THÈse pour le diplôme d’État








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Figure 3 : Lieux et modes d’exercice des médecins
Les médecins ont montré un réel intérêt au sujet jusqu’à provoquer parfois une remise en question de leur pratique à la fois en gynécologie et auprès des adolescentes.


  1. Leur perception de la patientèle adolescente

    1. Les spécificités psychosociales et morphologiques

  • Une confiance à gagner

Les médecins ont évoqué la nécessité d’établir une relation de confiance. Cette règle applicable à tous les patients semblait se justifier plus encore auprès des adolescentes.

M1 : «  je pense que l’important c’est qu’elles aient confiance dans le médecin. Voilà, je pense que leur première attente, c’est ça. »

Une des techniques utilisées par les médecins pour gagner cette confiance était de rappeler aux adolescentes que le secret médical serait scrupuleusement respecté, même s’ils suivaient les autres membres de la famille. La réassurance liée à ce rappel déontologique était considérée comme primordial pour créer et maintenir le lien de confiance.

M5 : « je leur explique que tout ce qui va se dire entre elle et moi restera entre elle et moi, et qu’à aucun moment, j’irai décrocher le téléphone pour rapporter quoique ce soit, à la maman ou au papa »


  • Savoir décoder leur communication

  • La communication non – verbale

Le décryptage du langage non verbal chez les adolescentes est ressorti des entretiens comme indispensable. Encore une fois, cette réflexion applicable à tous les patients, a été décrite comme primordiale chez les adolescentes. Ainsi, les MG ont déclaré consacrer une part importante de la consultation à l’observation, d’autant plus quand l’adolescente est accompagnée de sa mère. En effet, ils ont considéré qu’il était nécessaire de dépister tout signe à connotation positive ou négative, pour aller dans le sens de leurs attentes. Néanmoins, les médecins ont fait part de la difficulté de cet exercice.

M8 : « quand vous regardez le corps de quelqu’un, vous savez déjà, il vous raconte plein de choses. //le plus souvent quand vous voyez l’adolescente, elle est sur son fauteuil, en mode, vous savez, «rétraction » ! Du style : « Tu ne m’approcheras pas », bras croisés...//du fait qu’elle ne veuille pas se faire examiner. Il y a des choses, où la fin je demande : « Est- ce que par des viols, est- ce que par hasard, elle n’aurait pas eu ce problème ? Des fois, on peut tomber sur le pot aux roses. »

M4 : « Souvent j’ai l’impression qu’elles nous échappent, c’est fuyant »

M8 : « je passe beaucoup de temps à observer aussi. Elle m’observe aussi, elle me jauge, mais j’observe tout autant. (rires) »

M5 : « Quand elles viennent toutes les deux, si je sens qu’il y a une complicité entre elles deux, je ne propose même que la mère aille attendre en salle d’attente. A la limite, la jeune fille me regarderait avec des yeux !!! Elle ne comprendrait pas ! »


  • La communication verbale

Savoir décoder le langage verbal de l’adolescente semblait également un exercice délicat pour les MG, qui ne connaissent pas tous les codes de ces patientes. Une impression générale de non- dits et de sous-entendus était partagée par tous. Le devoir du MG était donc de les interpréter. Interpréter leurs refus nécessitait la prise en compte du contexte dans sa globalité. En effet, M5 ayant interrogé une adolescente sur son besoin éventuel de contraception, la tonalité de sa réponse négative avait laissé entendre un remerciement de sa part. Elle avait semblé soulagée de savoir qu’elle pourrait, le moment venu, aborder ce sujet avec son médecin.

M9 : « Je me suis rendu compte qu’il faut savoir parfois décortiquer les mots, les appels et savoir rebondir sur une question d’une jeune fille qui est venue pour ci, pour ça, pour un certificat de sport. »

M7 : « elles ne posent pas trop de questions sur leur physique. Ou alors, elles ne montrent pas qu’elles se questionnent énormément. »

M5 : « c’est pas « un » non agacé ou un « non » qui ferme la conversation, c’est presque un «merci de m’en parler, mais pour le moment, c’est pas le moment. » 

Transmettre des messages verbalement aux adolescentes a également été décrit comme difficile, du fait de la capacité d’écoute particulièrement sélective des adolescentes.

