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0.3Le discours politique


Ce que je me propose est un travail d’histoire conceptuelle25 ; j’essaierai en particulier de saisir une configuration singulière de l’évolution de certaines conceptions fondamentales de la société démocratique en train de se définir : le discours socialiste fraternitaire, développé par des ouvriers et des hommes de plume dans la France de la monarchie de Juillet. On pourrait considérer cette analyse comme une sorte de micro-histoire conceptuelle : elle se concentre sur un discours politique chronologiquement et socialement bien circonscrit pour en saisir sa structuration interne et pour en tirer des éléments utiles pour comprendre les évolutions historiques de certains langages et de certains concepts. Plutôt que de suivre le développement d’une tradition autour d’un langage et de sa réinterprétation au fil des décennies ou des siècles, je focalise mon attention sur une configuration particulière en mettant en lumière sa particularité. Je m’intéresse notamment à montrer la redéfinition du langage républicain et du langage ouvrier au moment de leur rencontre et leur réinterprétation à l’intérieur d’une nouvelle perspective à la recherche d’un langage propre, la socialiste.

Une sorte de micro-histoire conceptuelle du politique, en entendant le politique comme le lieu du travail de réflexion et d’action de la société sur elle-même. Il s’agit d’un travail collectif et conflictuel, expression d’une société irréductiblement hétérogène et divisée. C’est un champ, celui du politique, de débat et de conflit, où la réflexion est à la fois théorie et pratique, abstraction et action. Pour synthétiser la définition, je peux utiliser les mots de Pierre Rosanvallon : « Le politique [...] correspond à la fois à un champ et un travail. Comme champ, il désigne le lieu où se nouent les multiples fils de la vie des hommes et des femmes, celui qui donne son cadre d’ensemble à leurs discours et à leurs actions. Il renvoie au fait de l’existence d’une ˝société˝ qui apparaît aux yeux de ses membres comme formant un tout qui fait sens. En tant que travail, le politique qualifie le processus par lequel un groupement humain, qui ne compose en lui-même qu’une simple ˝population˝, prend progressivement le visage d’une vraie communauté. Il est de la sorte constitué par le processus toujours litigieux d’élaboration des règles explicites ou implicites du participable et du partageable qui donnent forme à la vie de la cité26. » Le politique, donc, comme processus historique où non seulement les croyances, les opinions, les intérêts différents se rencontrent, se confrontent, s’affrontent, s’accordent, mais encore où ces diversités se définissent et se redéfinissent d’une façon continue.

Le processus de démocratisation, la naissance de la société d’individus, la définition d’un espace public et la construction d’un pouvoir représentatif entraînent une transformation profonde de la réflexion politique ; en se démocratisant, les cultures politiques se font idéologies si l’on attribue à ce terme la signification proposée par Marcel Gauchet : une façon de comprendre le présent en fonction d’un projet d’organisation sociale pour l’avenir27. Dans une société démocratique, les cultures politiques, pas nécessairement pluralistes et « démocratiques », ne peuvent qu’être en concurrence entre elles. Dans des sociétés sortant de la religion ou, en d’autres termes, renonçant péniblement à la fonction structurante de la religion, la forme du politique se transforme radicalement bien que le politique ne se réduise jamais à la politique. En faisant de tout homme un citoyen, le processus d’individualisation tend à répandre le politique dans le débat et dans le conflit social.

Je me propose justement d’analyser un discours politique relativement marginal mais tout à fait parlant de son époque et du processus profond qui la travaille, du déploiement lent et contradictoire d’une société démocratique. Je chercherai à reconstruire une configuration particulière d’une constellation de concepts, une configuration à l’intérieur de laquelle les concepts se définissent mutuellement. Je concentrerai mon attention sur le langage, celui-ci étant le moyen d’expression et d’élaboration des concepts, et je le considérerai en tant que pratique sociale. Le discours ne se limite pas à décrire le réel ni à se poser à côté des autres éléments du réel : il prend sens par son enracinement dans le monde physique et social et il fait sens au monde physique et social, au niveau des relations interpersonnelles aussi bien qu’au niveau des relations sociales. J’essayerai donc de comprendre le discours socialiste fraternitaire dans son enracinement historique, à l’intérieur du débat et du conflit social qu’il contribue à définir. Je me propose de circonscrire l’objet de mon analyse pour chercher à saisir en profondeur les tensions qui l’animent.
Cette volonté m’oblige à croiser l’approche conceptuelle avec d’autres méthodologies pour interroger un corpus très circonscrit. Les réflexions proposées par les sémiologues et les socio-linguistiques à partir des années 195028 jusqu’à aujourd’hui29, dans leurs phases enthousiastes aussi bien que dans leurs moments d’autocritique30, sont très utiles pour apprendre à interroger les textes31.

D’après Barthes, la sémiologie est un outil nécessaire à cerner l’idéologie dans les formes, c’est-à-dire là où on la cherche le moins en général ; ce que je me propose dans mon travail de thèse est de chercher à saisir justement l’entrecroisement entre les deux niveaux, la forme et le contenu, et à saisir le jeu ininterrompu entre réitération et invention, entre contrainte et liberté. Je ne vise toutefois pas à démasquer une idéologie mais à comprendre un discours comme un système de représentation et d’intelligence du réel. Je ne considère pas le niveau idéologique comme un ensemble de glaces déformantes, mais plutôt comme un ensemble d’instruments nécessaires à discerner les formes du réel. En tant qu’ensemble de catégories et de logiques interprétatives, le discours est une perspective par laquelle on voit le monde. En d’autres termes, le discours tel que je l’envisage, n’est ni l’expression d’un prisonnier de ses schémas mentaux, ni celle d’un stratège hypocrite.

Si je cherche dans la sémiologie une partie des questions à poser aux textes, je tends donc à m’en éloigner en ce qui concerne l’idée de discours : je considère le discours moins comme un instrument de persuasion que comme un instrument de compréhension ; en d’autres termes, je m’intéresse avant tout à la dimension cognitive du discours politique plutôt qu’à sa dimension stratégique32. En interrogeant les textes, je ne relèverai pas leur dimension stratégique pour me concentrer sur leurs ruses rhétoriques, mais pour saisir ce que ces artifices cachent, c’est-à-dire la façon de se représenter les rapports sociaux et les lois sociales. Mon attention se concentrera sur la dimension représentative, voire cognitive plutôt que sur les caractères persuasifs33. Je m’attacherai à la recherche d’une cohérence plutôt qu’à l’observation de l’astuce rhétorique visant à dissimuler les incohérences et les manques.

Pour le dire encore autrement, je considérerai les aspects rhétoriques des textes d’abord comme des constrictions de la pensée et des possibilités pour l’innover34.

Sous certains aspects, on pourrait dire que je me propose de rester fidèle à l’esprit d’une première sémiologie qui visait à comprendre les formes par lesquelles le langage garde le discours sous « un régime de liberté surveillée35 » : « C’est toute la nappe du discours qui est fixée par un réseau de règles, de contraintes, d’oppressions, de répressions, massives et floues au niveau rhétorique, subtiles et aiguës au niveau grammatical : la langue afflue dans le discours, le discours reflue dans la langue, ils persistent l’un sous l’autre, comme au jeu de la main chaude36. »

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