Leçon 1 18 novembre








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24 février 1954 Table des séances




Les menus propos que je vais vous tenir aujourd'hui étaient annoncés sous le titre :

La topique de l'imaginaire.
Il est bien entendu que par exemple, un titre aussi vaste ne se conçoit, ne se comprend que dans

la chaîne de ce que nous poursuivons ici, à savoir : jeter cer­taines lumières sur la technique, et nommément à partir toujours des Écrits tech­niques de FREUD, ou plus exactement à partir de la compréhension que nous pouvons nous faire de ce qui, dans l'expérience analytique, s'est cristallisé dans ces Écrits tech­niques.
Par conséquent, je ne vous traiterai pas…

vous pensez bien !

…dans son ensemble un sujet qui serait assez considérable

pour occuper plusieurs années d'ensei­gnement.
Mais c'est en tant qu'un certain nombre de questions concernant la place de l'imaginaire dans la structure, viennent dans le fil de notre discours ici,

que cette causerie peut revendiquer ce titre.
En effet, voyez–vous, vous pensez bien que ça n'est pas sans un plan pré­conçu, et dont j'espère que l'ensemble vous manifestera la rigueur, que je vous ai mené la dernière fois avec le commentaire de

Mlle GÉLINIER sur un cas qui m'a semblé particulièrement significatif, parce que montrant de façon particu­lièrement réduite et simple le jeu réciproque de ces trois grands termes, dont nous avons déjà eu l'occasion

de faire grand état : l'imaginaire, le symbolique et le réel.
Je pourrai, à mesure que ces considérations ici

se développent, constater qu'il est tout à fait impossible de comprendre quelque chose

à la technique, à l'expé­rience freudienne,

sans ces trois systèmes de références.

Et beaucoup des diffi­cultés qui s'élèvent,

et nommément pour en prendre un exemple, les éléments

plus importants que tout, d'incompréhension que Mlle GÉLINIER a marqués l'autre jour en face du texte de Mme Mélanie KLEIN,

se justifient d'une part, et s'éclairent d'autre part, quand on y apporte ces distinctions.
Je dis que ces élé­ments sont plus importants que tout :

en effet c'est ça qui est important :

  • non pas tellement ce que nous comprenons, quand nous tentons de faire une élabo­ration d'une expérience,

  • mais c'est ce que nous ne comprenons pas.


Et c'est bien là le mérite de cet exposé de

Mlle GÉLINIER la dernière fois, d'avoir mis en valeur ce qui, dans ce texte, ne se comprend pas.
C'est en quoi la méthode de commentaire de textes

se révèle féconde. Quand nous commentons un texte,

c'est comme quand nous faisons une analyse.
Combien de fois je l’ai fait observer à ceux que je contrôle… Ils disent :

« J'ai cru comprendre qu'il voulait dire ceci, et cela… »
C'est une des choses dont nous devons le plus nous garder 

  • de comprendre trop,

  • de comprendre plus que ce qu'il y a

dans le discours du sujet.
Interpréter et s'imaginer comprendre n'est pas

du tout la même chose, c'est même exactement le contraire.

Je dirais même plus, c'est sur la base d'un certain refus de compréhension que nous poussons la porte

de la compréhension analytique.
Il ne suffit pas que ça ait l'air de se tenir,

un texte de X, ou de Z, ou de Mélanie KLEIN.

Bien sûr, ça sert dans les cadres de ritournelles auxquels nous sommes habitués :



  • maturation instinctive,

  • instinct primitif d'agression,

  • sadisme oral, anal.

Il n'en reste pas moins qu'il paraissait…

dans le registre qu'elle faisait intervenir

…un certain nombre de contrastes, que je vais reprendre dans le détail, puisque nous avons là

le double de ce qui nous a été dit la der­nière fois.
Vous allez voir que tout tourne, dans ce qui a paru singulier, paradoxal, contradictoire, qu'a mis en relief Mlle GÉLINIER, à propos de la fonction de l'ego, de l'ego qui est

à la fois trop développé et qui, à cause de cela, stoppe tout le développement, cet ego qui,

en se développant, rouvre la porte vers la réalité.
Mais, comment se fait–il que cette porte

de la réalité soit rouverte par un développement

de l'ego qui ne nous est précisément pas démontré

dans sa rigueur, son ressort, son détail ?
En quoi consiste, et quelle est la fonction propre

de l'interprétation kleinienne, avec son caractère véritablement d'intrusion, de placage sur le sujet, ce que j'ai souligné la dernière fois,

au moins pour ceux qui ont pu rester jusqu'à la fin, cette séance s'étant légèrement prolongée.
Voilà toutes les questions que nous aurons à retoucher aujourd'hui.
Pour vous introduire car, enfin, vous devez d'ores et déjà vous être aperçus que dans le cas de ce jeune sujet, le rapport du réel, de l'imaginaire et du sym­bolique est assez… Ils sont là absolument affleurant, sensibles.
Nous allons reprendre dans le détail. Enfin, vous sentez bien que ce dont il s'agit c'est de quelque chose qui doit être vraiment au cœur de ce problème.
Le symbolique, je vous ai appris à l'identifier avec

le langage. Il est clair que c'est dans la mesure où, disons Mélanie KLEIN parle que quelque chose s'est passé.
Que d'autre part la fonction de l'imaginaire soit ce qui est au cœur du sujet, ça nous est bien démontré

d'un bout à l'autre de l'observation.

