Démarches systémiques & géographie humaine








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2° Chez Philippe et Geneviève Pinchemel

Les lieux centraux, les réseaux, les pavages, les utilisations du sol ont leurs particularités morphologiques et fonctionnelles, leurs logiques propres, Ils ne sont pas pour autant indépendants les uns des autres dans leurs fonctionnements comme dans leurs formes. Ainsi le dessin de l'un est-il relié au dessin de l'autre dans une relation contenant-contenu ou dans une relation de coexistence. Toute transformation d'un des éléments retentit sur les autres. Ils définissent donc bien un système spatial (géonomique) au sens fort, système à double solidarité fonctionnelle et formelle. Ce système spatial manifeste l'existence d'un espace humain créé et non d'un espace préexistant à son humanisation. Il n'y a pas de société sans spatialité, d'organisation sociale sans une mise en espace qui lui corresponde.

La notion de système spatial

Systèmes et sous-systèmes spatiaux

Un système spatial se compose des cinq sous-systèmes présentés dans les précédents chapitres : lieux centraux, réseaux de relations, unités d'appropriation, unités d'administration, utilisations du sol. Ces sous-systèmes sont indissociables : l'habitat, les trames et les réseaux, l'utilisation du sol sont interdépendants. Chaque sous-système est, dans des proportions variables, déterminant et déterminé. Le type de peuplement, le plan des bâtiments sont associés aux dimensions des domaines et des exploitations mais aussi aux parcellaires. Une localisation, une utilisation dépendent des dimensions des parcelles, de leur accessibilité. Les décisions, les accords des propriétaires, des pouvoirs administratifs et politiques précèdent souvent toute action géographique. Ce qui est permis/possible en deçà ne l'est plus au-delà.

Des propriétés dimensionnelles, distances, superficies, volumes, unissent ces composants. Mais l'observation vaut également au sein de chaque composant en terme de densité, de hiérarchie, d'associations. Philippe Panerai parle des « propriétés associatives des parcelles », qui permettent ou non des associations d'usage, donc de localisations.

Les échelles des systèmes spatiaux

Un système spatial ne se présente pas comme un système uniscalaire, mais comme une intégration, un assemblage de systèmes spatiaux fonctionnant à plusieurs échelles (Georges Bertrand utilise l'expression niveaux spatiaux).

A la plus grande échelle, il y a le système spatial de l'habitat, celui de l'unité d'exploitation. La disposition des divers bâtiments et équipements d'une exploitation agricole représente, quelle que soit la taille de celle-ci, une organisation spatiale. Le problème se pose de la même manière, mais à une autre échelle, pour les grands équipements, ports, aéroports, zones industrielles, campus universitaires, définis par leurs plans-masse. Ainsi progresse-t-on dans une gamme d'échelles de systèmes spatiaux, le contenant devenant le contenu à l'échelle suivante par réduction de l'espace à l'état de surface non différenciée, voire de point (villes dans un réseau).

Le système spatial, unité d'exploitation agricole, grand domaine, grand équipement, quartier, s'insère dans le système spatial de l'unité administrative de base, le village, le bourg, la commune. Le système spatial communal s'insère dans le système de niveau supérieur, celui de l'aire polarisée par la ville, de l'aire régionale ; le système spatial régional s'insère dans le système spatial de l'État et ainsi de suite. Sur un autre mode, le système spatial de l'îlot urbain s'insère dans celui du quartier, qui s'insère dans celui de l'unité urbaine communale, qui s'insère dans celui de l'agglomération, qui s'insère dans celui de la région urbaine...

Ces systèmes spatiaux imbriqués les uns dans les autres ne sont pas des isolats, leurs éléments servent à une ou plusieurs échelles qu'il s'agisse de voies, de limites, de centres. Les éléments hiérarchiquement supérieurs de la voirie d'un village constituent les éléments inférieurs de la voirie régionale. C'est seulement dans des situations très particulières, grands domaines, « villes » privées, domaines touristiques, qu'on peut parler d’« incrustations » sans véritable interdépendance plurifonctionnelle.

La place des sous-systèmes dans le système spatial change suivant l'échelle d'observation. Si, à l'échelle communale, la trame parcellaire foncière et culturale est importante, à l'échelle régionale, c'est la trame administrative qui devient la trame de base. En diminuant l’échelle, les mailles les plus fines, les réseaux de voies élémentaires, s'effacent faute de pouvoir être représentés. Cette observation souligne la nécessité de varier les échelles et de ne pas oublier l’emboîtement des systèmes spatiaux.

Du plan-masse de l'équipement local au système spatial d'un État, en passant par les systèmes intermédiaires, les systèmes spatiaux intègrent de plus en plus de composants. Ainsi les trames administratives entrent en jeu de façon élémentaire pour un espace communal, puis de façon complexe, hiérarchisée, pour les autres échelles.

Même avec des différences d'échelle considérables, il n'y a pas de différences de nature entre les systèmes spatiaux. Du domaine/ferme à la ville/région urbaine multimillionnaire la structure est, toutes choses égales, la même. Chaque système est, à son niveau, centre d'un réseau de communications desservant des territoires utilisés de certaines façons, territoires délimités par l'influence du centre.

