Leçon 10








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36 :

quand on va un peu plus loin, on voit surgir

la distinction – concernant les idées –

de leur « réa­lité actuelle » avec leur « réalité objective ».

Et naturellement les professeurs nous sor­tent des volumes très savants, tels qu'un index scolastico–cartésien37 pour nous dire…

ce qui nous paraît là, à nous autres - puisque Dieu sait que nous sommes malins - un peu embrouillé

que c'est un héritage de la scolastique, moyennant quoi on croit avoir tout expliqué, je veux dire qu'on s'est libéré de ce dont il s'agit, à savoir : pourquoi DESCARTES a été – lui l'anti–scolastique – amené à se res­servir de ces vieux accessoires.
Il ne semble pas qu'il vienne si facilement à l'idée, même des meilleurs historiens,

que la seule chose intéressante c'est ce qui

le nécessite à les ressortir.

Il est bien clair que ce n'est pas pour refaire à nouveau l'argument de Saint–ANSELME qu'il retraîne tout cela sur le devant de la scène.
le fait objectif que A ne peut pas être A, c'est cela que je voudrais d'abord mettre pour vous en évidence, justement pour vous faire comprendre que c'est de quelque chose qui a rapport avec ce fait objectif qu'il s'agit, et jusque dans ce faux effet de signifié qui n'est là qu'ombre et conséquence qui nous laisse atta­ché à cette sorte de primesaut qu'il y a dans le « A est A ».
Que le signifiant soit fécond de ne pouvoir être en aucun cas identique à lui–même

entendez bien là ce que je veux dire : il est tout à fait clair que je ne suis pas en train…

quoique cela vaille la peine

au passage pour l'en distinguer

…de vous faire remarquer qu'il n'y a pas de tautologie dans le fait de dire que « la guerre est la guerre ». Tout le monde sait cela.

Quand on dit « la guerre est la guerre », on dit quelque chose, on ne sait pas exactement quoi d'ailleurs, mais on peut le chercher, on peut le trouver et on le trouve très facilement, à la portée de la main.

Cela veut dire – ce qui commence à partir d'un certain moment – on est en état de guerre.

Cela comporte des condi­tions un petit peu différentes des choses, c'est ce que PÉGUY appelait :

« que les petites chevilles n'allaient plus dans les petits trous ».

C'est une définition péguyste, c'est–à–dire qu'elle n'est rien moins que certaine.

On pourrait soute­nir le contraire, à savoir :

que c'est justement pour remettre les petites chevilles dans leurs vrais petits trous que la guerre commence, ou au contraire que c'est pour faire de nouveaux petits trous pour d'anciennes petites chevilles, et ainsi de suite.

Ceci n'a d'ailleurs strictement pour nous aucun intérêt, sauf que cette poursuite, quelle qu'elle soit, s'accomplit avec une efficacité remarquable par l'intermédiaire de la plus profonde imbécilité

ce qui doit également nous faire réfléchir sur la fonction du sujet par rapport aux effets du signifiant.
Mais prenons quelque chose de simple,

et finissons–en rapidement.

Si je dis :
« Mon grand–père est mon grand–père »
…Vous devez tout de même bien saisir là qu'il n'y a aucune tautologie, que « mon grand–père », premier terme, est un usage d'index du deuxième terme « mon grand–père », qui n'est sensiblement pas diffé­rent de son nom propre, par exemple Émile LACAN, ni non plus du « c » du « c'est » quand je le désigne quand il entre dans une pièce : « c'est mon grand–père ».
Ce qui ne veut pas dire que son nom propre soit

la même chose que ce « c » de « this is my granfather ».

On est stupéfait qu'un logicien comme RUSSELL38

ait cru pouvoir dire que le nom propre est de la même catégorie, de la même classe signifiante que le this, that ou it, sous prétexte qu'ils sont susceptibles du même usage fonction­nel dans certains cas. Ceci est une parenthèse, mais comme toutes

mes paren­thèses, une parenthèse destinée à être retrouvée plus loin à propos du statut du nom propre dont nous ne parlerons pas aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, ce dont il s'agit dans

« mon grand–père est mon grand–père » veut dire ceci :

que cet exécrable petit bourgeois qu'était ledit bonhomme, cet horrible personnage grâce auquel

j'ai accédé à un âge précoce à cette fonction fondamentale qui est de maudire Dieu, ce personnage est exactement le même qui est porté sur l'état civil comme étant démontré par les liens du mariage pour être père de mon père, en tant que c'est justement de la naissance de celui–ci qu'il s'agit dans l'acte en question.
Vous voyez donc à quel point « mon grand–père est mon grand–père » n'est point une tautologie [sic].
Ceci s'applique à toutes les tautologies,

et ceci n'en donne point une formule univoque,

car ici il s'agit d'un rapport du réel au symbolique.

