I. Le but de la rÉforme : passer du lycÉe conçu exclusivement comme une fin en soi au lycÉe préparant ses ÉlÈves À l’enseignement supÉrieur 11








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2. Un nouvel équilibre des enseignements pour permettre une spécialisation progressive


L’organisation des enseignements du lycée général et technologique doit être repensée pour permettre aux élèves d’effectuer de véritables choix.

Dans ce but, la scolarité doit être organisée autour de trois types d’enseignements :

– des enseignements de culture générale, qui constituent le prolongement de ceux dispensés au collège et visent à consolider les acquis du socle commun de compétences et de connaissances. Ces enseignements ont pour finalité de donner aux élèves des repères communs, indispensables pour éviter que ne se crée une fracture au sein de la jeunesse. En outre, cette culture commune doit apporter à des jeunes qui deviendront majeurs à l’âge de dix-huit ans la garantie qu’ils disposeront des outils intellectuels leur permettant de comprendre le monde et de suivre, avec succès, une formation supérieure ;

– des enseignements qui conduisent les élèves à choisir, progressivement et en toute connaissance de cause, une spécialisation, qui ne soit pas prédéterminée ;

– des enseignements d’accompagnement ou méthodologiques, permettant à tous les élèves de bénéficier d’un suivi et d’un soutien personnalisés, en effectif réduit.
a) L’organisation de la Seconde

Être orienté, aujourd’hui, c’est, au fond, réserver aux seuls bons élèves, jugés comme tels par leur aptitude à restituer des savoirs disciplinaires à caractère abstrait, le « droit » de choisir la filière générale et, au sein de celle-ci, la série S, et les délester ainsi des éléments plus faibles, en les affectant, selon une hiérarchie précise, dans les autres filières générales, puis dans les filières technologiques et, enfin, dans les filières professionnelles.

En effet, comme l’observe fort justement le rapport du Haut conseil de l’éducation consacré à l’orientation, à partir de la Seconde, les familles sont confrontées à un système de formation très hiérarchisé, reposant sur les résultats scolaires obtenus : « La voie générale est au sommet de cette hiérarchie et elle est un idéal d’études : l’orientation tend à procéder par des exclusions successives vers des voies ou des filières moins considérées. ». Ainsi, en Seconde, l’orientation par l’exclusion consiste à se voir refuser l’accès aux filières générales, en particulier à la filière scientifique (1).

Cette observation a été confirmée à la mission par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille, M. Jean-Paul de Gaudemar, qui avait été chargé par le ministre de l’Éducation nationale de préparer la réforme de la Seconde présentée l’an dernier : l’orientation fonctionne aujourd’hui comme un système de « tri sélectif, qui conduit l’élève à se retrouver dans une voie qu’il n’a pas choisie » (2).

Ce système, qui accumule les ressentiments et les frustrations au point de mettre en péril notre conception républicaine de l’égalité, n’est plus socialement tenable : il faut que la Seconde permette aux élèves de faire de vrais choix, à partir desquels ils pourront ensuite se spécialiser en fonction de leurs envies et, comme on le verra plus loin, d’un projet professionnel élaboré à l’occasion de la découverte des métiers. C’est ainsi que les enseignants participants à une table ronde décentralisée ont mis en exergue la « nécessité d’une requalification de la Seconde » (3).

Cela implique de faire de la Seconde une année de détermination de plein exercice, alors qu’elle n’est aujourd’hui qu’un trompe-l’œil.

En effet, les enseignements de détermination de la Seconde sont choisis à la fin de la troisième. Or ce choix est largement prédéterminé par l’impact de la procédure d’affectation, l’offre de formation existante et les stratégies mises en œuvre par les familles pour que leurs enfants soient admis dans l’établissement et les filières les plus cotés. De plus, le choix des enseignements de détermination suivis en Seconde préfigure l’orientation en fin de Seconde : les familles de cadres et d’enseignants, bien informées, savent ainsi que le choix de l’option MPI (mesure, physique et industrie) mène trois quarts des élèves qui l’ont suivie en Première S. Ce système est donc, pour reprendre les termes d’un rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale et de l’Inspection générale de l’éducation nationale et de la recherche, hypocrite et illisible : « illisible, car seuls les initiés sont en mesure de choisir l’option leur permettant de choisir le parcours qu’ils ambitionnent, et hypocrite, parce qu’il donne l’illusion d’un choix largement biaisé » (1).

