L’inégalité des chances dans la société française contemporaine








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Introduction à la sociologie


Chapitre introductif : L’inégalité des chances dans la société française contemporaine

Thème qui permet d’aborder les principaux auteurs de sociologie.

Alexis de Tocqueville : précurseur de la sociologie, magistrat de formation. Il a réalisé un voyage d’étude aux Etats-Unis. Il a écrit un ouvrage divisé en deux tomes : De la démocratie en Amérique, où il définit la démocratie par l’égalisation des conditions.

Dans les sociétés démocratiques, la principale raison de la convergence est la fin de la transmission des privilèges. Sous l’Ancien Régime on était de la position sociale de ses parents, et en particulier, sauf exception rare, on était d’une position sociale élevée que si nos parents étaient aristocrates (= bénéficiaires de privilèges). La Révolution entraîne la fin de la transmission des privilèges, donc pour occuper une position sociale élevée il faut la mériter (dons, qualités, talents et avoir fourni des efforts, avoir travaillé pour faire fructifier ses dons, talents, qualités).

L’école est une institution démocratique fondamentale d’une part car elle permet de détecter les talents, d’autre part car elle donne aux individus une formation correspondant à leurs qualités.
Au bout du compte, dans une société démocratique, la position sociale occupée par les individus devrait dépendre uniquement de leurs talents et de leurs efforts. Pourtant ce n’est pas le cas ; la position sociale occupée par un individu dépend encore beaucoup de l’origine sociale (c’est-à-dire la position de ses parents).
→ Deux statistiques :

  • Au début du 20ème siècle en France, un enfant de cadre avait 76 fois plus de chances de devenir cadre qu’un enfant d’ouvrier.

  • Aujourd’hui un enfant de cadre a 51 fois plus de chances de devenir cadre qu’un enfant d’ouvrier.

Il y a eu une diminution des inégalités mais ces dernières restent considérables.
I/ Une action politique insuffisante

L’objectif de l’égalisation des chances est un objectif relativement tardif dans les politiques menées par le gouvernement français. Et aujourd’hui l’inégalité des chances reste massive et très importante.
A/ Un objectif politique à partir des années 1930

Les lois Ferry de 1881 et 1882 créent l’école gratuite, laïque et obligatoire. Mais ces lois Ferry n’essaient pas du tout de réduire l’inégalité des chances, leur objectif est de donner une culture commune à tous les jeunes français. Au contraire le système français reste très inégalitaire au moins jusqu’aux années 1930. En effet il est divisé en deux parties imperméables l’une de l’autre.


Pour les meilleurs (enseignement technique)

Gratuite et obligatoire

Collège technique (3 ans)


Ecole primaire

Certificat
d’Etude
Primaire


BOURSIERS




Petites Classes

CPGE

B
A
C


Collège


Lycée



Parallèlement



UNIV



Payant donc inégalitaire


Pour être admis au collège il ne fallait pas avoir fait une école primaire gratuite et obligatoire mais être passé par une « petite classe » (≈ cours particuliers au lycée). La seule passerelle était pour les élèves boursiers exceptionnels (ex Camus) à qui on permettait de continuer au collège-lycée.
En bref : bourgeoisie → scolarité prestigieuse
petit village/milieu modeste → scolarité courte et modeste

De 1930 à 1970 : deux axes :

    • 1er axe : extension de la scolarité au collège, aux prépas et aux universités.

    • 2ème axe : désegmentation du système scolaire français. Consiste à faire « sauter » la barrière entre les deux pour que tous les enfants suivent la même scolarité jusqu’à la fin du collège → uniformisation du système scolaire : rassemblement EP et Petites Classes + CT et Collège.

Ces actions politiques n’ont pas encore suffit à faire disparaître l’inégalité des chances.

B/ La persistance de l’inégalité des chances : un fait difficilement contestable

Aucun sociologue sérieux ne nie la persistance de l’inégalité des chances dans nos sociétés contemporaines. Ce phénomène d’inégalité des chances apparaît assez rapidement dans les trajectoires individuelles et se confirme tout au long de leur existence.

Statistiques :

  • inégalités des chances perceptibles dès l’école primaire : lors des tests nationaux : enfants de cadres : 76% des réponses correctes ; enfants d’ouvriers : 64% des réponses correctes.

  • entrée au collège : 93% des enfants de cadres entrent au collège sans avoir redoublé contre 51% chez les enfants d’ouvriers.

  • les enfants de cadres sont plus nombreux que les enfants d’ouvriers dans les filières les plus prestigieuses : en terminale générale 29% des élèves sont enfants de cadres et 17% sont enfants d’ouvriers, alors que les cadres représentent 16% de la population active et les ouvriers 27%.

