Gilles Goetghebuer "Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais!"








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date de publication31.10.2016
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Zatopek n°10

Les scientifiques donnent l'exemple

Propos recueillis par Gilles Goetghebuer
"Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais!" L'expression résume bien les dérives de notre époque et le mauvais exemple que donnent malheureusement beaucoup de parents, de professeurs, de patrons d'entreprises ou d'hommes politiques. Une exception? Les chercheurs en sciences du sport! Ils sont quasiment tous sportifs. Convaincus du bien-fondé des arguments qu'ils professent!

La Belge Louise Deldicque (28 ans), en poste actuellement à l'Université de Dundee en Ecosse, est chargée de recherche au FNRS (Fonds national de la recherche scientifique). Elle figure aussi parmi les meilleurs athlètes de sa génération. Et détient notamment un titre de championne de Belgique sur semi-marathon. L'année passée, elle a terminé à la troisième place des 20 kilomètres de Bruxelles.

Beaucoup de physiologistes de renom sont de grands sportifs. Cela vous étonne-t-il?

Disons qu'il faut différencier deux types de parcours. D'un côté ceux qui n'étaient pas sportifs au départ mais que leurs travaux ont progressivement convaincus de l'importance du sport pour se maintenir en bonne santé. C'est notamment le cas de Keith Baar qui dirige l'énorme laboratoire de Dundee où je travaille. D'autres ont été attirés par les sciences du sport, parce qu'ils étaient déjà sportifs auparavant. Et même passionnés de sport.
C'est votre cas?

Oui, j'ai toujours été très active. Mes parents habitaient Comines, une petite ville belge à la frontière française. Mon père qui compte parmi les bons marathoniens de la région (+/- 2 heures 30 à l'époque) m'emmenait régulièrement sur les courses. On a ainsi écumé toutes les épreuves autour de Lille. Ensuite, je me suis mise à jouer au tennis très sérieusement. J'ai atteint le classement B-15, ce qui m'a valu d'être reprise dans les programmes de la VTV (Vlaamse Tennisvereiniging: la fédération flamande de tennis) et de rencontrer notamment la famille Clijsters. Kim était déjà trop forte pour nous. Mais j'ai joué contre sa sœur, Elke. Puis, vers l’âge de 15 ans, j’en ai eu marre du tennis. Le fait de devoir toujours affronter les autres m'empêchait de m'épanouir pleinement. En course à pied, on se bat contre soi-même. Et ça me convient beaucoup mieux!
Comment vous est venue cette passion pour la recherche scientifique?

Ah ça, je m'en souviens très précisément. C'était à l'occasion d'un de mes premiers cours de physiologie à l'Institut d'éducation physique de l'Université de Louvain-la-Neuve. On nous expliquait l'importance de l’entraînement fractionné. Or je n'en faisais pas à l'époque. J’ai essayé. Et ça a marché! J'étais épatée de voir que la science était capable d'arriver à de tels résultats en quelques conseils... J'ai voulu en savoir plus!
Quelle carrière privilégiez-vous aujourd'hui: celle de sportive ou celle de chercheuse?

Celle de chercheuse, sans hésitation! Je continue à suivre un programme d'entraînement, bien sûr. Et cela me prend une vingtaine d'heures par semaine. Mais les séances s'intercalent toujours dans les plages de disponibilité que m'octroie mon travail de recherche; même si cela signifie qu'il faut parfois se lever à 5 heures du matin. Le boulot d'abord.
Et si le boulot ne permet pas de s'entraîner?

Il y a toujours moyen. D'ailleurs, cela vaut mieux. Pour moi et pour les autres. Dans le cas où je suis obligée de sauter une séance, je me sens de méchante humeur... Les coureurs me comprendront. Heureusement, ça n'arrive pas souvent. Je n'ai pas été arrêtée pour blessures depuis au moins trois ans. Là encore, je pense à toutes les connaissances scientifiques que j’ai acquises et qui m’aident à mieux comprendre les signaux que m'adresse mon organisme et à adapter mon entraînement en conséquence. Par exemple, je suis devenue une grande adepte du stretching. Je me programme une bonne séance d'assouplissement tous les deux ou trois soirs.
Vous n'avez jamais eu écho de commentaires déplaisants de la part de rivales qui vous soupçonneraient de puiser dans la science les secrets de votre forme?

