Hypersexualisation: plaidoyer pour un retour des cours d'éducation sexuelle








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publié le 01 mars 2014 à 05h00 | Mis à jour le 01 mars 2014 à 05h00

Hypersexualisation: plaidoyer pour un retour des cours d'éducation sexuelle

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PIERRE PELCHAT
Le Soleil

(Québec) Une des façons de contrer l'hypersexualisation et la sexualisation précoce des jeunes est le retour des cours d'éducation sexuelle dans les écoles primaires et secondaires.

«C'est impératif que ces cours reviennent», a affirmé, vendredi, la coordonnatrice de l'organisme Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ), Geneviève Quinty, lors d'une conférence au forum sur l'hypersexualisation qui a eu lieu à Québec.

Elle a déploré le manque de possibilités pour les jeunes de parler de sexualité. «Les jeunes ont le goût de parler de sexualité. Ils ont le goût de parler de relation. Ils y croient, à la relation. Ça fait partie de leurs rêves», a-t-elle souligné.

Depuis près de 20 ans, Mme Quinty donne des ateliers d'information aux jeunes sur la prostitution juvénile et l'exploitation sexuelle. Elle a constaté que les jeunes étaient plus intéressés à l'éducation à la sexualité qu'à la prostitution juvénile.

«Je trouvais ça dommage d'arriver dans un atelier où on parlait d'exploitation sexuelle, soit le côté sombre de la sexualité, alors que les jeunes n'avaient pas encore entendu parler du côté rose. Parfois on empiète sur le temps de notre atelier pour parler du côté le fun, du côté relationnel, affectif», a raconté la mère de trois enfants.

De plus, elle a noté le manque d'aisance des intervenants pour communiquer avec des jeunes marqués par l'exploitation sexuelle. «Il y a beaucoup d'aisance en toxico, en santé mentale, mais quand on touche l'univers de la sexualité, on touche la morale», a-t-elle dit.

La sexologue Jocelyne Robert est également persuadée qu'il faut revenir à des cours d'éducation sexuelle dans les écoles, de la petite enfance jusqu'au secondaire. «Je ne sais quel ton utiliser pour convaincre nos décideurs de l'extrême urgence de mettre au menu scolaire un programme d'éducation à la sexualité, à la joie, à la dignité humaine», a-t-elle affirmé.

Pensée magique

«On a beau faire des outils extraordinaires à la pièce, le message n'a pas cette force qu'a le message dominant. Si on souhaite offrir une réponse limpide, il faut vraiment qu'on s'y attelle. Ce qu'on peut voir en ce moment, soit la culture de l'hypersexualisation, la culture de l'érotisation de la violence, est extrêmement efficace et barbare», a-t-elle ajouté.

Selon Mme Robert, ce fut une erreur de penser que l'éducation sexuelle pouvait être intégrée dans les cours réguliers. «On a cru qu'on pouvait sensibiliser l'ensemble du personnel du concierge au directeur d'école à être attentif à cette question. C'était un peu la pensée magique. C'est comme aimer tout le monde, c'est aimer personne», a-t-il dit.

La professeure Sarah Bouchard de l'école secondaire de la Seigneurie a également plaidé pour le retour des cours d'éducation sexuelle entre autres devant la recrudescence des infections transmissibles sexuellement.

«Dans les sept dernières années, nos élèves de cinquième secondaire ont eu deux cours de sexualité. Ils ont eu un cours [d'une heure] d'éducation à la sexualité en cinquième année du primaire. C'est le cours où on donne la trousse pour préparer les jeunes filles à la menstruation et les petits garçons à l'éjaculation. C'est une infirmière qui vient dans la classe et qui explique les changements qui vont arriver dans leur corps», a-t-elle indiqué.

«En secondaire III, les jeunes vont recevoir un cours [d'une heure] sur la sexualité à travers les cours de science. On va leur expliquer les infections transmissibles sexuellement et comment dérouler un condom sur un pénis en bois», a-t-elle poursuivi.

