II. dossier : le primat de l’intériorité 21








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titreII. dossier : le primat de l’intériorité 21
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I.INTRODUCTION

A.Pourquoi il est si difficile d’aimer Dieu


Dieu est bon, il est le bien, il est l’amour, mais le Mal est partout. Alors ?

1.« LE MAL » est à la fois une expérience et une question.


  • Le Mal est une expérience parce qu’il atteint nos corps et nous le subissons tous plus ou moins. Nous sommes en effet tous « plongés » dans ce monde marqué par la mort et par le péché : ce monde est notre monde à tous, pour le meilleur et pour le pire.

  • « Le Mal » est aussi une question si nous croyons en l’amour de Dieu, car si la vie humaine était seulement « naturelle » ou animale, la question ne se poserait pas. Quand la loi de la jungle est référée à la jungle, tout est normal, mais quand nous confessons un Dieu d’amour, alors l’illogisme fondamental apparaît : comment Dieu - la bonté même - peut-il avoir créé le mal ? A cause de cette absurdité, l’enfant de onze ans peut bouder la foi en objectant la guerre et le tremblement de terre. Combien de personnes atteintes par « le mal » abandonnent l’Église : « ce Dieu qui m’a fait si mal ne peut pas exister. »

2.« LE MAL » : mort ou péché ?


  • Le Mal le plus évident est la mort. Entendre par « la mort », non seulement la fin de nos vies, mais la limite du corps, sa fatigue, la souffrance et la maladie, le vieillissement, l’enfant handicapé... ce qu’on appelle « la finitude » et qui relève de la biologie et de la physique. Nous sommes mortels : voilà le mal le plus apparent, le plus intolérable, le mal normal qui bouscule notre affectivité. A cette limite, il faut ajouter les contraintes du cosmos, les catastrophes naturelles : inondations, intempéries, tremblements de terre... Tout cela, c’est la mort.

  • L’autre Mal est le péché qui se manifeste dans les relations humaines par l’égoïsme et la pollution, la jalousie et la haine, le mensonge et le vol, l’injustice et la violence, le meurtre et la guerre. Ce second Mal est lié à l’homme, il relève de nos décisions collectives et parfois de notre liberté individuelle.

3.Qu’est-ce qui relie la mort et le péché ?


Ce qui touche à la mort et à la finitude n’est pas le péché, les deux ordres sont heureusement disjoints.1 Jésus est mort en d’atroces souffrances, et il n’était pas pécheur. Faire dépendre directement la souffrance du péché serait une horreur inacceptable. Dieu serait utilisé comme lien entre la mort et le péché, et il serait alors le « Dieu vengeur », un Dieu cynique qui punirait pour affirmer sa puissance.

En revanche, la peur de la mort - l’atteinte à l’intégrité du corps - fait surgir le péché. On s’en protége sur le dos des autres. Le péché naît toujours d’un mauvais rapport à nos limites intimes, et se développe à travers une mauvaise gestion de la mort commune. D’emblée le serpent souffle sur la mort : Pas du tout, répond-il à la femme, vous ne mourrez pas ! Dieu sait que... (Gn 3,4). En clair, Dieu est bon, et vous n’avez aucune peur à avoir, il se charge de vous. Voici l’être humain, au nom de l’amour de Dieu, dépossédé de sa mort, de son corps et de sa vérité d’existence. Tout est renvoyé à Dieu, même ce qui nous constitue homme dans notre rapport aux autres, le corps. La négation du corps mortel introduit une fracture dans la relation de l’homme à Dieu, où s’engouffre le péché. L’Alliance est alors en danger, et l’Incarnation de Dieu n’a plus aucun sens.

4.Le péché d’Adam et Éve


Quand le récit biblique de la « Chute » (Gn 3) est relu avec des lunettes qui ne sont pas bibliques, approche ignorée de la tradition orale judéo-chrétienne, la Bible est alors saisie de travers. Le jansénisme français comprend mal saint Augustin2. L’enfant que j’étais, héritier du jansénisme, croyait que « nos premiers parents » avaient fait une grosse bêtise en mangeant le fruit de l’Arbre interdit3. Dieu les avait alors punis et, avec eux, leurs milliards d’enfants à des milliers d’années de distance. En entendant cela, j’éprouvais une très grande injustice.

