Paul Caro "Vulgarisation scientifique"








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(textes publiés dans « Sciences et Avenir » Juillet 2003)
La vulgarisation scientifique est-elle possible ?
Paul Caro
"Vulgarisation scientifique" est un terme qui couvre un certain nombre de pratiques de différents acteurs sociaux. Parmi ceux-ci les pouvoirs publics, c'est à dire les Gouvernements qui s'efforcent d'assurer la promotion des sciences et des techniques comme part importante du prestige de l'Etat, la communauté scientifique et ses organisations, le système éducatif, les musées scientifiques et les centres de culture scientifique et technique, les associations d'éducation populaire, les industriels, un certain nombre d'ONG intéressées par ces problèmes, et dans le domaine médiatique, les revues spécialisées, les pages "sciences" des journaux, les éditeurs qui publient des collections de livres, des émissions de télévision et des documentaires. Des acteurs d'envergure, d'ambitions et de moyens différents auxquels s'ajoute l'industrie du loisir : films, parcs à thèmes, séries télévisées, romans de science fiction, etc … qui exploite souvent des histoires ou des situations à connotations scientifiques et techniques.
Deux routes pour vulgariser
Dans son contexte le plus classique, celui qui concerne la majorité des acteurs institutionnels, l'idéologie qui est le moteur des actions de "vulgarisation scientifique" repose sur le sentiment que le "public" a besoin d'être "informé" qu'il manque de connaissances et qu'il faut donc en somme combler un déficit. On suppose que le "public" est "demandeur", qu'il est curieux et qu'il ne peut que s'émerveiller devant les beautés de la science et les prouesses de la technique. Grâce à cet intérêt il pourra apprendre et conforter une représentation neutre et objective de la science dont il est admis qu'elle profite à chacun. Cette position est celle des pouvoirs publics, de la communauté scientifique en général, des principaux Musées, de beaucoup d'associations, et de la plupart des industriels. Très souvent les acteurs mentionnés émettent de vives critiques vis à vis des médias accusés de déformer l'activité de la communauté scientifique, de rechercher le sensationnel et d'être peu rigoureux.
Depuis quelque temps cependant une autre vision de l'activité de "vulgarisation scientifique" émerge. Celle-ci considère que la science, loin d'être le champ d'une activité sacralisée, est une composante comme les autres dans la sphère sociale. Elle dépend d'intérêts politiques et économiques et, par conséquent, peut être à l'occasion corrompue et dangereuse, rien ne garantissant que son action soit toujours bénéfique. La recherche est donc une activité qui doit être contrôlée et soumise à un examen démocratique. Dans ce contexte les media ont un rôle important à jouer puisqu'ils peuvent conduire des enquêtes, soulever des questions et organiser des débats publics. La connaissance du détail technique des problèmes scientifiques en jeu est secondaire et ne doit pas être un préalable pour que le Citoyen puisse émettre un jugement. La "vulgarisation scientifique" est alors un moyen de poser les problèmes, d'évaluer les conséquences sociales et économiques de la recherche et des progrès techniques et de procurer des arguments et des informations pour nourrir les discussions. Dans cette direction, outre les media, s'orientent quelques grands Musées, et des associations mais aussi l'industrie qui propose de plus en plus sur Internet des sites "forum" où l'on peut débattre des options industrielles (il y a aussi quelques timides tentatives des pouvoirs publics sur le modèle des conférences de consensus danoises).
