Leçon 1 18 novembre








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CHAPITRE V. SIGNES RÉCIPROQUES.

11. Aug. Ta réponse est exacte, vois maintenant s'il existe des signes réciproques, des signes dont l'un signifie l'autre et mutuellement. Le quadrissyllabe conjonction n'est pas signe réciproque avec les mots qu'il désigne. Si, ou, car, puisque, sinon, donc, parce que, et autres termes semblables ne sont désignés effectivement que par le mot de conjonction, et aucun d'eux ne désigne le mot de conjonction lui–même. — Ad. Je le vois et je désire connaître quels sont les signes réciproques. — Aug. Tu ne sais donc qu'en disant nom et parole, nous exprimons deux paroles ? — Ad. Je le sais. — Aug. Tu ne sais donc que nom et parole sont deux noms ? — Ad. Je le sais également. — Aug. Tu sais alors que nom et parole se désignent réciproquement. — Ad. Je le sais. — Aug. Peux–tu signaler entre eux d'autres différences que les différences de lettres et de sons ? — Ad. Peut–être, car j'y vois ce que j'ai déjà dit. En effet, parole désigne tous les sons articulés et significatifs ; aussi tout nom, et surtout le nom prononcé est une parole. Mais toute parole n'est pas un nom, quoiqu'il en soit un quand nous disons la parole.

12. Aug. Et si l'on t'affirmait, si l'on te prouvait que toute parole est un nom, comme tout nom est une parole ? pourrais–tu y signaler encore des différences autres que les différences de sons ou de lettres ? — Ad. Je ne le pourrais et je ne crois pas qu'il y en ait. — Aug. Et si tous les sons articulés et expressifs sont a la fois des paroles et des noms, paroles sous un rapport et noms sous un autre ; n'y aura–t–il aucune différence entre la parole et le nom ? — Ad. Je ne comprends pas cela. — (191) Aug. Tu comprends au moins que tout ce qui est coloré est visible, et que tout ce qui est visible est coloré, quoique chacun de ces deux termes ait une signification parfaitement distincte ? — Ad. Je le comprends. — Aug. Serait–il donc étonnant que toute parole fût également un nom et tout nom une parole, quoique ces deux noms ou paroles, savoir le nom et la parole, diffèrent de signification ? — Ad. Je vois que cela peut se faire ; mais j'attends que tu me montres de quelle manière.

Aug. Tu remarques, sans doute, que tous les sons expressifs et articulés frappent l'oreille pour être entendus, et pénètrent dans la mémoire pour être connus ? — Ad. Je le remarque. — Aug. Deux choses s'accomplissent donc alors. — Ad. Oui. — Aug. N'est–ce pas un de ces effets qui a fait donner à ces sons le nom de paroles, et l'autre qui les a fait appeler noms ? Parole, verbum, viendrait du mot frapper, a verberando, et nom, nomen, du verbe connaître, a noscendo ; la parole devrait ce nom à l'impression qu'elle produit sur l'oreille, et le nom, à celle qu'il produit sur l'esprit.

13. Ad. J'en conviendrai lorsque tu m'auras fait voir comment nous pouvons dire que toutes les paroles sont des noms. — Aug. C'est facile. Tu as sans doute appris et tu t'en souviens, que le pronom est ainsi appelé parce qu'il tient la place du nom, tout en désignant l'objet moins parfaitement que le nom. Voici je crois comment l'a défini l'auteur que tu as récité devant le grammairien : Le pronom, dit–il, est une partie du discours qui mise à la place du nom signifie, quoique moins pleinement, la même chose. — Ad. Je me rappelle et j'approuve cette définition. — Aug. Tu vois donc que d'après elle le pronom ne peut être mis et employé qu'à la place du nom. Ainsi quand nous disons. : Cet homme, ce roi même, la même. femme, cet or, cet argent, cet, ce, la même, sont des pronoms, et homme, roi, femme, or, argent, des noms qui expriment la chose mieux que les pronoms. — Ad. Je partage ce sentiment. — Aug. Maintenant donc énonce–moi quelques conjonctions. — Ad. Et, mais, ainsi que. — Aug. Tous ces mots, haec omnia, ne te semblent–ils pas des noms ? — Ad. Pas du tout. — Aug. Tu crois au moins que j'ai parlé juste en disant : haec omnia ? — Ad. Très–juste ; et je comprends même avec quelle habileté merveilleuse tu as montré que j'ai énoncé des noms : sans cela tu n'aurais pu dire : haec omnia. Si cependant ton langage me paraît juste, n'est–ce point par ce que je ne nie pas que ces quatre conjonctions soient des mots ? Car on peut entendre haec omnia de verbes, mots, aussi bien que de nomma, noms. Et néanmoins si tu me demandes à quelle partie du discours appartiennent les mots, je répondrai simplement : Au nom. — C'est donc peut–être au nom que se rapporte le pronom haec, et c'est pour ce motif que ton langage était correct.