Dans d'autres cas il y aura un rapport de l'imaginaire au symbolique, et faites toute la suite des permutations, histoire de voir lesquelles seront valables.
Je ne peux pas m'engager dans cette voie parce que si je vous parle de ceci…

qui est en quelque sorte un mode d'écarter

les fausses tautologies qui sont simplement l'usage cou­rant, permanent du langage

…c'est pour vous dire que ce n'est pas cela que je veux dire.
Si je pose qu'il n'y a pas de tautologie possible, ce n'est pas en tant que A premier et A second veulent dire des choses différentes que je dis qu'il n'y a pas de tautologie : c'est dans le statut même de A qu'il y a inscrit que A ne peut pas être A.
Et c'est là–dessus que j'ai terminé mon discours de la dernière fois en vous désignant dans Saussure le point où il est dit que A comme signifiant ne peut d'aucune façon se définir, sinon que comme n'étant pas ce que sont les autres signifiants. De ce fait : qu'il ne puisse se définir que de ceci justement de n'être pas tous les autres signifiants, de ceci dépend cette dimension qu'il est également vrai qu'il ne saurait être lui–même.
Il ne suffit pas de l'avancer ainsi de cette façon opaque justement parce qu'elle surprend,

qu'elle chavire cette croyance suspendue au fait

que c'est là le vrai support de l'identité,

il faut vous le faire sentir.
Qu'est–ce que c'est qu'un signi­fiant ?
Si tout le monde, et pas seulement les logiciens, parle de A quand il s'agit de « A est A »,

c'est quand même pas un hasard, c'est parce que, pour supporter ce qu'on désigne, il faut une « lettre ».
Vous me l'accordez, je pense, mais aussi bien

je ne tiens point ce saut pour décisif, sinon que mon discours ne le recoupe, ne le démontre

d'une façon suffisamment surabondante pour que vous en soyez convaincus, et vous en serez d'autant mieux convaincus que je vais tâcher de vous montrer

dans la « lettre » justement, cette essence du signifiant par où il se dis­tingue du signe.
J'ai fait quelque chose pour vous samedi dernier dans ma mai­son de campagne où j'ai, suspendu à

ma muraille, ce qu'on appelle une « calligraphie chinoise ».
Si elle n'était pas chinoise, je ne l'aurais pas suspendue à ma muraille pour la raison qu'il n'y a qu'en Chine que la calligraphie a pris une valeur d'objet d'art.
C'est la même chose que d'avoir une peinture,

ça a le même prix.
Il y a les mêmes différences…

et peut–être plus encore

…d'une écriture à une autre dans notre culture que dans la culture chinoise, mais nous n'y attachons pas le même prix.
D'autre part j'aurai l'occasion de vous montrer ce qui peut – à nous – masquer la valeur de la « lettre », ce qui, en raison du statut particulier du caractère chinois, est particulièrement bien mis en évidence dans ce caractère.
Ce que je vais donc vous montrer ne prend sa pleine et plus exacte situation que d'une certaine réflexion sur ce qu'est le caractère chinois.
J'ai déjà tout de même assez, quelquefois,

fait allusion au caractère chinois et à son statut pour que vous sachiez que, de l'appeler idéographique,

ce n'est pas du tout suffisant.
Je vous le montrerai peut–être en plus de détails.
C'est ce qu'il a d'ailleurs de commun avec tout

ce qu'on a appelé idéographique :

il n'y a à proprement parler rien qui mérite

ce terme au sens où on l'imagine habituellement,

je dirais presque nommément au sens où le petit schéma de SAUSSURE :

avec arbor et l'arbre dessiné en dessous,

le soutient encore par une espèce d'imprudence

qui est ce à quoi s'attachent les malentendus

et les confusions.
Ce que je veux là vous montrer, je l'ai fait en deux exemplaires.