La "vulgarisation scientifique" est donc une activité où s'expriment des idéologies éventuellement contradictoires avec d'important enjeux sociaux, sinon politiques et économiques, dans le contexte historique actuel de destruction-création de technologies qui entraîne des problèmes d'acceptabilité. Le débat et les luttes autour des OGM en sont de bons exemples. Cependant, quelque soit la stratégie des vulgarisateurs, l'une des composantes du problème de la vulgarisation reste la nature, le niveau et l'étendue des connaissances que l'on souhaite diffuser. Ce problème qui peut être considéré comme technique (au sens d'une stratégie pédagogique) dépend des rapports établis entre la société et les centres de production des connaissances (c'est à dire la communauté scientifique et technique) et de leur évolution historique. En effet la pratique de la "vulgarisation" s'observe dès l'apparition de la science contemporaine au début du XVIIème siècle (voir les encadrés) et on peut donc bénéficier du recul historique pour juger de l'efficacité des méthodes employées. Malheureusement les historiens des sciences s'intéressent peu à l'histoire de la vulgarisation encore que quelques études apparaissent1.
Les chercheurs en sciences sociales qui abordent la question de la vulgarisation scientifique2 ont tendance à réduire l'action au cadre des deux options mentionnées ci-dessus en insistant sur l'information et l'éducation du public considérées comme les objectifs de base des vulgarisateurs. Or, il y a une autre face de la "vulgarisation scientifique" qu'ils ont tendance à ignorer ou du moins dont ils sous-estiment l'impact. C'est l'aspect "littéraire" dans lequel sciences et techniques sont des sources d'inspiration pour conter des histoires à faire plaisir ou peur, et dans lesquelles la rigueur scientifique n'est pas forcément la règle.
La face "éducative" de la vulgarisation
La pratique de la diffusion des connaissances quels que soient les acteurs se heurte à la barrière que constitue la difficulté du langage scientifique. Les savants échangent leurs idées et comparent leurs résultats en utilisant un langage spécifique propre à chaque discipline. Il comporte quatre composantes, un vocabulaire spécialisé, des symboles et des formules, des images, et l'usage de nombres qui peuvent être hors de l'échelle humaine très grands ou très petits. La maîtrise de ce langage exige un long apprentissage. Le résultat du travail scientifique avec tout son appareil de preuves et de démonstrations est difficilement communicable à l'extérieur du cercle de spécialistes formés à son décryptage. Il est extrêmement difficile à réduire en termes du langage courant, d'autant plus que souvent les nouveautés tiennent dans des points de détails qui marquent le progrès décisif sur un travail antérieur. C'est un système de communication professionnel qui permet aux chercheur d'acquérir la reconnaissance (la "marchandise" échangée entre les chercheurs) par l'approbation des pairs (citations, éloges, nominations, contrats). Tous les fondateurs du système scientifique moderne (Descartes, Gassendi, Hooke, etc …) ont insisté sur le fait que "les sens nous trompent" et qu'il ne faut pas compter sur eux pour comprendre le monde. Le discours scientifique est le moyen technique qui permet de s'évader de la perception sensorielle directe en plaquant un cadre abstrait, souvent mathématique, sur les choses. Il s'éloigne naturellement de l'entendement commun.
C'est normalement par l'enseignement que les connaissances de base sont apprises. En France depuis 1800, les sciences notamment les mathématiques sont largement utilisées pour sélectionner les meilleurs élèves et former des élites qui servent la Nation dans les activités de recherche et dans la mise en oeuvre des applications techniques liées à la richesse et au pouvoir. Le recrutement de ces experts est une nécessité politique économique et militaire pour les Etats. De la l'inquiétude manifestée ces dernières années par les pouvoirs publics devant la baisse du nombre des étudiants en science, phénomène qui affecte tous les pays. Redonner aux jeunes le goût des sciences est devenu un objectif politique inscrit dans le plan d'action "Science-Société" adopté par la Commission Européenne en décembre 20013. L'idée est de valoriser les activités de vulgarisation scientifique dans les deux directions, combler le déficit de connaissances et favoriser le débat, les pouvoirs publics étant conscients de la montée des inquiétudes devant certains progrès techniques.
