Leçon 1 18 novembre








télécharger 4.67 Mb.
titreLeçon 1 18 novembre
page22/49
date de publication15.05.2017
taille4.67 Mb.
typeLeçon
b.21-bal.com > documents > Leçon
1   ...   18   19   20   21   22   23   24   25   ...   49

24 mars 1954 Table des séances



Intervention de Serge LECLAIRE

Serge LECLAIRE
Vous m'aviez demandé si ce texte m'avait intéressé.

S'il m'a inté­ressé ? Oui. [Zur Einführung des Narzißmus]

Mais j'ai été gêné pour le replacer dans la perspective, dans son époque et dans le reste de l’œuvre de FREUD.
J'en ai lu un peu avec PERRIER, un peu avec

Andrée LEHMANN, je crois que tout le monde est gêné.

Il y a des points de vue, des formulations

qui paraissent dépassés, sur lesquels on s'arrête…
Et puis il aurait fallu qu'on relise tous les autres textes précédant et succédant qui peuvent s'y rattacher.
La dernière fois, en effet, j'avais essayé de résumer les trois ou quatre pre­mières pages.

Elles me paraissent importantes.
Il y a différents moyens de par­ler de ce texte :

  • de le suivre pas à pas,

  • ou d'en faire un commentaire libre.


Mais je ne pense pas que ce soit mon rôle d'en faire un commentaire libre, et je vais le suivre pas à pas.

LACAN – D'accord.

Serge LECLAIRE
Il n'est pas tellement facile, étant donné sa construction. Ce texte est divisé en trois parties. La première introduit justement ce que nous avions apporté la dernière fois, la distinction fondamentale d'une énergie sexuelle, et d'une énergie du moi.

Je crois que c'est autour de cette distinction

qu'il est amené à la discussion du narcissisme.
FREUD nous dit qu'il est amené à cette conclusion,

à cette hypothèse…

à un autre endroit

…d'une distinction fondamen­tale entre :


  • une énergie sexuelle : la libido,



  • et une énergie des pulsions du moi.


Je dis « énergie des pulsions du moi » puisque c'est ainsi

qu'il la nomme, mais il dit tout de suite qu'elles ne peuvent être distinguées à partir du stade

ou du moment où se produit l'investissement objectal.
Alors dans l'état de nar­cissisme, ces deux énergies sont indissociables. C'est donc au sujet de cette dis­tinction qu'il est amené à l'étude du narcissisme.
On est amené à considérer le narcissisme comme une perversion, mais sa pre­mière définition dans cet article est qu'il s'agit d'un élément libidinal de l'égoïsme inhérent à l'[…] et il raccorde […] à […] narcissisme primaire.
Tout autour de ce texte, il répète justement cette distinction fondamentale entre énergie sexuelle et énergie du moi. Il essaie de situer le narcissisme et le situe dans ces termes :

il s'agit d'un investissement libidinal du moi.
D'où vient cet investissement libidinal du moi ?

Le terme même – d'ailleurs, à son avis –

« investissement libidinal du moi » aurait déjà un certain nombre de problèmes, puisqu'il pose le problème de l'énergie qu'il investirait du fait de l'investisse­ment

et de l'existence du moi.
Évidemment ce problème […] puisque d'où vient cet investissement ? Eh bien, il peut venir du retrait

de l'investissement libidinal des objets.
Et d'ailleurs à cette formulation il s'arrêtera pour donner la défini­tion du narcissisme secondaire, se heurtant

à un fait justement, d'investisse­ment secondaire par retrait de l'investissement libidinal des objets : libido retirée des objets et transférée au moi.
Cependant, il nous parle d'une autre conception,

d'un investissement libidi­nal original du moi.
Il y voit à la suite de l'observation du comportement des enfants…

et il nous dit aussitôt :

c'est là que les choses se compliquent

…cet investissement libidi­nal original du moi est celui qui se reporte ultérieurement sur les objets.
Et à la suite de ces différentes interrogations,

on arrive à la distinction fonda­mentale de l'énergie sexuelle :

  • la libido,

  • et d'une énergie des pulsions du moi.


