II. dossier : le primat de l’intériorité 21








télécharger 0.61 Mb.
titreII. dossier : le primat de l’intériorité 21
page3/41
date de publication20.11.2017
taille0.61 Mb.
typeDocumentos
b.21-bal.com > comptabilité > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   41

B.Quelques questions entendues ?

1.Sur la relation entre Dieu et le Mal


« Comment un Dieu d’amour peut-il permettre la souffrance, la maladie et la guerre ? »

« Dieu a-t-il créé le Mal ? N’a-t-il pas dit : « Je façonne la lumière et crée les ténèbres, je fais le bien et crée le mal. C’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela ! » (Is 45,7).

« Quel est ce Dieu qui endurcit le coeur du Pharaon ? »

2.Sur la tentation


« Peut-on penser que Jésus ait pu être tenté. N’est-il pas le Fils de Dieu ? »

« Jésus fut un homme comme nous, n’a-t-il pas les mêmes désirs que nous ? »

« Que penser de la traduction française du Notre Père : ne nous soumets pas à la tentation ? »

3.Sur le diable ?


« Matthieu 4,1 dit que Jésus fut conduit au désert par l’Esprit Saint pour être tenté par le diable. Drôle d’Esprit Saint qui joue l’entremetteur entre Jésus et Satan ? »

« Le diable existe-t-il, n’est-ce pas une invention des sectes ? »

« Si Dieu existe, le diable n’existe-t-il pas nécessairement ? »

4.Sur la liberté


« La liberté n’est-elle pas le cadeau empoisonné qu’un Dieu pervers agite pour nous punir ? »

C.Répondre aux questions


Avant de répondre à une question, il convient de se demander à quel niveau de parole la question est posée. C’est ce que nous allons essayer de faire.

1.« Comment un Dieu d’amour peut-il permettre la souffrance, la maladie et la guerre ? »


La question exprime au moins un illogisme puisque l’image de l’amour heurte l’idée de la souffrance. Si la question déplore du dehors une contradiction logique, elle s’énonce sur le seul plan de la logique formelle (dans le « vert »). Ce « vert » formel justifie peut-être ou tente de justifier un athéisme en recherche d’arguments. A ce niveau de réflexion et de parole, Dieu est réduit à l’idée que l’on s’en fait... du dehors. Nous sommes alors enfermés dans la discussion d’idées.

La question peut venir aussi d’une souffrance personnelle qui a remis en cause une foi d’enfant. La question s’enracine dans le coeur, prend de la profondeur. Elle est alors de l’ordre de l’expérience, et énonce un « rouge » existentiel. Si c’est cela, aucune information extérieure, ni aucune logique formelle, ne peut répondre à ce niveau d’interrogation. Seul Dieu peut agir... et la prière.

2.« Dieu a-t-il créé le Mal ?


N’a-t-il pas dit : Je façonne la lumière et crée16 les ténèbres, je fais le bien et crée le mal. C’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela ! (Is 45,7).

Cette question diffère de la précédente parce qu’elle est posée par quelqu’un qui lit la Bible. Le lecteur demande une explication sur un texte jugé à juste titre inacceptable. C’est vrai : Dieu ne peut pas être ce diable. Pourtant, la Bible le dit. La parole critique a donc sa raison d’être, la question est « rouge » mais l’émoi que produit le texte vient de la foi et non de la vie. Toute la différence est là. La Bible est en question et non plus la foi. Dieu n’est pas touché, mais le texte. Il faut donc comprendre la raison du texte, et non pas prendre au pied de la « lettre » ce que dit le prophète.

L’analyse du contexte est éclairant puisque Dieu lui-même s’explique : « puisque vous m’ignorez, semble-t-il dire, puisque je ne suis rien à vos yeux, probablement une idée sans consistance, je vais agir et vous montrer que tout est néant sauf moi » (Is 45,6). Autrement dit « comme vous ne prenez pas la Révélation au sérieux, je m’en dégage ». Que ne ferait pas le Créateur pour sauver sa créature : même proférer des menaces. En fait, Dieu rappelle le premier principe de la Bible, que la vie vient de Lui et de Lui seul. Tout le reste est néant. Se couper de Dieu, c’est mourir, c’est cultiver en soi les ténèbres et le Mal. Que Dieu se retire, et voilà l’homme plongé dans la nuit noire. Ainsi chante le psalmiste : Tu caches ta face, ils s’épouvantent (Ps 104,29); mais il chante aussi : Tu ouvres la main et rassasie tout vivant à plaisir (Ps 145,16). Ces deux chants peuvent éclairer du dedans et dans la foi le « rouge » produit par le texte.17 Ce « rouge », éclairé et discuté, peut être alors reconstruit de l’intérieur.

