Leçon 10








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26 qu'il a fallu d'abord une pensée pour balayer

et rendre vide. Même pas !
Nous n'en sommes pas là.
Au niveau du réel, ce que nous pou­vons entrevoir,

c'est l'entrevoir parmi « tantd'être »…

aussi en un seul mot « tantd'être »

…d'un « êtrétant » où il est accroché à quelque mamelle, bref tout au plus capable d'ébaucher cette sorte de « palpitation de l'être » qui fait tant rire L'Enchanteur au fond de la tombe où l'a enfermé la cautèle de La Dame du lac27.
Rappelez–vous il y a quelques années…

l'année du séminaire sur le Président SCHREBER …l'image que j'ai évoquée lors du dernier séminaire de cette année, celle – poétique – du Monstre Chapalu après qu'il se soit repu du corps des sphinx meurtris par leur saut suicidaire, cette parole…

dont rira longtemps L'Enchanteur pourrissant

…du Monstre Chapalu disant :
« Celui qui mange n'est plus seul. ».
Bien sûr, pour qu’il vienne au jour de l'être,

il y a la perspective de L'Enchanteur.

C'est bien elle, au fond, qui règle tout.
Bien sûr, l'ambiguïté véritable de cette venue au jour de la vérité est ce qui fait l'horizon de toute notre pratique, mais il ne nous est point possible

de partir de cette perspective dont le mythe

vous indique assez qu'elle est au–delà de la limite mortelle : L'Enchanteur pourrissant dans sa tombe.
Aussi n'est–ce pas là un point de vue qui soit jamais complètement abstrait de notre pensée, à une époque où les doigts en haillons de l'arbre de Daphné28, quand ils se profileront sur le champ calciné par le champignon géant de notre toute–puissance, toujours présent à l'heure actuelle à l'horizon de notre imagination, sont là pour nous rappeler l'au–delà d'où peut se peser le point de vue de la vérité.
Mais ce n'est pas la contingence qui fait que j'ai ici à parler devant vous des conditions du véritable, c'est un incident beaucoup plus minuscule : celui qui m'a mis en demeure de prendre soin de vous en tant que poignée de psychanalystes dont je vous rappelle

que de la vérité, vous n'en avez certes pas à revendre, mais que quand même c'est ça votre salade, c'est ce que vous vendez. Il est clair que, à venir vers vous, c'est après du vrai qu'on court. Je l'ai dit l'avant dernière fois que c'est du « vrai de vrai » qu'on cherche.
C'est justement pour cela qu'il est légitime que, concernant l'identification, je sois parti d'un texte dont j'ai essayé de vous faire sentir le caractère assez unique dans l'histoire de la philosophie

pour ce que la question du « véritable » y étant posée

de façon spécia­lement radicale, en tant qu'elle met en cause, non point ce qu'on trouve de vrai dans le réel, mais le statut du sujet en tant qu'il est chargé

de l'y amener, ce vrai, dans le réel.
Je me suis trouvé, au terme de mon dernier discours, celui de la fois dernière, aboutir à ce que je vous ai indiqué comme reconnaissable dans la figure pour nous déjà repérée du trait unique, de l'einziger Zug

pour autant que c'est sur lui que se concentre pour nous la fonction d'indiquer la place où est sus­pendue dans le signifiant, où est accrochée concernant

le signifiant, la question de sa garantie, de sa fonction, de ce à quoi ça sert ce signifiant, dans l'avènement de la vérité.
C'est pour cela que je ne sais pas jusqu'où aujourd'hui je pousserai mon discours, mais il va être tout entier tournant autour de la fin d'assurer dans vos esprits cette fonction du trait unique,

cette fonction du « 1 ».
Bien sûr, c'est là du même coup mettre en cause, c'est là du même coup faire avancer…

et je pense rencontrer, de ce fait, en vous

une espèce d'approbation, de cœur au ventre

…notre connaissance de ce que c'est que ce signifiant.
Je vais commencer…

parce que cela me chante

…par vous faire faire un peu d'école buissonnière.