On m'avait donné en même temps un nouveau petit instrument dont certains peintres font grand cas, qui est une sorte de pinceau épais où le jus vient de l'intérieur, qui permet de tracer des traits avec une épaisseur, une consis­tance intéressante

Il en est résulté que j'ai copié beaucoup plus facilement que je ne l'aurais fait normalement la forme qu'avaient les caractères sur ma calli­graphie.
Dans la colonne de gauche voilà la calligraphie de cette phrase :



qui veut dire :

« l'ombre de mon chapeau danse et tremble sur les fleurs du Haï–tang »39.
De l'autre côté, vous voyez écrite la même phrase dans des caractères courants, ceux qui sont les plus licites, ceux que fait l'étudiant ânonnant

quand il fait correcte­ment ses caractères :














帽影时移乱海棠

mào yǐng shí yí luàn hǎi táng
Ces deux séries sont parfaitement identifiables,

et en même temps elles ne se ressemblent pas du tout.
Apercevez–vous que c'est de la façon la plus claire en tant qu'ils ne se ressemblent pas du tout,

que ce sont bien évi­demment, de haut en bas, à droite et à gauche, les sept mêmes caractères, même pour quelqu'un qui n'a aucune idée, non seulement des caractères chinois, mais aucune idée jusque–là qu'il y avait des choses qui s'appelaient des caractères chi­nois.
Si quelqu'un découvre cela pour la première fois dessiné quelque part dans un désert, il verra

qu'il s'agit à droite et à gauche de caractères,

et de la même succession de caractères à droite et à gauche.
Ceci pour vous introduire à ce qui fait l'essence du signifiant

et dont ce n'est pas pour rien que je l'illustrerai le mieux de sa forme la plus simple qui est ce que nous désignons depuis quelque temps comme l'einziger Zug.

L' einziger Zug qu’ici je vise est ce qui donne à cette fonction son prix, son acte et son ressort.
C'est ceci qui nécessite, pour dissiper ce qui pourrait ici rester de confusion, que j'introduise pour le traduire au mieux et au plus près ce terme, qui n'est point un néologisme, qui est employé dans la théorie dite des ensembles, le mot « unaire »

au lieu du mot « unique ». Tout au moins il est utile que je m'en serve aujourd'hui, pour bien vous faire sentir ce nerf dont il s'agit dans la distinction

du statut du signifiant.
Le trait unaire donc…

  • qu'il soit comme ici  : | vertical, nous appelons cela faire des bâtons,

  • ou qu'il soit, comme le font les chinois  : - horizontal,

…il peut sembler que sa fonc­tion exemplaire soit liée à la réduction extrême, à son propos justement,

de toutes les occasions de différence qualitative.
Je veux dire qu'à partir du moment où je dois faire simplement un trait, il n'y a, semble–t–il, pas beaucoup de variétés ni de variations possibles, que c'est cela qui va faire sa valeur privilégiée pour nous.
Détrompez–vous !

Pas plus que tout à l'heure il ne s'agissait…

pour dépister ce dont il s'agit dans

la formule : « il n'y a pas de tautologie »

…de pourchasser la tauto­logie là justement où elle n'est pas, pas plus il ne s'agit ici de discerner

ce que j'ai appelé le caractère parfaitement saisissable du statut du signifiant quel qu'il soit, « A » ou un autre, dans le fait que quelque chose dans sa structure éliminerait ces différences…

je les appelle qualitatives parce que

c'est de ce terme que les logi­ciens se servent quand il s'agit de définir l'identité