À ce moment là on ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un développement rigoureux.
Et ce sont les deux questions que nous avons apportées la dernière fois, qui arrivent là comme des incidentes, mais qui sont extrêmement importantes : ce sont les rapports de l'autoérotisme primaire et du narcissisme.
La question que nous avions apportée la dernière fois était le point sur lequel j'avais insisté :

cette phrase « qu'il doit exister une unité préexistante, une unité préexistante au moi, puisque l'autoérotisme est un fait tout à fait primitif… »
[Zur ersten Frage bemerke ich: Es ist eine notwendige Annahme, daß eine dem Ich vergleichbare Einheit nicht von Anfang an im Individuum vorhanden ist; das Ich muß entwickelt werden. Die autoerotischen Triebe sind aber uranfänglich; es muß also irgend etwas zum Autoerotismus hinzukommen, eine neue psychische Aktion, um den Narzißmus zu gestalten.]
FREUD dit que cette distinction découle de l'observation des névrosés, mais que le développement de la conception qui séparait pulsions sexuelles et pul­sions du moi n'est pas le fruit d'une démonstration rigoureuse, que c'est une hypothèse.
Et il insiste sur la valeur toute relative des théories.
LACAN – Comment justifie–t–il ?


Serge LECLAIRE
Il donne quelques arguments.

Il dit que cette théorie peut trou­ver une confirmation.

la théorie de cette distinction fondamentale peut trouver une confirmation dans certains arguments.
Ainsi cette distinction populaire entre la faim et l'amour.

On peut trouver un fondement aussi sur certaines notions biologiques, et sur un double développement simultané de l'individu sur un plan biologique,

et sur un plan individuel.
Là, je résume…

LACAN
Non, non. Ne résumez pas !
C'est justement ce qui est intéressant.
La dernière fois, si vous vous souvenez de la façon dont je suis intervenu, c'était pour pointer ceci.
Vous avez parlé de situation historique de cet article. Je vous ai dit que cet article, comme la plupart

ou presque tous les articles de cette époque…

c'est–à–dire du début de la guerre de 1914

…c'est quand même assez émouvant de penser que FREUD poursuivait toute cette élaboration à cette époque, Einführung des Narzißmus est de 1914, et tout ce qui va suivre, toute la métapsychologie en particulier,

tout ce qui est par nous classé sous cette rubrique, va se développer entre 1914 et 1918.
Ceci succède immédiatement à l'apparition, en 1912,

du travail de JUNG, traduit en français sous le titre Métamorphoses et symboles de la libido.
Ici, il fait allusion à la guerre, puisqu'il se sert du terme promu par JUNG d'introversion, donnant en somme à toute la gamme des maladies mentales…

Vous savez que JUNG a eu un abord de ces maladies tout différent de celui de FREUD, puisque c'est

en somme autour de son expérience mettant surtout l'ac­cent sur l'étude de la gamme des schizophrénies que l'expérience de JUNG s'est centrée, alors que celle de FREUD était centrée sur les névrosés.
JUNG à ce moment là apporte une sorte de grandiose conception unitaire de l'énergie psy­chique, qui est quelque chose de fondamentalement différent dans son inspira­tion, et même sa définition, de la notion élaborée par FREUD sous le terme de libido.

Néanmoins, la différence théorique est assez difficile à faire à ce moment–là pour que FREUD

soit aux prises avec certaines difficultés,

ce qui justement est reflété par tout cet article.
Une tentative de maintenir dans un usage…

nous dirions de nos jours « opérationnel »

…bien délimité la notion de libido et la notion théorique qui, du fait du relief de la découverte freudienne, en somme fondée sur cette appréhension que dans le symptôme du névrosé…

c'est en somme ça l'appréhension fondamentale …s'exerce une forme détournée de la satisfaction sexuelle.
FREUD l'a dit à propos des symptômes des névrosés et l'a démontré là, d'une façon concrète, par une série d'équivalences dont la dernière est une sanction thérapeutique, c'en est une et de prix […] terme qui n'est certainement pas à quoi FREUD aimait se rapporter, car FREUD a toujours prétendu que ce n'était pas une nouvelle philosophie totalitaire du monde qu'il apportait mais quelque chose de bien défini et de fondé sur un certain champ, parfaitement limité, et tout à fait neuf d'ailleurs, de l'exploration d'un certain nombre de réalités humaines spécialement psychopathologiques, phénomènes subnormaux, c'est–à–dire non étudiés

par la psychologie normale, à savoir les rêves et les troubles, les ratés,

les lapsus, qui se trouvent dans un certain nombre

de fonctions dites supérieures du sujet.
FREUD sent bien que le problème qui se pose maintenant, c'est celui de la structure des psychoses :

