Leçon 10








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1 » comme tel est l'Autre.
C'est à partir de ceci, de cette fon­cière structure de l'« 1 » comme différence que nous pouvons voir apparaître cette origine, d'où l'on peut voir

le signifiant se constituer, si je puis dire,

de ce que c'est dans l'Autre que le A du A est A,

le grand A, comme on dit le « grand mot », est lâché.
Du processus de ce langage du signifiant, ici seulement peut partir une explo­ration qui soit foncière et radicale de ce comme quoi se constitue l'identification.
L'identification n'a rien à faire avec l'unification.
C'est seulement à l'en distin­guer qu'on peut

lui donner, non seulement son accent essentiel,

mais ses fonc­tions et ses variétés.
Guillaume Apollinaire


HÉLINOR
Et la dame? la dame?
LORIE
Elle ne saura jamais la vérité.
VOIX DE L'ENCHANTEUR MORT
Je suis mort et froid. Fées, allez–vous–en ; celle que j'aime, qui est plus savante que moi–même et qui n'a point conçu de moi, veille encore sur ma tombe chargée de beaux présents. Allez–vous–en. Mon cadavre pourrira bientôt et je ne veux pas que vous puissiez jamais me le reprocher. Je suis triste jusqu'à la mort et si mon corps était vivant il suerait une sueur de sang. Mon âme est triste jusqu'à la mort à cause de ma Noël funéraire, cette nuit dramatique où une forme irréelle, raisonnable et perdue a été damnée à ma place.
LES FÉES
Allons ailleurs, puisque tout est accompli, méditer sur la damnation involontaire.

Les fées s'en allèrent, et le monstre Chapalu, qui avait la tête d'un chat, les pieds d'un dragon, le corps d'un cheval et la queue d'un lion, revint, tandis que la dame du lac frissonnait sur la tombe de l'enchanteur.
MONSTRE CHAPALU
J'ai miaulé, miaulé, je n'ai rencontré que des chats–huants qui m'ont assuré qu'il était mort. Je ne serai jamais prolifique. Pourtant ceux qui le sont ont des qualités. J'avoue que je ne m'en connais aucune. Je suis solitaire. J'ai faim, j'ai faim. Voici que je me découvre une qualité ; je suis affamé. Cherchons à manger. Celui qui mange n'est plus seul.

Quelques sphinx s'étaient échappés du joli troupeau de Pan. Ils arrivèrent près du monstre et apercevant ses yeux luisants et clairvoyants malgré l'obscurité, l'interrogèrent.
LES SPHINX
Tes yeux lumineux dénotent un être intelligent. Tu es multiple comme nous–mêmes. Dis la vérité. Voici l'énigme. Elle est peu profonde parce que tu n'es qu'une bête. Qu'est–ce qui est le plus ingrat? Devine, monstre, afin que nous ayons le droit de mourir volontairement. Qu'est–ce qui est le plus ingrat?

L'ENCHANTEUR
La blessure du suicide. Elle tue son créateur. Et je dis cela, sphinx, comme un symbole humain, afin que vous ayez le droit de mourir volontairement, vous qui fûtes toujours sur le point de mourir.
Les sphinx échappés du joli troupeau de Pan se cabrèrent, ils pâlirent, leur sourire se changea en une épouvante affreuse et panique, et aussitôt, les griffes sorties, ils grimpèrent chacun à la cime d'un arbre élevé d'où ils se précipitèrent. Le monstre Chapalu avait assisté à la mort rapide des sphinx sans en savoir la raison, car il n'avait rien deviné. Il assouvit sa faim excellente en dévorant leurs corps pantelants. Or, la forêt devenait moins obscure. Redoutant le jour, le monstre activait le travail de ses mâchoires et de sa langue lécheuse. Et l'aube poignant, le monstre Chapalu s'enfuit vers des solitudes plus sombres. Dès l'aurore, la forêt s'emplit de rumeurs et de clartés éblouissantes. Les oiseaux chanteurs s'éveillèrent, tandis que le vieil hibou savant s'endormait. De toutes les paroles prononcées pendant cette nuit, l'enchanteur ne retint pour les approfondir que celles du druide abusé qui s'en alla vers la mer : « J'apprends à redevenir poisson ». Il se souvint aussi, pour en rire, de ces mots proférés par le monstre miaulant Chapalu : « Celui qui mange n'est plus seul ».

