Leçon 10








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49 et à un grammairien grec du IIème siècle avant

JÉSUS–CHRIST qui s'appelle Dionysius THRAX50.
Singulièrement, il va rencontrer chez eux quelque chose qui, sans aboutir au même paradoxe que Bertrand RUSSELL, rend compte des formules qui, au premier aspect, pourront apparaître comme homonymiques si l'on peut dire.
Le nom propre, ἴδιον ὄνομα [idion onoma], d'ailleurs n'est que la traduction de ce qu'ont apporté là–dessus

les Grecs, et nommément ce Dionysius THRAX :

ἴδιον [idion] opposé à Χοινόν [koinon].
Est–ce que ἴδιον [idion] ici se confond avec le particulier

au sens russellien du terme ?
Certainement pas, puisque aussi bien ce ne serait pas là–dessus que prendrait appui M. GARDINER, si c'était pour y trouver un accord avec son adversaire.
Malheureusement, il ne parvient pas à spécifier

la différence ici du terme de pro­priété comme appliquée

à ce que distingue le point de vue grec originel avec les conséquences paradoxales auxquelles arrive un certain formalisme.
Mais, à l'abri du progrès que lui permet la référence aux Grecs – tout à fait dans le fond – puis à MILL,

plus proche de lui, il met en valeur ceci dont il s'agit, c'est–à–dire : ce qui fonctionne dans le

nom propre, qui nous le fait tout de suite distinguer, repérer comme tel, comme un nom propre.
Avec une pertinence certaine dans l'approche

du problème, MILL met l'accent sur ceci :

c'est que ce en quoi un nom propre se distingue

du nom commun, c'est du côté de quelque chose

qui est au niveau du sens.
Le nom nom commun parait concerner l'objet,

en tant qu'avec lui il amène un sens.
Si quelque chose est un nom propre, c'est pour autant que ça n'est pas le sens de l'objet qu'il amène avec lui, mais quelque chose qui est de l'ordre d'une marque appliquée en quelque sorte sur l'objet,

superposée à lui, et qui de ce fait sera d'autant plus étroitement solidaire qu'il sera moins ouvert…

du fait de l'absence de sens

…à toute participation avec une dimension par où cet objet se dépasse, communique avec les autres objets.
MILL ici fait d'ailleurs inter­venir, jouer une sorte de petit apologue lié à un conte : l'entrée en jeu d'une image de la fantaisie. C'est l'histoire du rôle de la fée MORGIANA qui veut préserver

quelques–uns de ses protégés de je ne sais quel fléau auquel ils sont promis, par le fait qu'on a mis dans la ville une marque de craie sur leur porte.

MORGIANA leur évite de tomber sous le coup du fléau exterminateur en faisant la même marque sur toutes les autres maisons de la même ville.
Ici, Sir GARDINER n'a pas de peine à démontrer

la méconnaissance qu'implique cet apologue lui–même : c'est que, si MILL avait eu une notion plus complète de ce dont il s'agit dans l'incidence du nom propre,

ça n'est pas seulement du caractère d'identification

de la marque qu'il aurait dû faire…

dans sa propre forgerie

…état, c'est aussi du caractère distinctif.
Et comme tel l'apologue serait plus convenable si l'on disait que la fée MORGIANA avait dû, les autres maisons, les marquer aussi d'un signe de craie,

mais différemment du premier, de façon à ce que celui qui, s'introduisant dans la ville pour remplir sa mission, cherche la maison où il doit faire porter son incidence fatale, ne sache plus trouver de quel signe il s'agit, faute d'avoir su à l'avance jus­tement, quel signe il fallait chercher entre autres.
Ceci mène GARDINER à une arti­culation qui est celle–ci : c'est qu'en référence manifeste à cette distinction du signifiant et du signifié, qui est fondamentale pour tout linguiste, même s'il ne la promeut pas comme telle dans son discours, GARDINER, non sans fondement, remarque que ça n'est pas tellement d'absence de sens dont il s'agit dans l'usage du nom propre

car aussi bien, tout dit le contraire.

Très souvent les noms propres ont un sens.

