«Berlin pauvre mais sexy»








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Introduction

« Berlin pauvre mais sexy » (Klaus Wowereit, maire de Berlin)

Après la chute du mur de Berlin en le 9 novembre 1989, on pouvait voir des lapins de garenne courir sur la potsdamer platz, alors que c’était la place européenne la plus fréquentée pdt les années 1930. Après avoir été désertée pendant 40 ans, cette place est redevenue le pt de passage qu’elle fut autrefois étant un nœud de circulation automobile et ferroviaire. De plus, c’est la vitrine d’une ville entrée et ancrée dans l’ère post-industrielle. Cet exemple montre à quel pt Berlin n’a cessé de se métamorphoser depuis l’effondrement du bloc soviétique, incarnant même le modèle de la ville post-moderne à l’heure de la globalisation.
La ville se développe à la fin du XIIème siècle à partir des deux établissements marchands, Berlin et Kölln, situés de part et d´autre de la Sprée dans l´actuel arrondissement de Mitte. Ensuite, elle devient le lieu de résidence des princes électeurs du Brandebourg. De nombreux huguenots français s’y installent après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, préfigurant la multiculturalité arborée aujourd’hui. Devenant capitale impériale en 1871, elle se développe pendant la 2nde révolution indus avec l’installation de grandes firmes comme Borsig dans le quartier de Tegel, ou Siemens et AEG, groupes phares de l’industrie allemande. La république de Weimar y est proclamée en 1918 dans un contexte de lassitude de la guerre et de tensions au sein du mouvement ouvrier allemand. En 1920, des quartiers périphériques sont rattachés à la ville et l’effervescence culturelle est à son comble. A partir de 1933, Berlin devient capitale du IIIème Reich, les jeux olympiques s’y déroulent en août 1936 danss un contexte tendu. Avant la guerre, la population de la ville atteint 4,3 millions d’habitants. Après la défaite des nazis pendant la bataille de Berlin le 2 mai 1945, la ville ne compte plus que 2,8 millions d’habitants, et est administrée par les 4 puissances victorieuses (URSS, EU, GB, et France). Pendant le blocus des secteurs occidentaux par l’union soviétique, un pont aérien est organisé pendant quasiment 1 an. Berlin devient un symbole de l’affrontement des deux grands, encore plus après la construction du mur à partir du 13 août 1961. Jusqu’en 1989, la ville se développe des deux côtés du mur (construction d’habitations, centres culturels, …) La chute du mur est tt d’abord accueillie dans l’euphorie générale de la réunification allemande, mais pose quelques problèmes de taille : comment aménager cette zone, et comment associer l’éco est-allemande au capitalisme ?

De telles questions mettent en cause la notion d’espace, en lien avec le passé, et sa possible réappropriation par les hommes, ce qui en fait un sujet proprement géographique. Ainsi, la problématique peut-elle s’axer sur la manière dont les Berlinois, et les différentes institutions en place ont géré la transition d’une ville séparée en deux vers une ville réunifiée, à l’image de l’Allemagne. Les échecs, et les expérimentations qui s’y font peuvent d’ailleurs représenter les difficultés et les débats qu’a posés et que pose encore la conversion de l’Allemagne de l’est au capitalisme. La capitale allemande est, comme le dit marc Augé, « à elle seule un raccourci de l’histoire du siècle passé et un témoin actif de celle qui s’ébauche. »

Une première approche s’intéressera aux processus en cours au sein de la capitale, notamment suivant les lois du marché et en adoptant les schémas de la géographie culturelle.

Ensuite, l’accent sera mis sur les débats autour de l’aménagement d’espaces qui sont bien souvent au cœur de conflits d’intérêts importants

Enfin, on questionnera la place de Berlin dans l’Europe à l’heure de l’extension de l’UE à l’est.

