Leçon 10








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57, de ce centre, ce cœur parlant du sujet que nous appelons l'inconscient.
Ici, avant que nous nous avancions plus loin,

je crois devoir indiquer quelque chose qui n'est

que la convergence, la pointe d'une thématique

que nous avons abordée déjà à plusieurs reprises dans ce séminaire, à plusieurs reprises

en la reprenant aux divers niveaux auxquels FREUD

a été amené à l'aborder, à la repré­senter, à représenter le système, premier système psychique tel qu'il lui a fallu le représenter de quelque façon pour faire sentir ce dont il s'agit, système qui s'arti­cule comme « Inconscient–Préconscient–Conscient ».
Maintes fois j'ai eu à décrire sur ce tableau,

sous des formes diversement élaborées, les paradoxes auxquels les formulations de FREUD, au niveau de l'Entwurf 58 par exemple, nous confron­tent. Aujourd'hui je m'en tiendrai à une topologisation aussi simple que celle qu'il donne à la fin de la Traumdeutung59,

à savoir celle des couches à travers les­quelles peuvent se passer des franchissements, des seuils, des irruptions d'un niveau dans un autre, tel ce qui nous intéresse au plus haut chef, le passage de l'inconscient dans le préconscient par exemple,

qui est en effet un problème, qui est un problème…

d'ailleurs, je le note avec satisfaction en passant, ça n'est certes pas le moindre effet que je puisse attendre de l'effort de rigueur

où je vous entraîne, que je m'impose à moi–même pour vous ici, et que ceux qui m'écou­tent,

qui m'entendent, portent eux–mêmes à un degré susceptible même à l'occa­sion d'aller plus avant, eh bien, dans leur très remarquable texte publié dans Les Temps modernes60 sur le sujet de L'Inconscient, LAPLANCHE et LECLAIRE…

je ne dis­tingue pas pour l'instant

leur part à chacun dans ce travail

…s'interrogent sur quelle ambiguïté reste dans l'énonciation freudienne, concernant ce qui

se passe quand nous pouvons parler du passage

de quelque chose qui était dans l'incons­cient

et qui va dans le préconscient. Est–ce à dire qu'il ne s'agit que d'un chan­gement d'investissement, comme ils posent très justement la question, ou bien est–ce qu'il y a double inscription ? Les auteurs ne dissimulent pas leur préfé­rence pour la double inscription, ils nous l'indiquent dans leur texte.

…c'est là pourtant un problème que le texte laisse ouvert et, somme toute, ce à quoi nous avons affaire nous permettra cette année d'y apporter peut–être quelque réponse, ou à tout le moins quelque précision.
Je voudrais, de façon introductive, vous suggérer ceci, c'est que si nous devons considérer que l'inconscient c'est ce lieu du sujet où ça parle, nous en venons maintenant à approcher ce point où nous pouvons dire que quelque chose, à l'insu du sujet, est profondément remanié par les effets de rétroaction du signifiant impliqué dans la parole.

C'est pour autant, et pour la moindre de ses paroles, que le sujet parle, qu'il ne peut faire que de toujours une fois de plus se nommer sans le savoir, et sans savoir de quel nom.
Est–ce que nous ne pou­vons pas voir que, pour situer dans leurs rapports l'Inconscient et le Précons­cient,

la limite pour nous n'est pas à situer d'abord quelque part à l'intérieur, comme on dit, d'un sujet qui ne serait simplement que l'équivalent de ce qu'on appelle au sens large « le psychique » ?
Le sujet dont il s'agit pour nous…

et surtout si nous essayons de

l'articuler comme le sujet inconscient

…comporte une autre constitution de la frontière : ce qu'il en est du préconscient, pour autant que

ce qui nous intéresse dans le préconscient

c'est le langage, le langage tel qu'effecti­vement, non seulement nous le voyons, l'entendons parler, mais tel qu'il scande, qu'il articule nos pensées.
Chacun sait que les pensées dont il s'agit au niveau de l'inconscient, même si je dis qu'elles sont « structurées comme un langage », bien sûr c'est pour autant qu'elles sont structurées au dernier terme et à un certain niveau « comme un langage » qu'elles nous intéressent, mais la première chose à constater, celles dont nous parlons, c'est qu'il n'est pas facile de les faire s'expri­mer dans le langage commun.
Ce dont il s'agit, c'est de voir que le langage arti­culé