Aussi, pour faire de la Seconde une vraie année de détermination, celle-ci devrait reposer, en premier lieu, sur un nouvel équilibre entre les enseignements –point qui a déjà été abordé – et, en second lieu, être semestrialisée.

● Le détail du « triptyque » des enseignements en Seconde

Le triptyque des enseignements – tronc commun, exploration/approfondissement et accompagnement – devrait être organisé de la manière suivante en Seconde :

 Le tronc commun : des élèves ayant les mêmes fondamentaux

« Trop de lycéens présentent de graves lacunes en culture générale » (2). Ce constat largement partagé conduit à souligner la nécessité d’une refondation du lycée dans laquelle celui-ci reste un lieu d’apprentissage des fondamentaux.

C’est pourquoi la Seconde doit permettre de consolider les acquis du collège. Dans ce but, des enseignements de culture générale, formant un tronc commun, doivent être dispensés à tous les élèves. Occupant 70 % du temps scolaire, ce tronc commun devrait comprendre le français, les mathématiques, l’histoire géographie, deux langues vivantes – une deuxième langue vivante étant aujourd’hui choisie par plus de 90 % des élèves – les sciences expérimentales (physique, chimie et sciences de la vie et de la terre) et l’éducation physique et sportive.

 L’exploration et/ou l’approfondissement : un choix garanti et encadré

« Les jeunes veulent globalement pouvoir « goûter » à de nombreuses matières et options pour ne pas avoir à choisir trop tôt des filières très spécialisées qui les enferment dans quelques disciplines et restreignent ensuite leur choix d’orientation » (3).

La Seconde doit permettre aux élèves de découvrir de nouvelles matières et d’en approfondir d’autres. Ce droit à l’exploration et à l’approfondissement est fondamental, car il rend possible une orientation choisie. Pour l’organiser, il convient de proposer à l’élève un menu sur lequel il devrait choisir quatre modules d’enseignement. Deux modules seraient suivis par semestre, les enseignements d’exploration ou d’approfondissement occupant 20 % du temps scolaire.

Les deux premiers de ces modules seraient librement choisis par l’élève. Ce dernier pourrait ainsi suivre un premier module pendant le premier semestre, puis un autre module durant le second semestre ou bien décider de suivre le même enseignement pendant toute l’année.

Avec ce système, les lycéens pourraient soit découvrir des matières n’appartenant pas au tronc commun, soit choisir de reprendre, pour les approfondir, des disciplines parmi celles qui leur sont déjà enseignées. Ce dernier cas de figure concernerait les élèves qui ont déjà arrêté leur choix de formation et qui pourraient ainsi travailler plus intensément les matières du tronc commun qui ont leur faveur. Cependant, pour donner un sens à cette exploration en profondeur, celle-ci devrait leur permettre de découvrir, sous un angle différent, une matière qu’ils connaissent déjà : par exemple, s’ils aiment l’histoire ou la géographie, ils pourraient suivre un enseignement tourné vers la cartographie ou l’étude des archives.

La possibilité laissée à l’élève d’approfondir une matière sur les deux semestres de l’année de Seconde pourrait conduire à recréer l’effet filière. Ce pourrait être le cas en effet si un élève choisissait de suivre un enseignement de mathématiques pendant toute la durée de la Seconde, pour entamer, dès cette année, un parcours se conformant aux exigences des classes préparatoires aux grandes écoles…

Votre rapporteur est conscient de ce risque. Aussi, pour lutter contre la reconstitution de l’effet filière, deux autres objectifs, abordés plus loin, devraient être poursuivis : d’une part, instaurer une Première « générale » ou « technologique » pour éviter, à ce stade, une spécialisation trop poussée des parcours ; d’autre part, rétablir une cohérence entre les cursus suivis au lycée et leurs débouchés dans l’enseignement supérieur, en modifiant les conditions d’accès aux classes préparatoires.

