Leçon 1 18 novembre








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10 mars 1954 Table des séances



Rosine LEFORT

LACAN
Vous avez pu vous rendre compte, à travers notre dialogue, de ce qui préside à notre commentaire,

à notre tentative de repenser, de recomprendre toujours mieux les textes fondamentaux de l'expérience analytique.
Vous avez pu vous familiariser avec cette idée qui est en quelque sorte l'âme de notre approfondis­sement, c'est que ce qui est toujours le mieux vu dans une expérience est ce qui est à une certaine distance.

Et puisque aussi bien il n'est pas surprenant

que ce soit maintenant et ici, dans notre entretien,

que nous soyons amenés à repartir…

pour comprendre l'expérience analytique

…de ce qui semble impliqué dans sa donnée la plus immédiate, à savoir la fonction symbolique, à savoir ce qui est exacte­ment la même chose ici dans notre vocabulaire, la fonction de la parole.
Ce domaine central de l'expérience analytique,

nous le retrouvons partout indiqué, jamais nommé, mais indiqué à tous les pas de l’œuvre de FREUD.
Je ne crois rien forcer en disant que c'est presque algébriquement traduire ce qui peut immédiatement

se traduire dans ce registre, en marge, dans un texte freudien quelconque, qui en bien des cas donne déjà au moins une partie très importante des solutions

des antinomies qui s'y manifestent, avec une ouverture, une honnê­teté qui fait qu'un texte de FREUD est toujours un texte ouvert, ça n'est jamais fermé, clos, comme si tout le système était là.
Dans ce sens, je vous l'indique déjà, je désirerais beaucoup…

et vous verrez comment

ça s'insère dans notre progrès

…que pour la prochaine séance quelqu'un se chargeât du commentaire d'un texte qui n'est pas seulement exemplaire de ce que je viens de vous exprimer,

mais qui se situe comme le correspondant théo­rique essentiel de la période définie par le champ

des Écrits techniques celle qui va de 1908 à 1920, qui se situe très exactement entre :


  • le texte que vous avez dans ces Écrits techniques traduit par Remémoration, répétition et élaboration, en alle­mand Erinnern, Wiederholen und Durcharbeiten,



  • et le texte qui s'appelle Observations sur l'amour de transfert,


…et qui se situe entre les deux, c'est–à–dire entre les deux textes les plus importants qui sont dans ce recueil.
Il s'appelle Zur Einführung des Narzißmus : Introduction à la notion du narcissisme.
C'est un des textes que nous ne pouvons pas ne pas intégrer à notre pro­grès, pour la simple raison que, comme vous allez le voir, c'est bien de cela qu'il s'agit maintenant.
C'est en fonction de la situation de dialogue analy­tique…

vous savez ce que ça veut dire, avec les différentes phases, les différents prolongements qui sont impliqués dans ces deux termes :

  • de situation d'une part,

  • de « dialogue », d'autre part,

dialogue mis entre guillemets

…que nous avons progressé et essayé de définir dans son champ propre ce qui s'ap­pelle « la résistance ».
Puis nous avons pu formuler une définition tout à fait générale et fondamentale pour cette expérience, qui est le transfert.

Pourtant, vous sentez bien, vous voyez bien

qu'il y a une distance :

  • entre ce quelque chose qui sépare le sujet de cette parole pleine que l'analyse attend de lui,

  • entre ce quelque chose qui est justement ce que nous avons manifesté comme résistance, et où nous avons montré qu'elle est fonction d'infléchissement anxiogène, qui est à proprement parler dans

son mode le plus radical le phé­nomène du transfert

au niveau de l'échange symbolique.
Vous voyez bien qu'il y a quelque chose qui sépare tout cela de ce que nous appelons communément…

ce que nous manions dans la notion,

toutes ces mani­festations, tous ces phénomènes, d'un phénomène fondamental que nous allons nommer et qui est celui que nous manions techniquement dans l'analyse, qui nous paraît être le ressort énergétique, comme FREUD lui–même s'exprime, fon­damental

