Démarches systémiques & géographie humaine








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Conclusion générale

L’ensemble des éléments présentés dans ce travail est loin de constituer une présentation exhaustive des usages de la théorie du système général en géographie. Par tempérament et par souci pédagogique, j’ai privilégié des aspects assez peu formalisés (i. e. non mathématiques), alors que ceux-ci n’ont cessé de prendre de l’ascendant durant ces quinze dernières années. Ce sont des auteurs théoriciens-quantitativistes (André Dauphiné, Lena Sanders, Denise Pumain) qui donnent le ton actuellement en termes d’usages de modèles complexes et de théorie systémiques. En revanche, les formulations « sagittales » ou « schématiques » ont largement cessé d’être une étape importante des approches systémiques, et ce d’autant plus que d’innombrables schémas à flèches sans intérêt ou strictement folkloriques ont contribué à discréditer ce type de modélisation.

Dans ce cas comme dans celui de la chorématique, on pourrait dire que s’est opéré un divorce entre l’intérêt figuratif (voire pédagogique ou publicitaire) des modèles graphiques (schémas à flèche ou chorèmes) et la valeur scientifique ou l’intérêt explicatif des dits modèles. Nombre d’auteurs ont retenu la valeur de communication quand bien même la contribution strictement scientifique est de plus en plus largement contestée. Il vous appartient, sur ces bases, de ne jamais considérer une représentation graphique quelle qu’elle soit comme allant de soi. Elle ne saurait se suffire à elle-même : faute d’un commentaire, faute d’un système de justification externe (calculs statistiques, explicitations discursives, etc.), il ne s’agit que d’images, voire de blasons. Les géographes se laissent facilement fasciner par des images, quand bien même celles-ci n’ont strictement aucune signification autonome et doivent être systématiquement décortiquées, critiquées, interprétées… Je me suis efforcé dans ce travail d’illustrer à plusieurs reprises ce que l’on pouvait faire en la matière. Ma visée principale n’est peut-être pas tant, dès lors, de vous donner l’ensemble des clés de compréhension du systémisme en géographie humaine, mais plutôt de vous sensibiliser à une posture critique à l’égard de toute archive (écrite, graphique, iconographique) que certains pourraient ériger en tables de la loi. À ce titre, les productions systémiques, avec leur richesse de supports (textes, schémas, cartes), sont un matériel idéal pour développer une faculté critique…

1 Acteurs-clefs (parce que spécifiques) de la scène systémique, que nous n’avons pas encore présentés, mais qui occupent un rôle déterminant dans la réflexion théorique sur les systèmes.

2 À ce titre, il faut dissocier conceptuellement synthèse et système : la synthèse est un moment qui succède à l’analyse, mais qui la suppose comme préalable ; la totalité est dès lors une reconstitution a posteriori. En revanche, la démarche systémique repose sur une prise en compte a priori de la totalité.

3 Association de deux termes dont l’acception ordinaire implique a priori l’incompatibilité. Exemples : un soleil noir, une générosité mesquine, une paix belliqueuse. L’oxymore est une figure de rhétorique à visée paradoxale, qui sert à souligner la contradiction contenue dans un discours ou dans une « réalité » donnée comme telle.

4 Nous donnerons ultérieurement des exemples de démarches systémiques qui détaillent les relations entre les éléments d’un système, modus operandi que l’on pourrait largement qualifier d’analytique...

5 Encore faudrait-il s’interroger sur la pertinence et la stabilité d’usage du terme « possibilisme » forgé par des géographes américains dans les années 1920-1930, sur la base d’un adjectif utilisé une fois par Lucien Febvre dans La Terre et l’évolution humaine (1922) à des fins polémiques, et « recyclé » aux USA pour les besoins d’un débat sur l’influence de la nature sur l’’homme. Le mot n’est arrivé sur la scène de l’histoire-géographie hexagonale que dans les années 1950-1960 et Paul Claval en a fait l’élément de caractérisation de la géographie vidalienne dans son Essai sur l’évolution de la géographie humaine (1963). J’ai déjà souligné qu’il s’agissait d’un mauvais descripteur de la position vidalienne et qu’il s’agissait à mon avis d’une idée très simpliste.

6 Pour J. Piaget, notion et concept sont des abstractions, des mots à valeur de généralité. La différence tient à ce que le concept peut et doit être explicité d’une manière unique, alors que la notion a un sens implicite et souvent fort variable.

7 Alors que le concept, justement, présuppose une explicitation préalable du terme, une assignation de sens a priori, visant à éviter ce qui fait toute l’ambiguïté des usages notionnels : la fluctuation, voire l’indétermination des définitions d’un individu à l’autre.