Les deux modules non choisis par l’élève porteraient sur des matières qui n’appartiennent pas au « tronc commun » et ne sont pas enseignées au collège : les sciences économiques et sociales et les disciplines technologiques (sciences de la gestion, du laboratoire, de la santé ou de l’industrie).

Ils seraient organisés dans l’intérêt de l’élève : il faut l’obliger à prendre conscience de l’importance des disciplines qui lui permettent soit de comprendre les mécanismes économiques et sociaux sur lesquels repose un pays développé, soit de s’initier aux savoir-faire indispensables à la bonne marche des services et de l’industrie.

Les disciplines technologiques n’étant pas enseignées dans chaque lycée, pour des raisons tenant à l’histoire de la carte des formations, des accords entre établissements d’un même bassin de formation devraient être conclus, pour permettre la généralisation de cet enseignement. De cette manière, les lycées qui dispensent un enseignement technologique pourraient accueillir les élèves devant le suivre au cours de la Seconde, mais qui sont scolarisés dans des établissements comportant uniquement des filières générales.

Cette exploration imposée aurait, en ce qui concerne les sciences technologiques, l’immense avantage de ne plus en faire des enseignements dont le suivi sanctionne une situation de relative faiblesse scolaire, mais au contraire des disciplines aussi dignes d’intérêt que leurs consœurs « généralistes ». De nombreux élèves auraient ainsi la possibilité de découvrir des formations qui garantissent une insertion professionnelle rapide si elles sont poursuivies, après le lycée, jusqu’à l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur court professionnalisant.

 L’accompagnement des élèves : un suivi personnalisé pour tous

Le nouveau lycée doit permettre à tous les élèves, en difficulté ou non, d’être accompagnés, c’est-à-dire de bénéficier d’un encadrement pédagogique renforcé lorsqu’ils souhaitent conforter des acquis, découvrir de nouvelles méthodes de travail ou s’engager dans une démarche d’orientation visant à connaître les métiers et les formations.

Ces enseignements d’accompagnement doivent se présenter sous la forme d’un menu, offrant à chaque élève un droit de tirage sur différents modes de prise en charge pédagogique, en particulier :

– des enseignements de méthodologie ou des modules de préparation à l’enseignement supérieur (apprentissage de la prise de notes par exemple) dispensés devant de petits groupes d’élèves (quinze au maximum) ;

– une aide individualisée (aide aux devoirs, à la rédaction, au raisonnement, un exercice ou un devoir étant repris et décortiqué) ;

– des activités pluridisciplinaires ;

– une aide à l’orientation, avec le soutien d’enseignants ou de conseillers d’orientation-psychologues qui appuient l’élève dans sa recherche d’informations sur les métiers ;

– de travaux de recherche encadrés, notamment au centre de documentation et d’information.

Ce temps d’accompagnement garanti à chaque lycéen représenterait 10 % de l’horaire hebdomadaire. Inscrit dans la grille horaire de chaque lycée, il serait sanctuarisé et ne pourrait ainsi être sacrifié aux demandes de l’académie ou du ministère qui voudrait utiliser ces heures à d’autres fins.

Outre qu’il faciliterait un suivi personnalisé des élèves, cet accompagnement permettrait de donner un contenu à « l’éducation à l’orientation ». Institué par la loi du 10 juillet 1989 d’orientation sur l’éducation, qui introduit un « droit au conseil en orientation et à l’information sur les enseignements […] et sur les professions », cet « enseignement » n’a toujours pas trouvé de traduction dans la grille horaire des lycées. Il ne repose que sur les seules initiatives des conseillers d’orientation-psychologues, de l’équipe éducative et des élèves qui, via les recherches sur internet, l’utilisation des ressources des centres d’information et d’orientation et les forums des métiers, tentent d’obtenir les éléments d’information nécessaires à la construction d’un projet professionnel et au choix d’une formation dans le supérieur adaptée à ce dernier.