…du transfert dans l'analyse.
Autrement dit le transfert au sens de ce que FREUD n'hésite pas

dans préci­sément ce texte dont je parlais tout à l'heure : Observations sur l'amour de trans­fert

…à appeler de ce nom : « l'amour », et vous verrez

en lisant ce texte…

je pense d'ailleurs que vous l'avez tous déjà lu

…à quel point FREUD distingue peu le trans­fert de l'amour, combien il élude peu le phénomène amoureux, passionnel, dans son sens plus concret,

à ce point qu'il va jusqu'à dire que :
« Dans son fond, avec ce que nous connaissons, ce que nous appelons dans la vie l'amour,

il n'y a pas entre le transfert et cela de distinction qui soit vraiment essentielle, que la structure de

ce phénomène artificiel qu'est le transfert et celle du phénomène spontané que nous appelons l'amour, et très précisément l'amour passion, sur le plan psychique sont équivalentes. »
Il n'y a aucune élusion de la part de FREUD…

aucune façon de dissoudre le sca­breux dans je ne sais quoi qui serait précisément, au sens courant du mot, au sens d'illusoire, au sens courant du mot qu'on emploie d'habitude, qui serait « symbo­lisme » au sens où le symbolisme serait l'irréel

…il n'y a aucune élusion du phéno­mène.
Mais ce phénomène est bien ce qu'on appelle communément l'amour, et c'est bien autour de cela que va se centrer, dans les entretiens que nous allons voir pour terminer l'étude de ces Écrits techniques

et j'espère : pas tout à fait avant les vacances

de Pâques, mais je ne voudrais pas que cela se prolonge beaucoup au–­delà

…c'est autour de la nature de cet amour de transfert, de cet amour de transfert au sens le plus précis, le plus affectif.
Là, nous pouvons employer le terme sous lequel nous pouvons le prendre, nous allons porter notre attention.

Et ceci nous emportera au cœur de cette autre notion, que j'essaie d'introduire ici, et sans laquelle aussi il n'est pas possible de faire une juste répartition de ce que nous manions dans notre expérience

et qui est la fonction de l'imaginaire.
Ne croyez pas que, pas plus que celle de la fonction symbolique, cette fonc­tion de l'imaginaire soit absente des textes de FREUD. Tout simplement, il ne l'a pas mise en premier plan, ne l'a pas relevée, partout où on peut la trouver.
Quand nous étudierons l'Introduction au narcissisme, vous verrez que FREUD lui–même dans son texte ne trouve pas d'autre terme pour désigner…

et ceci, peutêtre pour certains d'entre vous, paraîtra surprenant

…la différence entre ce qui est démence précoce, schizophrénie, psychose, et ce qui est névrose, que très précisément cette définition. Il nous dit :
[ Auch der Hysteriker und Zwangsneurotiker hat, soweit seine Krankheit reicht, die Beziehung zur Realität aufgegeben. Die Analyse zeigt aber, daß er die erotische Beziehung zu Personen und Dingen keineswegs aufgehoben hat. Er hält sie noch in der Phantasie fest, das heißt, er hat einerseits die realen Objekte durch imaginäre seiner Erinnerung ersetzt oder sie mit ihnen vermengt, anderseits darauf verzichtet, die motorischen Aktionen zur Erreichung seiner Ziele an diesen Objekten einzuleiten. Für diesen Zustand der Libido sollte man allein den von Jung ohne Unterscheidung gebrauchten Ausdruck: Introversion der Libido gelten lassen. Anders der Paraphreniker. Dieser scheint seine Libido von den Personen und Dingen der Außenwelt wirklich zurückgezogen zu haben, ohne diese durch andere in seiner Phantasie zu ersetzen. Wo dies dann geschieht, scheint es sekundär zu sein und einem Heilungsversuch anzugehören, welcher die Libido zum Objekt zurückführen will… ]
« Que le patient qui souffre d'hystérie, ou de névrose obsessionnelle, a comme le psychotique et aussi loin que va l'influence de sa maladie, étant donné sa relation à la réalité… Mais que l'analyse montre qu'il n'a d'au­cune façon pour autant brisé toutes ses relations érotiques avec les personnes et les choses ; il les soutient, maintient, retient encore dans le fantasme… Il a d'un côté substitué aux objets réels des objets imaginaires fondés sur ses souvenirs, ou a mêlé les deux