Hiérarchie et association des systèmes spatiaux

Il n'y a pas égalité entre tous les composants d'un système spatial. L'un d'eux est dominant, finalise tous les autres qui apparaissent comme dérivés. Les types de systèmes spatiaux diffèrent suivant le sous-système générateur, question importante qui pose plus de problèmes qu'on ne dispose de réponses. Avançons l'hypothèse de trois matrices de systèmes spatiaux en fonction de l'inégale importance accordée aux trois constituants de l’espace : les surfaces, les lignes, les centres. Le monde des surfaces est le monde des agriculteurs et des propriétaires et, dans la même perspective, des pouvoirs territoriaux. Les valeurs de ce monde sont celles des terres, des champs, des aires, des zones, des sphères. Le monde des lignes est celui des communications, des échanges, des transports. Le monde des centres est celui des bourgs et des villes, monde de la concentration des pouvoirs et des activités faibles consommatrices d'espaces, qui bénéficie des économies d'échelle, d'agglomération, des rentes de situation, des capacités de polarisation.

Chacun des sous-systèmes joue-t-il ce rôle fondateur de système spatial ? Le sous-système lieux centraux semble appelé, en première analyse, à être le déterminant essentiel, point fixe de peuplement, point d'attraction, de diffusion. Cependant, nous avons observé le rôle inégal des centres dans les sociétés. Il est des systèmes spatiaux qui se développent à partir de points d'appui centraux, d'autres basés sur des réseaux, des trames, dont les centres apparaissent spontanément ou volontairement dans une seconde phase.

à l'intérieur d'une même société coexistent des systèmes spatiaux contrastés. La structure sociale se reflète dans la diversité des structures spatiales juxtaposées ; grandes exploitations des fermes isolées et petites exploitations des villages, quartiers des classes aisées et quartiers des classes ouvrières, autrefois quartiers aristocratiques et quartiers populaires. Certaines compositions spatiales intègrent parfois ces oppositions, ainsi des hôtels particuliers entourés de demeures, de boutiques d'artisan. La cohésion sociale, ou, au contraire, la ségrégation, la différenciation sociale se lisent dans les systèmes spatiaux. Il faut d'ailleurs éviter de confondre spatialité et lisibilité des systèmes spatiaux. Les composants d'un système spatial ne se matérialisent pas tous avec la même intensité, surtout ils ne se révèlent qu'à ceux qui savent les reconnaître.

Les systèmes spatiaux « purs » ne se conçoivent que monogéniques, mis en place dans des délais relativement brefs (sous peine de voir les normes de certains composants varier). Planifiés, ils procèdent d'une volonté créatrice, d'une finalité. De tels systèmes peuvent apparaître comme rares, voire imaginaires, tant la réalité observable semble peu conforme à cette construction, mais les exemples abondent, des villes nouvelles aux polders et à toutes les échelles (lotissements, grands équipements...).

En milieu urbain, le système spatial est spécifié par la densité, la finesse dimensionnelle, la diversité et l'historicité de ses constituants. Le parcellaire, la voirie, la division en îlots, le bâti et ses architectures, la verticalité et la superposition possible des utilisations du sol composent des systèmes singuliers. La parcelle acquiert une valeur de profondeur quand un de ses petits côtés devient « devanture », façade, accès et que les autres côtés sont sans débouchés extérieurs. Les rapports des constituants du système spatial, parcelles, bâti et son utilisation, voirie, s'articulent dans des formules où s'expriment [sic !] la variété des tissus urbains.

Les régions minières offrent souvent des exemples, typiques, de systèmes spatiaux. La force des fonctions minières, la puissance des ressources financières affectées, la spécificité des techniques, l'unité des pouvoirs expliquent que ces systèmes spatiaux oblitèrent presque complètement les systèmes préexistants. Le système spatial minier induit une polarisation multiple ; le siège d'extraction, le puits est le centre organisateur par rapport auquel se localisent et se structurent les corons, les cités, les usines, les réseaux. Cette nouvelle spatialité est favorisée par la mutation foncière : là ou les compagnies sont les nouveaux propriétaires, les limites de leurs concessions l'emportent sur les limites administratives traditionnelles. Les composants de cet espace sont cohérents et fortement interdépendants.67

Philippe et Geneviève Pinchemel

Ces deux textes appellent un commentaire au moins aussi détaillé que celui fourni pour l’extrait de Peter Haggett. Précisons au moins un certain nombre de postures communes, avant d’examiner quelques divergences. Ce travail de commentaire exigera du lecteur une lecture approfondie des extraits en regard des éclaircissements et discussions que nous proposons.

* Pour R. Brunet comme pour P. & G. Pinchemel, le recours à l’idée de système semble aller de soi : il est évident. De ce fait, ils n’éprouvent pas un grand besoin de légitimer l’importation du concept... C’est à peine si les Pinchemel évoquent l’idée que « toute transformation d'un des éléments (=structure spatiale) retentit sur les autres ». En somme, c’est la dimension de solidarité entre les éléments d’un système qui fonde la référence systémique.

