L’inégalité des chances dans la société française contemporaine








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Le soutien du chef d’établissement à la mobilisation des enseignants. Par exemple les enseignants peuvent avoir besoin d’un aménagement de l’emploi du temps. Cependant il ne faut pas que les enseignants aient l’impression que le chef d’établissement veuille s’attribuer le mérite des résultats obtenus. En effet si le chef d’établissement prétend diriger la mobilisation des enseignants, ceci adopte un comportement de retrait, d’exit, donc ils mettent un terme à la mobilisation.

Les deux facteurs négatifs sont les suivant :

  • Une conception trop individuelle de leur métier de la part des enseignants. En effet rien n’oblige un enseignant à travailler avec ses collègues, que ce soit les collègues de la même classe ou ceux de la même discipline. Du point de vue pédagogique, l’enseignant n’a de compte à rendre qu’à son inspecteur, il n’a même pas de compte à rendre au directeur de son établissement.

  • Les tentions statutaires entre les enseignants. Il existe de très fortes tensions/divisions entre les enseignants car tous font le même métier mais tous ne font pas dans les mêmes conditions. Premier facteur de tensions au sein des enseignants : la différence entre les contractuels et les titulaires. Les titulaires sont des fonctionnaires, ils ont donc passé un concours et ont la garanti de l’emploi. Les contractuels sont recrutés pour une période limitée, pour combler une lacune. Chez les titulaires on distingue trois sous-parties :

    • Les PEGC : ils enseignent deux disciplines, ils peuvent enseigner qu’en collège et doivent effectuer au moins 18 heures de cours par semaine.

    • Les certifiés : ce sont ceux qui ont réussi le CAPES (certificat d’aptitude pour l’enseignement secondaire). Ce sont les plus nombreux. Ils enseignent une matière en collège ou en lycée au moins 18 heures par semaine.

    • Les agrégés : ils enseignent une matière, ils sont destinés à enseigner au lycée au moins 15 heures par semaine.

Les agrégés sont mieux payés que les certifiés qui sont eux-mêmes mieux payés que les PEGC. Ces différences statutaires sont à l’origine de très vives tensions au sein du monde enseignant.

Il faut ajouter que la participation des élèves à la vie de l’établissement semble n’avoir aucune conséquence sur les performances de cet établissement. C’est surprenant aux vues des résultats d’une expérience qui a été inventée par trois sociologues : Lewin, Lippitt et White. Cette expérience impliquait des enfants d’une dizaine d’années qui ont été convoqués une fois par semaine, plusieurs semaines de suite, pour réaliser des activités ludiques. Les enfants étaient répartis en trois groupes et ils sont restés dans le même groupe pendant toute la durée de l’expérience. Le premier groupe est qualifié d’autoritaire, l’adulte présent décide tout et les enfants se contentent d’obéir aux directives de l’adulte. Dans le deuxième groupe, qualifié de démocratique, l’adulte informe les enfants, puis il en discute avec eux et enfin ils prennent une décision collective. Enfin dans le dernier groupe, qualifié de « laisser faire », l’adulte n’intervient que si on le lui demande, c’est-à-dire qu’il ne dit rien sauf si un enfant lui pose une question. L’adulte qui était présent dans chaque groupe changeait chaque semaine mais sans changer le type de directive du groupe. Deux phénomènes ont été observé concernant d’une part l’efficacité des groupes et relatif d’autre part au moral des enfants au sein de chaque groupe. Concernant l’efficacité on distingue deux critères : le groupe le plus rapide a été le groupe autoritaire ; le groupe le plus minutieux, celui qui a été le plus efficace, est le groupe démocratique. Concernant le moral des enfants : le groupe où le moral a été le meilleur est le groupe démocratique ; pour le groupe autoritaire les enfants étaient contents de leurs productions mais étaient frustrés de ne pas avoir pu participer aux décisions ; le groupe où le moral a été le moins bon était le groupe du « laisser faire », d’abord en général les enfants n’ont pas fini leurs productions, et ensuite, indéniablement, les enfants se sont battus.

Autant qu’on sache, l’effet établissement ne fait pas intervenir les élèves.