Même pour les personnes pour lesquelles des connaissances scientifiques et techniques sont indispensables pour exercer leur métier, il y a de gros "trous" dans la culture scientifique tant l'éventail des disciplines est largement ouvert. L'école conserve une ambition encyclopédique, toucher un peu à tous les domaines, qui est un rêve babélien impossible à atteindre. D'ailleurs on remplace de plus en plus partiellement les cours spécialisés par une approche pluridisciplinaire basée sur l'étude par des groupes d'élèves de "projets", dont les sujets peuvent être scientifiques, souvent choisis dans l'actualité ou sur des critères d'intérêt locaux. Il s'agit de faire comprendre l'important, c'est à dire la méthode scientifique, en particulier savoir reconnaître et analyser les facteurs qui concourent à un phénomène, plutôt que le détail des résultats. On s'aperçoit donc que la tendance est de renoncer plus ou moins à faire partager, ou à imposer, au plus grand nombre le détail des connaissances scientifiques de base. L'acquisition de celles-ci devient l'objectif d'une petite fraction de la société et non plus un idéal universel.
Comme il faut quand même recruter cette petite fraction, la "beauté" des sciences doit être largement présentée aux jeunes et d'une manière attractive. La technique des manipulations interactives ("hands-on") développée en Amérique du Nord dans les années 1970 a été reprise par beaucoup d'établissement européens. Il s'agit de se pénétrer, en jouant, de principes scientifiques élémentaires. Il est très difficile d'évaluer l'impact de cette forme d'éducation sur les connaissances réelles. Il semble qu'elle puisse influencer les futures vocations par le biais du rêve éveillé dans lequel l'enfant s'imagine être un chercheur ou un ingénieur.
S'ils expliquent de moins en moins les bases fondamentales considérées comme scolaires et donc ennuyeuses, les grands musées scientifiques s'efforcent de présenter les usages, les conséquences, les retombées sociales et économiques d'une invention dont le principe restera une boite noire (comme on conduit une automobile sans savoir comment fonctionne le moteur). Ils se placent ainsi délibérément hors du "modèle déficit" et cela rend la discussion avec le public plus facile surtout dans un contexte ou le débat s'impose. Les enquêtes (musées et sociétés de télévision) montrent qu'en matière de science, les gens s'intéressent d'abord à tout ce qui touche au corps (alimentation, médecine, esthétique), puis aux questions autour de l'environnement enfin aux nouvelles technologies et pas du tout aux disciplines académiques comme la physique la chimie ou la biologie. Même l'astronomie n'est pas en bonne position dans la liste des sujets d'intérêt.
Le cours, la leçon formelle de sciences, sont très peu pratiquées par les media pour des raisons qui sont exposées ci-dessous. Par contre on trouve beaucoup d'exposés scientifiques didactiques sur Internet. Certains sont produits par les grandes entreprises industrielles, le secteur de l'énergie par exemple, placées dans des situations concurrentielles ou dont les intérêts sont susceptibles d'être menacés par des mouvements d'opinion. Ces documents sont très utiles aux enfants des écoles engagés dans des projets. Il y a souvent d'ailleurs sur ces sites "web" des sections qui leur sont réservées. Moins "grand public" sont les rapports officiels, les enquêtes parlementaires, etc … qui sont également accessible aux Citoyens par le biais du réseau. Le curieux intéressé par une question scientifique peut très facilement aujourd'hui rassembler une documentation à tous les degrés de complexité. L'offre de "vulgarisation" est très abondante, non seulement à partir des Institutions ou des industries, mais aussi à l'initiative d'individus passionnés sur des sites personnels.
