Leçon 1 18 novembre








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13 janvier 1954 Table des séances


Pour commencer l'année nouvelle…

pour laquelle je vous présente mes bons vœux

…je l’introduirai volontiers par un thème

que j'exprimerai à peu près ainsi : « fini de rire ! ».
Pendant le dernier trimestre, vous n'avez guère

eu ici autre chose à faire qu'à m'écouter.

Je vous annonce solennellement que dans ce trimestre qui commence, je compte, j'espère, j'ose espérer

que moi aussi je vous entendrai un peu.
Ceci me paraît absolument indispensable.

D'abord, parce que c'est la loi même et la tradition du séminaire que ceux qui y participent y apportent plus qu'un effort personnel. Ils apportent une collaboration par les communications effectives.
Et ceci, bien entendu ne peut venir que de ceux qui sont intéressés de la façon la plus directe à ces séminaires, ceux pour qui ces séminaires de textes ont leur plein sens, c'est–à–dire sont engagés à des degrés, à des titres divers dans notre pratique.
Ceci n'exclura pas, bien entendu, que vous n'obteniez de moi les réponses que je serai en mesure de vous donner, et il me serait tout particulièrement

sen­sible que, dans ce trimestre, tous et toutes, selon la mesure de vos moyens, vous donniez…

à l'établissement de ce que je pourrais appeler nouvelle étape, nouveau stade du fonctionnement de ce séminaire

…ce que j'appellerai votre maximum.
Votre maximum, ça consiste à ce que, quand j'interpellerai tel ou tel pour le charger d'une section précise de notre tâche commune, on ne réponde pas, avec un air ennuyé, que justement cette semaine on a des charges particulièrement lourdes, telle ou telle de ces réponses que vous connaissez bien.

Je parle tout au moins pour ceux qui font partie du groupe que nous repré­sentons ici, et dont je voudrais que vous vous rendiez bien compte que s'il est constitué comme tel, à l'état de groupe autonome, s'étant isolé comme tel, c'est précisément pour une tâche qui nous intéresse tous…

ceux qui font partie de ce groupe

…et qui comporte rien moins pour chacun de nous

que l'avenir, le sens de tout ce que nous faisons

et aurons à faire dans la suite de notre existence.
Si vous ne venez pas à ce groupe à ce plein sens,

au sens de mettre vraiment en cause toute votre activité, je ne vois pas pourquoi nous nous serions constitués sous cette forme.

Pour tout dire, ceux qui ne sentiraient pas en

eux–mêmes le sens de cette tâche, je ne vois pas pourquoi ils resteraient attachés à notre groupe, pour­quoi ils n'iraient pas se joindre à toute espèce d'autre forme de bureaucratie…
Ces réflexions sont particulièrement pertinentes, à mon sens,

au moment où nous allons aborder ce qu'on appelle communément les Écrits techniques de Freud. C'est un terme

qui est déjà fixé par une certaine tradition.
Dès le vivant de FREUD, sous la façon dont les choses sont présentées, sous forme d'édition, on a vu paraître

sous la forme de la Sammlung kleiner neurosen schriften…1

la collection des petits écrits sur les névroses… ou neuroses… je ne me souviens plus exactement

…un petit volume in octavo, qui isolait un certain nombre d'écrits de FREUD qui vont de 1904 à 1919, et qui sont des écrits dont le titre, la présentation, le contenu, indiquent dans l'ensemble ce qu'est la méthode psychanalytique.

Et ce qui motive et jus­tifie cette forme, ce dont

il y a lieu de mettre en garde tel ou tel praticien inex­périmenté qui voudrait s'y lancer,

c'est qu'il faut considérer comme indispensable d'éviter un certain nombre de confusions quant à

la pratique et aussi l'essence de la méthode.