4 – L’effet maître

Le parcours scolaire d’un individu ne dépend pas seulement de son origine sociale et de l’établissement où il se trouve. Le parcours scolaire d’un individu est aussi conditionné par la façon dont les enseignants le considèrent. Cela est mis en évidence par deux sociologues américains : Rosenthal et Jacobson. Ils ont mis en évidence ce que l’on appelle l’effet Pygmalion (Pygmalion : ce que l’on pense très fort fini par arriver). J et R ont fait passer un test de QI à tous les enfants du niveau n. Quand ces enfants sont arrivés au niveau n+1, J et R ont donné à leurs enseignants une liste d’élèves à « fort potentiel », et à la fin de l’année n+1 J et R, et les enseignants, ont remarqué que les élèves qui avaient le plus progressé durant cette année n+1 étaient le plus généralement ceux qui avaient été inscrit sur la liste « fort potentiel ». Or cette liste des élèves à fort potentiel avait en réalité été établie de façon totalement aléatoire. C’est-à-dire que si un enseignant pense qu’un élève peut progresser et le traite comme tel, cet élève va progresser, et à l’inverse si un enseignant est convaincu qu’un élève n’a aucune chance de progresser, il a davantage de chances de se retrouver en situation d’échec.

L’inégalité des chances est donc aussi due à l’effet maître.

Conclusion

La sociologie de l’égalité des chances nous apporte certains éléments de ce qu’est la sociologie. Elle peut se situer à différents niveaux, elle peut se situer au niveau d’une société mais également avec les relations de face à face ou au niveau des organisations. La sociologie présente une incontestable diversité. En outre elle montre aussi une diversité des points de vue. Elle donne lieu à des débats entre des modèles explicatifs différents par exemple la controverse entre Bourdieu et Passeron au départ puis Boudon avec l’influence de l’origine sociale sur le parcours scolaire puis professionnel.

Néanmoins elle obtient des résultats mais tout n’est pas vrai en sociologie, elle valide certaines choses et en invalide d’autres. La sociologie contribue véritablement à la production d’une connaissance sur la société.

Comment, sur quelles bases, elle obtient ces résultats ? Quels sont les principaux fondement, dimensions sociales, selon les sociologues ?

Première partie : Les cadres de la pensée sociologique


Partie épistémologique (philosophie des sciences).

Quelle science utilise la sociologie ? Quels objets utilise la discipline ? Selon quelles méthodes ? Pour quel usage/avec quelle finalité ?


Chapitre 1 : Les origines de la sociologie


De façon très large on peut définir la sociologie comme étant la discipline qui étudie la vie collective. Cette discipline est apparue tardivement. En effet la sociologie a été constituée au 19ème siècle, c’est-à-dire beaucoup plus tard que des disciplines proches de la sociologie comme l’histoire qui date de l’antiquité, le droit qui date aussi de l’antiquité, l’économie (physiocrates).

Quelles étaient les caractéristiques des discours sur les vies collectives avant l’apparition de la sociologie ? Pourquoi a-t-on attendu aussi tardivement pour constituer cette discipline (19ème siècle) ?
I/ L’ère présociologique

De l’antiquité jusqu’aux lumières (19ème) il y a un discours sur le social, il y a une prise en compte de la vie collective, les penseurs ont conscience que les comportements individuels sont influencés par les caractéristiques de la vie collective. Mais le point de vue adopté n’est pas un point de vue scientifique, c’est un point de vue philosophique. Les penseurs concernés ne cherchent pas à expliquer ce qu’il se passe, ils cherchent à exposer qu’il devrait se passer. Le discours est à la fois finaliste et normatif. Finaliste parce que les penseurs en question cherchent à présenter la société idéale, ils recherchent le meilleur type de société, une organisation optimale de la société. Normatif car à partir de cette société idéale, ils établissent des règles de comportement, des normes d’action, qu’il faudrait suivre pour atteindre cet idéal.
A/ Le courant spéculatif

Le courant spéculatif regroupe des penseurs qui réfléchissent abstraitement, sans se soucier des faits. Ces penseurs sont les plus éloignés de la démarche du scientifique. Ce courant peut être scindé en deux tendances principales.