Ce que vous devez savoir sur… l’éducation sexuelle à l’école













Par Teenaz Javat

C’est la soirée des parents à la toute nouvelle école publique McKinnon de la collectivité de Churchill Meadows de Mississauga. Les parents – la plupart d’entre eux des nouveaux arrivants à l’école, dans la collectivité et même au pays – ont hâte d’en savoir davantage sur ce que leurs enfants vont apprendre à l’école.

L’événement est plutôt une soirée d’information misant sur le renforcement des rapports entre l’école et la maison.

L’école est à la recherche de suggestions des parents ou tuteurs sur la manière dont ils envisagent le développement de l’école et l’éducation de leurs enfants.

Plusieurs thèmes sont abordés pendant la soirée, du code vestimentaire aux clubs d’aide aux devoirs, en passant par le besoin d’apporter une paire supplémentaire de souliers durant l’hiver.

Au milieu du débat, un monsieur âgé, Sikh, se lève poliment et demande d’un ton neutre pourquoi il est nécessaire d’enseigner à ses petits-enfants, élèves à l’école primaire (l’école primaire comprend des cours pour les élèves de la pré-maternelle jusqu’à la sixième année) l’éducation sexuelle à un âge si précoce.

Parler du sexe est tabou

La question de ce monsieur est un enjeu important dans la plupart des conseils scolaires. Les nouveaux arrivants, mais aussi les Canadiens de deuxième génération se posent la même question envers l’enseignement de l’éducation sexuelle à l’école.

Homa Farouzan, agente en établissement dans des écoles affiliées au Toronto District School Board (TDSB) affirme que « la plupart des parents viennent de pays où parler de sexe est un sujet tabou. Dans les écoles où je travaille, je rencontre beaucoup de parents provenant des familles traditionnelles musulmanes qui veulent en savoir davantage sur cet aspect de l’éducation, mais n’osent pas en parler avec leurs enfants. »

« Notre devoir, en tant que travailleurs de services d’approche, est d’aider les parents à renforcer le rapport entre la maison et l’école et de les aider à obtenir l’information exacte. Je travaille avec des écoles ayant une grande population musulmane. Même parmi les musulmans, il existe des divergences quant au degré de sévérité au sein de leur religion. »

« Par exemple, les parents provenant de la Syrie, du Liban ou de l’Iran sont plus indulgents et ils préfèrent que les enseignants initient leurs enfants à l’éducation sexuelle, parce qu’ils pensent que les enseignants sont mieux préparés pour le faire. »

Fariba Sahraie, une mère célibataire iranienne qui a immigré au Canada, nous confi e : « ma fille était en huitième année quand nous sommes arrivées à Toronto et je suis très satisfaite de l’éducation sexuelle qu'elle a reçue à l’école. Elle est maintenant en dernière année à l’école secondaire à North York et elle comprend toutes ces questions.

En fin de compte, on vit tous dans la même société, alors il vaut mieux connaître les faits que de rester ignorants, comme c’est le cas chez nous. »

« En Iran nous ne parlons jamais ouvertement du sexe. C’est un pays islamique où c’est tabou de parler du sexe. Il vaut mieux que les professeurs en parlent », ajoute Mme Sahraie.

Cependant, ce n’est pas tout le monde qui partage l’avis de Mme Sahraie. Quelques parents provenant de l’Afghanistan et du Pakistan sont très sévères avec leurs enfants – surtout avec leurs filles – et c’est là où la culture et la religion entrent en conflit.

Impossible de se retirer du cours

Le conseil scolaire est très strict en ce qui concerne l’enseignement des matières qui s’inscrivent dans le cadre du programme scolaire de l’Ontario.

Les parents ne peuvent pas retirer leurs enfants de ce cours, car il figure dans la partie Santé et éducation physique du programme scolaire, enseigné de la première année jusqu’à la douzième.