Et l'on vit également apparaître sous une forme graduellement élaborée :



  • un certain nombre de notions fondamentales pour comprendre le mode d'action de la thérapeutique analytique,



  • et en particulier dans ces écrits, un certain nombre de passages extrêmement importants pour

la compréhension du pro­grès qu'a fait, au cours de ces années 19041919, l'élaboration qu'a subie…

dans la pratique et aussi

dans la théorie de FREUD

…la notion de résistance, la fonction du transfert,

le mode d'action et d'intervention dans le transfert,



  • et enfin même, à un certain point, la notion de la fonction essentielle de la névrose de transfert.


Inutile de vous dire que ce petit groupe d'écrits

a une importance toute par­ticulière.
Ce groupement pourtant n'est pas complètement ni entièrement satisfaisant, au premier abord tout au moins.
Peut–être le terme Écrits tech­niques n'est pas ce qui lui donne effectivement son unité.
Car il représente en effet une unité

dans l'œuvre de FREUD et la pensée de FREUD

…une unité par une sorte d'étape dans sa pensée,

si on peut dire.
C'est sous cet angle que nous l'étu­dierons.
Étape effectivement intermédiaire entre ce que nous pourrions appeler le premier développement de ce que quelqu'un…

un analyste dont la plume n'est pas toujours de

la meilleure veine, mais qui a eu en cette occasion une trouvaille assez heureuse, et même belle

…a appelé « expérience germinale » 2 dans FREUD.
En effet, nous pouvons distinguer jusque vers, mettons 1904, ou même 1906…

1904 représentant l'apparition de l'article sur

la méthode psychanalytique, dont certains disent que c'est là pour la première fois qu'on a vu apparaître le mot psychanalyse – ce qui est tout à fait faux, parce que le mot psychanalyse a été employé bien avant par FREUD – mais enfin là

le mot psychanalyse est employé d'une façon formelle, et dans le titre même de l'article

…alors mettons 1904 ou 1906.
1909 : ce sont les conférences à la CLARK University, voyage de FREUD en Amérique accompagné de son « fils »3.

Et c'est là, ou le point de repère entre 1904 et 1906, que nous pouvons choisir comme représentant le premier développement de cette expérience germinale. Si nous reprenons les choses à l'autre bout, à l'année 1920, nous voyons l'éla­boration de la théorie des instances, de la théorie structurale, ou encore méta­psychologique, comme FREUD l'a appelée, de l'expérience freudienne. C'est l'autre bout : c'est un autre développement qu'il nous a légué de son expérience

et de sa découverte.

Vous le voyez, les Écrits techniques s'échelonnent et

se situent exactement entre les deux.

C'est ce qui leur donne leur sens, parce que autrement, si nous voulions dire que les Écrits techniques sont une unité au cas où FREUD parle de la technique, ce serait une conception tout à fait erronée.
On peut dire qu'en un certain sens FREUD n'a jamais cessé de parler de la technique. Je n'ai pas besoin d'évoquer devant vous les Studien über Hysterie qui ne sont absolument qu'un long exposé de la découverte

de la technique analytique.
Nous l'y voyons en formation, et c'est ce qui fait

le prix de ces études, et je dirai que si on voulait faire en effet un exposé complet, systématique de

la façon dont la technique s'est développée chez FREUD, c'est ainsi qu'il faudrait commencer : nous ne pourrions que nous y référer et l'évoquer sans cesse.
La raison pour laquelle je n'ai pas pris Studien über Hysterie, c'est tout simplement qu'elles ne sont pas facilement accessibles :

vous ne lisez pas tous l'allemand, ni même l'anglais.

Il y en a une édition dans le Nervous and Mental Disease Monograph series 4, qu'on peut se procurer. Ce n'était pas extrêmement facile de vous demander à tous de faire cet effort.