3.« Quel est ce Dieu qui endurcit le coeur du Pharaon ? »


Cette nouvelle question ressemble à la précédente. C’est encore le texte biblique qui n’est pas conforme à la foi : Dieu dit à Moïse : Rends-toi chez Pharaon, car c’est Moi qui les ai fait s’entêter lui et ses courtisans (Ex 10,1). La Bible ne fonctionne pas comme un texte publicitaire destiné à justifier l’idée, tout compte fait normale, d’un Dieu d’amour. La Bible peut même malmener Dieu, comme si elle refusait une publicité trop facile (du « bleu » apologétique), elle préfère aborder la question de Dieu à partir d’une énormité qu’elle lâche sans rougir. La finalité pédagogique du texte biblique n’est donc pas de justifier les idées que tout le monde a sur Dieu, mais de faire réfléchir chacun sur une information que la foi refuse18. Le récit biblique commence par produire du « rouge » sur Dieu : ce Dieu est-il pervers ? Mais la Bible ne s’arrête pas à cette affirmation irrecevable. Le pavé lâché dans la marre, elle poursuit : afin d’accomplir au milieu d’eux des prodiges. Pour que tu puisses raconter... afin que vous sachiez que JE SUIS le Seigneur (Ex 10, 2). Si Dieu endurcit le coeur du Pharaon c’est pour que des miracles divins soient racontés. Le paradigme de la pédagogie biblique est un récit où Dieu se comporte étrangement, et ce récit doit être raconté, sans doute pour être discuté. Nous sommes dans une pédagogie de la parole.

Un fait divers se raconte facilement, et peut aussi se prouver. Un fait divin doit se raconter mais il ne peut pas être prouvé. Le fait divers est au dehors, le fait divin est au dedans. Une expérience de Dieu commence par être dite dans le récit biblique. Celui-ci, éclairé par l’Esprit, devient alors Parole de Dieu. Sans récit, pas de Parole de Dieu. Sans Esprit non-plus.19

Comment amorcer une parole d’intériorité ? Le questionnement critique (rouge) a précisément la fonction de faire creuser le texte. Du coup, la parole échangée sur le récit biblique est une parole référée à l’expérience spirituelle et non aux choses du dehors. Le texte étrange fait parler du Dieu vivant et ne s’évapore pas dans l’idée générale, il s’ancre dans la foi de chacun. Par la parole des uns et des autres, la Bible est introduite dans le registre de la parole : on l’appelle alors « Parole de Dieu » et non plus texte. Comme la conversation sollicitée par le récit biblique n’est pas fixée à l’extérieur, en parlant de Dieu, elle quitte le registre anecdotique du fait divers. Voilà chacun renvoyé à sa propre intériorité, à sa vérité de vie, à son expérience de Dieu, à sa foi. La parole humaine s’enracine dans l’être, dans l’Être qui est au fond de l’être : pour que tu puisses raconter... afin que vous sachiez que JE SUIS le Seigneur.

L’Église le sait qui réfère la sortie d’Égypte à la catéchèse baptismale (1 Cor 10,1-4) et à la liturgie pascale. Le samedi saint, nous nous souvenons du « Pharaon d’Égypte » qui fut noyé le jour de notre baptême, avec ses chars et ses chevaux, avec toute son armée de diables. Voilà le prodige divin qu’accomplit la puissance de Dieu : notre propre libération, notre sortie d’Égypte. L’expression traditionnelle « d’Égypte intérieure » a été récemment rappelée par Annick de Souzenelle. Le Satan-Pharaon, qui fait de nous des esclaves, est une puissance redoutable, mais Dieu est encore plus fort. « Je crois au Dieu tout-puissant, Créateur... »

Comme pour la question précédente, le « rouge » pédagogique de la Bible suppose un débat sur le récit. Mais cette « homélie »20 ne peut déboucher qu’éclairée par d’autres textes bibliques (« vert ») qui alimentent le débat et permettent la reconstruction (« jaune »). Ces « perches vertes » peuvent être la suite du texte étrange de l’Exode, des passages de la Bible tirés de la catéchèse baptismale ou de notre propre méditation.