comment la structure des psychoses peut être élabo­rée par rapport à la théorie générale de la libido.
JUNG apporte cette solution :

la profonde transformation de la réalité qui se manifeste dans les psychoses est due à quelque chose que FREUD a entrevu à propos des névroses, c'est à ce change­ment, à cette métamorphose à proprement parler de la libido – terme différen­cié – qui fait que c'est le monde intérieur

ce qui est laissé dans le plus grand vague ontologique

le monde intérieur du sujet dans lequel cette libido s'intro­vertit, qui est responsable du fait que la réalité pour ce sujet sombre dans une espèce de crépuscule qui nous permet de concevoir avec une parfaite continuité

le mécanisme des psychoses avec celui des névroses.
FREUD très attaché à une série de mécanismes extrêmement réduits, pré­cis, à partir de l'expérience,

extrêmement soucieux de sa référence empirique,

voit le danger d'une telle appréhension apportée

dès lors au problème.
Il voit tout ça se transformer en une sorte de vaste panthéisme psychique, d'une série de sphères imaginaires

sans doute également imaginaires

…s'enveloppant les unes les autres, dont on voit bien quel sera l'intérêt pour une sorte de classification des contenus, des événe­ments, des Erlebnis de la vie individuelle, jusqu'à ce que JUNG appelle « les arché­types ».
On a nettement le sentiment que ce n'est pas dans cette voie qu'une conception particulièrement clinique et psychiatrique des objets de sa recherche peut se poursuivre.
Et c'est pourquoi il essaie à ce moment là de faire une critique de la référence que peuvent avoir les unes avec les autres ces pulsions :


  • d'une part, sexuelles, auxquelles il a donné tant d'importance parce qu'elles étaient cachées, parce qu'elles étaient celles qui étaient révélées par son analyse,




  • et ces pulsions du moi qu'il a laissées jusqu'alors dans l'ombre et qui sont pourtant bien

ce qui main­tenant est mis en question.
À savoir :


  • sont–elles – oui ou non – telles, que l'une est l'ombre de l'autre, en quelque sorte ?



  • Toute la réalité est–elle constituée par cette sorte de projection libidinale universelle qui est au fond de la théorie jungienne ?



  • Ou bien y a–t–il cette différence, cette opposition, qui fait toute la valeur des conceptions de la névrose dans FREUD, une relation d'opposition, une relation conflictuelle entre pulsions du moi et pulsions libidinales ?


FREUD, avec son honnêteté habituelle, dit bien :


  • qu'après tout, le fait qu'il tienne à maintenir cette distinction est fondé sur son expérience des névroses,

  • qu'après tout ce n'est qu'une expérience limitée et que, si l'on considère un ensemble de faits plus large, elle pourrait bien après tout changer de valeur.


C'est pourquoi il a dit également non moins nettement qu'au stade primitif…

à un stade antérieur à ce que nous permet de pénétrer notre investigation proprement psychana­lytique

…il faut au moins dire qu'avec – il le dit formellement – l'état ununter­scheidbar qui ne permet pas une analyse,

une dissection suffisante pour notre expérience analytique.

[ Endlich folgern wir für die Unterscheidung der psychischen Energien, daß sie zunächst im Zustande des Narzißmus beisammen und für unsere grobe Analyse ununterscheidbar sind und daß es erst mit der Objektbesetzung möglich wird, eine Sexualenergie, die Libido, von einer Energie der Ichtriebe zu unterscheiden. ]
Nous avons une espèce d'étape où il est impossible dans l'état actuel de nos moyens de discerner ces deux tendances fondamentales qui sont inextricablement mêlées, beisammen, qui d'abord sont confondues dans l'état de narcissisme et ne sont pas unterscheidbar, distinctes, pour notre gros­sière analyse :

il n'est pas possible de distinguer eine Sexual libido

de l'Ichtriebe, de l'énergie des pulsions du moi.
[ Wir würden dann sagen: Der Kranke zieht seine Libidobesetzungen auf sein Ich zurück, um sie nach der Genesung wieder auszusenden. »Einzig in der engen Höhle«, sagt W. Busch vom zahnschmerzkranken Dichter, »des Backenzahnes weilt die Seele.« Libido und Ichinteresse haben dabei das gleiche Schicksal und sind wiederum voneinander nicht unterscheidbar. Der bekannte Egoismus der Kranken deckt beides. Wir finden ihn so selbstverständlich, weil wir gewiß sind, uns im gleichen Falle ebenso zu verhalten. Das Verscheuchen noch so intensiver Liebesbereitschaft durch körperliche Störungen, der plötzliche Ersatz derselben durch völlige Gleichgültigkeit, findet in der Komik entsprechende Ausnützung. ]
Il centre donc toute la question au niveau de la question des psychoses.

