Leçon 10








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1 »… Tant pis,

il faut prendre le temps d'expliquer les choses.
Si je le souligne au passage, dites–vous le bien

que ce n'est pas pour le plaisir, c'est parce que nous en retrouverons…

et nous ne pourrons le faire que bien après coup

…le sens.
Ce n'est peut–être pas un pilier essentiel de notre explication, mais cela prendra en tout cas bien

son sens à un moment, ce temps de l'occlusion…

et les tracés de ROUSSELOT, que peut–être vous aurez consultés dans l'intervalle de votre côté…

ce qui me permettra d'abréger mon explication

…seront peut–être là particulièrement parlants.
Pour bien imager dès maintenant pour vous ce que c'est que cette occlusion, je vais vous en donner un exemple. Le phonéticien touche d'un seul pas…

et ce n'est pas sans raison vous allez le voir

…le phonème « pa » et le phonème « ap », ce qui lui permet de poser les prin­cipes de l'opposition

de l'implosion « ap » à l'explosion « pa »,

et de nous montrer que la consonance du « p » est…

comme dans le cas de votre fille

…d'être muette.
Le sens du « p » est entre cette implosion et cette explosion.

Le « p » s'entend précisément de ne point s'entendre, et ce temps muet au milieu, retenez la formule,

est quelque chose qui, au seul niveau phonétique de la parole,

est comme qui dirait une sorte d'annonce d'un certain point où, vous verrez, je vous mènerai après quelques détours.
Je profite simplement du passage par ma chienne

pour vous le signaler au passage, et pour vous faire remarquer en même temps que cette absence des occlusives dans la parole de ma chienne est justement ce qu'elle a de commun avec une activité parlante que vous connaissez bien et qui s'appelle le chant.

S'il arrive si souvent que vous ne compreniez pas

ce que jaspine la chanteuse, c'est justement

parce qu'on ne peut pas chanter les occlusives,

et j'espère aussi que vous serez contents de retomber sur vos pieds et de penser que tout s'arrange, puisqu'en somme ma chienne chante, ce qui la fait rentrer dans le concert des animaux.
Il y en a bien d'autres qui chantent et la question n'est pas toujours démontrée de savoir s'ils ont pour autant un langage, de ceci on en parle depuis toujours.
Le chaman dont j'ai la figure sur un très beau petit oiseau gris fabriqué par les KWAKIUTL de la Colombie britannique porte sur son dos une sorte d'image humaine qui communique d'une langue qui le relie

avec une grenouille. La grenouille est censée

lui communiquer le langage des animaux.
Ce n'est pas la peine de faire tellement d'ethnographie puisque, comme vous le savez, Saint François

leur parlait, aux animaux.

Ce n'est pas un personnage mythique, il vivait dans une époque formidablement éclairée déjà de son temps par tous les feux de l'histoire.

Il y a des gens qui ont fait de très jolies petites peintures pour nous le montrer en haut d'un rocher, et on voit jusqu'au fin bout de l'horizon des bouches de poissons qui émergent de la mer pour l'entendre, ce qui quand même, avouez–le, est un comble.

On peut à ce propos se deman­der quelle langue il leur parlait. Cela a un sens toujours au niveau de la linguis­tique moderne, et au niveau de la linguistique moderne et au niveau de l'expérience psychanalytique.
Nous avons appris à définir parfaitement la fonc­tion dans certains avènements de la langue, de ce qu'on appelle le parler babyish, cette chose qui à certains…