Voilà comment une exégèse moralisante, nullement biblique, falsifia la Bible et la Révélation du Dieu d’amour. Non, Adam ne fut pas un individu qui se promenait tout nu sous un pommier, Adam est l’humanité mâle et femelle (Gn 1,27), le genre humain tout entier d’hier, d’aujourd’hui et de demain : nous sommes autant Adam que les hommes préhistoriques. Non, Éve n’est pas la femme gourmande qui a provoqué la catastrophe universelle, mais bien ce que Dieu tire de l’humanité, et façonne chaque jour (Gn 2,22). Cette « femme » est reconnue par le monde entier comme l’os de nos os et la chair de notre chair (Gn 2,23); n’est-elle pas la charpente spirituelle de notre monde4, l’âme du corps ? On l’appelle aussi l’Église. Si nos premiers parents sont bien réels, c’est qu’ils sont toujours actuels mais « intérieurs », ils constituent notre être profond. L’intériorité est une réalité peut-être plus réelle que la matérialité. Du coup, le récit biblique se comprend autrement, non plus en extériorité mais selon l’intelligence de la foi. Le serpent aussi se comprend ainsi. Le drame de la Genèse existe bien : Adam et sa « femme » sont effectivement sortis du jardin ! Prenons conscience du rapport difficile que nous entretenons à nous-mêmes. Regardons nous, méditons sur le jansénisme qui nous fut naturellement transmis par nos parents !

Le jansénisme, en faisant dépendre la mort de la faute, a falsifié l’amour de Dieu. Pire encore, il a rejeté la faute sur de lointains ancêtres, sur des gens qui ne nous font ni chaud ni froid. Dieu et ces affreux coupables ne nous concernent pas, ils nous sont totalement extérieurs. Voilà comment une exégèse faussement biblique, faite en totale extériorité, a fracturé l’Alliance, et muselé la Parole.

5.Le péché originel


Si Augustin inventa l’expression « péché originel », la réalité lui vient de la tradition et particulièrement de saint Paul.

  • Aux Corinthiens, l’apôtre écrivait : La mort est venue par l’humain5, c’est par l’humain aussi que vient la Résurrection des morts. De même en effet que tous meurent en l’Adam, tous aussi revivront dans le Christ (1 Cor 15, 21-22).

  • Aux Romains, il disait : Par une seule humanité, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort est passée en tous les êtres humains, du fait que tous ont péché... en Adam, figure6 de (l’humanité) qui doit venir (Rm 5,12-14).

Aux habitants de Corinthe, Paul, en bon juif qu’il est, ne dit pas « la mort est venue par un homme » au sens d’un individu singulier, mais la mort est venue par « anthropos » qui est l’homme générique, l’homme au sens de la nature humaine qui nous est commune. Il s’agit donc de « l’humain » au sens large, traduction d’ailleurs confirmée par l’expression hébraïque « l’Adam »7 que l’auteur ajoute.

Aux habitants de Rome, l’Apôtre oppose encore les deux mêmes « humanités », les deux manières de vivre le corps, l’humanité adamique et l’humanité christique. Si la première humanité était « seule », c’est qu’il n’en existait pas d’autre à l’origine : en elle, explicite Paul, tous sont morts et tous ont péché. « Seule » ne signifie donc pas qu’Adam était le grand ancêtre dont nous serions les descendants, mais que cette manière humaine de vivre, commune à nous tous, était la seule connue avant l’Incarnation. Le qualificatif « seule » appelle la seconde humanité qui allait venir compléter la première, l’humanité en Christ. Adam est la figure de (l’humanité) qui doit venir (5,14)... parmi nous et bien sûr en nous. Aujourd’hui, les baptisés vivent de ces deux humanités :

  • celle d’Adam et Éve nos parents « premiers » qui pourraient être Dieu et la terre-mère, ou bien le Père et l’âme humaine. Ces deux symboliques existent dans la Bible.

  • et celle du Christ et de l’Église (nos nouveaux parents).

Une tension existe entre l’ancienne humanité et la nouvelle reçue en Christ.

Si le Juif Paul ne réduisait pas Adam à un individu unique, Augustin le Romain le faisait, et d’autres l’ont fait après lui. Le Juif voit d’emblée la solidarité entre les hommes, tandis que l’Occidental commence par percevoir spontanément l’individu isolé, coupé des autres. Du coup, la Bible est mal comprise, le sens est inversé, et l’amour en pâtit8.