Même M. DURAND, ça a un sens. M. SMITH veut dire forge­ron, et il est bien clair que ce n'est pas parce que M. FORGERON serait forgeron par hasard que son nom serait moins un nom propre

…ce qui fait l'usage de nom propre, nous dit

M. GARDINER, c'est que l'accent, dans son emploi, est mis, non pas sur le sens, mais sur le son en tant que distinctif.
Il y a là manifestement un très grand progrès des dimensions, ce qui dans la plupart des cas permettra pra­tiquement de nous apercevoir que quelque chose fonctionne plus spécialement comme un nom propre.
Néanmoins, il est quand même assez paradoxal justement de voir un lin­guiste…

dont la première définition qu'il aura à donner de son matériel, les pho­nèmes, c'est que ce sont justement des sons qui se distinguent les uns des autres

…donner comme un trait particulier à la fonction

du nom propre que ce soit jus­tement du fait que

le nom propre est composé de sons distinctifs

que nous pouvons le caractériser comme nom propre.
Car bien sûr, sous un certain angle il est manifeste que tout usage du langage est justement fondé sur ceci, c'est qu'un langage est fait avec un matériel qui est celui de sons distinctifs.
Bien sûr, cette objection n'est pas sans apparaître à l'auteur lui–même de cette élaboration.
C'est ici qu'il introduit la notion subjective,

au sens psychologique du terme, de l'attention accordée à la dimension signifiante comme – ici – matériel sonore.
Observez bien ce que je pointe ici, c'est que

le lin­guiste qui d’après un principe de méthode

doit s'efforcer d'écarter…

je ne dis pas d'éliminer totalement

…de son champ…

tout autant que le mathématicien

…tout ce qui est référence proprement psychologique, est tout de même amené ici comme tel à faire état d'une dimension psychologique comme telle, je veux dire du fait que le sujet, dit–il, investisse, fasse attention spécialement à ce qui est le corps de son intérêt quand il s'agit du nom propre

c'est en tant qu'il véhi­cule une certaine différence sonore qu'il est pris comme nom propre

…faisant remarquer qu'à l'inverse dans le discours commun, ce que je suis en train de vous communiquer par exemple pour l'instant, je ne fais absolument pas attention au matériel sonore de ce que je vous raconte. Si j'y faisais trop attention, je serais bien­tôt amené à voir s'amortir et se tarir mon discours.
J'essaie d'abord de vous com­muniquer quelque chose. C'est parce que je crois savoir parler français

que le matériel, effectivement distinctif dans

son fonds, me vient.
Il est là comme un véhi­cule auquel je ne fais pas attention : je pense au but où je vais, qui est de faire pas­ser pour vous certaines qualités de pensées que je vous communique.
Est–ce qu'il est si vrai que cela que chaque fois que nous prononçons un nom propre nous soyons psychologiquement avertis de cet accent mis sur le matériel sonore comme tel ?
Ce n'est absolument pas vrai.

Je ne pense pas plus au maté­riel sonore :

« Sir Alan Gardiner », quand je vous en parle qu'au moment où je parle de zerwutzeln ou n'importe quoi d'autre. D'abord, mes exemples ici seraient mal choisis, parce que c'est déjà des mots que – les écrivant au tableau – je mets en évidence comme mots.
Il est certain que, quelle que soit la valeur de

la revendi­cation ici du linguiste, elle échoue très spécifiquement pour autant qu'elle ne croit avoir d'autre référence à faire valoir que du psychologique.
Et elle échoue sur quoi ?

Précisément à articuler quelque chose qui est

peut–être bien la fonc­tion du sujet, mais du sujet défini tout autrement que par quoi que ce soit de l'ordre du psychologique concret, du sujet pour autant que nous pourrions, que nous devons, que nous ferons de le définir à proprement parler dans sa référence au signifiant.
Il y a un sujet qui ne se confond pas avec le signifiant comme tel, mais qui se déploie dans cette référence au signifiant, avec des traits, des caractères parfaitement articulables et formalisables,

et qui doivent nous permettre de saisir,

de discerner comme tel le caractère idiotique…

si je prends la référence grecque, c'est parce que je suis loin de la confondre avec l'emploi du mot « parti­cular » dans la définition russellienne