à moi par exemple

…tape tellement sur les nerfs :

le genre « guili–guili, qu'il est mignon le petit ». Cela a un rôle

qui va bien au–delà de ces manifestations connotées

à la dimension niaise, la niaiserie consistant en l'occa­sion dans le sentiment de supériorité de l'adulte.
Il n'y a pourtant aucune distinction essentielle entre ce qu'on appelle ce par­ler babyish et,

par exemple, une sorte de langage comme celui

qu'on appelle le pidgin31, c'est–à–dire ces sortes

de langues constituées quand entrent en rapport deux sphères d'articulations langagières, les tenants de l'une se considérant comme à la fois en nécessité et en droit d'user de certains éléments signifiants qui sont ceux de l'autre aire, et ceci dans le dessein de s'en servir pour faire péné­trer dans l'autre aire

un certain nombre de communications qui sont propres à leur aire propre, avec cette sorte de préjugé qu'il s'agit dans cette opération de leur faire passer, de leur transmettre des catégories d'un ordre supérieur.
Ces sortes d'intégrations – entre aire et aire – langagières sont un des champs d'étude de la linguistique, donc méritent comme telles d'être prises dans une valeur tout à fait objective grâce au fait qu'il existe justement, par rapport au langage, deux mondes différents, dans celui de l'enfant

et dans celui de l'adulte.
Nous pouvons d'autant moins ne pas en tenir compte, nous pouvons d'autant moins le négli­ger que c'est dans cette référence que nous pouvons trouver l'origine de certains traits un peu paradoxaux

de la constitution des batteries signifiantes,

je veux dire la très particulière prévalence de certains phonèmes dans la désignation de cer­tains rapports qu'on appelle de parenté :

La – non pas universalité – mais écrasante majorité des phonèmes « pa » et « ma » pour désigner, pour fournir au moins un des modes de désignation du père et de la mère.

Cette irruption de quelque chose qui ne se justifie que d'éléments de genèse dans l'acquisition

d'un langage, c'est–à–­dire de faits de pure parole,

ceci ne s'explique que précisément, à partir de

la perspective d'un rapport entre deux sphères

de langage distinctes.
Et vous voyez ici s'ébaucher quelque chose qui est encore le tracé d'une frontière.
Je ne pense pas là innover puisque vous savez ce qu'a tenté de commencer à pointer, sous le titre de

Confusion of tongues, FERENCZI32, très spécifiquement à ce niveau du rap­port verbal de l'enfant et de l'adulte.
Je sais que ce long détour ne me permettra pas d'aborder aujourd'hui la fonc­tion de l'UN, cela va me permettre d'y ajouter, car il ne s'agit en fin de compte dans tout cela que de déblayer, à savoir que vous ne croyiez pas que là où je vous mène ce soit un champ qui soit – par rapport à votre expérience – extérieur.
C'est au contraire le champ le plus interne puisque cette expérience…

celle par exemple que j'ai évoquée tout à l'heure nommément dans la distinction ici concrète

de l'autre à l'Autre

…cette expérience nous ne pouvons faire que la traverser.
L'iden­tification, à savoir ce qui peut faire très précisément

et aussi intensément qu'il

est possible de l'imaginer

…que vous mettiez sous quelque être de vos relations la sub­stance d'un Autre, c'est quelque chose qui s'illustrera dans un texte ethnogra­phique à l'infini, puisque justement c'est là–dessus qu'on a bâti, avec LÉVY–BRÜHL, toute une série de conceptions théoriques qui s'expriment sous les termes « mentalité prélogique », voire même plus tard « participation mys­tique », quand il a été amené à plus spécialement centrer sur la fonction de l'identification l'intérêt de ce qui lui semblait

la voie de l'objectivation du champ pris pour le sien propre.
Je pense ici que vous savez sous quelle parenthèse, sous quelle réserve expresse seulement peuvent être acceptées les rapports intitulés de telles rubriques.