I Berlin : une ville en pleine évolution

1° La ségrégation socio-spatiale à Berlin

1ère approche : Etude morphologique de la ville de Berlin : des quartiers bien délimités par des frontières matérielles : la spree, le tiergarten (moabit quartier ouvrier séparé du centre ville par ce parc initialement terrain de chasse des princes électeurs), le landeswehrkanal, les lignes de train (S-bahn, ligne est-ouest). Ces séparations matérielles ont permis de délimiter des quartiers aux populations définies, assurant également la sécurité (grands axes de communication, …). Ces limites existent depuis bien longtemps, et s’expliquent par le développement même de la ville : c’est une agrégation progressive de plusieurs villages s’étant construits les uns à côté des autres. C’est donc une ville polycentrique, surtout après que le mur a créé deux entités administratives distinctes, créant ainsi deux centres (Ku’damm à l’est, Alexanderplatz à l’est), et des périphéries qui se sont développées comme telles.
L’exemple de Kreuzberg est intéressant à cet égard, puisque c’était un quartier de l’ouest, habitué depuis longtemps à l’accueil de pop étrangères dans les « mietskasernen » (ateliers dans les arrière-cours mélangeant logement et industrie (Berlin ayant besoin de « gastarbeiter » pour travailler en usine). Il a ainsi pu être investi par des pop turques et vietnamiennes pendant la période du mur, car les ouvriers venaient en majorité de l’est de la ville avant. C’est de là que Kreuzberg tient son surnom de Petit Istanbul. Etant donné que la ligne de métro aérien qui traverse le quartier se terminait en cul de sac, et que le mur coupait de nombreuses rues du quartier, on peut le considérer comme un quartier périphérique. Après la chute du mur, il a repris une position centrale dans la ville, mais a continué d’être un lieu alternatif, notamment à cause de sa pop, et des mouvements qui y sont nés (ausserparlementarische Opposition dans les 70’s (APO) parti die Grünen qui dirige le quartier depuis). En témoignent les pratiques encore nombreuses de squat de maisons, la scène musicale alternative, ou encore la scène ouverte de la drogue (trafic et conso ostentatoire). 17% de la pop du quartier vit du revenu minimum. Cpt, le quartier fait l’objet de +en+ d’une gentrification, la hausse tendancielle des loyers faisant partir les pop les + pauvres ailleurs. C’est là un point important de la géographie berlinoise : les lois du marché s’y appliquent particulièrement bien, et les dynamiques de gentrification sont à l’œuvre dans les quartiers centraux, ou proches du mur. Or, les grands ensembles construits à l’est ne connaissaient pas au tps du mur de ségrégation sociale (mixité sociale en RDA). La hausse du chômage (cf tx de chomage comparaison ac all) amène à se poser la question de la création de nouveaux ghettos urbains dans ces ensembles, les populations aisées s’installant désormais dans les quartiers centraux.


Voir molecule man à treptow (rencontre des 3 quartiers de friedrichshain, kreuzberg, et treptow)  alt-treptow_molecule-man.jpg
 modèle de la ville nord-américaine, ségrégée en fonction des appartenances sociales (cf école de Chicago : leurs analyses s’appliquent particulièrement bien à Berlin) , et mutations en fonction des ressources et prix dans les quartiers (gentrification, …) ; tout en représentant la ville européenne, dont les espaces sont empreints de l’histoire (du XXème siècle surtout), étant ainsi une confrontation permanente des 2 modèles. C’est une spécificité qui symbolise également le conflit entre deux visions de la réappropriation des espaces, conflit qui trouve un terrain de jeu idéal à Berlin après la chute du mur.
2°) Berlin et la réunification allemande