Rappelez–vous notre schéma de la dernière fois
«  tandis que d'un autre côté il a cessé de diriger ses activités motrices vers l'atteinte de ses buts en connexion avec des objets réels. C'est uniquement à cette condition de la libido que nous pouvons légitimement appliquer le terme d'introjection de la libido, dont Jung a usé d'une façon non

discri­minée. Il en est autrement avec le paraphrénique. Il paraît réellement avoir retiré sa libido

des personnes et des choses du monde extérieur, sans les rem­placer par d'autres fantasmes.

Ceci signifie bien
à savoir quand ceci arrive,

qu'il recrée ce monde ima­ginatif
sa faculté imaginative. Le procès semble un procès secondaire. Une partie de son effort

vers la reconstruction qui a pour but de diriger de nou­veau la libido vers un objet. »
Là nous entrons dans tout ce que l'analyse de SCHREBER…

que j'espère, nous pourrons

commencer avant la fin de l'année

…nous permettra d'approfondir, à savoir cette distinction essentielle entre le fonctionnement

de l'imaginaire dans la névrose et la psychose.
Ceci néanmoins, ne peut pas être placé dès maintenant en arrière plan, en arrière fond, de ce que je vous exprimerai, je pense, la prochaine fois,

sous le titre général que je vous ai annoncé de :

La fonction du transfert dans l'imaginaire.
Et c'est pourquoi il m'a paru tout à fait heureux, favorable, d'avoir appris hier soir qu'à notre

sous–groupe de Psychanalyse des enfants Rosine LEFORT…

qui est ici présente à ma droite,

et qui est mon élève

…a apporté une observation dont elle m'a parlé depuis longtemps, que je connais à ce titre, d'un enfant qui est dans une situation extrêmement particulière, qui…

comme le plus grand nombre des observations d'enfants de cas graves comme ceux–là

…nous laisse certaine­ment dans un grand embarras, dans une grande ambiguïté du point de vue dia­gnostic et nosologique.
Mais qu'elle a su voir en tout état de cause avec une grande profondeur, comme vous pourrez le constater.

Et de même que nous sommes partis…

il y a deux conférences en arrière

…de l'observation de Mélanie KLEIN, comme introduction à bien des choses que j'ai pu ensuite vous exprimer dans la conférence qui a suivi…

de même nous utilise­rons aujourd'hui ce rythme alternant et céderons la parole à Rosine LEFORT qui va à la fois vous présenter un cas particulièrement suggestif, quant à la fonction de l'imaginaire dans la formation de l'enfant, et ouvrir dans toute la mesure où le temps nous le permettra, à ces questions,

pour que je puisse la prochaine fois insérer ce qui pourrait y être apporté de réponse, dans l'ensemble de ce que j'au­rai à exposer sous la rubrique :

Le transfert dans l'imaginaire.
Chère Rosine, je vous cède la parole, exposez–nous le cas de Robert, avec les questions qui ont permis déjà

  • comme d'élaborer, hier soir,

  • les poser,

  • et en lais­ser certaines pendantes.


Intervention de Rosine LEFORT

Robert est un petit garçon, né le 4 Mars 1948.
Son histoire a été reconstituée difficilement,

et c'est surtout grâce au matériel apporté en séances qu'on a pu savoir les traumatismes subis.
Son père est inconnu.