Mais dès le départ il va nous dire pourquoi il tente de maintenir cette distinction.
La première question est fondée sur l'expérience des névroses.
La seconde ques­tion qu'il apporte est celle–ci :

le manque actuel, à ce moment–là, dans cet état,

de clarté dans la distinction entre pulsions du moi et pulsions sexuelles n'est imputable, dit–il, peut–être qu'à ceci : que ce que nous avons commencé à éla­borer dans l'expérience comme pulsions du moi et pulsions sexuelles,

c'est quelque chose qui est en somme le dernier point de référence de notre théorie, ces fameuses pulsions.
Ce n'est pas ce qui est réellement à la base de notre construction, c'est ce qui est tout en haut.
C'est–à–dire que lui–même souligne que la notion même de pulsions, Triebe, est une notion éminemment abstraite, et c'est ce qu'il appellera aussi plus tard notre mythologie.
Et bien entendu, il se fait à lui–même…

avec son esprit visant au concret, que ce soit conforme ou non à ses tendances personnelles, tendant toujours à mettre exactement à leur place les élaborations spéculatives qui ont été les siennes

…il sait bien leur valeur limitée, il la souligne.

Il apporte leur référence aux notions également les plus élevées de la physique, dont il dit très bien qu'on voit au cours de l'histoire de la physique des notions comme matière, force, attraction, ne se sont élaborées qu'au cours de l'évolution historique,

et ont commencé par une espèce de forme incertaine, voire confuse, avant d'arriver à cette purifica­tion qui permet leur application tout à fait précise.
[Diese Ideen sind nämlich nicht das Fundament der Wissenschaft, auf dem alles ruht; dies ist vielmehr allein die Beobachtung.

Sie sind nicht das Unterste, sondern das Oberste des ganzen Baues und können ohne Schaden ersetzt und abgetragen werden. Wir erleben dergleichen in unseren Tagen wiederum an der Physik, deren Grundanschauungen über Materie, Kraftzentren, Anziehung und dergleichen kaum weniger bedenklich sind als die entsprechenden der Psychoanalyse. ]
Il précise donc bien qu'il ne s'agit de rien d'autre quand il s'agit de mainte­nir l'opposition pulsions du moi et pulsions sexuelles. Aussi bien est–ce à l'éla­boration,

à l'approfondissement de ces notions qu'il va

se consacrer dans cet article : Einführung des Narzißmus,

Pour l'introduction de la notion de narcissisme.
C'est à ce moment–là qu'il fait intervenir…

en précisant qu'il s'agit bien d'éla­borer ces notions

…ce qui exactement laisse la porte ouverte avec ce que nous sommes en train de faire, non pas à sa suite, mais en l'accompagnant, parce que ce n'est pas pour autant dire que ce soit quelque part dans l'œuvre de FREUD, pour que [ pour autant ] la façon dont on les manie,

dont on les diffuse, répète :

  • soit toujours véritablement adaptée,

  • soit dans l'esprit même de la recherche qu'indique FREUD.

Parce que justement dans cette direction de recherche, nous essayons nous–mêmes d'obéir à son mot d'ordre,

à son style.
Il apporte à ce moment là la référence à une notion fondamentale, à savoir que la biologie elle–même nous indique, tout au moins l'évolution de la biologie telle qu'elle était au point où elle était parvenue de son temps, à savoir que ce qui à ce moment là nous éton­nait d'une théorie des instincts ne peut pas,

ne peut tenir compte d'une certaine diffusion, bipartition fondamentale, entre :

  • les buts ou finalités de préservation de l'individu,

  • et ceux de la continuité de l'espèce.