  1. La tendance rationaliste

Ils formulent certains principes et sur cette base ils déduisent un modèle de société qui ne tient pas compte des circonstances de temps et de lieu (universelles et générales).
Selon Platon, dans La République, avant d’être associé à un corps plus ou moins beau, notre âme a côtoyé le divin, donc selon Platon notre âme est parfaite. Donc pour que la société fonctionne parfaitement, il faut qu’elle soit organisée comme notre âme. Or selon Platon notre âme est composée de trois parties : le désir, le cœur (Platon distinguait le désir des sentiments) et la raison. A chaque partie de notre âme est associé une vertu, c’est-à-dire une bonne façon de se comporter : celle associée à la raison est la sagesse, celle associée au cœur est le courage et enfin celle associée au désir est la tempérance, c’est-à-dire la capacité à résister à ses désirs. Selon Platon, puisque notre âme comporte trois parties, la cité parfaite doit comprendre trois groupes sociaux : les artisans, qui par leur production satisfont leurs désirs ; les guerriers, qui grâce à leur courage vont défendre la cité ; les philosophes, qui grâce à leur sagesse vont pouvoir diriger, gouverner leur société.
Selon lui il y a deux types de politiques à mener pour atteindre cette société idéale : une politique de sélection : il s’agit de trier les individus en fonction de leurs qualités respectives (artisan, guerrier ou philosophe selon leur talent) à laquelle on ajoute une politique de formation de telle sorte que chaque individu utilise ses talents de la meilleure façon possible. Aucune de ces hypothèses n’est démontrée : approche métaphysique.


  1. La tendance théologique

Elle s’est surtout manifestée au Moyen Age puisqu’elle renvoie au dogme religieux. Saint Augustin dans La Cité de Dieu oppose deux types deux types de sociétés : la cité terrestre et la cité de Dieu. Dans la cité terrestre les hommes vivent dans le pêché, elle est marquée par une forte instabilité car les individus suivent leurs instincts et entrent donc fréquemment en conflit et leur espérance de vie est de ce fait très courte. Dans la cité de Dieu les hommes vivent dans le respect des uns des autres et ont donc une existence pacifique et tranquille. Saint Augustin en déduit que les sociétés humaines devraient être organisées conformément aux recommandations des sociétés catholiques. Saint Augustin se rapproche de Platon car il ne démontre rien, il se contente d’affirmer. La différence entre Saint Augustin et Platon est que Saint Augustin place les dogmes religieux au-dessus de la raison humaine.
B/ Le courant positif

Les penseurs qui appartiennent à ce courant positif se distinguent des penseurs du courant spéculatif dans la mesure où ils commencent par s’informer et décrire ce qu’il se passe. Cependant leur objectif principal reste de dégager des règles d’action, c’est-à-dire normatif. Les deux principaux représentants de ce courant positif sont Aristote (La politique) et Montesquieu (L’esprit des lois). Ces deux penseurs sont très proches des sociologues contemporains pour deux raisons : la première raison c’est qu’il manifeste un très grand souci des faits, par exemple Aristote commence par étudier la constitution de 158 cités grecques et étrangères ; la seconde raison c’est que chez ces deux auteurs on retrouve l’intuition sociologique fondamentale, à savoir que dans une société donnée il y a ce que l’on appelle des régularités, c’est-à-dire qu’il y a des phénomènes plus fréquents que d’autres, cependant d’une cité à l’autre ces régularités varient, et donc selon Aristote et Montesquieu la cité est conditionnée par des facteurs comme la position géographique, le climat, la démographie, etc. Par exemple Montesquieu observe que l’esclavage est lié au climat, en effet l’esclavage est plus fréquent, ou mieux accepté, dans les pays chauds, et Montesquieu l’explique très simplement : la chaleur limite la volonté de travailler, et donc dans les pays chauds les tâches les plus pénibles ne peuvent être exécutées que sous la crainte du chef, c’est-à-dire par des esclaves.
Néanmoins ces deux auteurs se distinguent des auteurs contemporains sur un point fondamental : ils sont en effet moins intéressés par ce qu’il se passe que par ce qu’il devrait se passer. Par exemple : selon Aristote la nature doit être un modèle pour l’organisation sociale. A titre d’illustration, Aristote observe que dans la nature les individus mâles sont en général plus forts que les individus femelles, donc que dans la cité les femmes doivent être soumises aux hommes.
Donc jusqu’à la fin du 18ème siècle inclus, la réflexion sur les phénomènes sociaux est de nature philosophique. C’est seulement au 19ème siècle que la réflexion sur les phénomènes sociaux va chercher à être scientifique. Cela tient à un ensemble de transformations sociales, économiques et scientifiques.
II/ Le contexte de l’émergence de la sociologie

Le 19ème siècle a été marqué par des évolutions majeures et ces évolutions ont favorisé à la fois un approfondissement et un renouvellement de la pensée du social.
A/ Une nouvelle société

Au 19ème siècle apparaît un nouveau type de société. Ce dernier présente deux caractéristiques.

  1. L’industrialisation

La révolution industrielle a commencé au Royaume-Uni à la fin du 18ème siècle et ses effets se sont ensuite diffusés dans l’ensemble de l’Europe. Quatre grandes caractéristiques majeures notamment mises en évidence par Robert NISBET dans La tradition sociologique :

    • La multiplication des découvertes technologiques.