06 Décembre 1961 Table des séances

Reprenons notre visée : « 1 ».
À savoir ce que je vous ai annoncé la dernière fois, que j'entendais faire pivoter autour de la notion du « 1 », notre problème, celui de l'identification.
Étant déjà annoncé que l'identification ce n'est pas tout simple­ment « faire un ». Je pense que cela

ne vous sera pas difficile à admettre.
Nous partons, comme il est normal concernant l'identification, du mode d'accès le plus commun

de l'expérience subjective, celui qui s'exprime

par ce qui paraît l'évidence essentiellement communicable dans la formule, qui au premier abord

ne paraît pas soulever d'objection : que A soit A.
J'ai dit « au premier abord », parce qu'il est clair que, quelle que soit la valeur de croyance que comporte cette formule, je ne suis pas le premier à élever des objections là contre.
Vous n'avez qu'à ouvrir le moindre traité de logique pour rencontrer quelles difficultés le distinguo de cette formule, en apparence la plus simple, soulève d'elle–même.
Vous pourrez même voir que la plus grande part des difficultés qui sont à résoudre dans beaucoup de domaines…

mais il est particulièrement frappant

que ce soit en logique plus qu'ailleurs

…ressortissent à toutes les confusions possibles qui peuvent surgir de cette formule qui prête éminemment à confusion.
Si vous avez par exemple quelque difficulté, voire quelque fatigue à lire un texte aussi passionnant que celui du Parménide de PLATON :



  • c'est pour autant que sur ce point du « A est A », disons que vous manquez un peu de réflexion,



  • et pour autant jus­tement, que si j'ai dit tout à l'heure que le « A est A » est une croyance,

il faut bien l'entendre comme je l'ai dit : c'est une croyance qui n'a point toujours régné sûrement sur notre espèce,


  • pour autant qu'après tout le A a bien commencé quelque part…

je parle du A : lettre A …et que cela ne devait pas être si facile d'accéder à ce noyau de certitude apparente qu'il y a dans le « A est A », quand l'homme ne disposait pas de l'A.
Je dirai tout à l'heure sur quel chemin

peut nous mener cette réflexion :

il convient tout de même de se rendre compte

de ce qui arrive de nouveau avec l'A.
Pour l'instant contentons–nous de ceci que notre lan­gage ici nous permet de bien articuler :

c'est que le « A est A », ça a l'air de vouloir dire quelque chose, ça fait signifié.
Je pose, très sûr de ne rencontrer là–dessus aucune opposition de la part de quiconque…

et sur ce thème en position de com­pétence dont j'ai fait l'épreuve par les témoignages attestés de ce qui peut se lire là–dessus, qu'en interpellant tel ou tel mathématicien, suffisamment familiarisé avec sa science pour savoir où nous en sommes actuellement par exemple,

et puis bien d'autres dans tous les domaines

…je ne rencontrerai pas d'opposition à avan­cer…

sur certaines conditions d'explication

qui sont justement celles auxquelles

je vais me soumettre devant vous

…que : « A est A » ça ne signifie rien.
C'est justement de ce « rien » qu'il va s'agir,

car c'est ce « rien » qui a valeur positive pour dire ce que cela signifie.
Nous avons dans notre expérience…

voire dans notre folklore analytique

…quelque chose, une image jamais assez approfondie, exploitée, qu'est le jeu du petit enfant,

si savamment repéré par FREUD34, aperçu de façon

si perspicace dans le « fort–da ».
Reprenons–le pour notre compte puisque,

d'un objet à prendre et à rejeter…

il s'agit dans cet enfant de son petit–fils

…FREUD a su apercevoir le geste inaugural dans le jeu.
Refaisons ce geste, prenons ce petit objet,

une balle de ping–pong : je la prends, je la cache, je la lui remontre.

La « balle de ping–pong » est « la balle de ping–pong »,

mais ce n'est pas un signifiant, c'est un objet.

C'est une approche pour dire :

« ce petit(a) est un petit(a)  ».
Il y a entre ces deux moments

que j'identifie incontestablement

d'une façon légitime

la disparition de la balle.

Sans cela il n'y a rien moyen que je montre,

il n'y a rien qui se forme sur le plan de l'image.

Donc la balle est toujours là et je peux tom­ber en catalepsie à force de la regarder.
Quel rapport y a–t–il entre le « est » qui unit

les deux apparitions de la balle et cette disparition intermédiaire ?
Sur le plan imaginaire, vous touchez qu'au moins la question se pose du rapport de ce « est » avec ce qui semble bien le causer, à savoir la disparition, et là vous êtes proches d'un des secrets de l'identification qui est celui auquel j'ai essayé de vous faire reporter dans le folklore de l'identification : cette assomption spontanée

par le sujet de l'identité de deux appari­tions pourtant bien différentes.
Rappelez–vous l'histoire du propriétaire de la ferme mort que son serviteur retrouve dans le corps de la souris : le rapport de ce « c'est lui » avec le « c'est encore lui », c'est là ce qui nous donne l'expérience la plus simple de l'identification, le modèle et le registre. «  Lui » puis « encore lui » : il y a là la visée de l'être, dans l'« encore lui », c'est le même être qui apparaît.
Pour ce qui est de l'autre, en somme, cela peut aller comme ça, ça va. Pour ma chienne que

j'ai prise l'autre jour comme terme de référence, comme je viens de vous le dire : ça va,

cette référence à l'être est suffisamment,

semble–t–il, supportée par son odo­rat.
Dans le champ imaginaire le support de l'être est vite concevable. Il s'agit de savoir si c'est effectivement ce rapport simple dont il s'agit

dans notre expé­rience de l'identification.
Quand nous parlons de notre expérience de l'être,