D'abord par le fait que ce dont on parle,

c'est de la notion de constitution des objets.
Les objets, nous dit Mélanie KLEIN, sont constitués par tout un jeu de projections, introjections, expulsions de mauvais objets, réintrojection de ces objets, de jeux entre les objets,

de sadisme du sujet qui, ayant projeté son sadisme, le voit revenir de ces objets, qui de ce fait serait bloqué, stoppé par une sorte de crainte anxieuse.
Vous sentez que nous sommes dans le domaine de l'imaginaire, et tout le pro­blème est celui de la jonction du symbolisme et de l'imaginaire dans la consti­tution du réel.
Pour tâcher de vous éclairer un peu les choses,

j'ai fomenté pour vous une sorte de petit modèle, d'exemple, une sorte de petit succédané du stade du miroir, dont j'ai souvent souligné qu'il n'est pas simplement une affaire histo­rique, un point du développement,

de la genèse, mais qu'il a aussi une fonction exemplaire, en montrant certaines relations du sujet – à quoi ? – à son image, préci­sément, et à son image en tant qu'Urbild du moi.
Déjà ce stade du miroir, impossible à dénier, a en somme une certaine présentation optique. Ceci n'est pas niable. Est–ce que c'est par hasard ?
Ce n'est pas si par hasard que ça !

Il est évident que les sciences, particulièrement

les sciences en gésine, comme la nôtre, empruntent fréquemment des modèles à différentes autres sciences.
Vous n'imaginez pas, mes pauvres amis,

ce que vous devez à la géologie !
S'il n'y avait pas de géologie, de couches, et de couches qui se déplacent et de[…] quand ça ne colle plus, les différents niveaux de couches, entre deux territoires connexes, moyennent quoi, à très peu près, on passe, au même niveau, d'une couche récente à une couche très antérieure.
Ce que je dis là, je ne l'invente pas !

Vous n'avez qu'à le lire sous la plume de M… pour évoquer qu'il y a des situa­tions chaotiques qui ne sont pas toutes dues à l'analyse, mais à l'évolution du sujet. C'est une façon de tracer un trait de plume
Il est évident qu'en effet, à ce titre, il ne serait pas mal que tout analyste fasse l'achat d'un petit bouquin de géologie. Il y avait même autrefois un analyste géologue, LEUBA16. Il a fait un bon petit bouquin de géologie, je ne saurais trop vous en conseiller la lecture, ça vous libérera d'un certain nombre de choses. Car quand on voit mieux les choses, on met chaque chose à sa place.
L'optique pourrait aussi dire son mot, et à la vérité si je lui faisais dire son mot, ce que je vais faire d'ailleurs sans plus tarder, je ne me trouverais pas pour autant en désaccord avec la bonne tradition du maître, car je pense que plus d'un d'entre vous

a pu remarquer que dans la Traumdeutung, au chapitre Psychologie des processus du rêve, au moment où vous savez, il nous montre le fameux schéma, auquel il va insérer

tout son procès de l'inconscient :


Là perception [ P ], et ici motricité [ M ], et à l'intérieur il va mettre les différentes couches qui se distingueront du niveau perceptif, à savoir de l'impression ins­tantanée, par une série d'impressions diverses : S, S’, S’’… Ce qui veut dire à la fois image, souvenir, qui nous permettent de situer à un certain niveau les traces enregistrées et ultérieurement refoulées dans l'inconscient.

Ceci est un très joli schéma, que nous reprendrons, il nous rendra service. Mais je voudrais vous faire remarquer ceci : qu'il est accompagné d'un commentaire qui, lui, est extrêmement significatif.
Il ne semble pas avoir jamais beaucoup tiré l'œil de quiconque, encore qu'il ait été repris sous une autre forme dans la quasi dernière œuvre de FREUD, dans l'abrégé, dans l'Abriss. Je vous le lis dans la Traumdeutung 17 :
[Die Idee, die uns so zur Verfügung gestellt wird, ist die einer psychischen Lokalität. Wir wollen ganz beiseite lassen, daß der seelische Apparat, um den es sich hier handelt, uns auch als anatomisches Präparat bekannt ist, und wollen der Versuchung sorgfältig aus dem Wege gehen, die psychische Lokalität etwa anatomisch zu bestimmen. Wir bleiben' auf psychologischem Boden und gedenken nur der Aufforderung zu folgen, daß wir uns das Instrument, welches den Seelenleistungen dient, vorstellen wie etwa ein zusammengesetztes Mikroskop, einen photographischen Apparat u. dgl. Die psychische Lokalität entspricht dann einem Orte innerhalb eines solchen Apparats, an dem eine der Vor­stufen des Bildes zustande kommt. Beim Mikroskop und Fernrohr sind dies bekanntlich zum Teil ideelle Örtlichkeiten, Gegenden, in denen kein greifbarer Bestandteil des Apparats gelegen ist. Für die Unvollkommenheiten dieser und aller ähnlichen Bilder Ent­schuldigung zu erbitten, halte ich für überflüssig. Diese Gleich­nisse sollen uns nur bei einem Versuch unterstützen, der es unter­nimmt, uns die Komplikation der psychischen Leistung ver­ständlich zu machen, indem wir diese Leistung zerlegen, und die Einzelleistung den einzelnen Bestandteilen des Apparats zuweisen. Der Versuch, die Zusammensetzung des seelischen Instruments aus solcher Zerlegung zu erraten, ist meines Wissens noch nicht gewagt worden. Er scheint mir harmlos. (S. Freud: Traumdeutung, VII, 2: Die Regression, éd. 1925, pp. 455–456) ]
« L'idée qui nous est ainsi offerte est celle d'un lieu psychique