Donc les enfants de cadres sont sur-représentés en terminale générale et obtiennent plus leur bac.

  • pourcentage de bacheliers chez les 25-39 ans : 72% des enfants de cadres ont obtenu leur bac contre 19% des enfants d’ouvriers.

  • les enfants de cadres représentent 27% des étudiants en IUT, 36% des étudiants à l’université et 52% des étudiants en CPGE.

Les enfants de cadres sont donc sur-représentés dans les filières les plus prestigieuses.

Il existe dans les statistiques un rendement différentiel des diplômes. En effet deux groupes d’individus qui ont les mêmes diplômes mais pas la même origine sociale n’auront pas la même trajectoire professionnelle (enfants de cadres ont une trajectoire plus favorable).

  • 72% des enfants d’ouvriers qui ont un diplôme supérieur à bac+2 deviennent cadre entre 26 et 33 ans contre 81% pour les enfants de cadres.

Ces différentes statistiques montrent que le parcours scolaire et professionnel des individus reste dépendant de son origine sociale.
II/ Des modèles explicatifs en débat

Débats extrêmement vifs entre les sociologues pour expliquer les inégalités des chances. Ils opposent différents courants théoriques.

A/ Explication en terme de domination

Pierre BOURDIEU Jean-Claude PASSERON
1964 : Les héritiers
1970 : La reproduction

L’idée générale défendue par Bourdieu et Passeron est qu’au sein de l’école, de façon dissimulée, on retrouve la domination des faibles par les puissants, les enfants de ceux qui sont dominants en dehors de l’école sont aussi dominants à l’intérieur de l’école. En d’autres termes l’école fonctionne de telle sorte que les enfants des dominants deviennent à la sortie du système scolaire eux-mêmes des dominants. Devise du système scolaire : « devient ce que tu es »

Le raisonnement de Bourdieu et Passeron comporte deux volets, deux dimensions :

  • L’école opère une sélection sociale. D’une catégorie sociale à l’autre on n’a pas exactement les mêmes pratiques ni les mêmes références. Mis en évidence par Veblen, Goblot, Hoggart et Bernstein, et actuellement confirmé par Donnat (ministère de la culture).
    Selon que l’on soit fils d’ouvrier ou fils de cadre, on ira moins souvent au musée, au théâtre, on lira plus ou moins de livres, on regardera plus ou moins la télévision, et de plus on ne lira pas les mêmes livres et on ne regardera pas les mêmes émissions.
    Or les enseignants sont recrutés par la classe dominante. Donc pour être recrutés les enseignants ont dû accepter de se conformer aux pratiques de la classe dominante. Ensuite dans l’enseignement ils exigent à leur tour que les élèves adhèrent aux pratiques de la classe dominante.
    Exemple : dans une dissertation de philosophie, il est infiniment préférable d’illustrer votre propos par des grands auteurs classiques que par des émissions de télévision. Par conséquent les enfants de la classe dominante sont favorisés parce qu’ils trouvent à l’école les mêmes exigences que dans leur famille. A l’inverse les enfants de classes dominées doivent à la fois renoncer aux références de leurs parents et doivent en plus agréer de nouvelles références : celles de la classe dominante. Donc à niveau intellectuel équivalent, les enfants de la classe dominante ont moins d’efforts à fournir pour réussir que les enfants de la classe dominée.
    Donc selon Bourdieu et Passeron, la sélection effectuée par l’école est une sélection essentiellement sociale.


  • L’école dissimule le caractère social de la sélection qu’elle opère. En effet l’école présente ses décisions comme étant la sanction des talents initiaux et du travail fourni. Les évaluations des élèves sont présentées par l’école comme étant le résultat d’un processus pédagogique. Par le mécanisme de dissimulation elle légitime les inégalités.

2 - Le raisonnement stratégique

En 1973, Raymond BOUDON a publié un livre intitulé L’inégalité des chances. Selon Boudon, le raisonnement tenu par Bourdieu et Passeron est exact mais lacunaire :

  • Bourdieu et Passeron négligent la capacité stratégique des familles, c’est-à-dire la capacité à faire des calculs et de déterminer leur comportement en fonction de ces calculs.

  • B et P ne s’intéressent pas à ce qu’il se passe à la sortie du système scolaire.

Selon Boudon, les décisions portant sur le parcours scolaire d’un enfant font l’objet d’une délibération familiale : les parents et l’enfant se concertent et réfléchissent ensemble sur ce que doit faire l’enfant. Cette délibération familiale selon Boudon peut être ramenée à un calcul coût/avantage : les parents et l’enfant examinent les inconvénients et les avantages et aboutissent à une décision optimale.
Ce calcul selon Boudon est influencé par l’origine sociale des enfants selon trois paramètres :

  • Plus l’origine sociale de l’enfant est défavorisée, plus le coût d’une prolongation des études par rapport au budget familial est élevé.