C'est quelque chose d'infiniment plus commun,

qui n'a rien à faire avec quoi que ce soit qui mette en cause

la logique ni la rationalité, d'où il faut partir pour situer ces faits, archaïques ou non,

de l'identification comme telle.
C'est un fait de toujours connu et encore constatable pour nous, quand nous nous adressons à des sujets pris dans certains contextes qui restent à défi­nir, que ces sortes de faits…

je vais les intituler par des termes qui bousculent les barrières, qui mettent les pieds dans le plat, de façon à bien faire entendre

que je n'entends ici m'arrêter à aucun cloisonnement destiné à obscurcir

la primarité de certains phénomènes

…ces phénomènes :

  • de « fausse reconnaissance », disons d'un côté

  • de « bi–location », disons de l'autre,

au niveau de telle expérience, dans les rap­ports

– à relever les témoignages – foisonnent.
L'être humain…

il s'agit de savoir pourquoi c'est à lui que ces choses–là arrivent,contrairement à ma chienne

…l'être humain reconnaît, dans le surgissement de tel animal, le personnage qu'il vient de perdre.
Qu'il s'agisse de sa famille ou de tel personnage éminent de sa tribu, le chef ou non, président de telle société de jeunes ou qui que ce soit d'autre : c'est lui, ce bison c'est lui.
Ou comme dans telle légende celtique, dont c'est pur hasard si elle vient ici pour moi puisqu'il faudrait que je parle pendant l'éternité pour vous dire tout ce qui peut se lever dans ma mémoire à propos de cette expérience centrale.
Je prends une légende celtique… qui n'est point une légende, qui est un trait de folklore relevé du témoignage

de quelqu'un qui fut serviteur dans une ferme.
À la mort du maître du lieu, du seigneur, il voit appa­raître une petite souris, il la suit. La petite souris va faire le tour du champ, elle se ramène, elle va dans la grange où il y a les instruments aratoires, elle s'y pro­mène sur ces instruments : sur la charrue, la houe, la pelle et d'autres, puis elle disparaît.

Après cela le serviteur, qui savait déjà de quoi

il s'agissait concernant la souris, en a confirmation dans l'apparition du fantôme de son maître

qui lui dit en effet :
« J'étais dans cette petite souris, j'ai fait le tour du domaine pour lui dire adieu, je devais voir les instruments aratoires parce que ce sont là les objets essentiels auxquels une âme reste plus longtemps attaché qu'à tout autre, et c'est seu­lement après avoir fait ce tour que j'ai pu m'en aller délivré… »
…avec d'infinies considérations concernant à ce propos une conception des rapports du trépassé et de certains instruments liés à de certaines conditions de travail, conditions proprement paysannes,

ou plus spécialement agraires, agricoles.
Je prends cet exemple pour centrer le regard sur l'identification de l'être concernant deux apparitions individuelles aussi manifestement

et aussi forte­ment à distinguer de celle qui peut concerner l'être qui, par rapport au sujet nar­rateur, a occupé la position éminente du maître avec cet animalcule contingent, allant on ne sait où,

s'en allant nulle part.
Il y a là quelque chose qui, à soi tout seul, mérite d'être pris non pas simplement comme à expliquer, comme consé­quence, mais comme possibilité qui mérite comme telle d'être pointée.
Est–ce à dire qu'une telle référence puisse engendrer autre chose que la plus complète opacité ?

Ce serait mal reconnaître le type d'élaboration, l'ordre d'effort que j'exige de vous dans mon enseignement, que de penser que je puisse d'aucune façon me contenter – même à en effacer les limites – d'une référence folk­lorique pour considérer comme naturel le phénomène d'identification.
Car une fois que nous avons reconnu ceci comme fond de l'expérience, nous n'en savons absolument pas plus, justement dans la mesure où à ceux à qui je parle

ça ne peut pas arriver, sauf cas exceptionnels.
Il faut toujours faire une petite réserve : soyez sûrs que ça peut encore parfaitement arriver dans telle ou telle zone paysanne. Que ça ne puisse pas, vous à qui je parle, vous arriver, c'est ça qui tranche la question.