  1. Une vitrine de la ville post-moderne et marketing urbain


Les espaces clés de la reconstruction se trouvent principalement sur le tracé du mur (aussi des zones de l’ex RDA détruites sous prétexte qu’elles ne répondent pas aux normes occidentales), et répondent à des logiques variées. La boucle de la Spree (Spreebogen) a été investie par les organes parlementaires (Berlin redevenue capitale en 90) et la chancellerie fédérale (+quartier des ambassades au sud du Tiergarten et à proximité de la potsdamer platz). La Potsdamer Platz (si trouves une photo sur le net c’est cool)est quant à elle représentative de la volonté politique de faire de Berlin la capitale des indus high tech et de la post-modernité : en confiant cet espace (laissé vide pendant 40ans avec le no man’s land) à deux entreprises multinationales (Sony et Daimler) à des prix dérisoires (le prix du terrain agricole…), la municipalité a voulu installer Berlin dans la dynamique de métropolisation afin d’attirer les investisseurs étrangers pour relancer l’éco locale (durement frappée par la transition de 90). Ce chantier a certes contribué à une certaine relance de l’activité éco (le BTP est un secteur qui redynamise les territoires), mais il a surtout créé un nouvel espace consacré à la vente et à la consommation. En effet, l’architecture de Renzo Piano et de Helmut Jahn pour les 2 grands ensembles (îlots) est guidée par des objectifs de créer un espace « ouvert » sur le monde en voie de « globalisation éco et financière » : c’est ainsi que le regard du passant, s’il erre dans ces structures immenses de verre et d’acier, est vite attiré par les enseignes commerciales… La neutralité du lieu a donc aussi pour fonction d’inciter à l’activité commerciale, et en aucun cas à développer une appropriation de l’espace par les populations. D’ailleurs, les autorités de la ville ont développé dans les transports en commun et sur les voies publiques un système de surveillance policière important, laissant la place aux formes de contrôle moderne des mouvements éventuellement gênants… En laissant l’urbanisation à de grandes firmes dans certains secteurs de la ville, les autorités ont peut-être renoncé à des rêves d’hégémonie encore dans les mémoires, mais elles ont surtout mis en valeur des façades de bâtiments, à des fins publicitaires.
Par ailleurs, Berlin jouit d’une situation sociale unique, la moitié de sa pop ayant connu de près ou de loin un régime communiste. Les contestations des Berlinois et leurs actions sont donc en conflit avec cette vision de l’aménagement de l’espace.



  1. Des espaces à reconquérir par les hommes


Une ville qui regorge d’ « espaces alternatifs » depuis la chute du mur : le terrain du mur + les friches industrielles laissées par l’industrie est-allemande en déclin (tacheles, terrains près de la ostbahnhof, …)

En effet, Berlin a été durant les années 30 une ville industrielle (plus de 4mio. d’habitants) avec des grandes firmes comme AEG ou Siemens ou encore Borsig (Tegel). Mais depuis la fin de la guerre son éco est d’une part soutenue par la planification est-allemande, d’autre part par les aides occidentales (enjeu idéologique majeur pendant la guerre froide). A la chute du mur, de nombreuses firmes est-allemandes ne sont pas aux normes occidentales et leur productivité est bien trop faible pour faire face à la concurrence mondiale +licenciements massifs de fonctionnaires, démantèlement des combinats indus (Schönweide, Ludwigsfelde) D’où un abandon de tels espaces, ce qui entraine également un chômage de masse encore observable aujourd’hui.

Cf tx de chomage comparaison ac all.pdf
Approche de la « géographie culturelle » (P Claval : « une démarche sensible aux faits de culture mais aussi aux conditions de communication et de transmission des représentations, idées, connaissances, techniques, … ») : Prendre pour objet la créativité artistique pour la relier au fait urbain (une approche parmi d’autres)  Berlin métropole culturelle 2 dimensions : centrifuge et centripète

Les lieux de création artistique « officiels » sont nombreux à Berlin : plus de 300 théâtres (berliner ensemble de Brecht, Schaubühne, Volksbühne avec franck castorf comme successeur de piscator), 3 opéras, plusieurs orchestres symphoniques (barenboim, simon rattle, claudio abbado…)


  • La ville comme lieu d’inspiration pour les artistes


Pourquoi Berlin a-t-elle attiré tant d’artistes depuis 1990 ?  loyers peu chers, effervescence liée à réunification allemande, mais aussi parce qu’il y ont trouvé une « matière urbaine originale » (Grésillon) : un espace fait de discontinuités permanentes, avec la confrontation d’architectures de différents siècles, les traces du passé qui apparaissent à chaque coin de rue (marques de balle sur les bâtiments, traces du mur, immeubles en plattenbau, entrepôts indus désaffectés, voies de chemin de fer)
ex :

Sasha Waltz et « allee der kosmonauten » en 96 : elle s’installe dans un immeuble préfabriqué du quartier de Marzahn (grand ensemble construit pendant la RDA en périphérie de Berlin est) pendant quelques mois pour s’imprégner du rythme de vie des habitants, de l’atmosphère, du décor gris… création ensuite d’un spectacle de danse qui retranscrit sur scène ces impressions.

