Leçon 10








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16.




  • Celle que BRENTANO rapporte à très juste titre

à Saint THOMAS D’AQUIN17, à savoir que l'être

ne saurait se saisir comme pensée que d'une façon alternante : c'est dans une succession de temps alternants qu'il pense, que sa mémoire s'appro­prie sa réalité pensante sans qu'à aucun instant puisse se conjoindre cette pensée dans sa propre certitude.


  • L'autre mode, qui est celui qui nous mène plus proches de la démarche cartésienne, c'est de nous apercevoir justement du caractère à proprement parler évanouissant de ce « je », de nous faire voir que le véritable sens de la première démarche cartésienne, c'est de s'articuler comme un :


« Je pense et je ne suis ».
Bien sûr, on peut s'attarder aux approches de cette assomption et nous aper­cevoir que :
« Je dépense à penser, tout ce que je peux avoir d'être ».
Qu'il soit clair qu'en fin de compte c'est de cesser de penser que je peux entrevoir que je sois tout simplement.
Ce ne sont là qu'abords.
Le « Je pense et je ne suis » introduit pour nous toute une succession de remarques, justement de celles

dont je vous parlais la dernière fois concernant

la morphologie du français, celle d'abord sur ce « Je », tellement – dans notre langue – plus dépendant dans sa forme de première personne que dans l'anglais ou l'allemand par exemple, ou le latin, où à la question « qui est–ce qui l'a fait ? » vous pouvez répondre :



  • I, Ich, ego,

  • mais non pas « Je » en français,

mais « c'est moi » ou « pas moi ».
Mais « Je » est autre chose, ce « Je » dans le parler si facilement élidé grâce aux pro­priétés dites muettes de sa vocalise, ce « Je » qui peut être

un « J'sais pas » c'est–à–dire que le « e »  disparaît.
Mais « J'sais pas » est autre chose…

vous le sentez bien pour être de ceux qui

ont du français une expérience originale

…que le « je ne sais ». Le « je ne sais » est un « je sais sans savoir ». Le « ne » du « je ne sais » porte non pas sur le « sais », mais sur le « je ».
C'est pour cela aussi que, contraire­ment à ce qui

se passe dans ces langues voisines auxquelles pour ne pas aller plus loin je fais allusion à l'instant, c'est avant le verbe que porte cette partie décomposée, appelons–la comme cela pour l'instant, de la négation qu'est le « ne » en fran­çais.

Bien sûr, le « ne » n'est–il pas propre au français, ni unique, le « ne » latin se présente pour nous

avec toute la même problématique, que je ne fais aussi bien ici que d'introduire et sur laquelle

nous reviendrons.
Vous le savez, j'ai déjà fait allusion à ce que PICHON18, à propos de la négation en français,

y a apporté d'indications.
Je ne pense pas…

et ce n'est pas non plus nouveau,

je vous l'ai indiqué en ce même temps19

…que les formulations de PICHON sur le forclusif et le discordantiel puissent résoudre la question…

encore qu'elles l'introduisent admirablement

…mais le voisinage, le frayage naturel dans la phrase française du «  je  » avec la première partie de

la négation, «  je ne sais  » est quelque chose qui rentre dans ce registre de toute une série de faits concordants, autour de quoi je vous signalais l'intérêt de l'émergence particulièrement significative dans un certain usage linguistique

des problèmes qui se rapportent au sujet comme tel

dans ses rapports au signifiant.
Ce à quoi donc je veux en venir c'est ceci :

que si nous nous trouvons…

plus facilement que d'autres

…mis en garde à l’endroit de HEGEL contre ce mirage du « savoir absolu », celui dont c'est déjà suffisamment

le réfuter que de le traduire dans le repos repu

d'une sorte de septième jour colossal en ce « Dimanche de la vie »20 où l'animal humain enfin pourra s'enfoncer le museau dans l'herbe, la grande machine étant désormais réglée au dernier carat de ce néant matérialisé qu'est la conception du savoir.
Bien sûr, l'être aura enfin trouvé sa part et sa réserve dans sa stupidité désormais définitivement embercaillée, et l'on suppose que du même coup sera arraché, avec l'excroissance pensante, son pédoncule, à savoir : le souci21.

Mais ceci, du train où vont les choses, lesquelles sont faites, malgré son charme, pour évo­quer

qu'il y a là quelque chose d'assez parent à ce à quoi nous nous exerçons, avec je dois dire beaucoup plus de fantaisie et d'humour : ce sont les diverses amusettes de ce qu'on appelle communément

« la science–fiction », lesquelles montrent sur ce thème

que toutes sortes de variations sont possibles.
À ce titre, bien sûr, DESCARTES ne paraît pas

en mauvaise posture. Si on peut peut–être déplorer qu'il n'en ait pas su plus long sur ces perspectives du savoir, c'est à ce seul titre que s'il en eût su plus long, sa morale en eut été moins courte, mais…

mis à part ce trait que nous laissons

ici provisoirement de côté

…pour la valeur de sa démarche initiale, bien loin de là, il en résulte tout autre chose.
Les professeurs, à propos du doute cartésien, s'emploient beaucoup à sou­ligner qu'il est méthodique. Ils y tiennent énormément. Méthodique, cela veut dire « doute à froid ».