M5 : « Si je sens que la gamine, elle n’est pas du tout réceptive et que ça lui passe complètement au- dessus, je lui dis juste quelques mots en disant que ça va venir certainement plus tard, que quand ce sera le moment, on est là pour en parler. »

M6 : « On a l’impression que pfffiou (elle siffle et mime un courant d’air passant au travers de sa tête) ça rentre d’un côté, ça sort de l’autre, ils entendent que ce qu’ils veulent, quoi !»

Ainsi, les médecins ont exprimé leur impuissance dans certaines situations, avec l’impression d’une incompréhension mutuelle liée à des modes de communication trop différents.

M7 : « Ce sont les mêmes, mais perception différente par communication différente. »

M9 : « On a l’impression qu’il y a un problème de vocabulaire. »

M8 : « il y a des questions, que vous posez, je dirais, « banales », qui fait partie de la consultation, et vous la voyez se fermer. » 

Une autre difficulté mentionnée par les médecins était due à la pudeur entourant les propos des adolescentes, employant ainsi des « faux motifs » de consultation, des expressions détournées, des termes imprécis.

M5 : Elles viennent me voir en disant. « J’ai un truc un peu délicat à vous demander. // Une rougeur ou bouton mal placé docteur »

M6 : « Elles vont poser des questions détournées pour essayer de savoir si elles n’ont pas fait une bêtise... »

M7 : « Et, elle n’osait pas me le dire, quelque part. Elle tournait autour du pot »


  • Vie sociale riche, en plein changement, mouvementée

Les médecins situaient les adolescentes à une période charnière de leur vie et de leur développement, période à laquelle de nombreux changements s’opèrent. Selon eux, cette période était caractérisée par :

    • Des phénomènes d’opposition

    • Des prises de risque en rapport avec sexe, l’alcool, les drogues

    • Le risque suicidaire

    • Dans l’ambivalence entre la demande d’être guidée, et la volonté d’autonomisation

Ils ont aussi évoqué l’évolution des mœurs avec l’apparition des addictions aux nouveaux outils de communication (téléphone portable, SMS).

M1 : «  L’adolescente avec ses réticences, sa façon de se présenter qui n’est pas une façon d’adulte, mais qui n’est pas une façon d’enfant »

M2 : « l’adolescent, c’est un patient à part. Psychologie particulière ».

M4 : « Sa fille a trouvé une bonne idée pour faire du chantage à sa mère. Elle a avalé deux plaquettes de pilules, comme style de suicide. »

M6 : « La prise de risque est terrible, le consumérisme est terrible, on fait du sexe pour du sexe, et rien d’autre ! Et, là, avec des soirées hyper alcoolisées, bah la soirée elle se finit en orgie ! C’est terrible ! »

M9 : « Et puis, plus on interdit plus ça donne envie de dépasser la ligne blanche. »

M4 : « Sauf pour GARDASIL°. Parce que les filles sont pratiquement toujours convaincues. De toute façon, elles font pratiquement toujours ce qu’on demande. »

M7 : « Elles sont complètement, il y en a beaucoup mais pas toutes, on ne va pas généraliser, mais accro à la communication constante, quasi constante, par l’intermédiaire des SMS et tout ça. C’est la génération !»

M3 : « j’ai l’impression aujourd’hui, quand elles arrivent et qu’elles ont entre 15 et 18 ans, bah, j’ai l’impression qu’elles ont déjà, 20 ans ! Maquillées, habillées ! Ah oui !!! C’est une autre génération !!!! »

  • La maturation physique et psychique, son impact sur la relation mère-fille

Les transformations corporelles des adolescentes étaient responsables selon les médecins de difficulté d’acceptation de leur corps par la majorité des jeunes filles. Ces modifications physiques s’accompagnent d’une évolution psychique, avec des filles décrites par les MG comme plus rapidement matures que les garçons.