En musique : le « sound of Berlin », style de musique électro particulier à Berlin  Carsten Nicolaï, compositeur est-allemand : « Pour moi, Berlin n’est pas seulement une ville, c’est un environnement global. J’ai toujours été fasciné par les codes secrets, l’espionnage, la guerre froide… Quand j’étais enfant, j’écoutais la radio et… d’ailleurs c’est peut-être ça qui m’a donné envie de faire de la musique plus tard…, j’écoutais la radio, donc, un programme musical, et soudain la musique était brouillée par des ondes militaires… On entendait alors des voix russes qui récitaient des nombres pendant des heures ! Pour moi, c’est cette ambiance incroyable d’espionnage et de guerre froide qui est à la base de mon travail […] Berlin est une ville extraordinairement dynamique dans tous les domaines artistiques.

Peut-être est-ce dû à la structure même de la ville ? Il y a une dizaine d’années, après la chute du Mur, on a tenté de construire une ville nouvelle. En fait, ces travaux ont laissé des vides énormes en plein centre ville. Quelque chose d’inimaginable ailleurs. Ces espaces sont devenus des aires de jeux exceptionnelles pour tous les artistes et les créateurs »
- La ville sous influence de la création artistique
Naissance dans un contexte politique particulier : chute du mur et enjeu de la ville de berlin pour le symbole (confrontation des 2 blocs…)
- la Volksbühne : créée en 1913, attraction des petites gens, ouvriers, « citadelle de l’éducation et de la culture au milieu du chaos d’un quartier populaire » (Mühlberg, historien), d’autant plus avec comme metteur en scène/directeur Erwin Piscator (communiste)  aujourd’hui c’est encore le cas avec frank castorf qui renoue avec ce théâtre « engagé », en prise avec le quartier où il se situe : il suscite tjrs des réactions fortes après les premières…

Une première définition négative : lieux d’expo hors des cadres traditionnels pour s’y opposer (musées  institutionnel, galeries commerciales) d’où le choix de lieux vétustes voire en ruine pour s’installer.
Ex de tacheles :

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Photos :

Ancienne maison de la technique de AEG, puis grand magasin, réapproprié par un collectif d’artistes après la chute du mur, y créant un lieu d’expérimentations diverses

d’où des changements dans la composition de la pop du quartier (les étudiants, squatteurs et artistes s’installent tout d’abord, remplaçant les personnes âgées et les jeunes ménages)
Mais en même temps ce genre d’occupation provoque des effets d’entraînement et de valorisation du quartier, ce qui entraîne une hausse des loyers, chassant ainsi cette population plutôt démunie dans d’autres quartiers.

La défense d’un tel lieu aujourd’hui est donc aussi synonyme de résistance contre ces phénomènes de gentrification et d’envahissement des centre-villes par les investisseurs (cf les affiches « sie haben die stadt verkauft ») : projet actuel de la ville de racheter l’immeuble pour le détruire et laisser place à des immeubles modernes… C’est aussi par ce genre de réappropriation d’espace que les hommes peuvent mettre en exergue le conflit existant entre aménagements institutionnels et aménagements voulus par un groupe, créant des espaces réellement vécus sur un mode actif, suscitant la création artistique. Le paradoxe est souligné par le fait qu’une telle initiative a été à la fois un exemple de réappropriation d’un espace par un collectif, et ppal vecteur de la transformation sociale du quartier, en contribuant à le gentrifier notamment. Le conflit dont on a déjà parlé y est donc présent ici à son paroxysme.
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Friches, squats, … : des espaces sans qualité ?

Ils sont en général des vestiges d’un passé, mais qui attendent une nouvelle appropriation par d’autres individus, appropriation d’autant plus importante dans le cas d’espaces dédiés à la création artistique : ils permettent de créer de nouvelles perspectives dans des travaux, des trajectoires (ex des arts de la rue par définition itinérants, mais qui requièrent des points d’attache pour se diffuser) , une localisation géographique particulière : ni en centre ville (sauf exception) ni en périphérie : dans les faubourgs (entre centre et périphérie)  couronne péricentrale.
Ex :


Pfefferberg, kulturbrauerei (deux anciennes brasseries le long de la schönhaüser allee reconverties en clubs/salles de concerts)
Ces localisations s’expliquent par le choix de lieux abandonnés (friches industrielles, militaires,…) et montrent que les pratiques culturelles se renouvellent dans les marges également de façon spatiale. D’espaces disqualifiés, ils deviennent espaces requalifiant voire de gentrification de quartiers entiers et invitent donc à s’intéresser au fait culturel dans le cadre de la géographie.