Il est bien certain que ce que nous avons là

en arrière–plan n'est rien d'autre…

d'ailleurs elles sont expressément évoquées

…que les théories que vous devez connaître…

vous avez dû en garder quelque

souvenir de votre année de philo

…les théories de WEISSMANN.
Car la théorie de WEISSMANN n'est pas encore définitivement prouvée :

une substance immortelle des cellules sexuelles,

en tant qu'elles seraient engendrées, elles sont déjà différenciées directement dans le noyau des cellules sexuelles de l'individu antérieur de la lignée, constituant donc une lignée sexuelle absolument conti­nue, par reproduction continue de cellules

qui se différencient dans la lignée comme sexuelles,

et faisant du […] plasma quelque chose qui perpétue, qui perdure, d'un individu à un autre.
Alors qu'en somme l'ensemble du plasma somatique,

du soma, comme dit expressément WEISSMANN, se présente comme une sorte de parasite individuel, poussé latéralement du point de la reproduction de l'espèce, dans la seule fin de véhiculer ce plasma germinal, éternel, et par la succession des individus à cette espèce.
Ici la référence freudienne est immédiatement appuyée par ceci que ce qu'il construit n'est assurément pas…

et n'a pas la prétention d'être

…une théorie bio­logique, et qu'aussi bien…

quel que soit le prix provisoire pour lui de cette réfé­rence à laquelle il tient quand même à s'appuyer jusqu'à nouvel ordre et sous bénéfice d'inventaire

…si l'examen des faits tels qu'ils se développent dans le domaine propre de l'investigation analytique aboutissait à rendre inutile la réfé­rence biologique, à fonder quelque chose qui, étant organisé sur le champ propre des faits où se définit son investigation,

non seulement inutile mais nuisible…

[…] il précise cette référence comme

extrême, prise à un autre champ

…il n'hésiterait pas à l'abandonner.
Aussi bien n'est–ce pourtant pas, dit–il, une raison pour noyer dans le champ encore inexploré des faits psychiques auxquels il a affaire, pour noyer cette Sexualenergie, cette libido dont il a jusque–là suivi les cheminements et les voies dans une sorte de parenté universelle avec tout ce que nous pouvons voir comme manifestations psychiques dont, dit–il, le résultat quand il s'agit de poursuivre l'analyse des faits concrets serait tout à fait comparable à ceci : …

la référence qu'il donne

est particulièrement exemplaire

…ce serait à peu près comme dans un cas où nous aurions à trancher d'une affaire d'héritage,

et où quelqu'un a à faire les preuves devant notaire de ses droits d'héritier, et invo­querait à ce propos la parenté universelle qui lie certainement…

au moins dans l'hypothèse monogénétique

…tous les hommes les uns avec les autres.
Il semble que la comparaison est tout à fait exemplaire de la pensée de FREUD sur ce sujet et ce point.
Je voudrais néanmoins ici introduire…

à propos justement de cette référence

…une simple remarque qui peut–être va vous paraître trancher par son caractère inhabituel des remarques que nous faisons sur ce sujet.
Mais vous allez voir qu'après tout elle va tout de suite porter au cœur de ce qui est notre problème, qui est justement d'introduire un peu plus de clarté dans cette élaboration, plus exactement cette discussion que poursuit FREUD, et dont les obscurités, les impasses

comme vous le voyez, rien que déjà

par le com­mentaire des premières pages

…ne nous sont ici nullement dissimulées, atténuées.
On ne peut pas dire que cet article apporte une solution, mais au contraire une série de questions ouvertes.
Or ce sont des questions dans lesquelles

nous essayons de nous insérer.

Eh bien, arrêtons–nous un instant…

puisque l'on nous mène sur ce terrain

…et posons–nous quelques questions qui ont d'autant plus d'intérêt que…

vous allez le voir

…elles ne sont pas des questions qui restent actuellement tout à fait en l'air, étant donné que

la théorie des instincts a quand même fait quelques progrès depuis.
Comme FREUD nous le dit quelque part, nous n'avons malheureusement pas, à la date où il écrit,

une théorie des instincts toute prête, readymade, prête­ àporter.
Elle n'est pas prête­ à–porter à ce moment–là.