…de l'élimination des diffé­rences qualitatives, de leur réduction, comme on dirait, à un schème simplifié :

ce serait là que serait le ressort de cette reconnaissance caractéristique de notre appréhension de ce qui est le support du signifiant, la « lettre ».
Il n'en est rien. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Car si je fais une ligne de bâtons, il est tout à fait clair que, quelle que soit mon application,

il n'y en aura pas un seul de semblable,

et je dirai plus, ils sont d'autant plus convaincants comme ligne de bâtons que jus­tement je ne me serai pas tellement appliqué à les faire rigoureusement semblables.
Depuis que j'essaie de formuler pour vous

ce que je suis en train pour l'ins­tant de formuler, je me suis…

avec les moyens du bord, c'est–à–dire

ceux qui sont donnés à tout le monde

…interrogé sur ceci après tout qui n'est pas évident tout de suite : à quel moment est–ce qu'on voit apparaître une ligne de bâtons ?
J'ai été dans un endroit vraiment extraordinaire

où peut–être après tout par mes propos je vais entraîner que s'anime le désert, je veux dire que quelques–uns d'entre vous vont s'y précipiter,

je veux dire le Musée de Saint–Germain40.
C'est fascinant, c'est passionnant, et cela le sera d'autant plus que vous tâcherez quand même

de trouver quelqu'un qui y a déjà été avant vous

parce qu'il n'y a aucun catalogue, aucun plan

et il est complètement impossible de savoir où

et quoi est quoi, et de se retrouver dans la suite de ces salles.
Il y a une salle qui s'appelle la salle PIETTE,

du nom du juge de paix qui était un génie,

et qui a fait les découvertes de la pré­histoire

les plus prodigieuses, je veux dire de quelques menus objets, en général de très petite taille,

qui sont ce qu'on peut voir de plus fascinant.
Et tenir dans sa main une petite tête de femme

qui a certainement dans les trente mille ans

a tout de même sa valeur, outre que cette tête

est pleine de questions.



[ La « Dame de Brassempouy » ou « Dame à la Capuche » est un fragment de statuette en ivoire datant du Paléolithique supérieur, elle constitue l’une des plus anciennes représentations réalistes de visage humain ]
Mais vous pourrez voir à travers une vitrine…

c'est très facile à voir, car grâce aux dispositions testa­mentaires de cet homme remarquable on est absolument forcé de tout laisser dans la plus grande pagaille avec les étiquettes complètement dépassées qu'on a mises sur les objets, on a réussi quand même à mettre sur un peu de plastique quelque chose qui permet de distinguer la valeur de certains de ces objets

…com­ment vous dire cette émotion qui m'a saisi quand penché sur une de ces vitrines je vis sur une côte mince, manifestement une côte d'un mammifère…

je ne sais pas très bien lequel, et je ne sais pas si quelqu'un le saura mieux que moi

…genre chevreuil, cervidé, une série de petits bâtons : deux d'abord, puis un petit inter­valle,

et ensuite cinq, et puis ça recommence.


Idéogrammes incisés sur os. Magdalénien. Le Placard


Grotte de Lortet : le bâton de Lortet

Voilà, me disais–je…

en m'adressant à moi–même

par mon nom secret ou public

…voilà pourquoi en somme Jacques LACAN ta fille n'est pas muette. Ta fille est ta fille, car si nous étions muets, elle ne serait point ta fille.
Évidemment ceci a bien de l'avantage, même de vivre dans un monde fort comparable à celui d'un asile d'aliénés universel, conséquence non moins certaine de l'existence des signifiants, vous allez le voir.
Ces bâtons qui n'apparaissent que beaucoup plus tard, plusieurs milliers d'années plus tard,

après que les hommes aient su faire des objets

d'une exactitude réaliste, qu'à l'Aurignacien on eût fait des bisons après lesquels…

du point de vue de l'art du peintre

…nous pouvons encore courir.
Mais bien plus, à la même époque on faisait en os, tout petit, une reproduction de quelque chose,

dont il semblerait qu'on n'aurait pas eu besoin

de se fatiguer puisque c'est une reproduction d'une autre chose en os, mais elle beaucoup plus grande : un crâne de cheval.