En témoigne la hausse progressive des loyers ds le quartier de Prenzlauer Berg (où se trouvent le mauerpark, schönhaüser allee) à Berlin, quartier investi par les populations jeunes, artistes,…

Ces appropriations a priori sauvages et illégales réinterrogent la responsabilité des institutions – au premier rang desquelles l’Etat- dans le soutien à la création culturelle, mise en danger par des intérêts commerciaux qui imposent des contraintes de rentabilité contradictoires avec les conditions de création (ne pouvant par définition garantir un quelconque profit), comme le montre JP Warnier dans La mondialisation de la culture.
II Une volonté d'unifier par les aménagements urbains
Depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, la ville tente de retrouver une unité. Pour cela, divers acteurs interviennent afin de réaménager l'espace urbain et de créer une cohésion berlinoise. Quels sont ces projets ? Quels impacts ont-ils réellement sur la capitale allemande et comment sont-ils perçus et vécus par les berlinois ?
A. Berlin redevient capitale : redonner un visage de capitale à Berlin
« Pour symboliser la métropole et la nation retrouvées, rien de tel qu’un centre retrouvé » - Grésillon
1. L'émergence d'un Nouveau Berlin dans les années 1990

a) Les instances gouvernementales rejoignent Berlin :

Avec la réunification de l'Allemagne le 3 Octobre 1990, Berlin devient la nouvelle capitale de la république fédérale (le 20 Juin 1991). Les instances gouvernementales sont alors appelées à quitter Bonn pour rejoindre Berlin et il s'agit pour la ville de retrouver un visage de capitale. Une des priorités est de bâtir un quartier gouvernemental (Regierungsviertel) à la hauteur d'une capitale européenne. Le quartier du gouvernement s'installe autour du Reichstag (le parlement), dans le Spreebogen (le coude de la Spree). Ce nouveau quartier est stratégiquement installé dans un vaste espace vert qui borde et prolonge le Tiergarten afin d'éviter un sentiment de domination sur la ville. L'Allemagne veut rompre avec l'image qu'elle a véhiculée dans le passé et se présenter comme une démocratie modeste, sobre et transparente, tels que le seront ses bâtiments officiels.




Situation du quartier parlementaire

On peut tout de même se demander si le quartier du gouvernement n'est pas fermé, constituant un espace à part dans la ville puisque tous les bâtiments du gouvernement sont regroupés dans un même endroit, délimités par la Spree d'un côté, le Tiergarten de l'autre. Le gouvernement tente cependant de ne pas créer de fracture au sein de la ville. Par exemple, il souhaite conserver une continuité entre le quartier de Mitte et celui du gouvernement, par la création de promenades aménagées sur les rives de la Spree. De plus, ce quartier attire les visiteurs qui viennent observer les architectures modernes des bâtiments (avec en tête, la coupole en verre du Reichstag à laquelle ils peuvent avoir accès) ou profiter des espaces verts entre la Spree et le Tiergarten (comme la pelouse du Reichstag où les gens aiment se retrouver).

Ce quartier du gouvernement est composé :


Du bâtiment du Reichstag, qui depuis 1999 est le siège du Bundestag (parlement)

Avant d'être complétement rénové, le Reichstag est emballé par le couple d'artistes Christo et Jeanne-Claude, du 23 juin au 6 juillet 1995, ce qui attire de nombreux visiteurs à Berlin. Les travaux de rénovation et modernisation sont entrepris dès les bâches démontés. Les façades sont restaurées et on assiste à la construction d'une coupole moderne, en rupture complète avec l'originale au sommet du Reichstag. La pièce principale du bâtiment, où se réunissent les parlementaires, se distingue par sa hauteur (30 mètres de haut), sa transparence et sa fonctionnalité. Les visiteurs peuvent accéder directement à la terrasse qui offre une vue panoramique sur les bâtiments voisins et le Tiergarten, et à la coupole, dont les parois de verre permettent d'observer l'hémicycle et le travail parlementaire.