Du moment que ça ne peut pas vous arriver, vous ne pouvez rien y com­prendre et, ne pouvant rien y comprendre, ne croyez pas qu'il suffise que vous connotiez l'événement d'une tête de chapitre, que vous l'appeliez avec M. LÉVY–BRÜHL

« participation mystique », ou que vous le fassiez rentrer

avec le même, dans le plus grand ensemble de

la « mentalité prélogique » pour que vous ayez dit quoi que ce soit d'intéressant.
Du reste, ce que vous pouvez en apprivoi­ser,

en rendre plus familier à l'aide de phénomènes

plus atténués, ne sera pas pour autant plus valable puisque ça sera de ce fond opaque que vous partirez.
Vous retrouvez encore là une référence d'APOLLINAIRE :
« Mange tes pieds à la sainte Ménehould »
dit quelque part le héros–héroïne des Mamelles de Tirésias33

à son mari. Le fait de manger vos pieds à la Mitsein n'arrangera rien.
Il s'agit de saisir pour nous le rapport de cette possibilité qui s'appelle identifica­tion, au sens

où de là surgit ce qui n'existe que dans le langage

et grâce au langage : une vérité.
En quoi c'est là une identification qui ne se distingue point pour le valet de ferme qui vient de vous raconter l'expérience dont je vous ai tout à l'heure parlé,

et pour nous qui fondons la vérité sur « A est A ».
C'est la même chose parce que ce qui sera le point

de départ de mon discours de la prochaine fois,

ce sera ceci :

pourquoi « A est A » est–il une absurdité ?
L'analyse stricte de la fonction du signifiant, pour autant que c'est par elle que j'entends introduire pour vous la question de la signification,

c'est à partir de ceci, c'est que si le « A est A »

a constitué, si je puis dire, la condition de tout un âge de la pensée dont l'exploration cartésienne par laquelle j'ai commencé est le terme…

ce qu'on peut appeler l'âge théologique


…il n'en est pas moins vrai que l'analyse linguistique est corrélative à l'avènement d'un autre âge, marqué de corrélations techniques précises parmi lesquelles est l'avènement mathématique…

je veux dire dans les mathématiques

…d'un usage étendu du signifiant.
Nous pou­vons nous apercevoir que c'est dans la mesure où le « A est A » doit être mis en question que nous pouvons faire avancer le problème de l'identification.
Je vous indique d'ores et déjà que si le « A est A » ne va pas, je ferai tourner ma démons­tration autour de la fonction de l'« 1 », et pour ne pas vous laisser totalement en suspens et pour que peut–être

vous essayiez chacun de commencer à vous for­muler quelque chose sur la voie de ce que je vais là–dessus vous dire, je vous prie­rai de vous reporter

au chapitre du Cours de linguistique de DE SAUSSURE

qui se termine à la page 175.
Ce chapitre se termine par un paragraphe qui commence page 174 et je vous en lis le paragraphe suivant :
« Appliqué à l'unité, le principe de différenciation peut se formuler ainsi :

les caractères de l'unité se confondent avec l'unité elle–même.

Dans la langue, comme dans tout système sémiolo­gique…
ceci méritera d'être discuté
ce qui distingue un signe, voilà tout ce qui le constitue.

C'est la différence qui fait le caractère, comme elle fait la valeur et l'unité. »
Autrement dit :

à la différence du signe…

et vous le verrez se confirmer

pour peu que vous lisiez ce chapitre

…ce qui distingue le signifiant c'est seulement d'être ce que tous les autres ne sont pas.
Ce qui dans le signi­fiant implique cette fonction

de l'unité, c'est justement de n'être que différence.
C'est en tant que pure différence que l'unité, dans sa fonction signifiante, se structure, se constitue.
Ceci n'est pas un trait unique, en quelque sorte consti­tué d’une abstraction unilatérale concernant

la relation par exemple synchronique du signifiant.

Vous le verrez la prochaine fois, rien n'est proprement pensable, rien de la fonction du signifiant n'est proprement pensable, sans partir de ceci

que je formule : l'« 
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