Elle ne l'est pas encore très bien de nos jours. Mais, vous le savez, depuis les travaux de LORENZ

et jus­qu'à TINBERGEN, nous avons tout de même fait quelques pas. C'est cela qui jus­tifie les remarques, peut–être un peu spéculatives, que je vais être amené ici à vous apporter.
Suivons bien les biologistes, plus exactement

les notions biologiques telles qu'elles peuvent apparaître aux psychologues, aux anthropologues.
Si nous tenons pour valable la notion weissmannienne

de l'immortalité du germen, qu'est–ce qu'il en résulte ?
Si nous pensons cet individu qui se développe…

qui est radicalement distinct de la substance vivante fondamentale qui constitue le ger­men, qui elle, ne périt pas, cette théorie du parasite individuel

…quelle fonction joue–t–il par rapport à cette propagation de la vie ?
Il est bien clair que dans ce registre, dans ce mode d'appréhension, ce qui est le phénomène de la vie,

il joue un rôle qui littéralement n'a rien à faire…

en tant qu'individu à proprement par­ler

…avec cette propagation.
Ces individus, du point de vue de l'espèce,

ils sont, si on peut dire, déjà morts.

Au niveau de chaque individu, cet individu n'est rien auprès de cette substance immortelle qui est cachée dans son sein, qui est la seule à se perpétuer avec le droit à représenter authentiquement, substantiellement, ce qui existe en tant que vie.
Je précise ma pensée.

Cet individu va être mené…

nous nous plaçons maintenant

au point de vue psychologique

…par ce fameux instinct sexuel, pour propager quoi ?
Quelque chose qui n'est rien d'autre que cette substance immortelle incluse dans le plasma proprement germinal, dans les organes génitaux, représentée au niveau

des vertébrés par des spermatozoïdes et des ovules.
Mais c'est cela qui est pro­pagé, et cela seulement.

Est–ce là tout ? Bien sûr que non.
Ce qui se propage, c'est en effet un individu

qui a cette fonction.
Un individu qui a cette fonction,

qu'est–ce que ça veut dire ?
C'est un individu qui se repro­duit, mais se reproduit non pas en tant qu'individu, mais en tant que type.
Et c'est bien à cela en effet que nous mène

la théorie des instincts.
C'est que ce qui supporte l'instinct sexuel…

ce qui en fait le ressort psychologique concret, qui en détermine la mise en fonction, l'énorme mécanique… le déclencheur, comme s'exprime TINBERGEN après LORENZ

…c'est justement non pas du tout un individu réel,

non pas la réalité de l'être vivant…

du partenaire sexuel,

appelons–le main­tenant par son nom

…mais justement quelque chose qui a le plus grand rapport avec ce que je viens d'appeler « le type », c'est–à–dire une image.

Ce que nous démontre l'élaboration par les éthologistes des mécanismes de déplacement de

la pariade, c'est l'importance tout à fait prévalente d'une image tellement importante que cette image

se constitue, se forme, apparaît sous la forme

d'un phénotype transitoire, par des colorations particulières dans un très grand nombre d'espèces, par des modifications d'aspect extérieur, qui par son modèle puissent servir à quelque chose qu'on peut même appeler une sorte de signal, mais de signal construit, de Gestalt, comme nous disons de nos jours.
En fin de compte ce que nous voyons apparaître

est que du point de vue de la biologie…

point sur lequel déjà quelques philosophes avaient réfléchi

…si l'on veut distinguer différents plans du monde

de l'homme, pour reconnaître que ce qui distingue

son plan est très précisément ceci :

qu'il appartient à un monde où domine quelque chose qu'on appelle l'hérédité, où l'élément préformé, où l'élé­ment du passé est ce qui dans la scansion des trois temps temporaires

provi­soirement nous sommes aujourd'hui à la tripartition commune : passé, présent et avenir

…c'est le passé qui détermine absolument tout ce qui se produit à l'ex­ception près de cet élément complètement énigmatique qu'on appelle la matu­ration. Laissons cela de côté provisoirement.
Dans la transmission normale de ce qu'on appelle l'espèce, l'individu ne fait que reproduire le type déjà réalisé par toute la lignée de ses ancêtres.
Bref, du point de vue strictement animal, comme

je vous l'ai dit, cet individu est après tout

non seulement mortel, mais quelque chose de déjà mort, quelque chose de sans avenir à proprement parler.
Du point de vue de l'espèce il n'est rien d'autre

que l'incarnation, le support de quelque chose qui n'est pas un cheval, tel ou tel cheval, mais qui est