M5 : « Souvent la charnière, ça va être cinquième/quatrième, en fait, c’est souvent à ce moment- là, plus ou moins, mais c’est à peu près là que les jeunes filles, de la poupée Barbie, elles commencent à s’intéresser à autre chose. Et ça, on le voit bien en consultation, en fait. Et des fois, ce qui est délicat en fait, c’est que ça peut aller très vite. C’est- à- dire, qu’en une année, les nanas, elles se sont transformées très, très vite, tu vois….En un an, les petites filles sont devenues des femmes en fait. »

M2 : «  C’est des personnes qui sont en changement sur beaucoup de points, au niveau physique, au niveau scolaire, au niveau social. »

M5 : « il me semble que les filles sont matures plus vite que les garçons»

M8 : « Elles ont tout un regard de leur corps, qui est en train de changer et qu’elles ne se sont pas forcément approprié. »

M6 : « Alors il y en a quelques-unes de temps en temps, qui sont vraiment à l’aise avec leur corps, qui peuvent en parler facilement. Mais je pense que ce n’est pas la majorité, quoi. »

Cette maturité contrastait avec le comportement des mères à l’égard des adolescentes, continuant de les considérer comme des enfants. Ainsi, les médecins ont mis en avant les difficultés relationnelles mères-filles, pouvant être source de prise de risque à cause d’un manque de communication et d’informations.

M5 : « souvent, les mamans, elles ne voient pas leur fille grandir. C’est- à- dire qu’elles s’imaginent effectivement que leur fille est toujours moins mature que ce qu’elle n’est effectivement, mais ça, à mon avis, c’est un réflexe habituel de parent. //les mamans elles ont un cran de retard, quoi. Ça c’est très, très souvent. »

M6 : « Ca m’est déjà arrivé de dire à des mamans : « Attendez ! Vous croyez quoi ! Qu’ils vont se regarder dans le blanc des yeux et se faire des petits bisous tout le temps, sans passer à l’acte ? ... Je pense que c’est prudent et raisonnable de parler de contraception. »

Les MG se devaient parfois de prendre les devants en initiant les sujets de la sexualité, la nécessité d’une contraception. En effet, il leur paraissait indispensable de mettre les mères face à la réalité des besoins de leurs filles inhérents à leur nouveau statut d’adolescente.

M5 : « Si je sens que la mère n’est pas réceptive du tout, et par contre que la fille a très envie qu’on branche sur ce sujet, alors là, j’insiste vraiment lourdement. C’est- à- dire que je fais vraiment tout pour que la mère entende ce que j’ai à dire, et j’instaure un dialogue et je dis que c’est  important»


    1. La sexualité

  • L’âge du premier rapport :

Les médecins ont globalement exprimé leur impression de stabilité concernant l’âge du premier rapport sexuel, contrairement à la croyance populaire alimentée par les médias et les nouvelles technologies. En revanche, un médecin a relevé la pression sociale que ressentaient les jeunes filles quant à l’âge de début de l’activité sexuelle.

M4 : « tout ce qu’on regarde, tout ce qu’on voit, qu’elles sont complètement débridées, etc, hyperactives en faisant n’importe quoi sur internet, etc… Je ne vois pas de changement particulier, moi. Je ne sens pas de changement particulier.» 

M3 : « A une formation, ils disaient que c’était 17 ans et demi. Moi, j’ai l’impression qu’il y en a certaines, c’est bien avant ! »

M5 : « Elles se sentent obligées des fois d’avoir des rapports sexuels, pour faire comme les copines : « Parce que vous vous rendez compte docteur, j’ai 17 ans, je n’ai toujours pas eu de rapport, donc là, il faut que je fasse quelque chose ! ».


  • La perception de l’acte sexuel par les adolescentes

D’après les médecins, la vision qu’ont les adolescentes de la sexualité était erronée sur plusieurs points. Certaines adolescentes considéreraient en effet qu’un rapport sexuel serait définit par l’acte de pénétration vaginal. D’autres seraient induites en erreur par les médias et les nouvelles technologies. Ainsi, les médecins ont émis l’hypothèse que la diffusion de la pornographie aurait modifié les repères et influencé les comportements des adolescents, en général, sur la sexualité.