Mais tant les exigences de la vie que celles des cours, des devoirs, puis en Terminale, du baccalauréat, très consommatrices de temps, conduisent à ce qu’en fin de parcours, les élèves n’ont pas toujours réfléchi, de manière approfondie, à leur projet professionnel. Ainsi que l’a souligné un élève devant la mission, « Ce qu’on attend de nous, avoir une idée précise de nos projets après le baccalauréat, on en prend conscience trop tard, en Terminale » (1).

Ainsi, bien souvent, c’est à la dernière minute, juste avant la clôture, fixée au 20 mars, de la phase de préinscription et d’orientation active, au cours de laquelle les lycéens peuvent classer leurs vœux et bénéficier de conseils d’orientation avant de s’inscrire dans un établissement d’enseignement supérieur, qu’ils réfléchissent à leur orientation.

C’est pourquoi les heures d’accompagnement, en permettant aux élèves qui le souhaitent de consacrer, à chaque année de leur scolarité, un peu de temps à leur orientation, les sensibiliseraient à l’importance des choix de formation qu’ils seront amenés à faire.

Enfin, ces heures d’accompagnement constitueraient un véritable levier pour l’égalité des chances. En effet, il est souvent dit que les bons élèves « se « fabriquent » en dehors du temps scolaire », parce qu’ils vivent dans un environnement familial qui leur est favorable et qui les soutient, en leur permettant de revenir le lendemain au lycée avec des acquis plus importants et solides que leurs camarades qui ne disposent pas des mêmes atouts (1). Aussi les heures accompagnement permettraient-elles de rétablir une certaine égalité des armes scolaires, en donnant aux élèves les plus fragiles la possibilité d’acquérir, au sein du lycée, les savoir-faire méthodologiques indispensables à une scolarité, puis à des études supérieures réussies.

● La semestrialisation de la Seconde

Comme on l’a déjà vu, la semestrialisation est indispensable pour garantir, à tout élève, le droit au changement et à la découverte.

Elle tend également à renforcer l’égalité des chances entre les élèves, dans la mesure où elle permet de mettre en place, à la fin du premier semestre, le dispositif de soutien dont pourra bénéficier un élève en difficulté au cours du second semestre. Ainsi, elle contribuerait à mettre fin à une organisation de la Seconde où, selon M. Jean-Paul de Gaudemar, le conseil de fin de trimestre se réunit, mais « ne sert à rien, puisque l’élève continue son parcours comme si de rien n’était ». Toujours selon ce denier, elle peut aider à renverser les rapports pédagogiques au lycée, pour assurer une meilleure prise en charge des élèves qui ont besoin d’être soutenus. Aujourd’hui, le rapport pédagogique dominant est celui du « face à face » entre un enseignant et la classe. Avec le séquençage permis par la semestrialisation, l’équipe pédagogique pourrait s’interroger sur les difficultés d’un élève et réfléchir, collectivement, aux remèdes à mettre en œuvre pour l’aider dans le cadre du temps d’accompagnement(2).
b) L’organisation du cycle terminal

La Première et la Terminale doivent être les années de spécialisation et de préparation à l’enseignement supérieur.

Elles devraient reposer, comme en Seconde, sur un triptyque d’enseignements, culture générale/approfondissement/accompagnement, mais donnant plus de place aux enseignements de la spécialisation.

Le tronc commun serait maintenu, mais réduit à quelques matières : histoire-géographie, langues vivantes (une et deux) et éducation physique et sportive, le français étant étudié en Première et la philosophie en Terminale. Le maintien de cette dernière discipline, qui se penche sur toutes les questions susceptibles d’intéresser un jeune adulte, est indispensable. En effet, si elle venait à disparaître, sa place serait occupée, selon l’expression frappante de M. Philippe Meirieu, « par les mangas et les sectes » (1).

Les enseignements d’accompagnement sont également maintenus, à hauteur de 10 % du temps scolaire.

– Quant à la spécialisation, elle pourrait prendre plusieurs formes.