« le cheval ». Et c'est d'ailleurs sur ce fondement même

que le concept de l'espèce est fondé.
Si le concept de l'espèce est fondé, si l'histoire naturelle existe, c'est qu'il y a non pas seulement des chevaux, mais « le cheval ».
Que ceci se manifeste sur le plan psychologique

par le fait que ce qui est proposé, ce qui détermine la mise en jeu de ce qui est à proprement parler de l'ordre mécaniste, de l'embrayage, du déclenchage de l'instinct sexuel, soit essentiellement cristallisé sur un rapport d'images

j'en viens au terme que vous attendez tous

…sur un rapport imaginaire, ceci est suffisamment indiqué,

et il me semble, l'introduction naturelle au problème du rapport des Libidotriebe, Sexualtriebe, et de la Ichtriebe,

tel qu'il va être développé dans tout cet article

à partir de cette notion, qui n'est pas neuve,

qui a déjà été expri­mée dans moult endroits.
Vous avez là le cadre dans lequel

doit pour nous se poser le problème.
La question n'est pas d'ores et déjà pour vous posée sur le plan des rapports de la pulsion libidinale avec ces deux domaines dont nous usons sans cesse…

mais à tort et à travers

…de l'imaginaire et du réel.
Et si d'ores et déjà vous ne voyez pas que la libido

se pose exactement, est centrée autour de la fonction de l'imaginaire

non pas comme une certaine espèce de transposition idéaliste et morali­sante de la doctrine analytique, comme on a voulu le faire croire, dans une espèce de progrès d'un certain état idéal, imaginaire de la génitalité, qui serait en quelque sorte la sanction et le ressort dernier de l'établissement du réel

…eh bien évidemment vous ne pouvez rien comprendre !
Ceci est très suffisamment indiqué dans cet article, et vous verrez d'ailleurs dans la suite…

et c'est de là que nous devons partir

…que c'est à partir de là aussi que se pose vraiment le problème de la fonction réelle que joue l'ego

dans l'écono­mie psychique.
Voulez–vous avancer un peu ?
Serge LECLAIRE
Très exactement, j'aurais voulu poser des questions, ou faire des réponses…

Je voudrais vous donner un sentiment, que je n'ai pas eu tout seul, en lisant certaines parties de ce texte, et auquel je faisais allusion tout au début.
Dans le texte aussi, puisque dans un commentaire, en somme, on peut saisir un certain nombre de passages qui vous accrochent. On voit justement que FREUD dit dans la deuxième question qu'il pose, dans ces incidentes, après avoir posé cette dis­tinction fondamentale, il pose deux questions.

Il répond à la première, comme nous l'avons dit : nécessité d'une action psy­chique intermédiaire entre l'auto–érotisme primaire et le narcissisme.
À la seconde, il répond ceci :

que la nécessité de répondre d'une façon tran­chée

à la deuxième question doit entraîner chez chaque psychanalyste un malaise notable.

On se défend contre ce sentiment d'absorber son attention pour des dif­ficultés stériles, mais on doit cependant ne pas renoncer à la recherche d'une solution.
Cette deuxième question est celle–ci, celle de l'énergie psychique fon­damentale :

ne serait–il pas plus simple de n'avoir qu'une énergie psychique fon­damentale ?
À certains moments, en lisant ce texte, nous avons cette impression de saisir des notions qui ne nous paraissent pas tellement fécondes.
Et j'ai l'im­pression…

pour reprendre la ligne de ce que vous disiez

…que cette bipartition fondamentale de la libido en deux types : Ichlibido et Objektlibido, a incontes­tablement une valeur pragmatique…

c'est la seule que FREUD lui reconnaisse d'ailleurs dans ce texte, les autres termes ne venant qu'en confirmation

…elle a une valeur pragmatique, comme vous le disiez, dans l'étude des névroses.

Mais qu'est–ce qui a été mis en évidence dans l'étude des névroses essentiellement ?

Ce sont les pulsions sexuelles, justement,

qui étaient cachées.
Et il me semble que comme dans une bipartition il faut toujours deux termes, c'est toute la difficulté qui résulte dans le fait que l'autre terme a été appelé libido du moi, Ichlibido, ou énergie du moi primitivement.
Cela ne s'imposait pas.