De plus, le programme scolaire s’inscrit dans le mandat du ministère de l’Éducation; les cours sur l’éducation sexuelle sont offerts à chaque niveau, alors que des sujets sont ajoutés au programme scolaire au fur et à mesure que l’enfant grandit.

Le gouvernement, par le ministère de l’Éducation, se donne la mission de préparer les étudiants avec les connaissances et les compétences nécessaires pour s’épanouir et mener une vie saine, résoudre des problèmes, prendre des décisions et établir des objectifs en rapport direct avec la santé et le bien-être. Les quatre parties du cours Mode de vie sain sont :

  • L’alimentation saine.

  • La croissance et le développement.

  • La sécurité personnelle et la prévention des blessures.

  • La consommation et l’abus de stupéfiants.

L’éducation sexuelle est enseignée à tous les élèves en Ontario, sans exception, dans le cadre de la partie sur la croissance et le développement.

Dhira N. Shah, esthéticienne et mère de deux garçons de Mississauga, est contente que l’école satisfasse le goût de savoir de son fils.

Il y a cinq ans, Mme Shah était enceinte de son deuxième enfant lorsque son fils ainé Poorav, en deuxième année à l’école, lui a demandé comment l’enfant allait sortir de son ventre.

« Alors j’ai pris un livre d’images sur le corps humain à la bibliothèque publique et j’ai commencé à lui expliquer comment l’enfant allait naître, tout en faisant l'impasse sur les pages traitant des rapports sexuels. »

« Je pensais qu’il était trop jeune pour comprendre. Comme nous sommes hindous, nous ne sommes pas à l’aise pour parler de sexualité. Pourtant, il est revenu de l’école le lendemain avec le même livre et il m’a dit que son professeur lui a expliqué comment les bébés naissaient, et que j’avais omis quelques pages du livre, en me montrant les pages sur les rapports sexuels. » Mme Shah était ravie que son enfant ait appris le sujet d’une façon scientifique et non pas par ses amis. Elle a évidement été soulagée que le professeur ait pris la relève pour enseigner un sujet dont elle était gênée de parler.

« Ils font du bon travail à l’école. Notre foi nous dit que nous devons bien vivre et les écoles font un excellent travail d’information avec nos enfants; je n’ai aucun reproche à leur faire. »

Sue Kim, agente à l’établissement qui aide les nouveaux arrivants des pays de l’Extrême-Orient, surtout des familles coréennes, à s’installer à Toronto, est du même avis que Mme Shah.

« Je n’ai jamais rien entendu de négatif de la part des parents avec qui je travaille en ce qui concerne l’éducation sexuelle. Je suppose donc qu’ils sont relativement d’accord avec le fait d’enseigner l’éducation sexuelle dans les écoles publiques de Toronto. Ils n’en font pas des éloges, mais ils ne considèrent pas que c’est contre leur religion », constate Sue Kim.

Jane Wei, qui travaille en tant qu’agente à l’établissement dans deux écoles secondaires à Toronto, déclare qu’elle « travaille avec des parents d’origine chinoise et ils ne se sont pas plaints jusqu’à présent. »

Pourtant, ajoute Mme Wei, « ce sujet n’est pas abordé de façon directe dans la culture chinoise et même si les parents et les élèves m’approchent pour plusieurs problèmes, ils ne m’ont jamais parlé d’éducation sexuelle. Je pense qu’ils savent que dans cette nouvelle société, l’approche de l’école est bénéfique pour les enfants, d’après ce que j’ai pu comprendre. »

Farouzan, qui est au Canada depuis 22 ans et est mère de deux adolescents, nous confie que les enfants qui vivent en Ontario doivent être prêts à affronter toutes éventualités. Cela fait partie de la vie et « si les parents sont gênés d’en parler à leurs enfants, il vaut mieux que l’école s’en charge. »


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Débat : L'éducation sexuelle dès la maternelle ?