● Les types de spécialisation

Plusieurs options sont en effet possibles pour spécialiser le cycle terminal du lycée :

– une première option, évoquée par M. Jean-Paul de Gaudemar, consiste à recourir au système des modules, en Première et en Terminale, pour permettre à l’élève de se spécialiser, tout en lui garantissant une polyvalence dans sa formation. Une majorité d’enseignements devraient être pris dans la famille disciplinaire dans laquelle l’élève souhaite se spécialiser, mais ce dernier pourrait choisir, aux côtés des cours liés à la « dominante », des « mineures », sous forme de modules suivis dans d’autres disciplines (2). Ces familles ou champs disciplinaires correspondent aux grands secteurs de formation du supérieur : droit, économie et gestion ; lettres, et sciences humaines et sociales, sciences et technologie et santé(3) ;

– une deuxième option consiste à diminuer le caractère généraliste de la série S. C’est l’une des hypothèses de réforme du lycée évoquées par le directeur de l’Institut d’études politiques de Paris, M. Richard Descoings, devant la mission : elle conduirait à accroître le volume horaire de certains enseignements et les coefficients des épreuves correspondantes au baccalauréat pour renforcer le caractère scientifique de la série S. Une solution alternative (ou complémentaire) consisterait à donner à la série L, dans des proportions qui restent à définir, une coloration partiellement scientifique. Dans un cas comme dans l’autre, la réforme serait minimale, débouchant sur la « reconstitution » de la série A ou de la série C. On reviendrait ainsi sur la suppression de ces deux séries 1993, en reconnaissant qu’elle a été une erreur (4) ;

– une troisième option conduirait à « généraliser » la Première et la Terminale, c’est-à-dire à faire de ces deux années une sorte de Seconde générale bis, conduisant à gommer peu ou prou la spécificité de la voie technologique. À terme, cette formule conduirait à refonder le lycée autour de deux grandes voies : la voie générale d’une part et la voie professionnelle d’autre part ;

– une dernière option, qui a la préférence de votre rapporteur, serait celle de la spécialisation progressive : pré-spécialisation en Première, l’élève choisissant une Première générale ou technologique, puis, en Terminale, l’une des spécialités de ces deux voies de formation.

● Les principes devant être respectés

 Il faut trouver une formule de spécialisation qui permette à l’élève ayant commencé, en Première, à approfondir des disciplines et se rendant compte de son peu d’appétence pour celles-ci de se réorienter, à mi-chemin ou à la fin de cette année, en s’engageant dans une nouvelle spécialisation.

En effet, dans un système où l’on pousse, en fin de Seconde, l’élève à se spécialiser pendant deux années de suite, le choix fait à ce moment-là, malgré tous les discours sur les possibilités de passerelles entre filières, risque d’engager l’élève durablement, sans espoir de retour.

Ce risque d’enfermement s’accroît si le lycée est réformé pour faire de son cycle terminal la première phase d’un cycle plus long, au cours duquel la spécialisation commencée lors des deux dernières années du secondaire se poursuit dans l’enseignement supérieur.

Par rapport à cette spécialisation poussée dès l’année de Première, la formule d’une spécialisation progressive constitue donc une forme d’assurance du droit à l’erreur de l’élève.

 Il faut trouver une formule préservant la spécificité de la voie technologique.

Certains plaident en faveur d’une réforme dans laquelle la spécialisation n’interviendrait qu’en Terminale, à la suite d’un choix fait à la fin de la Première.

Or cette spécialisation tardive pourrait transformer les deux premières années du lycée en une sorte de filière générale indifférenciée, donnant une part prépondérante aux enseignements abstraits du tronc commun.

Elle tendrait donc à marginaliser les enseignements technologiques, qui ne trouveraient une place, au sein du lycée, qu’en Terminale, alors que la spécificité de cet enseignement, fondée sur une approche déductive des apprentissages, le rend particulièrement précieux pour les élèves ayant peu de goût pour les savoirs abstraits et scolaires.