…le caractère idiotique comme tel du nom propre.
Essayons maintenant d'indiquer dans quel sens j'entends vous le faire saisir :

dans ce sens où depuis longtemps je fais intervenir au niveau de la définition de l'inconscient

la fonction de la lettre.
Cette fonction de la lettre, je vous l'ai fait intervenir pour vous de façon, d'abord en quelque sorte, poétique.
Le séminaire sur La lettre volée51

dans nos toutes premières années d'élaboration

…était là pour vous indiquer que bel et bien quelque chose

à prendre au sens littéral du terme de

lettre puisqu'il s'agissait d'une missive

…qu’il était quelque chose que nous pou­vions considérer comme déterminant, jusque dans la structure psychique du sujet.
Fable, sans doute, mais qui ne faisait que rejoindre la plus profonde vérité dans sa structure de fiction.
Quand j'ai parlé de L'instance de la lettre dans l'inconscient52 quelques années plus tard, j'y ai mis, à travers métaphore

et méto­nymie, un accent beaucoup plus précis.
Nous arrivons maintenant, avec ce départ que nous avons pris dans la fonc­tion du trait unaire, à quelque chose qui va nous permettre d'aller plus loin.
Je pose qu'il ne peut y avoir de définition du nom propre que dans la mesure où nous nous apercevons du rapport de l'émission nommante avec quelque chose qui,

dans sa nature radicale, est de l'ordre de la lettre.
Vous allez me dire :

voilà donc une bien grande difficulté, car il y a

des tas de gens qui ne savent pas lire et qui se servent des noms propres, et puis les noms propres ont existé, avec l'iden­tification qu'ils déterminent,

avant l'apparition de l'écriture.
C'est sous ce terme, sous ce registre, L'homme avant l'écriture, qu'est paru un fort bon livre53 qui nous donne

le dernier point de ce qui est actuellement connu

de l'évolution humaine avant l'histoire.

Et puis comment définirons–nous l'ethnographie,

dont certains ont cru plausible d'avancer qu'il s'agit à proprement parler de tout ce qui, de l'ordre

de la culture et de la tradition, se déploie en dehors de toute possibilité de documentation par l'outil

de l'écriture ?
Est–ce si vrai que cela ?
Il est un livre auquel je peux demander à tous ceux que cela intéresse, et déjà certains ont devancé

mon indication, de se référer, c'est le livre

de James FÉVRIER54 sur l'Histoire de l'écriture.
Si vous en avez le temps pendant les vacances,

je vous prie de vous y reporter.
Vous y verrez s'étaler avec évidence quelque chose, dont je vous indique le ressort général

parce qu'il n'est en quelque sorte pas dégagé

et qu'il est partout présent, c'est que, préhistoriquement parlant si je peux m'exprimer ainsi…

je veux dire dans toute la mesure où les étages stratigraphiques de ce que nous trouvons attestent une évolution technique et matérielle des accessoires humains

préhistoriquement, tout ce que nous pouvons voir

de ce qui se passe dans l'avènement de l'écriture, et donc dans le rapport de l'écriture au langage, tout se passe de la façon suivante, dont voici très précisément le résultat posé, articulé devant vous, tout se passe de la façon suivante :


  • sans aucun doute nous pouvons admettre que l'homme, depuis qu'il est homme, a une émis­sion vocale comme parlant.




  • D'autre part, il y a quelque chose qui est de l'ordre de ces traits…

dont je vous ai dit l'émotion admirative que j'avais eue, à les retrou­ver marqués en petites rangées sur quelque côte d'antilope

…il y a dans le maté­riel préhistorique

une infinité de manifestations, de tracés qui n'ont pas d'autre caractère que d'être, comme ce trait, des signifiants et rien de plus.
On parle d'idéogramme ou d'idéographisme, qu'est–ce à dire ?

Ce que nous voyons tou­jours, chaque fois qu'on peut faire intervenir cette étiquette d'idéogramme,

c'est quelque chose qui se présente comme en effet très proche d'une image, mais qui devient idéogramme

à mesure de ce qu'elle perd, de ce qu'elle efface

de plus en plus de ce caractère d'image.
Telle est la naissance de l'écriture cunéiforme, c'est

par exemple un bras ou une tête de bouquetin, pour autant qu'à partir d'un cer­tain moment cela prend

un aspect, par exemple comme cela pour le bras :

C'est­ à–dire que plus rien de l'origine n'est reconnaissable.