Sa mère est actuellement internée comme paranoïaque. Elle l'a eu avec elle jusqu'à l'âge de 5 mois,

errant de maison maternelle en mai­son maternelle.
Elle négligea les soins essentiels jusqu'à oublier

de le nourrir, on devait sans cesse rappeler à cette femme les soins à donner à son enfant, et surtout le biberon : il a été tellement négligé qu'il a réellement souffert de la faim.
Il a dû être hospitalisé à l'âge de 5 mois

dans un grand état d'hypotrophie et de dénutrition.
À peine hospitalisé, il a fait une otite bilatérale qui a nécessité une mastoïdectomie double.
Il a été ensuite envoyé à « Paul PARQUET18 » dont tout le monde connaît le caractère strict de prophylaxie.
Il est isolé, ne voyant pas les autres enfants, nourri à la sonde à cause de son anorexie.
Et il est rendu de force à sa mère pendant deux mois. On ne sait rien de sa vie durant ce temps–là.
Puis à 11 mois sa mère le dépose au dépôt de l'Assistance publique, et quelques mois plus tard

il est immatriculé, sa mère ne l'ayant pas revu.
À dater de cette époque – il a 11 mois – jusqu'à l'âge de 3 ans 9 mois, cet enfant a subi 25 changements de résidence, institutions d'enfants ou hôpi­taux, jamais de placement nourricier proprement dit à cause de son état.
Ces hospitalisations ont été nécessitées par

les maladies infantiles, par une adé­noïdectomie,

et par des examens neurologiques, ventriculographie,

élec­tro–encéphalographie, examens normaux.
On relève des évaluations sanitaires, médicales,

qui indiquent de profondes perturbations somatiques. Puis, le somatique étant amélioré, des détériorations psychologiques.
La der­nière évaluation de « Denfert », à 3 ans et demi, propose un internement qui ne pouvait être que définitif, avec état para–psychotique non franchement défini.

Le test de GESELL donne un QD de 43.
Il arrive donc à 3 ans 9 mois, à l'institution

qui est une dépendance du dépôt de Denfert,

où je l'ai pris en traitement.
À ce moment, il se présente de la manière suivante :


  • Au point de vue staturo–pondéral, en très bon état, à part une otorrhée bila­térale chronique.




  • Au point de vue moteur, il avait une démarche pendulaire, une grande incoordination de mouvements, une hyperagitation constante.



  • Au point de vue du langage, absence totale de parole coordonnée, cris fréquents, rires gutturaux et discordants. Il ne savait dire que deux mots qu'il criait : « madame », et « le loup ». Ce mot, « le loup », il le répétait à longueur de journée, ce qui fait que je l'ai surnommé

« l'enfantloup », c'était vraiment la représentation qu'il avait de lui–même.



  • Au point de vue comportement, il était hyperactif, tout le temps agité de mouvements brusques et désordonnés, sans but. Activité de préhension incohé­rente : il jetait son bras

en avant pour prendre un objet et, s'il ne l'atteignait pas, il ne pouvait pas rectifier

et devait recommencer le mouvement dès le départ. Troubles variés du sommeil.
Sur ce fond permanent, il avait des crises d'agitation convulsive, sans convulsions vraies, avec rougeur de la face, hurlements déchirants, à l'occasion des scènes routinières de sa vie : le pot, et surtout le vidage du pot, le désha­billage, la nourriture, les portes ouvertes qu'il ne pouvait supporter, ni l'obs­curité, ni les cris des autres enfants, et, ainsi que nous le verrons, les changements de pièces.
Plus rarement, il avait des crises diamétralement opposées où il était com­plètement prostré, regardant sans but, à type dépressif.
Avec l'adulte, il était hyperagité, non différencié, sans vrai contact.
Avec les enfants, il semblait parfaitement les ignorer, mais quand l'un d'eux criait ou pleurait,

il entrait dans une crise convulsive.
Dans ces moments de crises il devenait dangereux,

il devenait fort, il étranglait les autres enfants, et on a dû le séparer des autres pour la nuit et pour les repas. On ne sentait alors aucune manifestation d'angoisse ni aucune émotion ressentie.
Au point de vue diagnostic, nous en reparlerons après car nous ne savions pas très bien dans quelle
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