Cette énergie du moi est une espèce de différenciation de cette énergie fondamentale qu'elle évoque à chaque instant, et chaque fois qu'on parle de cette énergie du moi, nous ressentons un peu ce malaise, à partir du moment où on pose une construction systématique, où on essaie d'articuler, de préciser, les rapports entre les deux, puisque justement cette libido du moi pose la question du narcissisme.
Et nous verrons…

à mon sens, c'est dans la troisième partie

…que le problème commence un peu à s'éclairer,

à partir du moment où il fait entrer en jeu

la notion d'idéal du moi.
Il me semble que s'attaquer au deuxième terme

de cette bipartition, à l’énergie du moi, ou à la libido du moi,

se rapporte un petit peu à l'effort stérile que nous pouvons faire si nous nous attaquons à l'étude de

l'« énergie primitive ».
MANNONI
Est–ce qu'on peut demander la parole ?
Je suis depuis quelque temps embarrassé

par un problème qui touche un peu cela, et me semble un peu compliquer et simplifier les choses.

C'est que l'inves­tissement des objets par la libido est au fond une métaphore réaliste, parce qu'elle n'investit que l'image des objets, tandis que l'investissement du moi peut être

un phénomène intrapsychique où c'est la réalité ontologique du moi qui est investie.
Si la libido est devenue libido d'objets, elle ne peut plus inves­tir que quelque chose qui sera symétrique

de l'image du moi.
Si bien que nous aurons deux narcissismes :

selon que c'est une libido qui investit intrapsychiquement le moi ontologique, ou bien ce sera une libido objectale qui viendra investir quelque chose qui sera peut–être l'idéal du moi, en tout cas une image du moi.
Alors, nous aurons une distinction très fondée

entre le narcissisme primaire et le narcissisme secondaire.
LACAN
Évidemment, MANNONI, dans un jump élégant,

nous introduit bien vite là où vous sentez bien

que vous amenant pas à pas, comme ça,

j'ai envie de vous mener quelque part :

nous n'allons pas tout à fait à l'aventure,

encore que je sois prêt à accueillir les découvertes que nous ferons en cours de route.
Bien sûr en fin de compte c'est de cela qu'il s'agit. Je suis content de voir que notre ami MANNONI fait comme ça : il faut de temps en temps faire un saut dans le sujet.
Je reviens sur mon dernier pas.
Vous avez bien compris à quoi cela tend ?
Cela tend à rejoindre ceci…

qui nous est indiqué parce qu'il

y a eu référence à la bio­logie

…cette expérience fondamentale que nous apporte l'élaboration actuelle de la théorie des instincts.
À savoir que ce qui est le déclencheur…

l'élément « objec­tal »

…dans le déclenchement de la libido, mise en jeu

du cycle de comportement sexuel, c'est quelque chose où on peut dire que le sujet est essentiellement leurrable.
Car ce que nous montrent les expressions des ichtyologistes, c'est que si d'un côté il faut que l'épinoche mâle ait pris de belles couleurs…

sur le ventre ou sur le dos

…pour que commence à s'établir tout ce jeu, cette danse

ce que je vous ai dans d'autres circonstances déjà plus ou moins exposé, et que je vous réexpose­rai à l'occasion

…inversement, ceci suppose que nous pouvons très bien faire n'importe quel « découpage »…

un « découpage » qu'il s'agit de préciser

…une sorte de chose assez mal dégrossie dans son ensemble, mais qui…

à condition de porter certains traits,

certaines marques, Merkzeichen

…aura exactement sur le sujet le même effet.
Nous ne devons jamais perdre de vue ces éléments

tout à fait fondamentaux qui se trouvent au cœur même des processus que nous poursuivons, représen­tant

ce qui originalement distingue par des propriétés tout à fait spéciales, ce qui est cycle instinctuel

dans l'ordre sexuel, à savoir…

c'est là–dessus que j'ai insisté quand je vous ai fait mon premier exposé sur le réel, le symbolique et l'imaginaire
1   ...   18   19   20   21   22   23   24   25   ...   49

similaire:

Leçon 1 18 novembre iconLeçon I 18 novembre 1953

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1 17 novembre 1954

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 21 05 Juin 1963 Leçon 22 12 Juin 1963 Leçon 23 19 Juin 1963...

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 21 17 Mai 1961 Paul Claudel : Trilogie Leçon 22 24 Mai 1961...
«De l’amour». Trad. Léon robin ( texte grec et trad. Fr.) Notice pp 13–129, texte pp 130–313

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1A Ça va?

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1A Ça va?

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 10

Leçon 1 18 novembre iconLeçon 1A Ça va?

Leçon 1 18 novembre iconLeçon n°8

Leçon 1 18 novembre iconLeçon Programme








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com