ce n'est point pour rien que tout l'effort d'une pensée qui est la nôtre, contempo­raine, va formuler quelque chose dont je ne déplace jamais le gros meuble qu'avec un certain sourire : ce Dasein, ce mode fondamental de notre expérience dont il semble qu'il faut en désigner le meuble donnant toute accession, à ce terme de l'être, la référence primaire.
C'est bien là que quelque chose d'autre nous force de nous interroger sur ceci :

que la scansion où se manifeste cette présence au monde, n'est pas simplement imaginaire, à savoir que déjà

ce n'est point à l'autre qu'ici nous nous référons, mais à ce plus intime de nous–mêmes dont

nous essayons de faire l'ancrage, la racine,

le fondement de ce que nous sommes comme sujet.
Car si nous pouvons articuler, comme nous l'avons fait sur le plan imaginaire, que ma chienne me reconnaisse pour le même, nous n'avons par contre aucune indication sur la façon dont elle s'identifie.
De quelque façon que nous puissions la réengager en elle–même, nous ne savons point, nous n'avons aucune preuve, aucun témoi­gnage du mode sous lequel,

cette identification, elle l'accroche.
C'est bien ici qu'apparaît la fonction, la valeur du signifiant même comme tel, et c'est dans la mesure même où c'est du sujet qu'il s'agit que nous avons à nous interroger sur le rapport de cette identification du sujet avec

ce qui est une dimension différente de tout ce qui est de l'ordre de l'apparition et de la dis­parition,

à savoir le statut du signifiant.
Que notre expérience nous montre que les différents modes, les différents angles sous lesquels

nous sommes amenés à nous identifier comme sujets, au moins pour une part d'entre eux supposent

le signifiant pour l'articuler…

même sous la forme le plus souvent ambiguë, impropre, mal maniable et sujette à toutes sortes de réserves et de distinctions qu'est le « A est A »

…c'est là que je veux amener votre attention.
Et tout d'abord je veux dire sans plus lanterner, vous montrer que si nous avons la chance de faire

un pas de plus dans ce sens, c'est en essayant d'articuler ce statut du signifiant comme tel.
Je l'indique tout de suite, le signifiant n'est point le signe. C'est à donner à cette distinction sa formule précise que nous allons nous employer.
Je veux dire que c'est à montrer où gît cette différence que nous pourrons voir surgir ce fait déjà donné par notre expérience

que c'est de l'effet du signifiant que surgit comme tel le sujet.
Effet métonymique ? Effet métaphorique ?

Nous ne le savons pas encore, et peut–être y a–t–il quelque chose d'articulable déjà avant ces effets, qui nous permette de voir poindre, de former

en un rapport, en une relation, la dépendance

du sujet comme tel par rapport au signifiant.

C'est ce que nous allons voir à l'épreuve.
Pour devancer ce que j'essaie ici de vous faire saisir, pour le devancer en une image courte…

à laquelle il ne s'agit que de donner encore qu'une sorte de valeur de support, d'apologue

…mesurez la différence entre ceci…

qui va d'abord peut–être vous paraître

un jeu de mots, mais justement c'en est un

…il y a « la trace d'un pas »…

déjà je vous ai menés sur cette piste, fortement teintée de mythisme, corrélative justement du temps où commence à s'articuler dans la pensée la fonction du sujet comme tel : ROBINSON devant « la trace de pas » qui lui montre que dans l'île

il n'est pas seul35

…la distance qui sépare ce « pas » de ce qu'est devenu phonétiquement le « pas » comme instrument de la négation.
Ce sont juste là deux extrêmes de la chaîne

qu'ici je vous demande de tenir avant de vous

mon­trer effectivement ce qui la constitue

et que c'est entre les deux extrémités de la chaîne que le sujet peut surgir et nulle part ailleurs.
À le saisir, nous arriverons à relativer quelque chose de façon telle que vous puissiez considérer cette for­mule « A est A », elle–même comme une sorte de stigmate, je veux dire dans son caractère de croyance, comme l'affirmation de ce que j'appellerai

une ἐποΧἠ [époché] : époque, moment, parenthèse, terme historique après tout, dont nous pouvons, vous le verrez, entrevoir le champ comme limité.
Ce que j'ai appelé l'autre jour une indication…

qui restera n'être encore qu'une indication

…de l'identité de cette fausse consistance du « A est A » avec ce que j'ai appelé

une ère théologique, me permettra je crois de faire un pas dans ce dont il s'agit concernant le problème de l'identification, pour autant que l'analyse nécessite qu'on la pose par rapport à une certaine accession

à l'identique comme la transcendant.
Cette fécondité, cette sorte de détermination qui est suspendue à ce signifié du « A est A » ne saurait reposer sur

sa vérité puisqu'elle n'est pas vraie, cette affir­mation.
Ce qu'il s'agit d'atteindre dans ce que devant vous je m'efforce de for­muler, c'est que cette fécondité repose justement sur le fait objectif
j'emploie là « objectif » dans le sens qu'il a

par exemple dans le texte de DESCARTES
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