Le mode "littéraire" de la vulgarisation
Les chercheurs sont souvent entièrement absorbés, jusqu'à l'obsession, par leur sujet de recherche. Cette particularité bien connue du public, à la fois sympathique et ridicule, est largement exploitée pour mettre en scène la communauté scientifique : les premiers films de Méliès montrent des troupes burlesques de savants (le Voyage dans la Lune), les romanciers, des passions individuelles destructrices (Bouvard et Pécuchet, Balthazar dans la "Recherche de l'Absolu" de Balzac). Le processus de conquête individuelle du savoir s'accompagne d'un plaisir d'une nature quasiment érotique. Et c'est là le défaut de la cuirasse de la forteresse science parce que s'il n'y avait que la manipulation du langage professionnel et l'exercice du pouvoir encadré par l'alliance structurelle entre l'Etat et la Science, le système pourrait être entièrement fermé (comme c'est le cas pour certaines recherches stratégiques), mais le chercheur aime parler de l'objet de son amour et même s'il a des difficultés à l'exprimer, c'est assez pour servir de point de départ à la conversation et faire ainsi entrer la science dans la société.
Dans les Femmes Savantes de Molière (1672), il y a une petite scène (Acte III, scène 2) où les Précieuses exposent leur opinion sur l'aimant, les tourbillons de Descartes, les "petits corps" (les atomes), le vide … Des sujets en plein dans l'actualité scientifique du moment et objets de controverses entre spécialistes. Les disputes ont donc débordé sur la société mondaine des salons qui prend parti et se gargarise de ces concepts nouveaux, qui font en somme mode. On observe la même chose aujourd'hui avec la mécanique quantique, son principe d'incertitude, les trous noirs ou le chaos et son effet papillon … Les mots scientifiques et ce qu'ils paraissent couvrir au niveau essentiellement poétique passent dans la société comme phénomène de mode pour alimenter les conversations "branchées". Est-ce un effet de la vulgarisation (dont la source est le discours des savants sur leur travail, par exemple de nos jours à la radio ou à la télévision ou encore leurs livres) ou n'est-ce qu'une récupération par les "tendances" culturelles du moment pour une diffusion sans doute éphémère ?
Les media, surtout la télévision, sont la source principale de l'information scientifique du public (voir encadré). Le traitement de la science par les media, en dehors de l'information factuelle et sèche, se fait toujours par la construction d'un récit attractif qui se développe autour d'une mise en scène et qui porte en son sein des éléments réels de connaissance qui sont ainsi assimilés d'une manière agréable4. Cela touche les émissions de télévision et les documentaires comme la presse d'information quotidienne ou hebdomadaire. Les grandes revues mensuelles de vulgarisation scientifique n'échappent pas à la manière littéraire de parler de la science. Elles choisissent des sujets qui se prêtent à des récits qui utilisent comme ressorts littéraires la plupart des archétypes et des recettes du conte merveilleux. Par exemple, les chercheurs qui travaillent dans un "désert", quel qu'il soit, sont sur-représentés, de même que ceux qui travaillent sur les monstres (les dinosaures) ou qui produisent des récits de création (les astrophysiciens et les préhistoriens), ou qui révèlent des catastrophes passées ou à venir ou ceux qui manipulent le germe sexuel ou la durée de la vie. La pensée scientifique se fond dans la pensée mythique à laquelle elle apporte de nouvelles couleurs, de nouveaux thèmes, de nouveaux rêves. C'est grâce à ces récits que la science pénètre dans la culture et non pas par de froids exposés didactiques. Ils créent l'émotion, l'anxiété, ou l'espoir qui se transforment en demandes pour une vulgarisation "réelle" (par exemple en médecine) ou en inquiétudes sociales.