Tandis que le « rouge » existentiel, qui vient des souffrances de la vie, réduit en poussières les belles idées sur Dieu, le « rouge » (la question critique) qui vient de la Bible permet, s’il est convenablement animé, de sortir des généralités (le dieu des philosophes) et de parler du Vivant de la Bible et de ses prodiges. Seuls ces prodiges spirituels peuvent contrebalancer « la mort ».

4.« Non, le diable n’existe pas ! » « Si, bien sûr, il existe ! »


Dans l’animation des groupes, quand ces questions arrivent, elles se présentent souvent comme des affirmations tranchées. Telle personne quitte la salle en pleurs parce qu’elle entend du groupe que le diable existe. Telle autre défend « bec et ongles » l’existence du diable. La dimension affective est souvent forte quand le Malin habite la parole.

Des raisons opposées peuvent justifier le refus du diable :

  • La peur des sectes sataniques qui font de Satan un « dieu du mal » inverse de celui « du bien ». Derrière cette peur (« rouge » existentiel), se profile la crainte des pratiques magiques qui vont de l’appel aux esprits dont nos adolescents raffolent, jusqu’à la sorcellerie. Le dualisme logique (« vert ») est assorti d’expériences, et la forte affectivité que véhicule la question du diable s’explique bien. Notons que le dualisme n’est pas directement en cause mais plutôt ses conséquences existentielles.

  • Le diable est parfois refusé au profit d’une catéchèse de l’amour : « on ne parle jamais assez de l’amour de Dieu aux enfants ». Dans cette phrase, c’est la foi qui s’exprime mais nullement le combat spirituel... comme si l’amour divin était seulement un sentiment (voire un mot) qu’il fallait aimer. Le désir du croyant est de communiquer directement sa foi affective à l’enfant sans passer par la descente en soi ni l’affrontement avec la Parole : désir de la mère qui veut nourrir21. Dans cette perspective (un « bleu » affectif), tout dualisme a disparu : ni dualisme, ni résistance non plus, ni même conversion. La publicité d’une idéologie a pris la place de Dieu : l’ange de lumière n’est-il pas diabolique ?

5.« Le Fils de Dieu a-t-il pu être tenté par le diable ? »


Pour bien des gens, « tentation » et « mal » sont synonymes. Ainsi la tentation serait-elle un désir mauvais, et ce désir est déjà le Mal. Cette position est d’ailleurs justifiée par la phrase de Jésus : quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis dans son coeur l’adultère avec elle (Mt 5,28) ? Jésus fut un coeur pur et le coeur pur (Mt 5,8) n’a pas de désir mauvais, Nous entendons cela.

La distinction des « niveaux de parole » est ici utile. Ou bien l’on se situe comme l’enfant dans une logique purement abstraite (parole, niveau « vert »), ou bien l’on parle de l’expérience du désir (parole, niveau critique « rouge »). La tentation touche en effet au désir, elle renvoie bien à l’expérience adulte du désir sexuel que l’on refuse au coeur pur que fut Jésus. Mais si le « Sacré Coeur » était ainsi « pur » a-t-il pu être tenté, ou bien était-il totalement asexué et insensible ? La question se pose alors dans le « rouge existentiel » c’est-à-dire dans l’humanité charnelle, et pas dans la pure logique mécanique : Jésus était totalement homme, il avait bien un corps.

L’amour de Dieu est, à juste titre, qualifié « d’intellectuel ». Dieu est spirituel : à la différence de l’amour animal, son amour anime l’esprit, lui fait concevoir mentalement un bon projet. Ainsi Jésus était-il touché au plus profond de lui-même par le malheur des autres. Sans aucun paternalisme, il « prenait pitié ». Dés qu’il a vu le lépreux, saint François d’Assise a aussitôt conçu le projet de l’embrasser. L’amour divin vient de l’esprit qui oriente l’affectivité vers l’oeuvre bonne.

Quand, sur le Mont des Béatitudes, le Seigneur s’écrie : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis dans son coeur l’adultère avec elle, il évoque là aussi un projet de l’intelligence. L’esprit humain est mauvais parce qu’il conçoit intellectuellement des choses mauvaises.