du discours commun, par rapport au sujet de l'inconscient en tant qu'il nous intéresse, il est au–dehors.
Un au–dehors qui conjointe en lui ce que nous appelons nos pensées intimes, et ce langage qui court au–dehors, non pas d'une façon immatérielle, puisque

nous savons bien…

parce que toutes sortes de choses sont là pour nous le représenter, nous savons ce que ne savaient peut–être pas les cultures où tout se passe dans le souffle de la parole, nous qui avons devant nous des kilos de langage, et qui savons par–dessus le marché inscrire la parole la plus fugitive sur des disques

…nous savons bien que ce qui est parlé, le discours effec­tif, le discours préconscient, est entièrement homogénéisable comme quelque chose qui se tient au–dehors.
Le langage, en substance, court les rues, et là,

il y a effectivement une inscription,

sur une bande magnétique au besoin.

Le pro­blème de ce qui se passe quand l'inconscient vient à s'y faire entendre est le pro­blème de

la limite entre cet inconscient et ce préconscient.
Cette limite, comment nous faut–il la voir ?
C'est le problème que, pour l'ins­tant, je vais laisser ouvert. Mais ce que nous pouvons à cette occasion indiquer, c'est qu'à passer de l'inconscient dans le préconscient, ce qui s'est constitué dans l'inconscient rencontre un discours déjà existant, si l'on peut dire, un jeu de signes en liberté, non seulement interférant avec

les choses du réel, mais on peut dire étroitement, tel un mycelium tissé dans leur intervalle.
Aussi bien, n'est–ce pas là la véritable raison de ce qu'on peut appeler la fascination, l'empêtrement idéaliste dans l'expérience philosophique.
Si l'homme s'aperçoit, ou croit s'apercevoir qu'il n'a jamais que des idées des choses, c'est–à–dire que,

des choses, il ne connaît enfin que les idées, c'est justement parce que déjà dans le monde des choses cet empaquetage dans un univers du discours est quelque chose qui n'est absolument pas dépétrable.
Le préconscient, pour tout dire, est d'ores et déjà dans le réel, et le statut de l'inconscient, lui, s'il pose un pro­blème, c'est pour autant qu'il s'est constitué à un tout autre niveau, à un niveau plus radical de l'émergence de l'acte d'énonciation.
Il n'y a pas en principe, d'objection au passage de quelque chose de l'inconscient dans le préconscient, ce qui tend à se manifester, dont LAPLANCHE et LECLAIRE notent si bien le caractère contradictoire.
L'inconscient a comme tel son statut comme quelque chose qui, de position et de structure, ne saurait pénétrer au niveau où il est susceptible

d'une verbalisation préconsciente.
Et pourtant, nous dit–on, cet inconscient à tout instant fait effort, pousse dans le sens de se faire reconnaître.
Assurément, et pour cause, c'est qu'il est chez lui, si on peut dire, dans un univers structuré par le discours. Ici, le passage de l'inconscient vers le préconscient n'est, on peut dire, qu'une sorte d'effet d'irradiation normale de ce qui tourne

dans la constitution de l'inconscient comme tel,

de ce qui, dans l'inconscient, maintient présent

le fonctionnement premier et radical de l'articulation du sujet en tant que sujet parlant.
Ce qu'il faut voir, c'est que l'ordre qui serait celui de l'incons­cient au préconscient puis arriverait à

la conscience, n'est pas à accepter sans être révisé,

et l'on peut dire que d'une certaine façon,

pour autant que nous devons admettre ce qui est préconscient comme défini, comme étant dans la circulation du monde, dans la circulation réelle, nous devons concevoir que ce qui se passe au niveau du préconscient est quelque chose que nous avons à lire de la même façon, sous la même structure,

qui est celle que j'essayais de vous faire sentir

à ce point de racine où quelque chose vient apporter au langage ce qu'on pourrait appeler sa dernière sanction : cette lecture du signe.
Au niveau actuel de la vie du sujet constitué, d'un sujet élaboré par une longue histoire de culture,

ce qui se passe c'est, pour le sujet, une lecture

au–dehors de ce qui est ambiant, du fait de la présence

du langage dans le réel, et au niveau de la conscience…

ce niveau qui, pour FREUD, a toujours semblé faire problème : il n'a jamais cessé d'indiquer qu'il était certainement l'objet futur à précision, à arti­culation plus précise quant à sa fonction économique