D'autre part, il y a d'autres raisons que ces raisons d'opportunité, pour les­quelles j'ai choisi ces Écrits techniques.
Mais, pour poursuivre, nous dirons que, même dans

la Science des rêves, il s'agit tout le temps et perpétuellement de technique.
On peut dire qu'il n'y a pas…

qu'il ait parlé, écrit, sur des thèmes disons d'élaboration mythologique, ethnographique,

les thèmes proprement culturels

…il n'y a guère d'œuvre de FREUD qui ne nous apporte quelque chose sur la technique.
Mais, pour accen­tuer encore ce que je veux dire,

il est inutile de souligner qu'un article comme

Analyse terminable et interminable, paru dans le tome V des Collected Papers, vers les années 1934, est un des articles les plus importants quant à la technique.
En fait, la question de l'esprit dans lequel il me paraîtrait souhaitable que cette année, ce trimestre, nous poursuivions les commentaires de ces Écrits techniques

est quelque chose de tout à fait important à fixer dès aujourd'hui.

Et c'est pour cela que je considère les quelques mots que je vous introduis comme importants. Je les ai appelés Introduction aux commentaires sur les Écrits techniques de Freud.
En effet, il y a plusieurs façons de voir les choses.

Si nous considérons que nous sommes ici pour nous pencher avec admiration sur les textes de FREUD et nous en émerveiller, évidemment nous aurons toute satisfaction. Ces écrits sont d'une fraîcheur,

d'une vivacité qui ne manquent jamais de produire

le même effet que tous les autres écrits de FREUD.
La personnalité s'y découvre d'une façon parfois tellement directe qu'on ne peut pas manquer de

l'y retrouver, comme dans tel ou tel des meilleurs moments que nous avons déjà rencontrés dans

les textes que nous avons commentés.
La simplicité, les raisons, la motiva­tion des rêves qu'il nous donne, la franchise du ton, enfin,

est déjà à soi toute seule une sorte de leçon.
L'aisance avec laquelle sont traitées toutes les questions des règles pratiques à observer est une chose à laquelle il ne serait jamais mau­vais de se référer pour nous faire voir combien pour FREUD

il s'agissait là d'un instrument, au sens où on dit qu'on a un marteau bien en main. Il dit :
« Bien en main pour moi, mais ce que je vous dis là, c'est parce que c'est – moi – comme ça que j'ai l'habitude de le tenir. Mais d'autres peutêtre préféreraient un instru­ment un tout petit peu différent, plus à leur main. »
Vous en verrez des passages tout à fait clairs, encore plus clairement que je ne vous le dis

sous cette forme métaphorique.
Toute la question de la formalisation des règles techniques

y est traitée avec une liberté qui est certainement

à soi toute seule un enseignement qui pourrait suffire et qui donne déjà à une première lecture

des Écrits techniques son fruit et sa récompense.
Il n'y a rien qui soit plus salubre, plus libérant que la lecture directe de ces écrits où

pour la première fois sont données un certain nombre

de règles pratiques, d'un caractère tout à fait instrumental, et rien n'est plus significatif

pour bien montrer que la question est ailleurs.
Ce n'est pas tout, dans la façon de nous transmettre ce qu'on pourrait appeler les voies de cette vérité de la pensée freudienne.
On pourrait y joindre une autre face qui se montre sous un certain nombre de passages,

qui viennent peut–être au second plan,

mais qui sont très sensibles :


  • c'est le caractère souffrant de cette personnalité, le sentiment qu'il a de la nécessité de l'autorité, ce qui ne va pas certainement sans une certaine dépréciation fonda­mentale de ce que celui qui a quelque chose à transmettre ou à enseigner peut attendre de ceux qui le suivent

et qui l'écoutent.


  • Une certaine méfiance profonde de la façon dont les choses sont appliquées et comprises apparaît en bien des endroits, et même vous verrez :

je crois qu’il n'est pas très difficile à trouver une dépréciation toute particulière de la matière humaine qui lui est offerte dans le monde contemporain.