Mais, comme dit Origène, « le diable n’est pas la cause de la faim ni de la soif, il ne l’est pas non plus du désir sexuel »22. Le péché provient de ce que l’esprit humain imagine pour combler les manques de son corps, pour éteindre ses besoins charnels.

L’esprit de Jésus était tout imprégné de l’Esprit d’amour, et malgré son corps sexué, il n’a conçu aucun projet d’adultère. Peut-on dire alors que le fils de Marie a été tenté ? Si la tentation est l’épreuve du manque, le cri du besoin23 : oui, il a été tenté. Mais si la tentation est l’élaboration d’un scénario mauvais qui lèse autrui, alors non, il n’a pas été tenté. Jésus avait bien un corps, mais son esprit était illuminé par l’amour de Dieu, il a toujours dit « non » à la tentation : son esprit n’imaginait pas le péché, il n’a pas succombé à la tentation.

6.Que penser du ne nous soumets pas à la tentation du Notre Père ?


Si soumettre à la tentation signifie « ne pas être tenté », la traduction est évidemment mauvaise. Mais si la phrase veut dire « sombrer dans la tentation », la traduction devient acceptable. Certes, elle prête à confusion pour ceux qui confondent Mal et tentation, le Tentateur et sa réussite. Le récit des tentations de Jésus au désert (Mt 4) nous invite à approfondir la fonction du diable.

7.Le diable est-il bien nécessaire à la foi ?


« Avec tout ce que l’on raconte sur le diable, faut-il encore en parler aux enfants ? » Oui mais si nous n’en parlons pas aux enfants, eux nous en parleront. L’image du diable fait partie de la culture, elle est passée dans le langage courant, et nous n’en sommes pas maîtres. Les publicités s’en emparent. Si l’enfant lit « Tintin au Tibet » (p.22), il imagine aussitôt le dialogue entre le diable et l’ange divin. Si l’enfant va à la messe, le premier dimanche de carême, il entend le récit des tentations de Jésus au désert. L’image du diable, si dérangeante, voire si dangereuse soit-elle, vient de la Bible, et nous ne pouvons pas la passer sous silence.

Le diable est spontanément associé à Dieu. On entend des réflexions du genre : « si Dieu existe, le diable aussi ». La logique dualiste enfantine (« vert ») fait du diable un autre dieu, bien que la foi chrétienne infirme cette perception manichéenne : « Je crois en un seul Dieu » et non pas en ou plutôt à plusieurs. 24

Que dit Matthieu au début de son récit : Jésus fut conduit au désert par l’Esprit Saint pour être tenté par le diable (Mt 4,1). C’est étrange : l’Esprit Saint semble jouer le rôle d’un entremetteur entre Jésus et Satan, il semble pousser Jésus dans les bras du diable. On retrouve le thème pédagogique du « Dieu pervers » (« rouge » du texte). Non seulement Jésus est tenté par le diable, mais Dieu lui-même organise cette tentation.

La tentation est l’épreuve du combat spirituel. Le « premier Adam » qui nous habite, et qui habitait Jésus au même titre que nous, a tendance à dire « oui » au Serpent. Jésus de Nazareth lui a dit « non », et ce « Second Adam » qui nous habite aussi nous pousse à dire « non ». Les deux Adam se chamaillent en nous.

Jésus Christ résiste au diable en nous comme il a su le faire durant sa vie terrestre. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas carrément supprimé l’horrible démon ? Pourquoi laisser agir cette affreuse créature ? Sans elle, tout aurait été si simple : le diable disparu, nous aurions pu aimer Dieu sans limite et sans difficulté. Oui, mais la limaille de fer aime l’aimant et ne peut plus s’en distinguer. Oui, mais la guêpe adore la confiture, et ne peut plus s’en décoller.

La difficulté vient de l’origine de l’amour. La Charité que notre esprit conçoit vient de Dieu. Nous sommes donc liés au Créateur, et notre liberté est compromise; non seulement notre liberté, notre personnalité propre aussi.

L’ange diabolique divise, il crée une séparation entre Dieu et nous. Cette coupure est bénéfique car elle nous évite d’être collé à Dieu25. Grâce au diable, nous pouvons bénéficier de la puissance d’Amour sans pour autant disparaître. Dieu n’est pour nous ni l’aimant dévoreur de limaille, ni la confiture où l’on étouffe. Notre personnalité est respectée parce que notre liberté n’est pas supprimée. Par la résistance qu’il oppose en nous à l’amour, le diable garantit notre liberté.