J'ai fait allusion l'autre jour à une remarque…

gentille, toute ironique qu'elle fût

…concernant le choix de mon sujet de cette année comme s'il n'était point absolument nécessaire.
C'est une occasion de mettre au point ceci…

ceci qui est sûrement un peu connexe

du reproche qu'elle impliquait

…que l'iden­tification ça serait la clef à tout faire, si elle évitait de se référer à un rapport ima­ginaire qui seul

en supporte l'expérience, à savoir : le rapport au corps.
Tout ceci est cohérent du même reproche qui peut m'être adressé dans les voies que je poursuis,

de vous maintenir toujours trop au niveau

de l'articulation langagière telle que précisément

je m'évertue à la distinguer de toute autre.
De là à l'idée que je méconnais ce qu'on appelle le préverbal

que je méconnais l'animal, que je crois que l'homme en tout ceci a je ne sais quel privilège

…il n'y a qu'un pas, d'autant plus vite franchi

qu'on n'a pas le sentiment de le faire.
C'est – à y repen­ser – au moment où plus que jamais cette année je vais faire virer autour de la structure

du langage tout ce que je vais vous expliquer, que je me suis retourné vers une expérience proche, immédiate, courte, sensible et sympathisante, qui est la mienne, et qui peut–être éclairera ceci : que j'ai moi aussi ma notion du « préverbal » qui s'articule à l'intérieur du rapport du sujet au verbe d'une façon qui ne vous est peut–être point à tous apparue.
Auprès de moi…

parmi l'entourage de Mitsein

où je me tiens comme Dasein

…j'ai une chienne que j'ai nommée Justine en hommage

à SADE, sans que – croyez­–le bien – je n'exerce

sur elle aucun sévice orienté.
Ma chienneà mon sens et sans ambiguïtéparle.
Ma chienne a la parole sans aucun doute.
Ceci est important, car cela ne veut pas dire

qu'elle ait totalement le langage.
La mesure dans laquelle elle a la parole sans avoir le rapport humain au langage est une question d'où

il vaut la peine d'envisager le problème du « préverbal ».
Qu'est–ce que fait ma chienne quand elle parle, à mon sens ? Je dis qu'elle parle, pourquoi ?
Elle ne parle pas tout le temps :

elle parle…

contrairement à beaucoup d'humains

…uniquement dans les moments où elle a besoin de parler.
Elle a besoin de parler dans des moments d'intensité émotionnelle et de rapports à l'autre, à moi–même,

et quelques autres personnes.
La chose se manifeste par des sortes de petits couinements pharingaux. Cela ne se limite pas là.
La chose est particulièrement frappante et pathétique à se manifester dans un quasi–humain qui fait que j'ai aujourd'hui l'idée de vous en parler :

c'est une chienne boxer, et vous voyez sur ce faciès quasi humain…

assez néandertalien en fin de compte

…apparaître un certain frémissement de la lèvre,

spé­cialement supérieure…

sous ce mufle, pour un humain un peu relevé,

mais enfin, il y a des types comme cela : j'ai eu une gardienne qui lui ressemblait énormément

…et ce frémissement labial, quand il lui arrivait

de communiquer – à la gardienne – avec moi en tels sommets intentionnels, n'était point sensiblement différent.