Inversement c'est la romance qui a permis à la pensée scientifique de dominer la pensée mythique. Les romans de science-fiction, qui, à partir de celui de Kepler en 1632, racontent des voyages dans la Lune et vulgarisent le système de Copernic et la circulation du sang comme le fameux roman de Cyrano de Bergerac de 1648 ont contribué à changer l'image plus ou moins sacralisée, issue des vieux paganismes, de la Lune et du Soleil et de transformer ces astres en corps matériels sur lesquels on peut éventuellement marcher mais dont on n'a plus à craindre les "émanations". Pourtant l'astrologie après un moment historique de flottement a reparu, très forte … (en 2001, 52% des européens croient qu'elle est une science …)
Aujourd'hui les savants, leurs découvertes et les problèmes qu'elles posent à la société, le décor de leurs laboratoires (des tuyaux et des cornues), jouent un rôle fréquent dans la conception des récits qui sont à la base des spectacles : films, séries télévisées. Le thème du savant fou apparaît dès 1817 avec le Frankestein de Mary Shelley. Les savants pervers, naïfs, innocents, ridicules, manipulés, mercenaires, héroïques sont des personnages classiques du roman et du spectacle. On les retrouve dans la bande dessinée, bons comme le Grand Schtroumpf ou mauvais comme Gargamelle, mais tous deux manipulant à coté des potions leurs grimoires et leurs chiffres (les tics du langage savant ont été bien repérés par la littérature populaire …)
Le spectacle est un puissant moyen d'influencer, ou de créer, l'opinion. Les extrapolations des inventions contemporaines peuvent susciter l'effroi et provoquer les interrogations du public. On a l'exemple du clonage, fantasme du double. Des séries TV grand public comme actuellement les "Fields of Gold" de la BBC à propos des bio technologies, peuvent engendrer de sérieuses polémiques entre la communauté scientifique, qui juge que le fonds scientifique est gravement trahi et que le public est trompé, et les entrepreneurs de spectacle qui estiment que l'audimat fait la loi.
La pensée commune et la pensée scientifique sont aujourd'hui rapprochées par une "vulgarisation" qui exploite les vieux thèmes de la pensée mythique. Ainsi se renouvelle une culture dont la science n'a jamais été absente. Pour s'adresser au plus grand nombre c'est sur le terrain du "spectacle", au sens large, que la vulgarisation est possible, y compris par la communauté scientifique comme elle l'a d'ailleurs démontré dans le passé, de Fontenelle à Hubert Reeves.

Paul Caro

31 juillet 2002

Encadré 1
Quelques statistiques
L'Eurobaromètre publié en décembre 2001 montre qu'en moyenne pour les 15 Etats de l'Union Européenne, la télévision est la principale source d'information sur la science pour 60,3% de la population, suivie par la presse (37%), la radio (27,3%), les revues scientifiques (20,1%) et l'internet (16,1%). Par contraste, seulement 11,3% de la population a visité un musée scientifique dans l'année (et il s'agit surtout des plus jeunes). Le "public" se méfie des journalistes : 36,5% pensent que la science et la technique sont présentées d'une manière trop négative par la presse, 53% estiment les journalistes peu compétents et 60,6% ne lisent jamais un article qui traite de science. 45% des européens ne sont pas intéressés et ne souhaitent pas s'informer sur la science et la technique et les deux tiers disent qu'ils sont mal informés.
Source : Eurobaromètre 55.2 Décembre 2001
Encadré 2
La science composante du spectacle
Parmi les savants du XVIIème siècle il y en a un que la plupart des autres détestent (Descartes le traitait de "charlatan"), c'est le Père jésuite Athanasius Kircher (1602-1680) qui officiait à Rome. C'était le savant le plus célèbre de son temps. Il écrivait des livres de vulgarisation (d’une rigueur approximative) qui lui faisaient gagner beaucoup d'argent (et qui sont encore aujourd'hui des objets de bibliophilie recherchés), il avait l'oreille (et l'accès à la bourse) de beaucoup de princes de l'Europe, il organisait pour les Cardinaux de grands spectacles optiques (on lui attribue, faussement, l'invention de la lanterne magique), il a monté à Rome l'un des premiers Musées scientifiques (dont quelques fanatiques recherchent aujourd'hui les composantes dispersées dans toute l'Italie) et il a prétendu avoir défriché les hiéroglyphes (mais semble-t-il, il a calé comme nos spécialistes d'aujourd'hui sur le mystérieux manuscrit Voynich). Bref un savant hypermédiatique qui a mis en œuvre les techniques et procédés scientifiques en cours de découverte pour lancer la société du spectacle. Christian Huyghens, le découvreur des anneaux de Saturne, est aussi le père réel de la lanterne magique, invention qu'il a répudiée mais qui, répandue dès 1660 dans toute l'Europe, a créé une économie et des emplois ce que n'ont jamais fait les anneaux de Saturne … La vulgarisation de l'optique naissante par l'usage populaire de son instrumentation a été suivie de celles de l'électrostatique et de l'aimantation, toutes composantes de spectacles de rue au XVIIIème siècle.