* Pour l’un comme pour les autres, l’expression de système spatial est absolument primordiale. Concept chez les Pinchemel, notion chez Roger Brunet, c’est le système spatial qui articule et intègre les différents types de structures spatiales (l’organisation spatiale), avec une dimension résolument dynamique chez Roger Brunet via « le système des acteurs et des actions ». Pour ce dernier, « essayer de comprendre la production et le fonctionnement d'espaces géographiques » impose de concevoir des systèmes spatiaux. Chez les uns et les autres, il s’agit donc bien d’un concept charnière et intégrateur.

* Pour l’un comme pour les autres, l’idée d’emboîtement des systèmes spatiaux les uns dans les autres est capitale. À partir de là, tous les objets « géographiques » un tant soit peu complexes, du local au mondial, vont pouvoir être réinterprétés comme des systèmes. C’est La Face de la terre qui pousse le plus loin cette position, au point que l’on pourrait presque affirmer que « tout est système », à la lecture des premières pages du chapitre IX.



La position défendue par Roger Brunet et Philippe et Geneviève Pinchemel (quelles que soient les différences qui par ailleurs les opposent) tout à la fois universalise et banalise l’idée de système spatial.68 Interpréter ce qui fonde une telle réappropriation de l’idée de système est difficile, mais nécessaire. La clef ne nous semble explicite ni dans l’un ni dans l’autre texte. L’assertion de Roger Brunet, « L’hypothèse fondatrice est qu'il existe des espaces distincts », met au premier plan l’individualité et la multiplicité de ces « espaces », ici quasi synonymes de « régions ». Dans d’autres passages de Le déchiffrement du monde ou dans un autre texte de Roger Brunet à propos de l’Ardenne française (reproduit un peu plus loin), émerge l’expression d’« être géographique », dont nous avons souligné qu’elle était déjà présente chez Paul Vidal de la Blache. Une telle formule ravive la métaphore organiciste69 chère à la géographie classique : pour rendre compte de la stabilité historique d’entités géographiques que l’on appelait simplement « région » auparavant, les expressions « espace » et « système spatial » offrent une grande séduction. Ils fournissent des garanties scientifiques auxquelles la région ne pouvait plus prétendre et ouvrent sur d’autres contenus que le couple nature/histoire de la géographie classique.

Attachons nous maintenant à l’explicitation de certaines particularités propres à chacun de ces extraits.

Ainsi que nous l’avons déjà signalé, les formulations de Roger Brunet mettent davantage l’accent sur les propriétés dynamiques, énergétiques, des systèmes spatiaux. En ce sens, on pourrait dire que l’importation conceptuelle est plus nette, plus directe, plus référencée à la TSG que chez les Pinchemel. Il en va de même dans la réflexion sur l’ouverture nécessaire des systèmes spatiaux. Par ailleurs, R. Brunet valorise avec insistance ce qu’il appelle le « pilote » ou la « commande » (toujours entre guillemets) du système spatial, là où les Pinchemel demeurent dans le flou sur ce sujet. Même si les termes techniques, holon ou fonction holonique, ne sont pas employés ici par R. Brunet, son texte semble exclure la possibilité de systèmes qui en seraient dépourvus. Pourtant, sauf à assigner systématiquement aux centres de décision politique et/ou économique cette fonction de « commande » des systèmes spatiaux, une telle prise de position pose problème. D’abord, parce qu’il existe un stock d’exemples de travaux systémiques (en général) qui se passent fort bien de fonction holonique : les systèmes de villes sont pensés par Denise Pumain précisément « sans opérateur de réseau », le « système proie-prédateur » fonctionne à partir d’un principe d’auto-régulation, etc. C’est justement l’un des avantages de la systémique que de permettre de penser des formes d’équilibre ou de dynamique qui n’impliquent pas forcément une fonction de pilotage. À ce titre, le concept d’auto-organisation, de plus en plus courant en théorie des systèmes complexes, permet de se débarrasser du préalable d’un acteur décidant de l’organisation. Ensuite, compte tenu du développement ubiquiste (ils sont absolument partout) et multiscalaire des systèmes spatiaux brunétiens, il paraît dommageable d’en rester à quelque chose d’aussi vague qu’une « commande », alors que sont mieux explicités les autres « protagonistes » du système. On notera l’absence de « la “commande” C » dans le « schéma général d’énergie ». De surcroît, l’ouvrage dont est tiré l’extrait n’administre pas la preuve d’une nécessité holonique : il s’agit d’un a priori, peut-être inspiré par le keynésisme revendiqué de l’auteur.

Plus gênante est l’insistance sur l’énergétique qui caractérise l’extrait cité. Elle pose problème, dans la mesure ou il est prescrit avec insistance qu’il faut « apprécier l'énergie d'un système local, et sa dynamique » ou encore « connaître l’ensemble des forces productives » (dont « l’information », mais quelle information ?). Mais quelle est cette sorte de connaissance
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