Contre
Gérard Bonnet, psychanalyste et auteur de Défi à la pudeur, quand la pornographie devient l’initiation sexuelle des jeunes (Albin Michel, 2003).

Pourquoi n’êtes-vous pas favorable à l’éducation sexuelle dès la maternelle ?


Gérard Bonnet : Parce que je pense qu’entre 3 et 4 ans surtout, elle doit se faire dans le milieu familial. L’école, qui ne peut prendre en compte la singularité de chacun, est la plus mal placée pour effectuer un travail de transmission. Symboliquement, je trouve déplacé que ce lieu, qui est celui des apprentissages scolaires collectifs, soit aussi celui de l’apprentissage individuel, qui relève de l’intimité. Il est essentiel que très jeune, l’enfant fasse la différence entre le public et le privé, le collectif et l’intime. En revanche, que les enseignants – dans le cadre d’un programme scolaire, comme cela se fait, d’ailleurs – puissent divulguer des informations sur la sexualité, une fois que les parents ont fait leur travail à la maison, me paraît une très bonne chose.

Réserver aux seuls parents l’éducation sexuelle ne risque-t-il pas de pénaliser les enfants dont les parents ont des difficultés à parler de sexualité ?

G.B. : Je ne vois pas dans les différences sociales, religieuses ou même psychologiques, de l’inégalité, mais de la diversité. Cette diversité fait que chacun est à la fois le fruit et l’acteur d’une histoire singulière, dont la sexualité fait partie. Je ne crois pas à l’efficacité d’une parole générale, divulguée à tous. L’enfant se construit avec ce qu’il reçoit de ses parents, leurs mots, leurs gestes, leurs regards, mais aussi leur inconscient. Les messages extérieurs n’ont pas le même poids que ceux de ses parents.

Est-ce que 3-4 ans vous paraît le bon âge pour parler de la sexualité ?

G.B. : C’est bien ce qui me gêne dans cette idée d’éducation sexuelle à la maternelle, la croyance sous-jacente selon laquelle il y aurait un bon âge et un bon discours?! En tant que psychanalyste, je ne peux pas considérer les enfants ni les parents comme des groupes homogènes. Chaque enfant, chaque parent est unique. Certains enfants sont ouvertement demandeurs d’informations sur la sexualité à 3 ans ou même avant, tandis que cette curiosité s’exprimera chez d’autres beaucoup plus tard, et il est essentiel de tenir compte de ces différences. C’est pourquoi il s’agit pour moi d’informer « son » enfant plutôt « qu’un enfant de 3 ans ». L’éducation sexuelle ne se fait pas en une fois, ni en un jour, elle se tisse et s’élabore au fil du temps. À partir de la demande de l’enfant, de son âge, de sa personnalité, et avec les moyens que les parents trouvent les mieux adaptés. Je fais confiance aux compétences des parents. Ne demandons pas à l’école de faire leur travail !

Éducation

Parler de sexualité à l’école


Normand Baillargeon

Avec l’implantation de la réforme, l’éducation à la sexualité, qui était jusqu’alors dispensée dans les cours de formation personnelle et sociale, a été abandonnée. Mais le MELS vient d’annoncer son retour, du préscolaire jusqu’à la fin du secondaire, sous une forme qui reste toutefois à préciser.

Une seule chose semble sûre : il ne s’agira pas d’un nouveau cours, ce qui autorise à penser qu’on ventilera ce qu’on aura décidé d’enseigner dans divers cours existants, comme ceux de sciences et technologie, d’éthique et culture religieuse, ou d’éducation physique et à la santé. Si c’est bien le cas, c’est déplorable et j’y reviendrai.