De nos jours des avancées techniques comme la numérisation bouleversent l'art du spectacle et permettent de composer des images spectaculaires pour illustrer des thèmes scientifiques qui, sortis des ouvrages spécialisés et déployés sur grand écran, matérialisent un univers onirique de la culture contemporaine qui n'est pas très différent de celui des contes et légendes traditionnels, mais beaucoup mieux illustré. Ainsi beaucoup de gamins sont devenus experts en dinosaures et le monstre a fait son come-back culturel. Une valeur sure de la vulgarisation scientifique …
Encadré 3
La vulgarisation du système de Copernic
Le débat entre les tenants du système de Copernic et de celui de Ptolémée au début du XVIIème siècle a vite débordé du cercle des spécialistes. Galilée notamment par ses écrits en italien a contribué à le porter sur la place publique. Les propositions de Copernic paraissaient heurter le sens commun. La nature de la condition humaine était en jeu (l'homme est-il au centre de l'Univers ?) et aussi la controverse pouvait alimenter le débat religieux (sur l'autorité des Ecritures). Les implications sociales étaient donc importantes. Il existait à Londres vers la fin du XVIIème siècle des feuilles d'information par questions et réponses publiées par des sociétés d'amateurs éclairés qui se piquaient de connaissances scientifiques et souhaitaient les partager avec leurs contemporains. Ils se réunissaient dans des cafés (des sortes de cafés des sciences en somme). L'une de ces sociétés donnera naissance à la Royal Society (1662) qui se spécialisera dans les démonstrations publiques expérimentales des découvertes scientifiques. L'objectif était d'imiter la conversation polie, mondaine et informée des salons parisiens dans l'enceinte de ces cafés fréquentés par une classe moyenne aisée. Beaucoup des questions posées illustrent la balance des opinions entre Copernic et Ptolémée. Les rédacteurs des feuilles sont neutres : ils exposent avec soin les deux systèmes mais ne donnent jamais leur propre opinion sans doute pour ne pas choquer les convictions de leurs lecteurs. A partir de 1708 ils penchent définitivement pour le mouvement de la Terre et le système de Copernic (publié en 1543). Il aura donc fallu un siècle et demi pour que celui-ci soit définitivement admis comme composante culturelle de la bonne société. Bien sur Newton avec les Principia (1687) a contribué à fournir un argument scientifique essentiel mais les spécialistes vulgarisateurs des cafés londoniens ont mis vingt ans à le comprendre.
En 2001, d’après l’Eurobaromètre 55.2, 26,1% des européens croient toujours que le Soleil tourne autour de la Terre, …
Source : le livre d’Anna Marie Roos référence 1

1 Anna Marie E.Roos : Luminaries in the Natural World The Sun and the Moon in England 1400-1720, Peter Lang Publishing, New York, 2001

2 P. Chavot in Mission Report : OPUS project meeting London 30th September 2001. OPUS = Optimising Public Understanding of Science http://www.univie.ac.at/Wissenschaftstheorie/opus/

3 http://www.cordis.lu/science-society


4 Paul Caro : "Les procédés littéraires du récit dans la vulgarisation scientifique écrite et télévisée" in "Science en bibliothèque" sous la direction de Francis Agostini, Editions du Cercle de la Librairie, Paris, 1994, pp 125-140

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