Le Reichstag




L'intérieur de la coupole de verre...qui permet d'observer l'hémicycle

De nouveaux bâtiments du parlement (commissions, bureaux des groupes parlementaires, présidence et bibliothèque) :
Sur le côté nord, trois autres édifices ont été construits pour compléter ce qui est désormais connu sous l'appellation de «complexe parlementaire». Parmi eux, le bâtiment Paul Löbe accueille la salle des délibérations, les bureaux des députés et un restaurant donnant sur la Spree. Le bâtiment Jakob Kaiser abrite pour sa part le palais historique du président du Reichstag, les services parlementaires et le bureau du Bundestag. Enfin, le bâtiment Marie-Elisabeth Lüders s'élève sur la rive est de la Spree, dans l'alignement de l'édifice Paul Löbe auquel il est relié par un pont piétonnier. Sa rotonde accueille les travaux de la commission chargée des affaires en lien avec l'Union Européenne. Ce bâtiment accueille également la bibliothèque du Parlement, une des plus importantes au monde. Par ailleurs, on peut noter qu'un couloir souterrain réunit entre eux le Reichstag et les édifices Paul Löbe et Jakob Kaiser.



Le pont piétonnier reliant les bâtiments gouvernementaux

De la Chancellerie, qui accueille depuis 2001 le bureau du chancelier et de ses services

En ce qui concerne la Chancellerie, le Sénat de Berlin fut associé à l’élaboration du projet, mais sans pouvoir imposer ses visions. Un concours d'idées avait été lancé afin de recueillir plusieurs propositions de construction. Le bâtiment est l’œuvre commune des architectes berlinois Axel Schultes et Charlotte Frank qui remportent le concours en 1992.

Mais cette architecture moderne n'est pas du goût de tout le monde et les Berlinois s'amusent à l'appeller : « die Waschmaschine » (la machine à laver).




La Chancellerie

De la Wilhelmstrasse et la Pariser Platz, où l'on trouve le ministère des Finances, ainsi que les ambassades britannique, américaine et française ;




La Pariser Platz

Du quartier des ambassades (Botschaftsviertel) près du Tiergarten avec des constructions architecturales particulièrement intéressantes, notamment les ambassades nordiques.





Cependant tous les corps diplomatiques ne construisent pas de nouvelles légations, certains réinvestissent leurs anciens bâtiments (c'est le cas de l'Italie, l'Espagne, le Japon).

Parallèlement à la construction du quartier gouvernemental, des concours sont lancés afin de trouver comment remodeler la ville, en faisant disparaître les espaces vides nés de la destruction du mur, et lui redonnant sa stature de capitale européenne. Un nouveau Berlin émerge dans les années 1990.

Les travaux d'aménagement des principales artères commencent également, redonnant un visage de métropole à la ville, avec la volonté de réaménager en grande partie Berlin-Est. Dans le même temps où le centre évolue, la périphérie se développe

b) Le cas de Potsdamer Plaz :




Un des exemples les plus marquants du renouveau urbain, qui a transformé Berlin en un « Nouveau Berlin » au cours des années 1990, est celui de la Potsdamer Platz. Faisons un bref historique de cette place pour comprendre son rôle dans Berlin et les transformations impressionnantes qui s'y sont effectuées dans les années 1990. On peut retenir trois phases dans l’histoire de cette place.

    • Dans les années 1920, c'est sur la Potsdamer Platz que sont installés les premiers feux de circulation en Europe. Ce lieu est alors le symbole de la modernité, le cœur et le nœud de communication de la métropole, et Berlin, la ville d’Europe la plus trépidante, bourdonnante de commerces, de trafic et de loisirs.

    • Ensuite, après la Seconde Guerre mondiale, elle est complétement détruite et le reste jusqu’en 1989, offrant l'image d'un no man’s land sans vie, une bande de terrain sablonneux connu comme le cul de sac divisant l’Est et l’Ouest de Berlin.