En ce qui concerne les contenus qu’on enseignera (l’avortement, le consentement, la masturbation, les transgenres, les MTS, et autres) et le moment où on les introduira dans lecurriculum, je n’ai pas de compétence particulière pour me prononcer sur les choix qui seront faits et je m’abstiendrai donc de donner un avis.

Mais la philosophie de l’éducation a par contre quelque chose à dire sur l’opportunité ou non d’un tel enseignement, sur ses possibles finalités et sur la manière dont il devrait être dispensé. Commençons par son opportunité.

La place de l’éducation à la sexualité à l’école


Certains soutiennent que l’école ne devrait pas s’aventurer sur ce terrain, considéré être du ressort exclusif des parents. S’ils ont raison, tout est dit. Mais c’est une option bien difficile à défendre. Pour commencer, il est rigoureusement impossible de ne pas parler de sexualité dans un curriculum usuel – on touchera en effet nécessairement au sujet en classe de biologie (la reproduction, les rétrovirus, que sais-je encore), de littérature et d’éthique, pour ne nommer que celles-là. Ensuite, toute l’école, dans son fonctionnement au jour le jour, dans ce que l’on appelle son « curriculum caché », est une vaste machine à faire apprendre les rôles sexués ainsi que bien des aspects des relations entre les sexes. De plus, les parents et les élèves, les sondages le montrent, souhaitent massivement (et sagement) que l’école dispense une forme ou l’autre d’éducation à la sexualité – que certains parents, au demeurant, sont incapables, pour toute sortes de raisons, et en certains cas indignes, de la dispenser (les parents abuseurs, par exemple). Pour toutes ces raisons, les philosophes de l’éducation, comme la plupart des gens, pensent que l’éducation à la sexualité doit avoir sa place à l’école. Mais quelles finalités y viser ? Ici, les avis divergent, souvent profondément.

Des finalités contrastées


Certains préconisent, par exemple chez nos voisins du Sud, une éducation centrée sur la pratique de l’abstinence de tout comportement sexuel jusqu’au mariage. Cette option aura peu d’adeptes chez nous, mais je la cite néanmoins pour rappeler que le plus drôle (ou triste, au choix), est que la recherche crédible montre que ces programmes, loin de diminuer les grossesses chez les adolescentes qui y sont soumises, les augmentent – ce qui cause cet effet restant disputé. Mais une chose est sûre  : des pays comme les Pays-Bas, qui dispensent une solide et riche éducation à la sexualité qui commence très jeune (entre 4 et 7 ans) ont des taux de grossesses adolescentes les plus bas, tandis que les États-Unis ont les plus élevés – ici encore, de nombreux autres facteurs que les programmes enseignés jouent certainement un rôle. Les finalités plus crédibles assignées à l’éducation à la sexualité sont le plus souvent les suivantes. Pour certains, elle doit uniquement faire la promotion de la santé physique et apprendre ce que sont la puberté, les MTS, la contraception, la grossesse et ainsi de suite. Mais c’est une version vraiment minimale de la chose et si l’éducation, comme ce doit être le cas, est comprise comme transmission de savoirs qui nous transforment et nous rendent autonome, on devrait aller plus loin – d’autant que si l’on croit s’épargner des controverses et des débats, on se trompe, comme chacun ne peut manquer de le voir d’emblée (pensez au module où on parlera d’avortement !).

On devrait donc aller plus loin. Mais jusqu’où ? Plusieurs options ont été défendues. Mais elles engagent toutes l’acquisition de savoirs, d’attitudes et de valeurs qui favorisent une vie sexuelle autonome, respectueuse, responsable, inscrite dans un cadre éthique où sont présentes les normes et valeurs admises dans notre société. Sans, encore une fois, entrer dans les contenus à enseigner, cette perspective me paraît la plus saine et défendable. Mais on se heurte alors à ceci qui est particulier à cet enseignement et à quelques autres, à savoir son caractère controversé. Cet aspect de la question a aussi intéressé les philosophes de l’éducation et c’est sur lui que je voudrais à présent m’attarder.