Non. Le milieu de la course à pied n'incite pas tellement à ce genre de médisance. Certaines personnes l'ont peut-être pensé... Je ne sais pas! C’est vrai que pour ma thèse de doctorat, je travaillais sur la créatine et les avantages qu'elle procure dans le sport. Or ce produit est très controversé.
Vous en preniez?

Non, certainement pas. De toute façon, la créatine n'apporte aucun avantage pour les longues distances. Son efficacité est très faible puisqu'elle n'améliore que légèrement le pouvoir tampon. Mais à ce compte-là, autant prendre du bicarbonate de soude.
Pas de créatine, donc. Pourtant on sait que tous les athlètes de l'élite sont fidèles à l'un ou l'autre supplément. Quels sont les vôtres?

Comme je travaille dans les laboratoires de biologie, j'ai la possibilité de me faire souvent un petit test d’hématocrite et je prends du fer pour éviter que le résultat ne retombe en-dessous de 40%, comme c'était le cas avant le traitement. C'est tout. Sinon, je presse mes oranges tous les matins pour avoir suffisamment de vitamine C et de potassium.
Et à l'effort?

Rien de spécial. Ah si, la caféine. Avant la course, je prends deux gélules de 100 milligrammes préparées par un pharmacien. Cela me permet d'améliorer la performance d'environ une minute sur une heure. Dans mon cas, cela fait souvent la différence entre la première ou la deuxième place.
En tant que scientifique, comment expliquez-vous ce besoin d'adjuvants qui peut même parfois prendre des tournures complètement folles? Souvenez-vous de cette phrase de la sprinteuse américaine Kelli White aux Mondiaux d’athlétisme de Paris en 2003: "Un athlète ne peut pas se souvenir de tous les médicaments qu'il prend en une journée"?

Il y a une grosse part de superstition, c'est vrai. Si l'on s'en tient seulement aux seuls résultats des études, la plupart de ces produits sont inutiles. Ou alors on sait trop peu de choses à leur sujet. Les antioxydants, par exemple. Beaucoup d'athlètes suivent un traitement sans savoir que ce stress oxydatif participe aux réactions d'adaptation qui caractérisent l'entraînement. Si on le bloque par la prise d'un supplément, est-ce que l'on ne limite pas du même coup sa marge de progression. A mon avis, ces questions n'ont pas encore reçu de réponse définitive.
Quels sont vos prochains objectifs sportifs?

Cette année, je me lance sur marathon avec pour seul objectif de terminer sous les trois heures. Je ne veux pas me mettre la pression. J'y vais juste pour voir comment cela se passe. Après, je me fixerai sans doute des objectifs plus ambitieux. En général, on atteint la maturité sur cette épreuve entre 30 et 35 ans. J'ai le temps.
Vous faites des compétitions en Ecosse?

Bien sûr. Mais le niveau est très faible ici. Et les courses réunissent assez peu de monde, notamment parce que le coût d'inscription, autour de 10-12 euros, est trop élevé à mon avis par rapport à ce que l'on connaît en Belgique ou en France. Les plus populaires des courses écossaises comptent à peine quelques centaines de participants contre des milliers sur le continent. Les résultats de cette mauvaise forme physique généralisée ne se font pas attendre. Les Ecossais battent des records en matière d'obésité.
Pour vous cela tombe assez bien, non?