14. Aug. Tu te trompes malgré ta pénétration ; mais pour connaître la vérité, applique–toi avec plus de pénétration encore à ce que je vais dire, si toutefois je puis m'exprimer comme je veux. Car c'est une chose aussi compliquée de discuter sur les mots par des mots que de se croiser les doigts et de les frotter l'un contre l'autre. Quel autre que celui qui souffre peut distinguer ceux qui démangent de ceux qui répriment la démangeaison ? — Ad. Me voici tout entier ; cette comparaison a provoqué en moi l'attention la plus vive. — Aug. Les mots consistent dans le son et dans des lettres.— Ad. Sans aucun doute. — Aug. Donc, pour recourir de préférence à l'autorité qui nous est la plus chère, quand l'apôtre Paul dit : « Il n'y avait point dans le Christ le oui et le non ; le oui fut seul en lui, » on ne doit pas croire, je présume, que les trois lettres du mot Oui fussent dans le Christ, mais plutôt ce que signifient ces trois lettres. — Ad. C'est vrai. — Aug. Tu comprends donc que le Oui était en lui, ne signifie que ceci : on appelle oui ce qui était en lui ; et si l'apôtre avait dit : La vertu était en lui, on devrait entendre aussi qu'il a voulu dire simplement : on appelle vertu ce qui était en lui, et ne pas s'imaginer que c'étaient les deux syllabes du mot vertu qui étaient en lui et non ce que signifient ces syllabes ? — Ad. Je comprends cela et j'en conviens. — Aug. Et ne comprends–tu pas aussi que peu importe de dire :s'appelle vertu ou se nomme vertu ? — Ad. C'est clair. — Aug. Donc il est également clair qu'il n'y a point de différence entre dire : ce qui était en lui s'appelle Oui, ou se nomme Oui ? Ad. Ici encore je ne vois aucune différence.

Aug. Vois–tu aussi ce que je prétends démontrer ? — Ad. Pas encore — Aug. Ainsi tu ne vois pas que le nom est ce qui sert, à nommer quelque chose ? — Ad. Il n'est rien au contraire que je voie plus clairement. — Aug. Tu vois donc que Oui est un nom, puisqu'on nomme Oui ce qui était en lui ? — Ad. Je ne puis le nier. — Aug. Mais si je te demandais à quelle partie du discours se rapporte Oui ; tu dirais, je présume, que c'est non pas au nom, mais à l'adverbe, quoique la raison nous enseigne aussi que l'adverbe est un nom. — Ad. C'est parfaitement vrai. — Aug. Doutes–tu encore que les autres parties du discours soient des noms dans le même sens ? — Ad. Je n'en doute pas puisque je confisse qu'elles signifient quelque chose. Mais si tu me demandais comment s'appellent ou se nomment les objets désignés par chacune d'elles, je ne pourrais répondre qu'en nommant ces mêmes parties du discours que nous n'appelons pas des noms, mais que nous sommes forcés d'appeler ainsi, je le vois bien.

