboliques -enzymes, hormones, neurotransmetteurs- et transforme les équilibres du corps. Notre système le permet. A contrario, vous ne verrez jamais un chien courir de lui-même vingt bornes par jour.
  Cette dépendance est-elle susceptible de survenir chez tout le monde?

- Les humains sont génétiquement programmés pour la dépendance. C'est un fait. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle on a tort, à mon avis, de se fixer des objectifs comme de lutter contre les assuétudes. Elles existent quoi qu'on fasse... En revanche, on peut apprendre à ne pas tomber sous leur joug. Cela passe par la connaissance, l'expérience, l'éducation. Paradoxalement, je soutiens aussi qu'il faut s'efforcer de multiplier ses dépendances. On réduit ainsi le risque de sombrer corps et âme dans un type de comportement particulier. Vous connaissez l'adage: "ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier." Lorsqu'on considère tous ces paramètres, on s'aperçoit que certaines personnes s'en sortent effectivement mieux que d'autres.

- Lorsque vous parlez de ce phénomène, vous ne faites pas de différence entre l'alcool, la cocaïne ou la course à pied. Pourquoi?

  Parce que le mécanisme cérébral est le même. Le fait que l'état de dépendance soit lié à la prise de produits ou à une production naturelle de l'organisme ne change rien fondamentalement. On est entraîné dans la même spirale biologique que connaissent aussi ceux qui éprouvent la passion du jeu, le goût du risque ou qui vivent un coup de foudre tout simplement. Disons alors que la prise de substances artificielles augmente le risque d’assuétude tandis que, dans le cas où l'on sollicite des chaînes naturelles, les dégâts sont généralement moindres. Mais ils existent! Tous ces comportements peuvent devenir pathologiques.
- A quel moment les reconnaît-on?

- Dès que cela porte préjudice à la personne. L'être humain est ainsi fait qu'il éprouve naturellement une tendance à l'exagération. Au début, il associe un état d'esprit à une action et il pense alors que s'il va plus loin dans ce type d'action, il expérimentera des émotions encore plus intenses. C'est souvent une erreur. Au niveau cérébral, on enregistre alors une focalisation de plus en plus importante sur deux ou trois neurotransmetteurs qui seront sujets à de fortes fluctuations. On monte très haut. On descend très bas. Cela entraîne du stress, un comportement agressif et des crises de paranoïa. On court un risque de vraie dépression.
- Triste tableau!

- C'est vrai. Certaines dépendances sont avilissantes, désocialisantes, dangereuses. Elles vous font mourir à petit feu. D'autres, au contraire participent à l'équilibre général. Lorsque je cours, j'ai régulièrement la sensation de mieux comprendre et apprécier le monde qui m'entoure. J'ai l'impression que mon cerveau se dégage de ses fonctions primitives et que je distingue tout plus clairement. La course à pied constitue un moyen idéal pour parvenir à cet état. J'observe d'ailleurs que de nombreuses dépendances ont comme soubassements la répétition d'actes moteurs simples. La prière, par exemple, consiste à répéter plusieurs fois la même chose. On n'écoute plus vraiment ce qui est énoncé mais on est bercé par le rythme. On se dégage ainsi des couches profondes du cerveau pour se mettre en ligne directe avec son cortex frontal.
  Le jogging et la prière, c'est la même chose?

  Tout à fait, quand je fais du vélo ou de la course à pied en endurance, je peux ressentir parfois cette forme d'illumination qui constitue le socle de toutes les religions. Tout à coup, j'ai les idées claires. J'ai l'impression de progresser dans ma connaissance de l'espace, du monde, de la cosmologie. Bien entendu, cela n'a rien de magique. Cette transformation de la façon de penser tient à la libération de tout un ensemble d'acides aminés, d'hormones et de neurotransmetteurs, notamment les catécholamines qui demeurent des acteurs essentiels dans la conscience qu'un individu peut avoir de lui-même et de son environnement.
  Beaucoup de gens ne font aucun effort. Pensez-vous que cette oisiveté plus ou moins forcée doive être reliée à ce sentiment assez largement répandu de mésestime de soi?

  A long terme, oui, je suis d'accord. J'ai parfois l'impression que c'est la télévision aujourd'hui qui dicte nos comportements. Sans aucun lien avec nos aspirations profondes. On est tout le temps impatient, insatisfait. J'ai une anecdote à ce sujet: j'étais en train de courir dans le Sud marocain, le paysage était superbe. Et soudain, un petit garçon a surgi au milieu de nulle part. Il parlait français et m'a dit qu'il allait chez sa grand mère qui habitait à quinze kilomètres de là. Le matin, il faisait la route dans l'autre sens pour aller à l'école. Toujours à pied. On a fait un bout de chemin ensemble. Il m'a demandé:

- "Tu es ici depuis combien de temps?

- Quatre jours.

- Et tu repars quand dans ton pays?

- Dans trois jours.

- Ah oui, c'est vrai, vous les Européens, vous devez tout faire très vite. Vous êtes pressés de mourir."
Fiche d’identité

Philippe De Witte est né en septembre 1949. Marié, deux enfants. Professeur à l’UCL, Philippe est aussi musicien (saxo baryton) dans deux orchestres de jazz. Il a participé à 25 marathons, 12 Ironmen, 1 duo triathlon, un triple triathlon, 1100 km, 10 raids, dont le Marathon des Sables, la Desert Cup, le Grand Raid de la Réunion, le Raid Amazonie, la trans-333 de Mauritanie. En cyclisme, il a également participé à Bordeaux-Paris et Paris-Brest-Paris.



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