Il s'agit exactement de ce dont il s'agit,

tout ce qui se passe entre la perception et la fonction motrice du moi : le champ de la réalité psychique.

Écartons aussitôt la notion de localisation anatomique. Restons sur le terrain psycho­logique, et essayons seulement de nous représenter l'instrument qui sert aux productions psychiques comme une sorte de microscope compliqué, d'ap­pareil photographique, etc. Le lieu psychique correspondra à un point de cet appareil où se forme l'image. Dans le microscope et le télescope, on sait que ce sont là des points idéaux, auxquels ne correspond aucune partie tangible de l'appareil. Il me paraît inutile de m'excuser de ce que ma comparaison peut avoir d'imparfait. Elle n'est là que pour faciliter la compréhension de pro­cessus si compliqués en les décomposant //Il n'y a là aucun risque, je crois que nous pouvons laisser libre cours à nos suppositions, pourvu que nous gar­dions notre sangfroid, et que nous n'allions pas prendre l'échafaudage pour le bâtiment luimême. Nous n’avons besoin que de représentations auxi­liaires pour nous rapprocher d'un fait inconnu. Les plus simples et les plus tangibles sont les meilleures. »
Inutile de vous dire que, les conseils étant faits pour n'être pas suivis, nous n'avons manqué, depuis, de prendre quelque peu « l'échafaudage pour le bâti­ment ».
D'un autre côté, cette autorisation qu'il nous donne à prendre « des représenta­tions auxiliaires pour nous rapprocher d'un fait inconnu, les plus simples et les plus tangibles étant les meilleures », m'a incité

moi–même à faire preuve d'une cer­taine désinvolture pour faire un schéma.

Un appareil d'optique beaucoup plus simple

qu'un microscope compliqué…

non pas qu'il ne serait pas amusant de

poursuivre la comparaison en question,

mais ça nous entraînerait un peu loin

…quelque chose de beaucoup plus simple,

presque enfantin, va nous servir aujourd'hui.
Je ne saurais trop, en passant, vous recommander

la méditation sur l'optique. Chose curieuse,

on a fondé un système de métaphysique entier

sur la géomé­trie, la mécanique, en y cherchant

des espèces de modèles de compréhension.
Il ne semble pas que, jusqu'à présent, on ait tiré tout le parti qu'on peut tirer de l'optique.

C'est pourtant une chose qui devrait bien prêter à quelques rêves, sinon à quelques méditations, l'optique !
C'est quand même une drôle de chose, toute cette science dont le but et la fonction consistent

à reproduire par des appareils quelque chose qui…

à l'exception de toutes les autres sciences

qui apportent dans la nature quelque chose

comme un découpage, une dissection, une anatomie

…avec des appareils, s'efforce de produire

cette chose singulière qui s'appelle des « images ».
Entendez bien que je ne cherche pas, en vous disant ça, à vous faire prendre des vessies pour des lanternes et les images optiques pour les images qui nous intéressent. Mais quand même, ce n'est pas pour rien qu'elles ont le même nom.
Et d'autre part ces images optiques présentent

des diversités singulières et combien éclairantes :


  • il y en a qui sont des images pure­ment subjectives, celles qu'on appelle virtuelles,




  • il y en a d'autres qui sont des images réelles,

à savoir qui, par certains côtés, se comportent tout à fait comme des objets, qu'on peut prendre pour objets.

Il y a des choses bien plus singulières encore :

ces objets, que sont les images réelles, nous pouvons

les reprendre et en donner des images virtuelles.
L'objet, à cette occasion, qu'est l'image réelle

peut à juste titre prendre le nom d'objet virtuel.

Tout cela est bien singulier.
Et à la vérité, une chose est encore plus sur­prenante, c'est que les fondements théoriques de l'optique reposent tout entiers sur une théorie mathématique, sans laquelle il est absolument impos­sible

de structurer l'optique :



  • c'est l'approfondissement, en avant du sujet de tout ce dont il s'agit, qui consiste à partir d'une hypothèse fondamentale, sans quoi il n'y a absolument pas d'optique,

  • pour qu'il y ait une optique pos­sible, il faut qu'il y ait la possibilité de représentation

d’un point donné dans l'espace réel de tout point donné dans l'espace réel. À ce point peut
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