    • Les transformations des conditions de vie et de travail des ouvriers, avec en particuliers trois éléments notables : les ouvriers sont isolés puisque éloignés de leur famille, ils souffrent du bas niveau des salaires et ils apparaissent asservis à leurs machines.

    • L’urbanisation très rapide. L’exemple de Manchester qui de 1801 à 1850 a vu son nombre d’habitant multiplié par 4 (70 000 → 300 000 hab).

    • Le changement de nature de la propriété. Avant la révolution industrielle, la propriété correspond à des terrains, à des maisons, à des immeubles, à des biens immobiliers ou encore à des objets. La propriété est très précisément définie et délimitée, un individu sait très précisément ce qu’il possède. Avec le développement des actions la propriété devient plus abstraite. En effet lorsqu’on possède 10 ou 20 actions d’une entreprise, que possède-t-on réellement ? Il est impossible de le dire, il est impossible de mettre en regard de quelle partie de l’entreprise correspond ces actions, donc la propriété devient plus abstraite.


  1. L’instabilité politique

Celle-ci n’est pas constatable partout, par exemple au Royaume-Uni on remarque au contraire une remarquable stabilité politique. Mais dans des pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche même aux Etats-Unis et en France on observe une forte instabilité politique. Par exemple en l’espace d’un siècle, au cours du 19ème siècle, la France va expérimenter deux monarchies, deux empires et deux républiques. Cette succession de régimes, ainsi que les effets de la production industrielle, va entraîner un renouveau d’intérêt pour l’organisation sociale. Cela s’est tout d’abord traduit par un regain de la philosophie politique, avec une question centrale en France mais aussi à l’étranger, faut-il condamner la révolution française ou au contraire s’en féliciter ?
Mais ce renouveau a aussi débouché sur l’idée de constituer une science qui serait spécialisée sur ce thème, c’est-à-dire l’étude de l’organisation de la société.
Pourquoi le discours sur le social au cours du 19ème siècle est sorti de la sphère philosophique ? Cela tient en grande partie à des évolutions dont on n’a pas encore parlé : les évolutions scientifiques.

B/ La Révolution silencieuse : les mutations scientifiques

Des changements affectent la plupart des disciplines intellectuelles, ils affectent les sciences de la nature et touchent aussi ce qu’on appellera plus tard les sciences de l’esprit (ou de la culture).

  1. Les progrès des sciences de la nature

Le 19ème siècle est un moment de transformation radicale pour la chimie et la biologie. La physique continue à évoluer, en particulier elle poursuit sa mathématisation, la chimie et la biologie connaissent des évolutions considérables. Par exemple en chimie l’évolution atomique de la matière, en biologie il y a tout d’abord une nouvelle conception de la vie cellulaire et surtout de l’organisme, à quoi s’ajoute les premiers pas du Darwinisme.

Ces progrès en connaissance de la nature ont favorisé l’émergence et l’affirmation de la sociologie pour deux raisons :

    • Les sciences de la nature ont produit des concepts et des raisonnements qui plus tard ont été réutilisés ou transposés en sociologie. Exemple : en biologie se développe la théorie cellulaire qui consiste à dire qu’un organisme vivant est constitué de cellules dont l’existence a deux dimensions : une dimension individuelle (chaque cellule a une vie propre : elle naît et meurt indépendamment des autres cellules) et une dimension collective (la vie de chaque cellule est conditionnée par son appartenance à un ensemble plus vaste : elle n’agit pas de la même façon qu’elle se situe dans le foie, dans le cœur, etc). Ce raisonnement est très facile à transposer en sociologie ; chacun d’entre nous a une existence propre mais est aussi conditionné par le groupe auquel il appartient. C’est pour cela que l’émergence des sciences de la nature ont fait évoluer la sociologie.

    • Ces progrès ont justifié, légitimé une autonomisation de la science par rapport à la philosophie. Jusqu’aux Lumières, la science et la philosophie se sont hiérarchisés au profit de la philosophie si bien que jusqu’aux Lumières, les grands savants veulent aussi être des philosophes. Exemples : Pascal, Galilée, Leibnitz (inventeur des équations différentielles). A partir du 19ème siècle, en raison du progrès des sciences, les savants ont abandonné la philosophie pour se consacrer entièrement à l’activité scientifique. Donc la science s’est détachée de la philosophie. A partir de là il est devenu envisageable que la pensée du social se détache elle aussi de la philosophie.