Bien sûr, même dans un certain contexte, on consommait des plats refroidis, mais à la vérité je ne crois pas que ce soit la juste façon de considérer les choses.
Non pas que je veuille d'aucune façon vous inciter

à consi­dérer le cas psychologique de DESCARTES, si passionnant que ceci puisse appa­raître de retrouver, dans sa biographie, dans les conditions de sa parenté, voire de sa descendance, quelques–uns de ces traits qui, rassemblés, peuvent faire une figure au moyen de quoi nous retrouverons les caractéristiques générales d'une psychasthénie, voire d'engouffrer dans cette démonstration le célèbre passage des porte–manteaux humains [ Cf. Méditation seconde ], ces sortes de marionnettes autour de quoi il semble possible de restituer une présence que, grâce à tout le détour de sa pensée, on voit précisément à ce moment–là en train de se déployer, je n'en vois pas beaucoup l'intérêt.
Ce qui m'importe, c'est qu'après avoir tenté de faire sentir que la thématique cartésienne est injustifiable logiquement, je puisse réaffirmer qu'elle n'est pas pour autant irrationnelle.

Elle n'est pas plus irrationnelle que le désir

n'est irrationnel de ne pouvoir être articulable, simplement parce qu'il est un fait articulé,

comme je crois que c'est tout le sens de ce que

je vous démontre depuis un an :

de vous montrer comment il l'est.
Le doute de DESCARTES, on l'a souligné…

et je ne suis pas non plus le premier à le faire

…est un doute bien différent du doute sceptique bien sûr.
Auprès du doute de DESCARTES, le doute sceptique se déploie tout entier au niveau de la question du réel. Contrairement à ce qu'on croit, il est loin de

le mettre en cause : il y rap­pelle, il y rassemble son monde. Et tel Sceptique dont tout le discours nous réduit à ne plus tenir pour valable que la sensation,

ne la fait pas du tout pour autant s'évanouir,

il nous dit qu'elle a plus de poids, qu'elle est plus réelle que tout ce que nous pouvons construire à son propos.
Ce doute sceptique a sa place, vous le savez,

dans la Phénoménologie de l'Esprit de HEGEL22 :

il est un temps de cette recherche, de cette quête

à quoi s'est engagé par rapport à lui–même le savoir, ce savoir qui n'est qu'un « savoir pas encore »,

donc qui de ce fait est un « savoir déjà ».
Ce n'est pas du tout ce à quoi DESCARTES s'attaque. DESCARTES n'a nulle part sa place dans la Phénoménologie

de l'Esprit :

il met en question le sujet lui–même et, malgré qu'il ne le sache pas, c'est du sujet supposé savoir qu'il s'agit.

Ce n'est pas de se reconnaître dans ce dont l'esprit est capable qu'il s'agit pour nous, c'est du sujet lui–même comme acte inaugural qu'il est question.
C'est je crois :

  • ce qui fait le prestige,

  • ce qui fait la valeur de fascination,

  • ce qui fait l'effet de tournant qu'a eu effectivement dans l'histoire cette démarche insensée de DESCARTES,

…c'est qu'elle a tous les caractères de ce que nous appelons dans notre vocabulaire un « passage à l'acte ».
Le premier temps de la méditation cartésienne

a le trait d'un passage à l'acte :

il se situe au niveau de ce qu’a de nécessairement insuffisant, et en même temps nécessairement primordial,

toute tentative ayant le rapport le plus radical,

le plus originel au désir.

Et la preuve : c'est bien ce à quoi il est conduit dans la démarche qui succède immédiatement.

Celle qui succède immédiatement,

la démarche du Dieu trompeur, qu'est–elle ?
Elle est l'appel à quelque chose que

pour la mettre en contraste avec les preuves antérieures, bien entendu non annu­lables,

de l'existence de Dieu

je me permettrai d'opposer comme le verissimum à l'entissimum :

pour Saint ANSELME23, Dieu c'est « le plus être des êtres ».
Le Dieu dont il s'agit ici, celui que fait entrer DESCARTES à ce point de sa thématique, est ce Dieu qui doit assurer la vérité de tout ce qui s'articule comme tel : c'est « le vrai du vrai », le garant que la vérité existe.