En revanche, une spécialisation progressive, commençant en Première, permettrait à l’élève qui, en Seconde, s’est senti peu à l’aise avec des enseignements à caractère abstrait, de ne pas subir, pendant une année supplémentaire et à fortes doses, ce type de cours, en choisissant un parcours donnant plus de place aux disciplines technologiques.

D’une manière générale, il faut écarter toute réforme qui, après le collège unique, créerait le lycée unique. Or c’est ce qui résulterait de tout projet qui « globaliserait » le lycée général, en réduisant la place de la voie technologique, voire en faisant disparaître cette filière d’enseignement. Un tel lycée général constituerait, en effet, une régression pour les élèves qui se sentent plus en confiance avec la méthode déductive propre à la voie technologique.

Ainsi que l’a rappelé devant la mission le doyen de l’Inspection générale de l’éducation nationale, M. François Perret, le système éducatif français n’a pas à rougir de l’existence de trois voies de formation au niveau du secondaire. Dans le cas précis des parcours technologiques, ils ont une réelle légitimité, qui s’appuie sur deux réalités incontestables :

– depuis qu’elle a été créée, c’est-à-dire depuis la fin du XIXe siècle, la voie technologique est une voie de promotion sociale, qui a permis l’émergence d’une catégorie sociale, celle des cadres intermédiaires travaillant pour l’industrie et les services.

– parce qu’elle est adaptée, comme cela a déjà été dit, aux goûts et aux aptitudes de certains élèves, la voie technologique a démocratisé l’accès au baccalauréat, en permettant aux enfants de catégories sociales modestes d’obtenir la version technologique de ce diplôme et d’accéder à des formations supérieures professionnalisantes (les sections de technicien supérieur et les instituts universitaires technologiques) (1).

 Une spécialisation progressive permettrait de conserver, au sein d’une voie technologique préservée, ses différentes spécialités, correspondant aux séries actuelles (sciences et technologies de la gestion ou STG, sciences et technologies industrielles ou STI, sciences et technologies de la santé et du social ou ST2S et sciences et technologies du laboratoire ou STL) (2).

A contrario, on peut se demander si la mécanique des majeures évoquée par M. Jean-Paul de Gaudemar, lorsqu’elle est poussée à bout, ne conduirait pas à gommer les différentes séries de la filière technologique pour ne laisser subsister qu’une dominante technologique, vaguement définie, aux côtés des dominantes à caractère général.

Or on ne peut soutenir la création d’une filière technologique « indifférenciée » pendant toute la durée cycle terminal du lycée. En effet, le maintien des différentes spécialités technologiques, avec des formations bien identifiées débouchant sur des métiers différents, s’impose dès lors que l’on juge indispensable que la France forme des cadres intermédiaires non seulement dans le domaine des services (à la personne, aux entreprises, aux consommateurs de biens ou de loisirs), mais aussi dans le domaine de l’industrie. Autrement dit, défendre le principe de parcours technologiques variés, c’est vouloir que la France reste un grand pays industriel.

Ce principe étant rappelé, il reste que le maintien de plusieurs spécialités technologiques n’empêche pas d’adapter régulièrement le contenu de leurs formations, afin de tenir compte des besoins des entreprises et services concernés. C’est ce qui a été fait pour les sciences et technologies de la gestion et les sciences et technologies de la santé et du social. C’est ce qui doit être impérativement fait pour la série STI, créée en 1992 et jamais réformée depuis, et qui connaît un « effondrement », en partie dû à la concurrence exercée par les élèves issus des lycées professionnels (1).

● La solution ayant la préférence de votre rapporteur

Aux yeux de votre rapporteur, la solution la plus équilibrée est celle d’une spécialisation progressive, car elle permet de préserver la spécificité de la voie technologique et de faire de la Terminale l’année de l’approfondissement intensif des disciplines que le lycéen étudiera dans l’enseignement supérieur.

 L’architecture générale des trois années de scolarité du lycée serait donc la suivante :

– Ainsi que cela a déjà été dit, la Seconde devrait être une vraie Seconde indifférenciée et de détermination, les élèves devant choisir quatre enseignements de découverte, dont deux obligatoires, correspondant à des enseignements non suivis au collège (sciences économiques et sociales et sciences technologiques).