  • Plus l’origine sociale de l’enfant est défavorisée, plus les avantages anticipés d’une prolongation des études sont faibles.

  • Plus l’origine sociale de l’enfant est défavorisée, plus les risques d’une probabilité d’échec en cas de prolongation des études sont élevés.

La conjonction de ces trois paramètres fait que les enfants d’origine favorisée sont poussés à faire des études longues alors qu’à l’inverse les enfants d’origine sociale défavorisée sont poussés à faire des études courtes.

De plus Boudon s’intéresse aussi, contrairement à B et P, à l’influence de l’origine sociale sur le parcours professionnel de l’individu. Il y a un rendement différentiel du diplôme selon l’origine sociale de l’individu. Le bénéfice que tire un enfant d’origine sociale élevée de son diplôme est supérieur que celui d’un enfant de classe sociale modeste.

Le premier mécanisme est la disjonction entre la structure des diplômes et la structure de la population active. La distribution des diplômes et la distribution des statuts dans la société n’ont pas les mêmes déterminants. La distribution des statuts résulte de l’évolution de la demande et de la productivité. La distribution des diplômes, elle, résulte des stratégies familiales et universitaires. Donc il n’y a aucune raison pour qu’un diplôme ait une position sociale équivalente.

A partir de là intervient un second mécanisme, c’est-à-dire que si les familles en ont les moyens, elles peuvent intervenir pour aider les membres de leur famille (piston).
Les familles venant d’une classe sociale élevée ont deux bénéfices : une plus grande confiance dans leur capacité à occuper eux-mêmes une position élevée dans la société
Néanmoins l’influence de l’origine sociale sur le parcours professionnel des individus doit être influencée selon deux paramètres :

  • Le type d’emploi concerné : plus forte dans le privé que dans le public. L’emploi public dépend souvent de concours, et avec ce type de sélection le capital social ne compte pas. L’influence de l’origine sociale est plus forte pour les professions libérales que pour les emplois salariés dans le secteur privé.


Situation professionnelle
Le moment de la carrière professionnelle considérée : l’influence du diplôme sur la position sociale d’un individu est plus forte en début de carrière qu’en fin de carrière, ou la relation entre l’origine sociale et la situation professionnelle est plus forte en fin de carrière qu’en début de carrière. En clair, deux individus qui ont le même diplôme mais pas la même origine sociale, auront en début de carrière à peu près la même situation professionnelle, mais ensuite, à chaque changement professionnel, celui qui a une situation sociale plus favorisée atteindra une situation professionnelle meilleure que son camarade d’origine défavorisée. C’est donc en fin de carrière que la différence entre les deux individus sera la plus évidente.


IF



ID



Temps

Donc selon Boudon, l’origine sociale n’atteint pas seulement le parcours scolaire des individus mais aussi le parcours professionnel des individus.
Tout se passe donc comme si l’école était incapable de remédier à l’inégalité des chances.

Cette conclusion a été contestée par deux autres approches/théories.

3-L’effet établissement

En France, il a été mis en évidence à la fin des années 1980 (88) par trois sociologues bordelais : Dubet, Cousin et Guillemet.
Si le parcours scolaire est déterminé uniquement par l’origine sociale, des établissements qui ont la même position sociale devraient obtenir les mêmes résultats aux examens nationaux. Or il apparaît, et de façon très nette, que les établissements qui ont les mêmes positions sociales ont des résultats différents aux examens nationaux. Plus encore, si on regarde les résultats de chaque établissement, il apparaît que dans certains établissements scolaires, l’inégalité des chances est nulle. C’est-à-dire que les pourcentages de réussite des enfants de cadres sont identiques à celles des enfants d’ouvriers.
Selon D, C et G, ce résultat repose sur une mobilisation des enseignants qui est conditionnée par six facteurs (quatre qui jouent en positif et deux qui jouent en positif). Les quatre facteurs positifs sont les suivant :

  • La fierté professionnelle des enseignants, c’est-à-dire la satisfaction qu’ils ont d’exercer leur métier.

  • L’existence d’affinités entre les enseignants.

  • La volonté de lutter contre l’éventuelle mauvaise image de l’établissement. C’est-à-dire que si les enseignants trouvent que l’image de l’établissement est injuste, cela les incitera à coopérer pour l’améliorer. Cependant il ne faut pas que l’image de l’établissement soit catastrophique. En effet si celle-ci est trop désastreuse il y aura une très forte rotation des enseignants.
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