…au niveau où il nous le décrit au début, au moment où se dégage sa pensée, souvenons–nous comment il nous décrit cette couche protectrice qu'il désigne du terme ϕ :

c'est avant tout quelque chose qui, pour lui, est à comparer avec la pellicule de surface des organes sensoriels, c'est–à–dire essentiellement avec quelque chose qui filtre, qui ferme, qui trie, qui ne retient que cet indice de qualité dont nous pouvons montrer que la fonction est homologue avec cet indice de réalité qui nous permet juste de goûter l'état où nous sommes, assez pour être sûrs que nous ne rêvons pas, s'il s'agit de quelque chose d'analogue.

C'est vrai­ment du visible que nous voyons.
De même la conscience…

par rapport à ce qui constitue le pré­conscient et nous fait ce monde étroitement tissé par nos pensées

…la conscience est la surface par où la perception de ce quelque chose qui est au cœur du sujet reçoit, si l'on peut dire, du dehors ses propres pensées, son propre discours.
La conscience est là pour que l'inconscient, si l'on peut dire, bien plutôt refuse ce qui lui vient du préconscient, ou y choisisse de la façon la plus étroite ce dont il a besoin pour ses offices.

Et qu'est–ce que c'est ?
C'est bien là que nous rencontrons ce paradoxe qui est ce que j'ai appelé l'entrecroisement des fonctions systémiques :

À ce premier niveau, si essentiel à reconnaître,

de l'articulation freudienne, l'inconscient vous est représenté par lui comme un flux, comme un monde, comme une chaîne de pensées.
Sans doute, la conscience aussi est faite de

la cohérence des perceptions le test de réalité, c'est l'articulation des perceptions entre elles dans un monde organisé.
Inversement, ce que nous trouvons dans l'inconscient, c'est cette répétition significative qui nous mène de quelque chose qu'on appelle les pensées, Gedanken, fort bien formées dit FREUD, à une concaténation

de pensées qui nous échappe à nous–mêmes.
Or, qu'est–ce que FREUD lui–même va nous dire ? Qu'est–ce que cherche le sujet au niveau de

l'un et l'autre des deux systèmes ?

Qu'au niveau du préconscient ce que nous cherchons ce soit à proprement parler l'identité des pensées, c'est ce qui a été élaboré par tout ce chapitre de l’épistémologie depuis PLATON :

  • l'effort de notre organisation du monde,

  • l'effort logique,

…c'est à proprement parler réduire le divers à l'identique.
C'est identifier pensée à pensée, proposition à proposition dans des relations diverse­ment articulées qui forment la trame même de ce que

l'on appelle la logique for­melle.
Ce qui pose…

pour celui qui considère d'une façon extrêmement idéale l'édifice de la science comme pouvant ou devant, même virtuellement, être déjà achevé

…ce qui pose le problème de savoir si effectivement toute science, tout savoir, toute saisie du monde d'une façon ordonnée et articulée, ne doit pas aboutir à une tautologie.
Ce n'est pas pour rien que vous m'avez entendu à plu­sieurs reprises évoquer le problème de la tautologie, et nous ne saurions d'aucune façon terminer

cette année notre discours sans y apporter

un jugement définitif.
Le monde donc, ce monde dont la fonction de réalité est liée à la fonction per­ceptive, est tout de même ce autour de quoi nous ne progressons dans notre savoir que par la voie de l'identité des pensées.
Ceci n'est point pour nous un paradoxe, mais ce qui est paradoxal, c'est de lire dans le texte de FREUD que ce que cherche l'inconscient, ce qu'il veut,

si l'on peut dire, que ce qui est la racine de son fonctionnement, de sa mise en jeu, c'est l'identité des perceptions, c'est–­à–dire que ceci n'aurait littéralement aucun sens si ce dont il s'agit

ce n'était pas que ceci :

que le rapport de l'inconscient à ce qu'il cherche dans son mode propre de retour, c'est justement

ce qui dans l'une fois perçu est l'identiquement iden­tique si l'on peut dire, c'est le perçu de cette fois–là,

c'est cette bague qu'il s'est passée au doigt

cette fois–là, avec le poinçon de cette fois–là.
Et c'est justement cela qui man­quera toujours,

c'est qu'à toute espèce d'autre réapparition de ce qui répond au signifiant originel, point où est la marque que le sujet a reçue de ce, quoi que ce soit, qui est à l'origine de l'Urverdrängt, il manquera toujours…