L'effet de souffle sur les joues de l'animal n'évoque pas moins sensiblement tout un ensemble de mécanismes de type proprement phonatoire qui, par exemple, prêterait tout à fait aux expériences célèbres

qui furent celles de l'abbé ROUSSELOT29,

fondateur de la phonétique.
Vous savez qu'elles sont fondamentales et consistent essentiellement à faire habiter les diverses cavités dans lesquelles se produisent les vibrations phonatoires par de petits tambours, poires, instruments vibratiles qui permettent de contrôler

à quels niveaux et à quels temps viennent se superposer les éléments divers qui constituent l'émission

d'une syllabe, et plus précisément tout ce que nous appelons le phonème, car ces travaux phonétiques

sont les anté­cédents naturels de ce qui s'est ensuite défini comme phonématique.
Ma chienne a la parole, c'est incontestable, indiscutable, non seulement de ce que les modu­lations qui résultent de ses efforts proprement articulés, décomposables, inscrip­tibles in loco, mais aussi

des corrélations du temps où ce phénomène se produit, à savoir la cohabitation dans une pièce où l'expérience a dit à l'animal :

  • que le groupe humain réuni autour de la table doit rester longtemps,

  • que quelques reliefs de ce qui se passe à ce moment–là, à savoir les agapes, doivent lui revenir.


Il ne faut pas croire que tout soit centré sur

le besoin :

il y a une certaine relation sans doute avec cet élément de consommation mais l'élément communionel du fait qu'elle consomme avec les autres y est aussi présent.
Qu'est–ce qui distingue cet usage…

en somme très suffisamment réussi pour les résultats qu'il s'agit d'obtenir chez ma chienne

…de la parole, d'une parole humaine ?
Je ne suis pas en train de vous donner des mots qui prétendent cou­vrir tous les résultats de la question, je ne donne des réponses qu'orientées vers ce qui doit être pour nous ce qu'il s'agit de repérer,

à savoir : le rapport à l'iden­tification.
Ce qui distingue cet animal parlant de ce qui

se passe du fait que l'homme parle, est ceci…

qui est tout à fait frappant concernant ma chienne, une chienne qui pourrait être la vôtre, une chienne qui n'a rien d'extraordinaire

…c'est que…

contrairement à ce qui se passe

chez l'homme en tant qu'il parle

…elle ne me prend jamais pour un autre.
Ceci est très clair :

cette chienne boxer de belle taille et qui…

à en croire ceux qui l'observent

…a pour moi des sentiments d'amour, se laisse aller

à des excès de passion envers moi dans lesquels

elle prend un aspect tout à fait redoutable

pour les âmes plus timorées telles qu'il en existe, par exemple, à tel niveau de ma descendance :

il semble qu'on y redoute que dans les moments

où elle commence à me sauter dessus en couchant

les oreilles et à gronder d'une certaine façon,

le fait qu'elle prenne mes poignets entre ses dents puisse passer pour une menace.
Il n'en est pourtant rien.
Très vite…

et c'est pour cela qu'on dit qu'elle m'aime

…quelques mots de moi font tout rentrer dans l'ordre, voire au bout de quelques réitérations, par l'arrêt du jeu.
C'est qu'elle sait très bien que c'est moi qui suis là, elle ne me prend jamais pour un autre, contrairement à ce que toute votre expérience est là pour témoigner de ce qui se passe, dans la mesure où dans l'expérience analytique vous vous mettez dans les conditions d'avoir un sujet « pur parlant », si je puis m'exprimer ainsi, comme on dit un pâté pur porc.
Le sujet « pur parlant » comme tel…

c'est la naissance même de notre expérience

…est amené, du fait de rester « pur parlant »

à vous prendre toujours pour un autre.
S'il y a quelque élément de progrès dans les voies où j'essaie de vous mener, c'est de vous montrer

qu'à vous prendre pour un autre, le sujet vous met au niveau de l'Autre, avec un grand A.
C'est justement cela qui manque à ma chienne :

il n'y a pour elle que le petit autre.
Pour le grand Autre, il ne semble pas que son rapport au langage lui en donne l'accès.
Pourquoi, puisqu'elle parle, n'arriverait–elle point comme nous à constituer ces articulations d'une façon telle que le lieu, pour elle comme pour nous,

se développe de cet Autre où se situe la chaîne signifiante ?
Débarrassons–nous du problème en disant que