Un enseignement controversé


L’actualité récente nous a d’ailleurs donné un exemple du caractère controversé de la sexualité quand elle entre dans le curriculum. C’est un drame en deux actes. Le premier est joué par une enseignante en Éthique et culture religieuse de la Commission scolaire Marie-Victorin. Partant en toute bonne foi des questions et des préoccupations de ses élèves de secondaire II, elle conçoit pour eux un questionnaire informatif à réponse vrai ou faux. Deux exemples : « Le sperme est sucré et fait maigrir. »  « Quand j’ai mes règles, je dois accepter la pénétration anale si je veux avoir une relation sexuelle. »  Des parents se plaignent. Branle-bas de combat à la commission scolaire (CS), qui condamne l’enseignante dès lors que l’affaire devient publique. Le deuxième acte s’appelle l’arroseur arrosé et met en scène la même CS. C’est elle, cette fois, qui distribue aux élèves de 13 ans un dépliant sur le sexe oral. Il y est notamment écrit qu’il faut « faire attention aux dents » lorsqu’on pratique la chose que, dit-on, bien des expressions vulgaires décrivent, par exemple : « brouter la touffe ». Des parents, peut-être les mêmes, s’offusquent. Mais cette fois, la CS défend son initiative. Nouveau tollé et l’affaire devient publique. La CS retire le dépliant en s’excusant. A-t-elle eu raison cette fois ? La fois précédente ? On peut en débattre et des personnes raisonnables pourront diverger d’avis. Et c’est cela qui rend l’éducation à la sexualité controversée : car il ne suffit par que des désaccords surgissent sur diverses questions (doit-on parler de ceci ou cela, de telle ou telle manière, à telle ou telle personne ?) pour qu’un enseignement soit controversé (tout ce qu’on enseigne, même la forme de la Terre, serait en ce cas susceptible de l’être puisque des adultes, encore aujourd’hui, la pensent plate) : il faut encore que de tels désaccords surviennent entre personnes raisonnables. Et cela pose des problèmes particuliers.

Des souhaits


Ce que je viens de dire permet de défendre philosophiquement un point de vue sur l’éducation à la sexualité. Pour commencer, cet enseignement appartient légitimement aucurriculum et c’est une erreur de vouloir l’en exclure. Ensuite, il devrait expliciter ce qu’il vise – divers choix sont plausibles et on peut raisonnablement arguer qu’une éducation libérale devrait se donner pour objectif l’autonomie de chacun et le respect de celle d’autrui. Enfin, le fait que des savoirs et des valeurs devront être transmis peut prêter à controverse et donner droit à certaines exigences que l’on devrait avoir à l’endroit des personnes qui dispenseront cet enseignement. J’en vois deux particulièrement incontournables. La première est que ces personnes devraient être des spécialistes du savoir à enseigner, puisqu’un tel savoir existe bel et bien. En ce sens, ce que semble privilégier le MELS est très discutable. On peut en effet craindre que des enseignantes, enseignants, peu ou pas formés à ces savoirs, les enseignent peu ou mal, qu’ils les voient comme faisant obstacle à leur propre matière et qu’ils soient mal à l’aise avec des contenus qu’ils pensent, à raison ou à tort, maîtriser insuffisamment. La deuxième est que le caractère controversé de cet enseignement devrait être pleinement reconnu et ce que cela implique être médité. Les enseignants concernés devraient donc avoir une formation sur ce que ces controverses signifient et ce qui s’ensuit en matière de pédagogie : qu’est-ce que l’endoctrinement et comment l’éviter ? Comment animer une classe sur de tels sujets ? Comment assurer un traitement juste et équitable des différents points de vue raisonnables possibles ? Et ainsi de suite. Vaste, mais incontournable chantier : l’enjeu est trop important pour ne pas se mettre au travail.

article écrit par
Normand Baillargeon

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