C'est vrai que je travaille désormais sur les mécanismes de la prise de poids et comment ceux-ci peuvent éventuellement être contrariés par l'activité physique. A l’Université de Dundee, je bénéficie d'une infrastructure assez exceptionnelle: il y a 600 à 700 chercheurs réunis dans un immense complexe de recherche sous l'égide "Sciences de la Vie".
Vous avez donc à portée de main tous les Ecossais obèses dont vous pouvez rêver...

Non, ça ne se passe pas tout à fait comme cela. En fait je travaille sur des cellules de souris "stabilisées", ce qui permet de faire varier à loisir les paramètres de la recherche. Depuis peu, on parvient aussi à "stabiliser" des cellules humaines, mais le matériel est plus limité. Et beaucoup plus cher!
Qu’entend-on par "stabiliser"?

Pour mener à bien nos expériences, nous avons besoin de cellules musculaires. Pour s'en procurer, on peut procéder à une biopsie, c'est-à-dire que l'on prélève simplement un peu de muscle dans la jambe d'un sujet (NB: j'avoue, ce n'est pas très agréable). Ou alors on utilise des cellules animales. De la viande, en somme. Dans ce cas-là, on parle de "cultures primaires". Le problème, c'est que celles-ci ne sont pas totalement pures. Parfois, il reste des cellules autres que musculaires, ce qui ne nous arrange pas. Dans les cellules dites stabilisées que l'on achète à des laboratoires, la question a été résolue. L’ampoule ne contient que du muscle, préalablement nettoyé de tous les éventuels contaminants. On dispose ainsi de belles cellules que nous sommes capables de multiplier à l’infini. Pour faire simple, il suffit de se les représenter comme du "muscle en boîte".
Qu'en faites-vous?

J'utilise des agents pharmacologiques qui reproduisent des stress cellulaires du type de ceux que rencontrent les personnes diabétiques ou obèses dans la vie réelle. Par exemple, je nourris mes cellules d'acide palmitique. Exactement le même que celui que nous retrouvons à plus ou moins grande concentration dans le sang. Ce stress va alors affecter le bon fonctionnement d'un organite au sein de la cellule, appelé réticulum endoplasmique. J'essaie d'abord de comprendre quel type de dérèglement il subit. Ensuite, je regarde comment on peut éventuellement y remédier par le biais de contractions électriques qui, cette fois-ci, s'assimilent à l'expérience du sport.
En clair, vous entraînez des muscles de souris.

Des muscles en boîte, oui. Je les entraîne. Ensuite, je récupère les différents composants de la cellule et, grâce à des marqueurs typiques de stress du réticulum endoplasmique, je constate si l'entraînement a été efficace ou non. Je compare alors les différents protocoles de stimulations. Certains se rapprochent plus d'un exercice en endurance. D'autres relèvent plutôt d'un travail de la force. En fonction des résultats, on espère établir des protocoles d'entraînement parfaitement adaptés aux besoins de chaque patient. Le gros avantage de travailler avec des cultures cellulaires stabilisées, c'est que l'on peut faire varier à l'infini les conditions de ces expériences avant de passer aux humains. Sans cela, ce serait irréalisable. Imaginez qu'on doive prendre un premier groupe de patients diabétiques et tester un protocole d’endurance sur eux; puis un deuxième groupe pour un protocole de musculation; puis un troisième pour mixer les deux premiers protocoles...On ne s'en sortirait pas! Les muscles de souris stabilisés nous permettent de gagner énormément de temps.
Peut-on extrapoler ces découvertes aux humains?

Ce sera l'étape suivante de mes travaux. On passera alors à l'entraînement des individus en chair et en os pour vérifier mon hypothèse, à savoir que l’exercice va améliorer le sort des patients obèses et diabétiques.
Mais ça, on le sait déjà. Par exemple que l'exercice permet de faire entrer du sucre dans la cellule même en l'absence d'insuline...

De fait, il s'agit d'un des effets très positifs de la pratique sportive pour des personnes qui présentent une résistance à l’insuline.
Il y en aurait d’autres?