Pourquoi refaire en os tout petit, quand vraiment

on imagine qu'à cette époque ils avaient autre chose à faire, cette reproduction inégalable ?
Je veux dire que, dans le CUVIER que j'ai dans ma maison de campagne, j'ai des gra­vures excessivement remarquables des squelettes fossiles qui sont faites par des artistes consommés, ça n'est pas mieux que cette petite réduction d'un crâne de cheval sculpté dans l'os, qui est d'une exactitude anatomique

telle qu'elle n'est pas seulement convaincante,

elle est rigoureuse.
Eh bien, c'est beaucoup plus tard seulement que

nous trouvons la trace de quelque chose qui soit,

sans ambiguïté du signifiant, et ce signifiant

est tout seul, car je ne songe pas à donner,

faute d'information, un sens spécial à cette petite augmentation d'intervalle qu'il y a quelque part dans cette ligne de bâtons. C'est possible,

mais je ne peux rien en dire.
Ce que je veux dire par contre, c'est qu'ici nous voyons surgir quelque chose dont je ne dis pas que c'est la première apparition, mais en tout cas une apparition certaine de quelque chose dont vous voyez que ceci se distingue tout à fait de ce qui peut

se désigner comme la dif­férence qualitative.
Chacun de ces traits n'est pas du tout identique

à celui qui est son voisin, mais cela n'est pas parce qu'ils sont différents qu'ils fonctionnent comme différents, mais en raison que la différence signifiante est distincte de tout ce qui se rapporte à la différence qualitative, comme je viens de vous le montrer avec les petites choses que je viens

de faire circuler devant vous.

La différence quali­tative peut même à l'occasion souligner la mêmeté signifiante. Cette mêmeté est constituée de ceci justement que le signifiant comme tel sert à connoter la diffé­rence à l'état pur, et la preuve c'est qu'à sa première apparition le UN manifeste­ment désigne la multiplicité comme telle.
Autrement dit : je suis chasseur… puisque nous voilà portés au niveau du Magdalénien IV.

Dieu sait qu'attraper une bête n'était pas beaucoup plus simple à cette époque que ça ne l'est de nos jours pour ceux qu'on appelle les Bushmen,

et c'était toute une aventure !
Il semble bien qu'après avoir atteint la bête

il fal­lait la traquer longtemps pour la voir succomber à ce qui était l'effet du poison.
J'en ai tué une, c'est une aventure.

J'en tue une autre, c'est une seconde aventure,

que je peux distinguer par certains traits de

la première, mais qui lui ressemble essentiellement d'être marquée de la même ligne générale.

À la quatrième, il peut y avoir embrouillement : qu'est–ce qui la distingue de la seconde, par exemple ?
À la vingtième, comment est–ce que je m'y retrouverai, ou même, est–ce que je saurai que j'en ai eu vingt?
Le marquis de SADE, dans la rue Paradis à Marseille, enfermé avec son petit valet, procédait de même pour les coups, quoique diver­sement variés, qu'il tira en compagnie de ce partenaire, fût–ce avec quelques comparses eux–mêmes diversement variés.
Cet homme exemplaire, dont les rap­ports au désir devaient sûrement être marqués de quelque ardeur

peu commune – quoi qu'on pense – marqua au chevet de son lit, dit–on, par de petits traits cha­cun des  « coups »

pour les appeler par leur nom

qu'il fut amené à pousser jusqu'à leur accomplissement dans cette sorte de singulière retraite probatoire.
Assurément, il faut être soi–même bien engagé dans l'aventure du désir…

au moins d'après tout ce que le commun des choses nous apprend de l'expérience la plus ordinaire des mortels

…pour avoir un tel besoin de se repérer dans la succession de ses accomplissements sexuels.
Il n'est néanmoins pas impensable qu'à cer­taines époques favorisées de la vie, quelque chose puisse devenir flou du point exact où l'on en est dans

le champ de la numération décimale.
Ce dont il s'agit dans « la coche », dans « le trait coché », c'est quelque chose dont nous ne pouvons pas

ne pas voir qu'ici surgit quelque chose de nouveau par rap­port à ce qu'on peut appeler l'immanence

de quelque action essentielle que ce soit.
Cet être…

que nous pouvons imaginer encore

dépourvu de ce mode de repère

…qu'est–ce qu'il fera au bout d'un temps assez court et limité par l'intui­tion, pour qu'il ne se sente pas simplement solidaire d'un présent toujours faci­lement renouvelé où rien ne lui permet plus de discerner

ce qui existe comme différence dans le réel ?
Il ne suffit point de dire :
« c'est déjà bien évident que cette différence est dans le vécu du sujet, car qu’est–ce qui ressemble le plus à un cycle que le retour des besoins

et des satisfactions qui y attiennent ? ».
De même qu'il ne suffit point de dire :
« Mais tout de même, Untel n'est pas moi ! ».
Ça n'est pas simplement parce que LAPLANCHE

a les cheveux comme ça et que je les ai comme cela, et qu'il a les yeux d'une certaine façon, et qu'il n'a pas tout à fait le même sourire que moi,

qu'il est différent.
Vous direz :
« Laplanche est Laplanche, et Lacan est Lacan. »
Mais c'est justement là qu'est toute la question, puisque justement dans l'analyse la question se pose