8.La liberté n’est-elle pas le cadeau empoisonné qu’un Dieu pervers agite pour nous punir ?


Enfant, on m’avait dit que Dieu nous a fait le cadeau de la liberté afin que nous puissions choisir le bien et refuser le mal. Cette affirmation m’a toujours gêné sans que je sache au juste pourquoi. Les « niveaux de parole » vont nous aider à y voir plus clair.

a)Un dualisme vécu en extériorité


Pour la morale, deux pôles antinomiques organisent la vie : le bien et le mal. C’est de la logique, c’est du « vert ». Ces deux pôles son immédiatement repérables (« bleu ») : le bien est manifesté par la Loi et le mal par la transgression de cette Loi. L’univers mental de l’approche morale est le « bleu-vert » concret et logique, c’est l’approche de l’enfant qui réduit le « péché » à la « faute ».

b)La Loi est extérieure, elle multiplie les fautes.


Mais en fait, le bien et le mal ne sont pas deux réalités extérieures à moi, posées en face de moi. Le texte de Loi ne fait que manifester en extériorité ce que je vais vivre à son ombre, mais qui vient de moi, soit le bien si je le respecte, soit le mal si je le transgresse. Mes fautes viennent de moi, même si j’imagine que la Loi en est la cause. En fait le texte de Loi permet d’introduire une relecture en bien et en mal de mes actions. Comme dit Paul, la Loi est intervenue, pour que se multipliât la faute (Rm 5,20) ou encore quand la règle est arrivée, le péché a pris vie (Rm 7,8). C’est la règle écrite qui permet de dire « ceci est bien » ou « ceci est mal ». Sans le règlement, il y aurait aveuglement ; sans un texte fixé, aucune faute ni aucun péché ne seraient perçus, nos actions ne seraient ni bonnes ni mauvaises, elles seraient neutres. Nous serions des animaux. C’est l’interdiction qui rend le Mal visible, et l’on pourrait penser qu’interdire l’interdiction serait une planche de salut. En fait, la Loi révèle, mais ne sauve pas, elle se contente de mettre au jour un dysfonctionnement (Cf. Rm 7,8). Tout Juif qu’il est, Paul s’adresse à des Romains à l’esprit juridique pour qui, même la Loi de Moïse, est extérieure. On pourrait dire la même chose des « Béatitudes ».

c)Les deux voies de la Bible


Quand la Bible (Dt 30,15 ss et Ps 1,1) et l’Évangile (Mt 7,13-14) parlent de « deux voies », ils évitent l’extériorité logique du monde mental « bleu-vert ». Les « deux voies » sont deux directions inverses, l’une qui mène à la mort et l’autre à la vie. La direction est un choix intime d’ordre existentiel (« rouge »), un choix de coeur26. Il n’y a aucun dualisme logique dans la présentation biblique car le chemin de la foi n’est pas une chose fixe, mais la longue route de la vie dont l’orientation varie au cours du voyage. Le choix de l’orientation vient bien de l’intérieur. Ce n’est plus du « bleu-vert », mais du « rouge-jaune » existentiel.

d)Faute ou péché ?


Pour la Bible, le mal n’est pas une réalité « en soi », c’est une absence de Dieu en nous, un manque d’amour jamais comblé. Je peux être un parfait honnête homme et ne pas aimer les autres comme Dieu aime, je suis alors pécheur. Je ne commets aucune faute, je suis quand même pécheur car l’amour de Dieu ne m’imprègne pas totalement. Faute et péché ne se recouvrent pas, ils ne sont pas synonymes. La faute est une transgression de la règle extérieure, le péché est ce manque d’amour qui me rend toujours débiteur de Dieu. Dans la foi, je reconnais en moi ce manque d’amour, je me reconnais pécheur même si je ne commets aucune faute : je peux toujours me donner plus aux autres.

e)L’erreur du moralisme


Pour le moralisme athée qui a envahi la foi chrétienne quand la Bible fut réduite27 à une Histoire Sainte du passé, l’esprit s’est détaché du corps pour s’attacher à la science. Le corps devint lui aussi objet de science, et non plus lieu du sens. Quand la raison occulte la mort, les catégories logiques reprennent le dessus. La raison morale s’identifie au règlement, et l’amour s’appauvrit en « contrat social ». Si je suis le règlement, je suis parfait. L’autre ne m’intéresse pas, même si je respecte son territoire. Humanité sans corps, je deviens un homme sans voisin, individualiste, égoïste, légaliste. Je suis fort, j’ai la loi avec moi, la règle pour bien, et la règle pour Dieu. Le « rouge-jaune » biblique disparaît, le « bleu-vert » rationaliste et païen réapparaît.

f)Une tête sans corps est un homme sans Dieu.