(elle sourit) A découvrir...
Le club des savants
Beaucoup de physiologistes de renom sont aussi de bons athlètes. Parfois même de très bons!
Jean-René Lacour (Laboratoire de physiologie de l’exercice de la Faculté de Lyon-Sud) compte parmi les meilleurs spécialistes français des sciences du sport. Joggeur assidu, il a couru plusieurs marathons.
Sa consœur, Véronique Billat (Laboratoire d’étude de Physiologie de l’exercice (INSERM) au sein du Génopôle d’Evry) marie elle aussi les approches de laboratoire et de terrain. En marge de ses activités de recherche, elle fait du vélo et de la course à pied. Elle fut notamment vice-championne de France de cross.
Le Sud-Africain Tim Noakes (Université de Cape Town) est considéré comme une sommité dans le domaine de la physiologie des épreuves d’endurance et, fort de ce prestige, il n'hésite pas à prendre le contrepied de quelques idées communément admises dans la communauté scientifique. C'est aussi un athlète infatigable qui continue de s'aligner dans les épreuves d'ultra-endurance dans la catégorie "plus de 70 ans" où il se sent de plus en plus seul.
L'Américain David Costill ne court pas. Mais il nage tous les midis avec l'équipe de natation de l'Université de Ball State à Muncie (Indiana). Il tient précisément la comptabilité de ses meilleurs chronos ce qui lui permet d'affirmer aujourd'hui que, grâce à cet entraînement assidu, il n'a pratiquement rien perdu des performances qu'il réalisait 40 ans en arrière alors qu'il faisait partie de l'équipe universitaire de natation.
Son collègue Jack Wilmore (Université du Texas) est convaincu lui aussi des bienfaits d'une activité physique régulière depuis qu'il a rédigé, avec Costill, un des ouvrages de référence de physiologie de l’exercice: Physiology of sport and exercise science. Il partage son temps libre entre deux passions: la course à pied et l'étude des textes bibliques.
Ralph Paffenbarger (Université de Stanford) a consacré toute sa vie de chercheur à chiffrer l'amélioration de l'espérance de vie grâce au sport. Il s'était mis lui-même à la course à pied après une alerte cardiaque à 45 ans. Il est mort en 2007 à l'âge respectable de 84 ans.
Le Suédois Per-Olof Astrand (Institut médical de Karolinska) est toujours considéré comme le père de la physiologie de l’effort grâce notamment à ses travaux tout à fait novateurs sur l'importance de la VO2 max. Il compte aussi parmi ceux qui ont popularisé le mouvement du jogging dans les années 60, dont il était lui-même un fidèle pratiquant!
Son compatriote Bengt Saltin (Université de Copenhague) est sans doute le chercheur qui a le plus contribué à faire comprendre l'origine de la supériorité athlétique des athlètes d'Afrique de l'Est dans les épreuves d'endurance. Moins connu: c'est aussi un redoutable coureur d'orientation!
Le Belge Jacques Poortmans (Université Libre de Bruxelles) compte lui aussi parmi ceux qui ont fait progresser la science, notamment grâce à ses travaux sur le fonctionnement rénal en lien avec l’exercice physique. A son palmarès sportif, on trouve 4 participations au marathon du Médoc et une à Londres. Cette carrière de marathonien a été interrompue par une opération destinée à lui installer une prothèse de hanche, il y a un an et demi. Mais il continue de courir sur sol meuble en forêt.
Le Canadien François Péronnet (Université de Montréal) ne s'est pas contenté de signer un livre, Le Marathon, auquel on continue de se référer 18 ans plus tard. En tant que marathonien lui-même, il a pu tester sur le terrain la validité de ses conseils.
Quant à l'Anglais Eric Newsholme (Université d'Oxford), il mérite probablement la palme du savant le plus sportif. Il a en effet couru plusieurs dizaines de marathons (40) partout dans le monde, souvent en compagnie de sa femme Pauline. Quand il évoque les différentes fatigues qui menacent le sportif... il sait de quoi il parle!

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