M7 : « Il y a des jeunes filles qui considèrent qu’il n’y a pas eu de rapport à partir du moment où il n’y a pas eu de pénétration vaginale. »

M9 : « les jeunes filles je les vois, c’est interdit d’avoir des rapports, elles ont toutes des copains ! »

M9 : « sur internet, un garçon, internet, une fille c’est trois trous. //La culture internet développe ce regard des femmes. Ils sont persuadés qu’il faut qu’elles gueulent, il faut qu’ils soient à plusieurs, dans tous les trous, partout, faut que ça rentre, mais c’est pas ça la sexualité ! »


  • L’insuffisance de contraception

L’insuffisance de l’utilisation d’une contraception chez l’adolescente a été largement exprimée par les médecins. Ainsi, ils ont décrit comme conséquence une augmentation croissante des grossesses non désirées et des actes d’interruption de grossesse.

M6 : « Et même, quand ils ont une contraception, je vois le nombre d’avortements, il y en a plus qu’on ne le pense !//j’étais étonnée du nombre de ses copines qui n’avaient pas de ... enfin, les premiers rapports, souvent il n’y avait pas de contraception ! »

M9 : « Il y a les échecs de contraception, les retards de règles. Hélas, hélas, hélas, j’en vois beaucoup et hélas, dès leur premier rapport ! Et je suis catastrophé parce que j’ai vu d’années en années en fait les choses s’aggraver. C’est de pire en pire ! »

De plus, ils ont également fait part des nombreux risques d’exposition aux IST pris par les adolescentes. Celles-ci justifiaient ces comportements par des difficultés d’utilisation du préservatif masculin, par leur partenaire et elles- mêmes.

M5 : « Et ben, bien souvent, la réponse c’est « Ah bah, oui, de toute façon mon copain, il ne sait pas le mettre, donc on n’y arrive pas avec le préservatif.» »

M9 : « j’avais montré comment mettre un préservatif. Mais je suis désolé ! Merde ! C’est qu’ils ne savent pas le mettre, ils le mettent mal ! »

Plusieurs médecins ont mis en avant la sous-estimation par les adolescentes, des risques auxquels exposait l’absence de contraception: ils ont en effet évoqué plusieurs situations dans lesquelles elles effectuaient une demande de contraception après une période de rapports sexuels non protégés.

M3 : « C’est vrai que souvent au premier rapport, elles vont mettre un préservatif. Et puis après, non. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, peut-être qu’elles ont pris confiance en elles !!! »

M5 : « J’ai souvent des filles qui disent : « J’ai des rapports, on fait juste attention. »

M6 : « enfin, les premiers rapports, souvent il n’y avait pas de contraception ! C’est très rare qu’il y ait une contraception. A la limite, ils viennent chercher une contraception après. »

Cela semblait témoigner d’un décalage entre des connaissances théoriques correctes et les pratiques réelles contraceptives insuffisantes des adolescentes.

M5 : « elles se rendent compte avec effroi qu’en fait quel que soit le moment du cycle, il n’y a, à la limite que quand elles ont leurs règles, pratiquement, qu’elles peuvent avoir des rapports. Quasiment, ce qu’elles ne font pas, quoi. Donc, là, elles comprennent l’intérêt du préservatif ou d’une contraception ! »

M7 : « Elles savent qu’il faut faire attention mais je ne sais pas si elles font attention.»

M9 exerçant en PMI dans un quartier socialement défavorisé, expliquait le comportement irréfléchi des adolescentes par des carences affectives responsables de perte de repères.

M9 : « C’est des paumées. Elles vivent dans l’interdit et elles espèrent retrouver dans la sexualité les bras du père qu’elles n’ont pas eu... Elles projettent dans les relations sexuelles, les carences affectives qu’elles ont. Elles se jettent de bras en bras et changent de partenaire. Elles donnent leur corps avec amour pour des mecs qui ont envie de tirer un coup. Elles ont idéalisé l’amour.»


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