  • si LAPLANCHE n'est pas la pensée de LACAN,

  • et si LACAN n'est pas l'être de LAPLANCHE

ou inversement.
La question n'est pas suffisamment résolue dans le réel.

C'est le signifiant qui tranche.

C'est lui qui introduit la différence comme telle dans le réel, et justement dans la mesure où ce dont

il s'agit n'est point de différences qualitatives.
Mais alors si ce signifiant, dans sa fonction de différence, est quelque chose qui se présente ainsi sous le mode du paradoxe d'être justement différent de cette différence qui se fonderait sur – ou non – la ressemblance, d'être autre chose de dis­tinct et dont je le répète nous pouvons très bien supposer…

parce que nous les avons à notre portée

…qu'il y a des êtres qui vivent et se supportent très bien d'ignorer complètement cette sorte

de différence qui certainement, par exemple,

n'est point accessible à ma chienne.
Et je ne vous montre pas tout de suite…

car je vous le montrerai plus en détails

et d'une façon plus articulée

…que c'est bien pour cela qu'apparemment la seule chose qu'elle ne sache pas, c'est qu'elle–même est.
Et qu'elle–même soit, nous devons chercher sous quel mode ceci est appendu à cette sorte de distinction particulièrement manifeste dans le trait unaire en tant que ce qui le distingue ce n'est point une identité de semblance, c'est autre chose.
Quelle est cette autre chose ?

C'est ceci : c'est que le signifiant n'est point un signe.
Un signe nous dit–on, c'est de représenter quelque chose pour quelqu'un. Le quelqu'un est là comme sup­port du signe.
La définition première qu'on peut donner d'un quelqu'un, c'est quelqu'un qui est accessible à un signe.

C'est la forme la plus élémentaire,

si on peut s'exprimer ainsi, de la subjectivité.
Il n'y a point d'objet ici encore.

Il y a quelque chose d'autre : le signe,

qui représente ce quelque chose pour quelqu'un.
Un signifiant se distingue d'un signe d'abord en ceci…

qui est ce que j'ai essayé de vous faire sentir …c'est que les signifiants ne manifestent d'abord que la présence de la dif­férence comme telle et rien d'autre. La première chose donc qu'il implique, c'est :

que le rapport du signe à la chose soit effacé.
Ces « 1 » de l'os magdalénien, bien malin qui pourrait vous dire de quoi ils étaient le signe.
Et nous en sommes, Dieu merci, assez avancés depuis le Magdalénien IV pour que vous aperceviez de ceci…

qui pour vous a la même sorte sans doute d'évidence naïve, permettez–moi

de vous le dire, que « A est A »

…à savoir que…

comme on vous l'a enseigné à l'école

…on ne peut additionner des torchons avec des serviettes, des poireaux avec des carottes et ainsi de suite. C'est tout à fait une erreur.
Cela ne commence à deve­nir vrai qu'à partir d'une définition de l'addition qui suppose, je vous assure, une quantité d'axiomes déjà suffisante pour couvrir toute cette section du tableau.
Au niveau où les choses sont prises de nos jours dans la réflexion mathéma­tique, nommément…

pour l'appeler par son nom : dans la théorie des ensembles

…il ne saurait dans les opérations les plus fondamentales…

telles que celles, par exemple,

d'une réunion ou d'une intersection

…il ne saurait du tout s'agir de poser des conditions aussi exorbitantes pour la validité des opérations.
Vous pouvez très bien additionner ce que vous voulez au niveau d'un certain registre pour la simple raison que ce dont il s'agit dans un ensemble,

c'est comme l'a très bien exprimé un des théoriciens spéculant sur un des dits « paradoxes » :

« il ne s'agit ni d'objet ni de chose, il s'agit de
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