C'est bien assurément ce qui nous permet d'entrevoir aussi pourquoi FREUD a…

tout à fait en dehors du cercle, du style de ce qu'il écrit

…concrè­tement et pratiquement mis en exercice ce poids de son autorité, et combien à la fois il a été exclusif par rapport à toutes sortes de déviations, très effectivement, déviations qui se sont manifestées, et en même temps impératif dans la façon dont

il a laissé s'organiser autour de lui la transmission de cet enseignement.
Cela n'est qu'un aperçu de ce qui peut nous être révélé par cette lecture.
La question est de savoir si c'est uniquement cela…

cet aspect historique de l'action, de la présence de FREUD, sur le sujet de la transmission technique

…est–ce que c'est à cela que nous allons nous limiter ?
Eh bien, non !
Je ne crois pas que ce puisse être possible.

Ne serait–ce d'abord que, malgré tout l'intérêt et

le côté stimulant, agréable, détendant, que cela peut avoir, ça ne serait tout de même qu'assez inopérant.
Vous savez que c'est toujours en fonction de l'actualité, en fonction du sens que peut avoir […]

à savoir :
« Qu'est–ce que nous faisons quand nous faisons de l'analyse ? »
Ce commentaire de FREUD a été jusqu'ici par moi apporté, et je ne vois pas pourquoi nous ne poursuivrions pas cet examen à propos de ce petit écrit dans le même style et dans le même esprit.
Or, pour partir de l'actualité de la technique,

de ce qui se dit, s'écrit, et se pra­tique

quant à la technique analytique…
Je ne sais pas si la majorité d'entre vous…

une partie tout au moins, je l'espère

…a bien pris conscience de ceci.
C'est que, quant à la façon dont les praticiens analystes à travers le monde, pour l'instant…

je parle de maintenant, 1954, cette année

toute fraîche, toute nouvelle

…ces ana­lystes divers, pensent, expriment, conçoivent leur technique… au point de ce qu'il n'est pas exagéré d'appeler « la confusion la plus radicale ».
Je mets en fait qu'actuellement parmi les analystes…

et qui pensent, ce qui déjà rétrécit le cercle

…il n'y en a peut–être pas un seul, dans le fond,

qui se fasse la même idée qu'un quelconque de

ses contemporains, ou de ses voisins sur le sujet…

n'êtes–vous pas d'accord, Michèle CAHEN ?

…sur le sujet de ce qu'on fait, de ce qu'on vise,

de ce qu'on obtient, de ce qu'il s'agit…
C'en est même au point que nous pourrions nous amuser à ce petit jeu de rap­procher les conceptions formulées qui sont les plus extrêmes, et nous verrons qu'elles aboutissent à des formulations rigoureusement contradictoires, et ceci sans chercher bien loin.
Nous ne chercherons pas des amateurs de paradoxes. D'ailleurs ils ne sont pas tellement abondants,

en général.
La matière est assez grave, et assez sérieuse

pour que divers théoriciens abordent cela

sans désir de fan­taisie.
Et en général l'humour est absent de ces sortes d'élucubrations sur les résul­tats thérapeutiques,

sur leurs formes, sur leurs procédés et les voies

par lesquelles on les obtient.
On se raccroche à la balustrade, au garde–fou

de quelque partie d'élaboration théorique

faite par FREUD lui–même.
Et c'est ce qui donne à chacun la garantie

qu'il est encore en communication avec ceux

qui sont ses confrères et collègues.

C'est par cet intermédiaire…

par l'intermédiaire du langage freudien

…que la communication est maintenue entre des praticiens qui très évidemment se font des conceptions assez différentes de leur action thérapeutique, et qui plus est,

de la forme générale de ce rapport interhumain

qui s'appelle la psychanalyse.
Quand je dis rapport interhumain, vous voyez déjà

que je mets les choses au point où elles sont venues actuellement. Car il est évident que la notion du rapport entre l'analyste et l'analysé est la voie dans laquelle s'est engagée l'élaboration des doc­trines modernes pour essayer de retrouver une assiette,

un plan d'élaboration qui corresponde au concret

de l'expérience.
C'est certainement là une direction,

la plus féconde dans laquelle les choses

soient engagés depuis la mort de FREUD.
C'est ce que M. BALINT appelle, par exemple,