15. Aug. Ne crains–tu pas qu'on ne puisse affaiblir ce raisonnement et dire que l'autorité de l'Apôtre doit être reconnue pour la doctrine et non pour l'expression ; qu'ainsi le fondement de notre persuasion n'a point toute la fermeté que nous lui attribuons : car il se peut que, nonobstant la perfection de sa vie et de son enseignement, Paul ait parlé peu correctement dans cette phrase. Le oui était en lui, quand surtout il s'avoue lui–même inhabile dans la parole ? Que devrait–on répondre à cette objection ? — Ad. Je ne vois rien à répliquer, et pour appuyer ta démonstration sur une autorité, je te prie de choisir de préférence quelqu'un de ces hommes qui passent. pour maîtres dans l'art de la parole. — Aug. Tu crois donc que sans recourir à quelqu'autorité, la raison est peu capable de démontrer que chaque partie du discours signifie quelque chose que l'on désigne par un nom et qui conséquemment porte un nom. Il est facile cependant de s'en assurer par la comparaison de plusieurs langues. Si tu demandes, en effet, comment les Grecs nomment ce que nous appelons qui interrogatif ? tous ne répondront–ils pas qu'ils le nomment tis ; Et je veux ? ils le nomment Thelo. Bien ? Ils le nomment kalos, Ecrit ? Ils le nomment to gegrammenen. Notre conjonction et ? Ils la nomment kai. Ab ? Ils le nomment apo. Comment nomment–ils hélas ? Ils le nomment oi. Or qui ne voit en parcourant toutes ces parties du discours, que ces questions sont exprimées correctement ? Et comment ce langage serait–il correct, si ces mêmes parties n'étaient pas des noms ? Cette manière de procéder prouve donc, sans recourir à l'autorité des hommes éloquents, que l'apôtre Paul a bien parlé. Qu'est–il besoin alors de chercher un auteur pour appuyer notre sentiment ?

16. Soit pesanteur, soit opiniâtreté d'esprit, il est possible que tous ne se rendent pas encore, et quelqu'un pourrait objecter qu'il ne cédera que devant l'autorité de ces écrivains que tous regardent comme les législateurs du langage. Eh bien ! Qu'y a–t–il pour les lettres latines de plus éminent que Cicéron ? Mais Cicéron, dans ces célèbres discours qu'on nomme les Verrines, appelle un nom la préposition coram, que pourtant il emploie alors comme adverbe. Il est possible que je comprenne trop peu ce passage et que d'autres ou moi l'expliquions différemment. Mais voici à quoi on ne peut répliquer. Les plus grands maîtres en logique enseignent que toute proposition complète, que l'on peut soutenir ou nier, se compose d'un nom et d'un verbe ; ce que Cicéron appelle quelque part un jugement. Quand le verbe est à la troisième personne, ajoutent ces maîtres, le nom doit être au nominatif, et ils ont raison ; tu peux t'en assurer avec moi. Lorsque nous disons L'homme est assis, le cheval court, tu reconnais sans doute deux jugements ? — Aug. Je les reconnais. — Ad. Et dans chacun d'eux tu vois un nom : homme, dans le premier : cheval, dans second ; et un verbe également dans chacun d'eux : dans le premier, est assis, et court dans le second ? — Ad. Je vois. — Aug. Si donc je me contentais de dire : Il est assis, il court, tu pourrais me demander qui ou quoi ? et je répondrais : l'homme, le cheval, l'animal ou quoi que ce fût, afin d'ajouter le nom au verbe et de compléter le jugement, c'est–à–dire la proposition qu'on peut soutenir ou nier. — Ad. Je comprends. — Aug. Attention à la conclusion !

Suppose que nous voyons quelque chose dans le lointain et que nous ignorons si c'est un animal ou un rocher où quelque autre objet ! Si je te disais ensuite : Puisque c'est un homme, c'est tin animal, ne serais–je pas téméraire ? — Ad. Très–téméraire. Mais il n'y aurait aucune témérité à dire : Si c'est un homme, c'est un animal. — Aug. Ta réflexion est juste. Aussi bien ce si me plaît dans ta phrase ; il te plaît également, et à tous deux nous déplaît le puisque de la mienne. — Ad. D'accord. — Aug. Vois maintenant si les jugements sont complets dans ces deux propositions : Le si plaît, le puisque (193) déplaît ? — Ad. Parfaitement complets. — Aug. Allons, montre–moi maintenant où sont les verbes, ou sont les noms ? — Ad. Les verbes son plaît et déplaît ; et les noms, évidemment, si et puisque. — Aug. Il est donc suffisamment prouvé que ces deux conjonctions sont également des noms. — Ad. Très suffisamment prouvé. — Aug. Pourrais–tu par toi–même appliquer la même règle aux autres parties du discours ? — Ad. Je le puis.

CHAPITRE VI. SIGNES QUI SE DÉSIGNENT EUX–MÊMES.