– La Première se subdivise en une Première générale et en une Première technologique. L’élève y suit des enseignements d’approfondissement représentant 40 % du temps scolaire et reposant sur des modes d’apprentissage spécifiques (hypothético-déductif du côté général, déductif du côté technologique).

En Première générale, l’élève suit un parcours d’enseignements lui permettant d’approfondir les grandes disciplines propres à cette voie : mathématiques et sciences expérimentales, lettres et, enfin, sciences sociales. De même, en Première technologique, l’élève suit des enseignements portant sur les sciences de l’industrie et du laboratoire, les sciences de la gestion et les sciences de la santé.

Dans les deux cas, ce circuit lui permet de comprendre la nature et les exigences des différentes voies qui composent la « famille technologique » et la « famille générale ». Il peut ainsi disposer d’un panorama à la fois varié et approfondi lui permettant de choisir, en Terminale, une spécialité correspondant à ses goûts et à ses envies.

À ces enseignements s’ajoute un module de spécialisation, librement choisi par l’élève. Ce module est conçu pour approfondir une des disciplines de l’une ou l’autre classe de Première. Ce peut être, par exemple, un enseignement d’histoire-géographie, d’économie, de sciences naturelles, de techniques industrielles, de technologies de la santé, etc. Avec ce choix, l’élève donne une certaine coloration à son parcours.

– La Terminale serait enfin l’année de la spécialisation poussée. L’élève choisirait, au sein de la famille technologique ou générale, une série ou « spécialité » dont les enseignements représenteraient 50 % du temps scolaire (lettres ; sciences ; économie ; sciences et technologies industrielles ; sciences de la santé et du social ; sciences et technologies du laboratoire ; sciences et technologies de la gestion).

Ainsi, le parcours suivi en Première et en Terminale préparerait l’élève à suivre les études correspondantes à la première année de la licence dans les quatre grands secteurs de formation de l’université (les disciplines juridiques, économiques et de gestion ; les lettres et les sciences humaines et sociales ; les sciences et les technologies et les disciplines de santé) ou des filières de formation professionnalisante courtes (STS et IUT). La cohérence entre les deux années du cycle terminal (Première de pré-spécialisation et Terminale de spécialisation) et la première année de l’enseignement supérieur court serait de cette façon mieux assurée.

 Par ailleurs, en donnant une place conséquente, soit 50 % du temps scolaire, aux enseignements de la « spécialité » en Terminale, la nouvelle Terminale devrait permettre de résoudre le problème posé par le règne de la série S.

Comme on l’a déjà vu, la série scientifique est, depuis trente ans, la seule filière généraliste du lycée et la voie de sélection d’une élite scolaire qui privilégie cette formation, car elle ouvre toutes les portes de l’enseignement supérieur.

Avec la spécialisation poussée qui serait exigée en Terminale, la série S ne sera plus la plus généraliste et élitiste du lycée, mais deviendrait une filière de formation authentiquement scientifique, choisie par les élèves qui ambitionnent de devenir les chercheurs et ingénieurs de haut niveau dont la France a besoin. Cette coloration fortement scientifique serait en outre renforcée par le jeu des coefficients conditionnant l’obtention du baccalauréat. Les épreuves finales portant sur la spécialité « scientifique » devraient en effet avoir un poids déterminant pour l’attribution du diplôme.

Enfin, si l’option de spécialisation progressive est retenue et que, pour des raisons qui seront exposées plus loin, la procédure d’orientation active visant à préparer l’inscription dans l’enseignement supérieur était avancée au début de la Terminale, il deviendrait possible de rapprocher, dans le temps, deux choix qui pourraient s’éclairer l’un l’autre. En effet, l’élève pourrait, au cours d’une même période, effectuer son choix de spécialité pour l’année de Terminale et indiquer ses vœux d’inscription auprès des établissements d’enseignement supérieur. De cette manière, la cohérence des parcours envisagés entre l’année de Terminale et la première année de l’enseignement supérieur serait renforcée.
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