la création de ce qu'il appelle une two bodies psychology, terme d'ailleurs qui n'est pas de lui, qu'il a emprunté au défunt RICKMAN qui était une des rares personnes qui aient eu un petit peu d'originalité théorique dans le milieu analyste depuis la mort de FREUD.
Cette manière de formuler les choses…

autour de laquelle, vous le voyez, on peut regrouper facilement toutes les études qui ont été faites sur la relation d'objet, l'importance du

contretransfert, et un certain nombre de termes connexes parmi lesquels au premier plan le rôle du fantasme, à savoir l'inter–­réaction imaginaire entre l'analysé et l'analyste

…est quelque chose dont nous aurons à tenir compte.
Est–ce à dire que par là nous soyons dans une voie qui soit effectivement la voie qui nous permette

de bien situer les problèmes ?

D'un côté, oui.

D'un côté, non.

Il y a un gros intérêt à promouvoir une recherche

de cette espèce, pour autant qu'elle marque bien l'originalité de ce dont il s'agit par rapport

à une one body ­psychology, la psychologie constructive habituelle.
Il faut marquer de quelque chose, dès l'abord,

que c'est ailleurs que se constitue tout ce que

nous pourrons éla­borer dans l'expression analytique,

à savoir dans un certain rapport déterminé.
Est–ce assez de dire qu'il s'agit d'un rapport entre deux individus ? C'est là que gît, je crois, une partie du problème insuffisamment approfondie. Là on peut apercevoir les impasses où se trouve actuellement portée la formulation théorique de la technique.
Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant. Encore que, pour ceux qui sont ici présents, familiers de ce séminaire, vous devez bien entendre, à savoir qu'il n'y a pas de two bodies psychology si nous

ne faisons pas intervenir ce tiers élément dont

je vous ai déjà présenté une des phases sous la forme du rapport symbolique de la parole prise en tant que telle, et prise comme point central de perspectives, de points de vue, d'aperceptions de l'expérience analytique.
C'est–à–dire que c'est dans un rapport à trois

et non pas dans une relation à deux

que peut se formuler pleinement dans sa complé­tude, l'expérience analytique.
Cela ne veut pas dire qu'on ne puisse pas en exprimer des fragments, des morceaux, des pans importants dans un autre registre, et dans un registre qui indique particulièrement […].
Mais ce que je veux mettre comme prémisse au développement de notre dis­cussion, c'est ceci :

que là gît un des points les plus importants à élucider pour comprendre, pour situer à quelle sorte

de difficultés un certain nombre de for­mulations

des relations inter–analytiques, qui sont d'ailleurs différentes, et c'est facile à comprendre.
Si le fondement de la relation interanalytique est effective­ment quelque chose que nous pouvons représenter comme ça, triadique, il y aura plusieurs façons de choisir dans

les trois éléments de cette triade. Il y aura une façon de mettre l'accent sur chacune des trois relations triadiques

qui s'éta­blissent à l'intérieur d'une triade.
Et ce sera, vous le verrez, une façon qui est tout à fait pratique de classer un certain nombre d'élaborations théoriques qui sont données de la technique.

Tout cela peut paraître actuellement un peu abstrait. Je ne peux pas faire plus ni mieux aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, ce que je veux tâcher de dire

de plus concret, de plus proche du terrain,

pour vous introduire à cette discussion, j'ai parlé tout à l'heure de « l'expérience germinale » chez FREUD.
Cette expérience germinale, je vais l'évoquer rapidement ici, puisqu'en somme c'est cela qui a fait l'objet en partie de nos dernières leçons, celles du trimestre dernier, tout entier attaché, centré, autour de

la notion que c'est la reconstitution complète

de l'histoire du sujet qui est l'élément essentiel, constitutif, structural, du progrès analytique.
Je crois vous voir démontré que FREUD en est parti, que chaque fois il s'agit pour lui de l'appréhension d'un cas singulier

et c'est cela qui a fait le prix de l'analyse,

de chacune de ces cinq grandes psychanalyses,

les trois que nous avons déjà vues, élaborées, travaillées ensemble, vous le démontrent