Que les transitions exis­tent là, n'a d'autre poids que de nous conforter dans notre position, à savoir que ce qui se crée c'est, à quelque niveau que nous voyions surgir l'écri­ture : un bagage, une batterie de quelque chose qu'on n'a pas le droit d'appeler abstrait…

au sens où nous l'employons de nos jours

quand nous parlons de peinture abstraite

…car ce sont en effet des traits, qui sortent

de quelque chose qui dans son essence est figuratif,

et c'est pour ça qu'on croit que c'est un idéogramme, mais c'est un figuratif effacé, poussons le mot qui nous vient ici forcé­ment à l'esprit : refoulé, voire rejeté.
Ce qui reste, c'est quelque chose de l'ordre de

ce trait unaire en tant qu'il fonctionne comme distinctif, qu'il peut à l'occa­sion jouer le rôle de marque.
Vous n'ignorez pas…

ou vous ignorez, peu importe !

…qu'au Mas d'Azil, autre endroit fouillé par PIETTE dont je parlais l'autre jour, on a trouvé des cailloux, des galets sur lesquels vous voyez des choses par exemple comme ceci :


Ce sera en rouge par exemple, sur des galets de type assez jolis, verdâtre passé.

Sur un autre vous y verrez même carrément ceci :


qui est d'autant plus joli que ce signe,

c'est ce qui sert dans la théorie des ensembles

à désigner l'appartenance d'un élément.
Et il y en a un autre :

  • quand vous le regardez de loin, c'est un dé, on voit cinq points. De l'autre vous voyez deux points. Quand vous regardez de l'autre côté, c'est encore deux points.


Ça n'est pas un dé comme les nôtres,

et si vous vous ren­seignez auprès du conservateur, que vous vous faites ouvrir la vitrine, vous voyez que de l'autre côté du cinq il y a une barre, un 1.

C'est donc pas tout à fait un dé, mais cela a

un aspect impressionnant au premier abord,

que vous ayez pu croire que c'est un dé.
Et en fin de compte vous n'aurez pas tort,

car il est clair qu'une collection de caractères mobiles…

pour les appeler par leur nom

…de cette espèce, c'est quelque chose qui de toutes façons a une fonction signifiante.
Vous ne saurez jamais à quoi ça servait, si c'était à tirer des sorts, si c'était des objets d'échange,

des tessères à proprement parler, objets de reconnaissance, ou si ça servait à n'importe quoi que vous pouvez élucubrer sur des thèmes mystiques. Ça ne change rien à ce fait que vous avez là des signifiants.
Que le nommé PIETTE ait entraîné à la suite de cela Salomon REINACH à délirer un tant soit peu sur le caractère archaïque et primordial de la civilisation occidentale parce que soi–disant ça aurait été déjà un alphabet, c'est une autre affaire, mais ceci est à interpréter comme symptôme, mais aussi à critiquer dans sa portée réelle.
Que rien ne nous permette bien sûr de parler d'écriture achi–archaïque au sens où ceci aurait servi…

ces caractères mobiles

…à faire une sorte d'imprimerie des cavernes,

c'est pas de cela qu'il s'agit.

Ce dont il s'agit est ceci, pour autant que

tel idéogramme veut dire quelque chose, pour prendre le petit caractère cunéi­forme que je vous ai fait tout à l'heure, ceci :



au niveau d'une étape tout à fait

primitive de l'écriture akkadienne

…désigne le ciel, il en résulte que c'est articulé « an  ».
Le sujet qui regarde cet idéogramme le nomme « an  » en tant qu'il représente le ciel.

Mais ce qui va en résulter, c'est que la position

se retourne, qu'à servir, dans une écriture du type syllabique, à supporter la syllabe « an » qui n'aura plus aucun rapport à ce moment–là avec le ciel.
Toutes les écritures idéographiques sans exception, ou dites idéographiques, por­tent la trace de la simultanéité de cet emploi qu'on appelle idéographique avec l'usage qu'on appelle phonétique du même matériel.
Mais ce qu'on n'articule pas, ce qu'on ne met pas en évidence, ce devant quoi il me semble que personne ne se soit arrêté jusqu'à présent, c'est ceci :

c'est que tout se passe comme si les signifiants de l'écriture ayant d'abord été produits comme marques distinctives

et ceci nous en avons des attestations historiques, car quelqu'un qui s'appelle

Sir Flinders PETRIE
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