8 Le mot « vernaculaire » (que nous serons amenés à réutiliser plusieurs fois) sert à qualifier des pratiques, des savoirs ou des usages qui ont pour caractéristique d’être ceux du plus grand nombre ou « du plus grand ordinaire ». Est vernaculaire ce qui ressortit au quotidien le plus général, aux pratiques les plus diffusées, par opposition avec la culture, les valeurs ou les savoirs de groupes forcément restreints (savants, intellectuels, groupes dirigeants, etc.).

9 Ludwig von Bertalanffy, « An Outline of General System Theory », British Journal of the Philosophy of Science, 1951, n° 1, p. 134-165.

10 Jean-Bernard Racine & Henri Reymond, L’analyse quantitative en géographie, Paris, P.U.F., coll. « Sup », 1973, p. 8.

11 Il est à noter dans ce cas une influence bien plus prégnante des « systémistes » français, tels Jean-Louis le Moigne ou les sociologues Edgar Morin et Yves Barel. Dans sa version exclusivement « qualitative », le systémisme a suscité des débats considérables dans les milieux intellectuels français, essentiellement à la charnière des décennies 1970 et 1980. Mais développer plus avant une histoire du moment systémique en France nous éloignerait pour longtemps de notre sujet.

12 Géomorphologie, climatologie, pédologie, biogéographie, etc.

13 Cf. G. Bertrand, « Paysage et géographie physique globale », Revue de géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest (R.G.P.S.O.), 1968, fasc. 3, p. 249-272.

14 Notamment un numéro spécial de la R.G.P.S.O. (1978, fasc. 2), où figurent les articles « Le paysage entre la Nature et la Société » de Georges Bertrand et « Le Géosystème ou “Système territorial naturel” », coécrit par le même G. B. avec le géographe géorgien Nicolas Beroutchachvilili. On pourra également consulter la fameuse introduction de Georges Bertrand au tome I de l’Histoire de la France rurale de G. Duby et A. Wallon, intitulée « Pour une histoire écologique de la France rurale » (1975), ainsi que le plus récent Claude et Georges Bertrand, « La géographie et les sciences de la nature », dans A. Bailly, R. Ferras, D. Pumain, Encyclopédie de géographie, économica, 1995, chap. 6, p. 91-109.

15 Il n’y a pas beaucoup de textes antisystémiques dans la géographie récente. On pourrait noter un article ancien et assez peu pertinent d’Antoine S. Bailly & Charles Hussy, « La réflexion systémique : ses limites en géographie », publié dans le Géopoint 84, systèmes et localisations, Université d’Avignon, 1984, p. I-IV. Ce type de position est plutôt diffus, fragmentaire, voire implicite.

16 Même s’ils s’en défendent, nombreux sont les géographes d’aujourd’hui fascinés par les discours « post-modernes » ou « déconstructionnistes » qui, dans le sillage des philosophes Jean-François Lyotard et Jacques Derrida, dénoncent les « grands récits » de la science et de la raison comme les derniers mythes de nos sociétés occidentales. Toute prétention universalisante devient suspecte ; seule la parole individuelle, dans son inaliénable singularité, demeure digne d’attention pour le chercheur. En fait, rares sont les tenants jusqu’au boutistes de cette posture en géographie.

17 Pluralité de sens.

18 Le terme « technique » serait « bénéfice cognitif ». On parle encore d’intérêt heuristique : la métaphore permet de faire progresser la science, ou, plus modestement, aide à la découverte (heuristique vient du verbe grec eurisko, je trouve, je découvre)

19 Ceci éclaire le titre de l’un des ouvrages de Jean-Louis Le Moigne : Les épistémologies constructivistes, Que sais-je ?, n° 2969, 1995. Le systémiste cohérent est-il forcément constructiviste ?

20 Cette posture, que par opposition au constructivisme on qualifiera de « réaliste », pourrait sembler à priori incompatible avec le systémisme, mais l’on aura l’occasion de montrer des cas de « subversion » réaliste de l’idée de système par certains géographes...

21 Concept forgé par Thomas Kuhn dans La structure des révolutions scientifiques. Il désigne un ensemble de théories, de valeurs, d’outils et d’exemples remarquables, formant un ensemble cohérent partagé par une communauté scientifique. Dans un sens amoindri, le paradigme désigne un mode complexe de lecture et d’élucidation d’une partie du « réel ». Pour plus de détails je vous renvoie au petit livre d’Allan Chalmers, Qu’est-ce que la science ?

22 Cf. Jean-Louis Le Moigne, La théorie du système général. Théorie de la modélisation, Paris, PUF, 2e éd., 1984, p. 291-292.

23 Joël de Rosnay, Le macroscope, Vers une vision globale, Le Seuil, 1975, rééd. Points essais, n° 80, p. 9-10.

24 Pour des éclaircissements sur cette idée de structure, cf. la sous-partie suivante : les modélisations systémiques...

25 On trouvera des exemples de structures systémiques dans les deuxième et troisième parties. Les représentations du « système du ghetto noir central » ou du « système du vignoble languedocien » sont des esquisses structurales.