17. Aug. Allons plus loin et dis–moi si à tes yeux tous les noms sont des mots et tous les mots des noms, comme toutes les paroles sont des noms et tous les noms des paroles ? — Ad. Réellement je ne vois pas qu'il y ait entre eux d'autre différence que la différence de son. — Aug. Pour le moment je suis de ton avis, quoique plusieurs voient aussi une différence dans la signification. Maintenant il n'est pas besoin d'examiner ce sentiment. Tu remarques sans doute que nous sommes arrivés aux signes qui se désignent mutuellement, sans autre différence que celle du son, et qui se désignent eux–mêmes avec toutes les autres parties du discours. — Ad. Je ne comprends point. — Aug. Tu ne comprends pas que le mot désigne le nom et que le nom désigne le mot, et qu'il n'y a entre eux que la différence de son, quand le nom est pris dans un sens général ? car le nom est pris dans un sens particulier quand on le considère comme une des huit parties du discours, à l'exclusion des sept autres. — Ad. Je comprends. — Aug. Mais c'est ce que j'ai dit en affirmant que le mot et le nom se désignent réciproquement.

18. Ad. J'y suis. Mais qu'as–tu voulu faire entendre ici : Car ils se désignent aussi eux–mêmes avec les autres parties du discours ? — Aug. N'avons–nous point vu précédemment que toutes les parties du discours peuvent s'appeler des mots et des noms, c'est–à–dire être désignées par le nom et par le mot ? — Ad. Oui. — Aug. Et si je te demande comment tu appelles le nom lui–même, c'est–à–dire le son produit par cette syllabe, ne pourras–tu me répondre : le nom ? — Ad. C'est juste. — Aug. Est–ce ainsi que se désigne lui–même cet autre signe que nous exprimons par ces quatre syllabes : Conjonction ? car ce nom ne figure point au nombre des mots qu'il désigne. — Ad. C'est exact. — Aug. J'ai donc eu raison de dire que le nom se désigne lui–même avec tous les autres noms qu'il comprend ; et tu peux sans moi en dire autant de tout mot. — Ad. C'est désormais chose facile. Mais il me vient à l'esprit que le nom se prend en général et en particulier, tandis que le mot ne se prend point pour l'une des huit parties du discours. Voilà entre eux une différence nouvelle et autre que la différence de son.

Aug. Crois–tu que nom et voix aient entre eux d'autre différence que la différence du son propre à chaque langue, à la nôtre et à la langue grecque ? — Ad. Ici, je n'en vois point d'autre. — Aug. Nous voici donc arrivés à des signes qui se désignent eux–mêmes, et qui ont entre eux une signification différente, et qui : ont aussi entre eux la même signification, et qui enfin ne diffèrent que par le son ; car nous venons de découvrir ce quatrième signe, il s'agit dans les trois autres du nom et de la parole. — Ad. Nous y voilà bien arrivés.

CHAPITRE VII. RÉSUMÉ DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS.

19. Aug. Veux–tu résumer ce que nous avons découvert dans cet entretien ? — Ad. Je le ferai autant que je le pourrai. Je me souviens d'abord que nous avons recherché pourquoi le langage, et nous sommes convenus qu'il est destiné à instruire ou à rappeler des souvenirs. En effet, lorsque nous interrogeons quelqu'un, notre unique but est de lui faire connaître ce que nous désirons savoir. Quant au chant, il paraît provoqué par le plaisir, et n'est pas un langage proprement dit. Comme nous ne pouvons avoir l'idée d'apprendre ni de rappeler à Dieu quoi que ce soit, lorsque nous le prions, nos paroles n'ont d'autre but que de nous exciter nous–mêmes, d'exciter ou d'enseigner autrui.

Après qu'ensuite il a été constaté que les paroles ne sont que des signes, et qu'il ne peut y avoir de signe dans ce qui ne désigne rien, tu m'as proposé de travailler à montrer ce que signifie chacune des paroles du vers suivant :

Si nihil ex tanta superis placet urbe relinqui

Quoique le second mot de ce vers soit très (194) usité et très–clair, nous ne découvrions pas quelle en est la signification. Il me semblait que nous n'employons pas inutilement cette expression dans le discours, qu'elle doit apprendre quelque chose. à qui l'entend et qu'elle indique peut–être l'impression d'une âme qui découvre ou croit avoir découvert que ce qu'elle cherche n'existe pas. Tu m'as répondu alors ; mais par plaisanterie, et comme pour éviter je ne sais quelle profonde question, tu en as remis l'éclaircissement à un autre moment. Ne crois pas que j'oublie non plus cet engagement contracté.