  1. Les évolutions des sciences de l’esprit

Ces évolutions concernent le droit, l’économie et l’histoire. Ces évolutions sont de deux sortes. Il y a d’abord des évolutions disciplinaires et ensuite une évolution épistémologique. Il y a tout d’abord un souci croissant d’établir les faits de la façon la plus rigoureuse possible. A ce souci d’objectivité s’ajoute une prise en compte du contexte dans l’explication des phénomènes. Par exemple l’exode rural a été beaucoup plus important en France qu’au Royaume-Uni pendant la révolution industrielle parce que l’agriculture et la population rurale était plus importante en France qu’au R-U. A cette évolution des méthodes s’ajoute une évolution épistémologique qui est l’œuvre d’un philosophe allemand nommé Dilthey, qui était l’un des défenseurs d’une conception dualiste de la science par opposition à une conception moniste de la science. Selon la conception moniste de la science il n’y a qu’une seule science, toutes les sciences obéissent au même modèle. Selon les penseurs dualistes il y a deux types de sciences que Dilthey oppose : les sciences de la nature et les sciences de l’esprit. Pour Dilthey en effet, les sciences qui ont pour objet les comportements humains ne peuvent pas avoir les mêmes objectifs que les autres sciences. Les sciences de la nature reposent sur un déterminisme absolu, elles proposent des lois qui sont valables en tout temps et en tout lieu. Les sciences de la culture ne peuvent pas reposer sur un déterminisme absolu en raison de la liberté humaine. Les sciences de la nature peuvent prévoir un phénomène avec quasi-certitude, en revanche les sciences de l’esprit ne peuvent pas prévoir un comportement humain. Pour autant les sciences de l’esprit n’ont pas usurpé leur nom de science, simplement elles suivent à un autre type de scientificité que les sciences de la nature. Ce que les sciences de l’esprit peuvent faire, l’objectif qu’elles peuvent se donner de façon raisonnable, c’est de mettre en évidence a posteriori (après coup) les raisons pour lesquelles, dans un contexte donné, les individus se sont comportés de telle façon plutôt que d’une autre. Dilthey dit « la nature nous l’expliquons, la vie de l’âme nous la comprenons ».
Selon Dilthey on peut envisager que l’étude du social soit une science sans pour autant imiter la physique, la chimie, la biologie. Ce raisonnement n’a pas convaincu tout le monde mais il a incontestablement facilité la constitution d’une science du social.

III/ Les préliminaires à la naissance de la sociologie

Comment est-on passé de la philosophie du social à l’idée d’une possible science du social ?

La naissance de la sociologie a été précédée par deux types d’évolution : des évolutions relatives à la connaissance des sociétés par elles-mêmes et une évolution philosophique (épistémologique) : l’affirmation par Auguste Comte de la nécessité d’une science du social.

A/ La réflexivité croissante des sociétés européennes occidentales

La réflexivité est l’auto-observation. A partir de la fin du 18ème siècle, les sociétés occidentales commencent à accumuler des données sur elles-mêmes. Cela s’explique par trois types de raisons :

    • Raisons politiques de contrôle social : les gouvernements craignent les révolutions, et donc pour éviter d’être renversés, ils commencent à vouloir prendre les mesures adaptées aux besoins, aux aspirations de la population. Et pour cela il faut qu’ils connaissent aussi bien que possible leur population.

    • Un souci à la fois moral et sanitaire : l’aide aux plus pauvres.

    • Un souci scientifique : appliquer aux phénomènes humains les techniques probabilistes et statistiques.


Réalisées par trois types d’acteurs :

    • à l’extrême il y a les grandes administrations : elles se mettent progressivement à réaliser des recensements systématiques. Elles s’intéressent d’abord aux données démographiques globales (naissances, mariages, décès) et progressivement sur les différents secteurs de la vie sociale et donc on commence à avoir des statistiques scolaires, de production, ou encore criminelles.

    • A l’autre extrême on trouve des individus isolés. John Sinclair, à la fin du 18ème siècle, a publié un état statistique de l’Ecosse en 20 volumes.

    • Entre les deux on trouve des sociétés savantes, c’est-à-dire des groupes d’observateurs qui venaient d’horizons professionnels variés (journalistes, médecins, enseignants, etc). A partir de la fin du 18ème siècle se constitue un stock d’informations absolument considérable sur la vie des sociétés occidentales. D’où est venue l’idée d’exploiter ces informations.
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