    • Après la chute du Mur, la résurrection de Potsdamer Platz est assurée par de nombreux investisseurs et architectes internationaux. Il s'agit en fait du réaménagement de tout un quartier et non d'une simple place. Ce quartier consiste en trois ilots connus aujourd'hui sous le nom de Daimler City ou quartier DaimlerChrysler, Sony Center et Beisheim Center qui ont métamorphosé le terrain vague abandonné, où passait jusqu’en 1989 le Mur de Berlin. La transformation de cet espace a amené les divers acteurs agissant sur l'organisation de la ville à se poser de nombreuses questions, à savoir : comment concilier les intérêts publics et les intérêts commerciaux, l’intégration de deux systèmes de transport différents, la planification des accès routiers et des infrastructures desservant le centre nouvellement réunifié, la limitation du trafic dans le quartier du centre et la prise en compte de considérations écologiques, la décision sur le style d’architecture – des gratte-ciel comme à Manhattan ou des lotissements bas, du traditionnel, du futuriste ou de l’avant-garde ?

Afin de recueillir de multiples idées sur la façon d'aménager Potsdamer Platz, le Sénat lance un concours en 1991. Il est remporté par les architectes Hilmer et Sattler, et le quartier se trouve divisé en plusieurs parties, au sein desquelles les investisseurs privés développent leur propre projet. Le plus imposant est celui de Daimler-Benz qui demande à Renzo Piano de créer un plan d’ensemble. Plusieurs architectes de renommée internationale interviennent pour la construction des bâtiments. Outre Renzo Piano, Hans Kollhoff conçoit l’immeuble du n°1 Potsdamer Platz, aujourd’hui occupé par des bureaux. Au nord-ouest de la place, un second projet est confié à Sony qui y installe son siège européen. Conçu par Helmut Jahn, le Sony Center est un ensemble de verre et d’acier comprenant une vaste esplanade couverte. Le projet comprend également l’édification d’une tour qui fait face à celle d’Hans Kollhoff, occupée aujourd’hui par la Deutsche Bahn. La verticalité marque désormais fortement le paysage, notamment autour de la place. Le choix d’édifier ces tours de bureaux renvoie bel et bien à l’image que Berlin veut se donner au moment de la réunification : une ville qui reprend son rang dans le concert des métropoles européennes et mondiales, en assurant sa reconversion dans le tertiaire supérieur. Cette ambition est affichée dès le lancement du chantier avec l'intervention de firmes multinationales telles que Daimler-Benz et Sony, emblèmes d’un capitalisme qui se veut triomphant, dans cette ville marquée par la Guerre froide.


Potsdamer Platz




Sony Center

En plus des tours de bureaux, ce lieu redevenu central contient de nombreux commerces. Ainsi, 30 % de la surface du secteur aménagé par Daimler-Benz sont consacrés au commerce. Le quartier s’articule sur un réseau de rues couvertes qui constituent un vaste centre commercial dénommé Arkaden. Celui-ci regroupe principalement des commerces de vêtements et accessoires de mode, des restaurants et des fast foods. On y retrouve bon nombre d'enseignes internationales. Quant au Sony Center, c’est un espace qui regroupe cafés et restaurants, ainsi qu’un musée et plusieurs cinémas. La réunification de Berlin s’est faite ici sous le sceau de la consommation, du divertissement et du tourisme, en s’articulant sur un modèle globalisé d’espace public. Aujourd’hui, le quartier a donc retrouvé sa fonction centrale, mais « alors que la Potsdamer Platz aurait pu devenir, en partie au moins, un lieu de commémoration de l’histoire allemande du XXe siècle, elle s’est transformée en un vaste espace commerçant » (Grésillon). Ce regret est significatif du tiraillement, entre passé et avenir, dans lequel se trouve Berlin.

Toutefois, ce quartier désire être plus qu'une vitrine du capitalisme et est réalisé en fonction du principe de mixité urbaine combinant bureaux, loisirs, logements, commerce. Bien que la construction verticale soit présente dans cette zone urbaine, le quartier est globalement construit « à l’européenne », composé de bâtiments de hauteur moyenne et reprenant le tracé historique des rues. On assiste donc à la création d’une vie urbaine dans une zone qui était restée inactive pendant des années, par l’intégration d’un bâti résidentiel à des commerces, de l’immobilier d’affaires et de loisirs pour s’assurer que ce quartier puisse exister vingt quatre heures sur vingt-quatre. Cet important lieu d’animation est aussi un nœud majeur de circulation et de correspondance entre S-Bahn et métro.

c) Rénover la partie Est : homogénéiser la ville

Parallèlement à la réhabilitation du centre historique, les cités dortoirs de Berlin Est sont rénovées. De lourdes opérations d'assainissement des quartiers Est sont lancées, notamment dans les districts de Prenzlauerberg et de Mitte.