…c'est que c'est là qu'est vraiment l'essentiel,

son progrès, sa découverte, dans la façon de prendre un cas dans sa singularité.
Eh bien, le prendre dans sa singularité, qu'est–ce que ça veut dire ? Cela veut essentiellement dire que pour lui l'intérêt, l'essence, le fondement, la dimension propre de l'analyse, c'est la réintégration par le sujet de son histoire jusqu'à ses dernières limites sensibles, c'est–à–dire jusqu'à quelque chose

qui dépasse de beaucoup les limites individuelles.

Ceci dit, [ quelque chose ] qui peut se fonder, se déduire,

se démontrer de mille points textuels dans FREUD,

et c'est ce que nous avons fait ensemble au cours

de ces dernières années.
Ceci se présente, si vous voulez, dans le fait,

dans l'accent mis par FREUD sur tel ou tel point, essentiel à conquérir par la technique sous la forme d'un cer­tain nombre de caractéristiques, ce que j'appellerai « situation de l'histoire » dans sa première apparence, mais cela apparaîtrait comme accent mis sur le passé.
Bien entendu, je vous ai montré que ce n'était pas simple :

  • l'histoire, ce n'est pas le passé,

  • l'histoire c'est le passé dans le sens où il est historisé dans

  • le présent, et il est historisé dans le présent parce qu'il a été vécu dans le passé.


Je veux indiquer que dans la technique, les voies

et les moyens pour accéder à cette réintégration, restitution de l'histoire du sujet, cela prendra

la forme d'une recherche de restitution du passé.
Ceci étant considéré…

comme point de mire, comme résultat matériel, comme accent de la recherche, poursuivi par

un certain nombre de voies techniques

…il est très important de voir, et vous le verrez…

vous le verrez marqué, je dois le dire,

tout au long de cette œuvre de FREUD dont je vous ai dit les indications techniques, surtout les Écrits techniques dont je vous parlais tout à l'heure

…vous verrez que pour FREUD, ceci est toujours resté, et jusqu'à la fin, au premier plan de ses préoccupations.
C'est bien pour cela que…

autour de cet accent mis sur cette restitution du passé

…se posent un certain nombre de questions qui sont,

à proprement parler, les questions ouvertes par

la découverte freudienne, et qui ne sont rien moins que les questions qui ont été jusqu'ici évitées,

qui n'ont pas été abordées – dans l'analyse, j'entends – à savoir : des fonctions du temps dans la réalisation du sujet humain.

Plus on retourne à l'origine de l'expérience freudienne…

quand je dis « à l'origine », je ne dis pas à l'origine historique, je veux dire au point de source,


  • plus on se rend compte que c'est cela qui fait toujours vivre l'analyse, malgré des habillements profondément différents qui lui sont donnés.




  • plus on voit en même temps que nous devons poser la question de ce que signi­fie, pour le sujet humain,

cette restitution du passé…

là j'accentue le passé dans le

sens passéiste de l'expérience

…cette restitution du passé sur laquelle FREUD met et remet toujours l'accent.
Même :


  • lorsque avec les notions des trois instances…

et vous verrez qu'on peut même dire quatre

…il a donné un développement considérable au point de vue structurel,


  • quand par là il a favorisé une certaine orientation de l'analyse qui va de plus en plus à détecter

à l'intérieur de la tech­nique la relation actuelle dans le présent, dans l'intérieur même de la séance ana­lytique en tant que séance unique, et en tant que séance répétée, la suite d'expériences du traitement entre les quatre murs de l'analyse.
Je n'ai besoin…

pour soutenir ce que je suis en train de vous dire sur l'accent toujours maintenu par FREUD, sur l'orientation de cette expérience analytique

…que d'évoquer un article qu'il publiait, je crois, en 1937, qui s'appelle Constructions dans l'analyse
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