à quoi que ce soit qui vienne le représenter

…cette marque qui est la marque unique du surgissement originel d'un signifiant originel qui s'est présenté une fois au moment où le point,

le quelque chose de l'Urverdrängt en question est passé à l'existence inconsciente, à l'insistance dans cet ordre interne qu'est l'inconscient, entre,

d'une part ce qu'il reçoit du monde extérieur et où il a des choses à lier, et du fait que de les lier sous une forme signifiante, il ne peut les recevoir que dans leur différence.
Et c'est bien pour ça qu'il ne peut d'aucune façon être satisfait par cette recherche comme telle

de l'identité perceptive, si c'est ça même qui

le spécifie comme inconscient.
Ceci nous donne la triade conscient–inconscient– pré­conscient

dans un ordre légèrement modifié, et d'une certaine façon qui justifie la formule que j'ai déjà une fois essayé61 de vous donner de l'inconscient en vous disant qu'il était entre perception et conscience, comme on dit entre cuir et chair.
C'est bien là quelque chose qui, une fois que nous l'avons posé, nous indique de nous reporter à

ce point dont je suis parti en formulant les choses à partir de l'expérience philosophique de la recherche du sujet

telle qu'elle existe dans DESCARTES, en tant

qu'il est strictement différent de tout ce qui a pu se faire à aucun autre moment de la réflexion philosophique, pour autant que c'est bien le sujet qui lui–même est interrogé, qui cherche à l'être comme tel :

le sujet en tant qu'il y va de toute la vérité à son propos, que ce qui y est interrogé c'est non pas le réel et l'apparence…

le rapport de ce qui existe et de ce qui n'existe pas, de ce qui demeure et de ce qui fuit

…mais de savoir si on peut se fier à l'Autre, si comme tel ce que le sujet reçoit de l'extérieur est un signe fiable.
Le « Je pense, donc je suis » je l'ai trituré suffisamment devant vous pour que vous puissiez voir maintenant

à peu près comment s'en pose le problème.
Ce « Je pense » dont nous avons dit à proprement parler qu'il était un non–sens…

et c'est ce qui fait son prix

…il n'a, bien sûr, pas plus de sens que le « je mens » mais il ne peut faire, à partir de son articulation, que de s'apercevoir lui–même que « …donc je suis »

ça n'est pas la conséquence qu'il en tire,

mais c'est qu'il ne peut faire que de penser,

à partir du moment où vraiment il commence à penser.
C'est–à–dire que c'est en tant que ce « Je pense » impossible passe à quelque chose qui est de l'ordre du préconscient, qu'il implique comme signifié

et non pas comme conséquence,

comme détermination ontologique

…qu'il implique comme signifié que ce « Je pense » renvoie à un « …je suis » qui désormais n'est plus que le « X » de ce sujet que nous cherchons, à savoir de ce qu'il y a au départ pour que puisse se produire l'identification de ce « Je pense ».
Remarquez que ceci continue, et ainsi de suite :

si « je pense que je pense que je suis »

je ne suis plus à ironiser si je pense que

je ne peux faire qu'être un pensêtre ou un êtrepensant

…le « Je pense » qui est ici au dénominateur

voit très facilement se reproduire la même duplicité, à savoir que je ne peux faire que de m'apercevoir que, pensant que je pense, ce « Je pense », qui est au bout de ma pensée sur ma pensée, est lui–même un « Je pense » qui repro­duit le « Je pense, donc je suis ».

Est–ce ad infinitum ? Sûrement pas !
C'est aussi un des modes les plus courants

des exercices philosophiques, quand on a commencé d'établir une telle formule, que d'appliquer

que ce qu'on a pu y retenir d'expérience effective est en quelque sorte indéfini­ment multipliable

comme dans un jeu de miroirs.

Il y a un petit exercice qui est celui auquel je me suis livré dans un temps, mon petit sophisme personnel, celui de L'assertion de certitude anticipée
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