26 La première face étant la complexité. (ndOO)

27 Il est important de comprendre le va-et-vient qu’opère Jean-Louis Le Moigne entre la pensée et l’action : la « construction » dont il parle est intellectuelle, mais elle est validée, si elle permet d’agir efficacement sur le réel, par son caractère opératoire.

28 Sur ce dernier terme, on renverra à F. Durand-Dastès, « Les modèles en géographie », dans A. Bailly, R. Ferras, D. Pumain, Encyclopédie de géographie, économica, 1995, chap. 16, p. 293-307.

29 Cf. la note 17. Ici, heuristique renvoie à des démarches non mathématisées, mais susceptibles malgré tout de faire progresser la compréhension d’un objet ou d’un phénomène.

30 Un algorithme est un enchaînement prédéterminé de calculs ou d’opérations nécessaires à l’accomplissement d’une tâche. Ici, Daniel Durand renvoie à des procédures mathématiques d’évaluation ou de prédiction.

31 Le terme vient de l’anglais black box et les anglo-saxons ont qualifié de blackboxism cette posture méthodologique.

32 Pour qui recherche des modèles « non simplifiés », on en trouvera dans le livre de Ludwig von Bertalanffy (figures 7.1, p. 161 et 7.2, p. 166 ; il s’agit de modèles biologiques), ainsi que dans la deuxième partie de ce cours.

33 Il s’explique de tout cela et fait une mise au point dans l’article « Pertinence de certains concepts de l’analyse de système en géographie », publié dans Yves Guermond, dir., Analyse de système en géographie, Presses universitaires de Lyon, 1984, p. 309-321.

34 Notons au passage le paradigme largement poppérien dans lequel s’inscrit la pensée de François Durand-Dastès, dès lors qu’il y a prescription méthodologique. Ceci se retrouve dans de nombreux autres publications de cet auteur, notamment le récent « La modélisation en géographie » (cf. note 27).

35 Sur la distinction explication / compréhension, nous vous renvoyons à la contribution de Jean-Marc Besse à ce cours du CNED.

36 Denise Pumain, Thérèse Saint-Julien & Léna Sanders, Villes et auto-organisation, Économica, 1989.

37 Souvent désignés dans la littérature systémiste comme les « objectifs » du système. Cette terminologie, éminemment anthropomorphique, peut gêner...

38 Ainsi, notre organisme associe plusieurs sous-systèmes : les systèmes digestif, respiratoire, circulatoire, nerveux, etc.

39 Le cas le plus fameux est celui du structuralisme (cf. l’Histoire du structuralisme de François Dosse), qui s’est affirmé en géographie une quinzaine d’années après la grande période structuraliste des autres sciences humaines (milieu des années 1960)...

40 Tome 1 : La nature de la nature (1977) ; tome 2 : La vie de la vie (1980) ; tome 3 : La connaissance de la connaissance (1986) ; tome 4 : Les idées, leur vie, leurs moeurs, leur organisation (1990). Tous les quatre ont été publiés par les éditions du Seuil.

41 Jean-Baptiste de Monnet de Lamarck (1744-1829), célèbre biologiste français, est à l’origine d’une théorie des progrès du vivant qui a dominé les conceptions biologiques pendant tout le xixe siècle, jusqu’au triomphe des idées de Darwin. Elle postule le caractère héréditaire des acquis d’un organisme biologique, fondant par là une conception évolutionniste du vivant, déterminé indirectement par le milieu dans lequel il vit. Se basant sur les travaux d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844), bon nombre d’intellectuels français de la fin du xixe siècle (dont Vidal de la Blache) ont été marqués par un courant néo-lamarckiste, d’inspiration anti-darwinienne, qui mettait l’accent sur l’action directe du milieu naturel sur le développement des organismes vivants, et notamment les animaux.

42 Par opposition au darwinisme, qui se développait à la même période, et qui, lui, supposait tout autre chose : la survie préférentielle et la meilleure reproduction d’organismes disposant préalablement de caractéristiques génétiques plus favorables dans un milieu donné. Il découle de cela un phénomène de sélection : les populations mieux armées se reproduisent mieux que les autres, et finissent par devenir dominantes. Les caractéristiques génétiques particulières à quelques individus deviennent alors la loi du plus grand nombre... On saisira mieux ainsi l’opposition entre le néo-lamarckisme (réfuté abondamment depuis...) et le darwinisme.

43 À la page précédente, j’ai parlé de transfert d’une certaine conception du vivant. Il va de soi qu’une région n’est pas un organisme (vivant). De ce fait, la désigner comme telle revient à opérer une
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