c'est son odorat qui l'en empêche.
Et nous ne ferons que retrouver là une indication classique, à savoir que la régression organique

chez l'homme de l'odorat est pour beaucoup

dans son accès à cette dimension Autre.
Je suis bien au regret d'avoir l'air, avec cette référence, de rétablir la coupure entre l'espèce canine et l'espèce humaine.
Ceci pour vous signifier que vous auriez tout à fait tort de croire que le privilège par moi donné

au langage parti­cipe de quelque orgueil à cacher

cette sorte de préjugé qui ferait de l'homme,

jus­tement, quelque sommet de l'être.
Je tempérerai cette coupure en vous disant que

s'il manque à ma chienne cette sorte de possibilité…

non dégagée comme autonome

avant l'existence de l'analyse

…qui s'appelle la capacité de « transfert »,

cela ne veut pas du tout dire que ça réduise

avec son partenaire…

je veux dire avec moi–même

…le champ pathétique de ce qu'au sens courant

du terme j'appelle jus­tement les relations humaines.
Il est manifeste, dans la conduite de ma chienne…

concernant précisément le reflux sur son propre être des effets de confort, des positions

de prestige

…qu'une grande part disons–le, pour ne pas dire

la totalité, du registre de ce qui fait le plaisir

de ma propre relation, par exemple avec une femme du monde, est là tout à fait au complet.
Je veux dire que quand elle occupe une place privilégiée comme celle qui consiste à être grimpée sur ce que j'appelle ma couche…

autrement dit le lit matrimonial

…la sorte d’œil dont elle me fixe en cette occasion, suspendue entre la gloire d'occuper une place dont elle repère parfaitement la signification privilégiée et la crainte du geste imminent qui va l'en faire déguerpir, n'est point une dimension différente de ce qui pointe dans l'œil de ce que j'ai appelé par pure démagogie la femme du monde :

car si elle n'a pas, en ce qui concerne ce qu'on appelle le plaisir de la conversation, un spécial privilège, c'est bien le même œil qu'elle a,

quand après s'être aventurée dans un dithyrambe sur tel film qui lui parait le fin du fin de l'avènement tech­nique, elle sent sur elle suspendue de ma part

la déclaration que « je m'y suis emmerdé jusqu'à la garde »,

ce qui du point de vue du nihil mirari30

qui est la loi de la bonne société

…fait déjà surgir en elle cette suspicion qu'elle aurait mieux fait de me laisser parler le premier.
Ceci pour tempérer, ou plus exactement pour rétablir le sens de la question que je pose concernant

les rapports de la parole au langage, est destiné

à intro­duire ce que je vais essayer de dégager pour vous concernant ce qui spécifie un langage comme tel, la langue comme on dit, pour autant que si c'est

le privilège de l'homme, ça n'est pas tout de suite tout à fait clair pourquoi cela y reste confiné.
Ceci vaut d'être épelé, c'est le cas de le dire.

J'ai parlé de la langue.
Par exemple, il n'est pas indifférent de noter,

du moins pour ceux qui n'ont pas entendu parler

de ROUSSELOT ici pour la première fois, c'est tout de même bien nécessaire que vous sachiez au moins comment c'est fait, les réflexes de ROUSSELOT, je me permets de voir tout de suite l'importance de ceci, qui a été absent dans mon explication de tout à l'heure concernant ma chienne, c'est que j’ai parlé de quelque chose de pharyngal, de glottal, et puis de quelque chose qui frémissait tout, par–ci par–là,

et donc qui est enregistrable en termes de pression,

de tension, mais je n'ai point parlé d'effets de langue.

Il n'y a rien qui fasse un claquement par exemple,

et encore bien moins qui fasse une occlusion :

  • il y a flottement, frémissement, souffle,

  • il y a toutes sortes de choses qui s'en appro­chent,

  • mais il n'y a pas d'occlusion.


Je ne veux pas aujourd'hui trop m'étendre, cela va reculer les choses concernant l’« 
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