J'ai essayé ensuite d'expliquer le troisième mot du vers ; tu m'as pressé alors de ne pas substituer à ce terme un terme d'égale valeur, mais de montrer plutôt la chose même que signifient ces paroles. J'ai répondu que cela était impossible parle discours, et nous en sommes venus à parler des réponses qui se font par l'indication du doigt. Je pensais que tout ce qui est corps pouvait ainsi se montrer au doigt, mais nous avons découvert qu'il n'y a que les objets –visibles : de là, je ne sais comment, nous avons parlé des sourds et des histrions qui montrent sans parler, et du geste seulement, presque toutes les choses dont on peut parler, aussi bien que les objets visibles. Nous avons reconnu toutefois que leurs gestes sont des signes.

Nous avons recommencé alors à examiner comment nous pourrions montrer, sans employer de signes, les choses mêmes que rappellent les signes. Il était manifeste qu'on montrait par quelque signe cette muraille, la couleur et toutes les choses visibles qui peuvent s'indiquer du doigt. Je disais donc, par erreur, qu'il est impossible de rencontrer rien de semblable ; mais nous avons fini par tomber d'accord qu'on peut désigner, sans signe, ce que nous ne faisons point quand on nous interrogé, pourvu que nous le puissions faire après la question, excepté toutefois la nature du langage ; car si on nous demande, au moment où nous parlons, ce que c'est que le langage, il est clair que nous pouvons le définir par le langage même.

20. Par là, nous avons compris que l'on montre par signes : soit ce qui est signe, soit ce qui ire l'est point ; et que l'on fait connaître, même sans signe, ce que l'on peut faire après avoir été questionné. De ces trois propositions, nous avons entrepris d'étudier et de discuter la première, avec un soin particulier. Nous avons reconnu alors qu'il y a des signes qui ne peuvent compter parmi les signes qu'ils désignent eux–mêmes ; tel est le quadrisyllabe conjonction : et qu'il y a des signes qui le peuvent. ainsi, en disant : le signe, nous désignons aussi la parole, et en disant la parole, nous comprenons en même temps le signe ; car le signe et la parole sont à la fois deux signes et deux paroles.

On a vu de plus que dans cette espèce de signes réciproques, il en est dont la signification est moins ou également étendue, d'autres encore qui ont la même signification. Ainsi ce dissyllabe, sine, comprend absolument tout ce qui peut désigner quoi que ce soit ; mais la parole ne s'entend pas de tous les signes, elle se restreint à ceux que profère la voix articulée. Aussi est–il clair, quoique le signe désigne la parole et quoique la parole désigne le signe, c'est–à–dire quoique les deux syllabes de l'un de ces mots reportent la pensée vers les trois syllabes de l'autre, que le signe s'étend plus loin que la parole, que ces deux syllabes désignent plus d'objets que les trois. Mais la parole, prise en général, a le même sens que le nom, considéré aussi d'une manière générale. Car la raison nous a fait voir que toutes les parties du discours peuvent être des noms, puisqu'aux noms se joignent naturellement les pronoms, puisque toutes ces parties peuvent servir de nom à quelque chose et qu'il n'en est aucune quine puisse former avec le verbe une proposition complète.

Néanmoins, de ce que le nom et la parole ont une signification également étendue quand toutes les paroles sont considérées comme des noms, il ne s'ensuit pas que cette signification soit identique. Il nous a paru probable,.en effet, que des causes diverses ont fait appeler diversement le nom et la parole. La parole, avons–nous dit, affecte l'oreille, et le nom doit réveiller les souvenirs de l'esprit. On peut le prouver même par les phrases suivantes. Il est parfaitement correct de dire : Quel est le nom de cette chose, que l'on veut confier à la mémoire ? mais on ne dit pas : Quelle est la parole de cet objet ?

Parmi les signes dont la signification n'est pas seulement d'égale étendue, mais absolument la même, nous avons remarqué le nom et onoma. J’avais oublié, en parlant des  signes qui se désignent réciproquement, que (195) nous n'en avons découvert aucun qui ne se désigne lui–même en désignant les autres. Voilà tout ce que j'ai pu me rappeler. J'en suis persuadé, tu n'as rien avancé dans cet entretien, que tu ne le saches avec certitude. Vois donc si j'ai fait un bon résumé.
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