Dans le rationalisme moral, la règle se confond avec la raison, et ma raison devient ma règle absolue. Le rationalisme n’a pas besoin de Dieu. La Loi lui sert de dieu, mais ce dieu n’est pas le Seigneur de l’Alliance, il n’est pas l’Esprit qui veut descendre en moi communiquer l’amour à mon esprit (Cf. Rm 8,16). Le Dieu vivant est mis à mort ! Pourquoi aurais-je besoin de Dieu si la règle me comble ? Et pourquoi la règle me suffit-elle ? Parce que ni le corps fragile ni la mort commune ne me posent question, mon esprit est occupé ailleurs. Ma tête savante a réponse à tout. Tête sans corps, je n’ai nul besoin de Dieu, parce que mon corps ne parle plus. Au mieux, m’imaginant chrétien, je dis aux passifs qui m’entourent cette formule passe-partout : « aide-toi et le ciel t’aidera ». Je crois à ce ciel anonyme qui ne me fait ni chaud ni froid. Je peux, à la limite, imaginer une vie éternelle pour mon âme, mais je ris de la « résurrection de la chair ». Je n’en ai que faire : j’ai une grosse tête, mais je n’ai pas de corps !

g)Pas de corps, pas d’amour !


L’absence de corps conduit à l’absence d’amour. Quand je me fatigue pour les autres, quand je donne de mon temps, quand je partage, quand j’offre ma vie charnelle, je deviens une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu (Rm 12,1), j’aime alors de l’amour même de Dieu. Sans le corps, comment pourrais-je aimer ? Les autres autour de moi sont des esprits, voire des fantômes. Je peux parler d’amour mais je ne peux en vivre. Un amour sans corps est un amour sans poids, un amour en idée, un amour faux. Sans le corps, Dieu ne pourrait pas nous donner sa vie pour que nous en vivions les uns les autres.

h)L’individualisme


Dans le rationalisme, où le corps mortel est seulement vécu comme une contrainte, plus l’homme se coupe des autres, plus il est libre. La liberté est l’autonomie, voire l’indépendance absolue. En mécanique, quand aucune force ne s’applique sur le point matériel inerte, il est « libre ». Le rationaliste aussi. Dans ces conditions, « l’Enfer, c’est les autres »... et Dieu c’est le diable. En effet, dans cette philosophie, moins Dieu est là, plus l’homme est libre.

La Bible révèle l’inverse : plus je m’unis aux autres, plus je suis capable d’aimer, et plus je suis libre. Et pourquoi serais-je libre ? Parce que la liberté, c’est l’amour que Dieu donne. D’où le cri de saint Augustin adressé au moine Pélage : « La liberté, c’est Dieu ».

Le volontariste Pélage plaçait la liberté du côté de l’homme et la grâce du côté de Dieu. Le Créateur et la créature n’avaient plus aucun point commun, ils se gênaient plutôt l’un l’autre. C’était tout l’inverse de l’Alliance biblique ! Quand la liberté se réduit au choix cérébral d’une règle, si cette libre contrainte est le don que Dieu me fait pour que je choisisse le bien et refuse le mal, alors ce cadeau qui me juge, ne peut provenir que d’un Dieu pervers.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   41

similaire:

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconMerci de suivre précisément les instructions (textes en bleu qui...

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconManuel Durand-Barthez
«collectif», adopté par la Faculty of 1000 dans les domaines biomédicaux. Son originalité par rapport aux précédents réside dans...

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDes eaux et des forêts dossier de Motivation / Notice
«dossier de motivation», d’émettre un quelconque jugement de valeur sur les candidats

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 icon Le dossier de candidature au contrat doctoral 2017, ainsi que le...

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDossier 3

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDossier n° 1

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDossier n° 1

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDossier 5

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDossier 6

II. dossier : le primat de l’intériorité 21 iconDossier clinique








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com