Et d'autant plus garant qu'elle pourrait être autre, nous dit DESCARTES, cette vérité comme telle,

qu'elle pourrait être – si ce Dieu–là le voulait –

qu'elle pourrait être à proprement parler l'erreur.
Qu'est–ce à dire sinon que nous nous trouvons là

dans tout ce qu'on peut appeler la batterie du signifiant, confrontés à ce trait unique, à cet einziger Zug que

nous connaissons déjà, pour autant qu'à la rigueur

il pourrait être substitué à tous les éléments de ce qui constitue la chaîne signifiante,

la supporter cette chaîne à lui seul, et sim­plement d'être toujours le même.

Ce que nous trouvons à la limite de l'expé­rience cartésienne comme telle du sujet évanouissant,

c'est la nécessité de ce garant, du trait de structure

le plus simple, du trait unique si j'ose dire, absolument dépersonnalisé, non pas seulement de tout contenu subjectif, mais même de toute variation

qui dépasse cet unique trait, de ce trait

qui est Un d'être le trait unique.
La fondation de l'Un que constitue ce trait

n'est nulle part prise ailleurs que dans son unicité.

Comme tel on ne peut dire de lui autre chose

sinon qu'il est ce qu'a de commun tout signifiant :

d'être avant tout constitué comme trait,

d'avoir ce trait pour support.
Est–ce que nous allons pouvoir, autour de cela,

nous rencontrer dans le concret de notre expérience ?
Je veux dire ce que vous voyez déjà pointer,

à savoir la substitution…

dans une fonction qui a donné tellement de mal

à la pen­sée philosophique, à savoir cette pente presque nécessairement idéaliste qu'a toute articulation du sujet dans la tradition classique

…lui substituer cette fonc­tion d'idéalisation :


  • en tant que sur elle repose cette nécessité structurale qui est la même que j'ai déjà devant vous articulée sous la forme de l'idéal du moi,




  • en tant que c'est à partir de ce point, non pas mythique, mais parfaitement concret d'identification inaugurale du sujet au signifiant radical, non pas de l'Un plotinien, mais du trait unique comme tel, que toute la perspective du sujet comme « ne sachant pas » peut se déployer d'une façon rigoureuse.


C'est ce que…

après vous avoir fait passer aujourd'hui

sans doute par des chemins dont je vous rassure en vous disant que c'est sûrement le sommet

le plus difficile de la difficulté par laquelle j'ai à vous faire passer qui est franchi aujourd'hui

…c'est ce que je pense pouvoir devant vous…

d'une façon plus satisfaisante, plus faite pour nous faire retrouver nos horizons pratiques

…commencer de formuler.

29 Novembre 1961 Table des séances


Je vous ai donc amenés la dernière fois à ce signifiant qu'il faut que soit en quelque façon le sujet

pour qu'il soit vrai que le sujet est signifiant.
Il s'agit très précisément du Un en tant que trait unique :


Nous pourrons raffiner sur le fait que l'instituteur écrit le un comme cela : 1, avec une barre montante qui indique en quelque sorte d'où il émerge.

Ce ne sera pas un pur raffinement d'ailleurs

parce qu'après tout c'est justement ce que nous aussi nous allons faire : essayer de voir d'où il sort.
Mais nous n'en sommes pas là !
Alors, histoire d'accommoder votre vision mentale fortement embrouillée par les effets d'un certain mode de culture, très précisément celui qui laisse béant l'intervalle entre l'enseignement primaire

et l'autre dit secondaire, sachez que je ne suis pas en train de vous diriger vers « l'Un de PARMÉNIDE »24, ni « l'Un de PLOTIN »25, ni l'Un d'aucune « totalité »

dans notre champ de travail, dont on fait depuis quelque temps si grand cas.
Il s'agit bien du «1» que j'ai appelé tout à l'heure « de l'instituteur », de l'1 du « élève X vous me ferez cent lignes de 1 », c'est–à–dire des bâtons, « élève Y, vous avez un 1 en français ».
L'instituteur sur son carnet, trace l'einziger Zug,

le trait unique du signe à jamais suffi­sant de la notation minimale. C'est de ceci qu'il s'agit, c'est du rapport de ceci avec ce à quoi nous avons affaire dans l'identification.

Si j'établis un rapport, il doit peut–être commencer à apparaître à votre esprit comme une aurore,

que ça n'est pas tout de suite collapsé, l'identification, ce n'est pas tout simplement ce 1, en tout cas pas tel que nous l'envisageons.
Tel que nous l'envisageons, il ne peut être…

vous le voyez déjà le chemin

par où je vous conduis

…que l'instrument – à la rigueur – de cette identification et vous allez voir, si nous y regardons de près, que cela n'est pas si simple.
Car si ce qui pense…

« l'êtrepensant » de notre dernier entretien

…reste au rang du réel en son opacité, il ne va pas tout seul qu'il sorte de ce « quelquêtre » où il n'est pas identifié, j'entends : pas d'un « quelquêtremême » où il est en somme jeté sur le pavé de quelque « étendue »
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