Carte représentant les quartiers Est de Berlin



  • Prenzlauer Berg :

Historiquement, Prenzlauer Berg est un quartier populaire dans lequel furent construites à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, des casernes locatives (Mietskasernen). Il s’agit de longues enfilades de cours et d’arrière-cours (Hinterhöfe), actuellement en voie de rénovation, qui servaient à abriter sinon entasser dans un espace restreint une population prolétaire de plus en plus nombreuse. Contrairement à la majorité des autres arrondissements, celui de Prenzlauer Berg n’a pas été très touché par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Quelques façades portent encore des traces de balles, comme dans Mitte, mais l’essentiel de l’urbanisme d’avant-guerre a été préservé. Le phénomène le plus frappant avec l'effondrement du Mur, est l’apparition de panneaux publicitaires et la construction de nouveaux immeubles dans les vides laissées par la guerre. Au niveau architectural, on observe la destruction d'immeubles préfabriqués et des ravalements de façades très colorées.



Exemple de

façade colorée
Il devient parfois difficile de reconnaître l’ancienne identité du quartier car de nombreux allemands de l'Ouest, avec un pouvoir d'achat plus fort sont venus s'installer, faisant grimper les prix des loyers et forçant les anciens habitants à quitter leur quartier. Peut-on alors parler d'une domination de l'Ouest sur l'Est ? Les principaux cinémas de l’arrondissement sont assez emblématiques des évolutions du quartier. Le plus ancien, le Colosseum, trône sur la Schönhauser Allee depuis 1924. Équipé dès 1956 pour la ‘vision totale’, c’était du temps de la RDA un des cinémas où avaient lieu les premières. Il a été longuement fermé à la chute du Mur et a réouvert en 1997 sous la forme d’un multiplexe de 10 salles. Pour beaucoup d’anciens Allemands de l’Est, cette orientation vers le cinéma commercial d’un des emblèmes de la culture cinéphilique est-allemande symbolise la négation d’une partie de leur histoire. A la même époque, soit la fin des années 90, c’est une salle de concert très connue des Berlinois de l’Est qui a dû fermer dans le complexe de la Kulturbrauerei (‘brasserie des cultures’). Cette salle, le Franz Klub, était un des endroits les plus prisés au temps de la RDA et on y jouissait d’une certaine liberté de parole. Au début des années 90, l’entrée était encore gratuite en semaine, puis les prix sont montés et lorsque la Treuhand, l’organisme chargé de liquider les biens nationaux de la RDA, a bradé la Kulturbrauerei, c’est un café chic d’une marque de bière bavaroise qui a remplacé le Franz Klub. Ces deux exemples montrent que peu à peu l'identité du quartier disparaît au profit d'une homogénéisation de la ville. Mais cette homogénéisation, c'est aussi prendre le risque de voir disparaître la richesse et le multicuturalité de Berlin. Toutefois, le réaménagement de Berlin-est ne peut gommer toutes les réalisations précédentes : la Stalinallee, aujourd’hui Karl-Marx-Allee, a même été classée monument historique avant d’être rénovée. Quant à la tour de la télé ou le centre de conférences des enseignants, ils existent toujours. Le paysage urbain n’est pas seulement celui d’une cité d’Allemagne de l’Ouest et c’est ce qui fait son intérêt. Malgré cela, on assiste à la disparition des petits commerces au profit d’enseignes au nom de grandes chaînes, un tourisme pas toujours respectueux des lieux, et une politique d’urbanisme visant à rénover de nombreux immeubles, ce qui a pour effet de privilégier les nouveaux Yuppies – fraîchement arrivés de l’Ouest – au détriment des couches sociales les moins favorisées qui ont fait l’histoire du quartier.


  • Mitte :

Les rénovations à l'Est ne font pas toujours l'unanimité, et pas seulement au sein des ex-habitants de la RDA. Ainsi, en 2008, Klaus Wowereit, maire (SPD) de Berlin, déclare trouver
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