6.La réduction du Christ à Jésus


Quiconque confond Adam avec le grand ancêtre mythique, confond spontanément Jésus Christ avec l’homme du passé. Ce n’est pas une étroitesse mentale, mais une manière spontanée de penser : on perçoit l’élément avant la totalité parce que le recul manque. Cette structure mentale primaire réduit l’Évangile à la vie de Jésus, individu d’autrefois. Certes, Jésus fait partie d’Adam, il était un véritable homme de chair et de sang comme tout un chacun, mais il était solidaire de la condition humaine. Comme tout le monde, il était la « brebis perdue », l’humanité perdue. La tradition biblique n’a jamais considéré Jésus d’abord comme un individu isolé; l’individualisme n’est pas biblique.

En mettant Jésus à part, on le sépare des autres hommes, on le sort d’Adam, on fait voler en éclat la dimension sacramentelle de l’existence chrétienne. L’aveuglement mental sur la solidarité première entre tous les humains de la même humanité ôte à l’Incarnation et à l’Eucharistie qui la prolonge, leur dimension commune de Salut. C’est en effet le « corps » que nous constituons ensemble, qui est appelé à devenir le « corps du Christ ». Jésus est un membre éminent de ce corps puisqu’il en est la tête. Le Christ du sacrement est infiniment plus que l’homme d’autrefois, puisque nous en faisons partie. Quand Paul parle de « l’homme nouveau »9, il désigne d’abord la réalité eucharistique, et non un passé fermé sur lui-même. En communiant au Corps du Christ, le baptisé devient ce corps gracié, divinisé, appelé à « la Résurrection de la chair ».

7.Le Mal est dans nos têtes


Une structure mentale spontanée semble ainsi nous couper du Christ et de sa grâce. Cette structure mentale est comme l’inscription du Mal en nous parce qu’elle sclérose notre intelligence de l’amour. C’est l’esprit qui est touché, si malade qu’il ne peut accueillir l’Esprit d’amour.

  • Le Mal est une question, mais une question mal posée est souvent une question sans réponse. Et celle du Mal est effectivement « mal » posée parce qu’elle est formulée à travers une structure mentale inadéquate. L’individu isolé qui se perçoit séparé des autres, ne peut répondre à la question du Mal. Il peut s’opposer au Mal de toute sa volonté, mais, stoïque, il s’enferme en lui10, et la souffrance risque de l’enfermer un peu plus. La réponse ne peut se trouver que dans la solidarité de toute l’humanité. C’est là que l’amour se manifeste.

  • La centration sur l’individu exacerbe la centration sur soi, et renforce l’égoïsme et la peur de la mort. Jésus nous dit d’aimer le prochain comme soi-même (Mc 12,33). Mais le pouvons-nous ?

  • Qu’est-ce que le « péché originel » ?11 N’est-ce pas cela : une mauvaise intelligence d’emblée active au coeur de l’homme, et non pas une erreur commise au commencement du monde. Le péché originel serait une structure mentale commune, inscrite dans tout être humain et que l’Esprit de la Bible récuse. L’esprit mauvais serait la manière naturelle de voir, regard qui sépare les humains les uns des autres, et nous coupe de Celui qui désire tous nous unir dans son amour. Ou bien l’amour est d’emblée présent dans la structure mentale, ou bien il n’y est pas.

Il ne semble pas être dans l’enfant. Celui-ci, tout affectif qu’il soit, ignore le don de soi; sa pensée concrète le prouve : il est à l’extérieur de lui-même, il regarde les choses, les désire, fait des caprices comme saint Augustin le remarquait déjà. L’enfant, en toute extériorité, s’attache aux choses, les repère, les distingue, et questionne sur chacune : « Maman qu’est-ce que c’est ? Papa, qu’est-ce que c’est ? ». Depuis saint Augustin (début V° siècle), on appelle « Péché originel » cet esprit concret et affectif qui structure déjà la tête de l’enfant. Bien sûr, il ne faut voir là ni culpabilité, ni faute, ni même responsabilité personnelle, puisqu’il s’agit d’une structure mentale associée à l’état de nature. Ce sera la tâche de l’éducation chrétienne, et notamment de la catéchèse, de conduire l’enfant à l’intérieur de lui-même12 où Dieu parle. Toute la pédagogie juive de la parole a cette fonction d’intériorisation.

8.Reprise


Ainsi Dieu est bon, il est le bien, il est l’amour; pourtant, le Mal est partout. Pourquoi ? Nous pouvons maintenant répondre à cette question : le Mal est partout parce qu’il est inscrit dans la structure mentale spontanée de l’humanité adamique. C’est l’extérieur qui commande au détriment de l’intérieur (le « coeur » biblique).

La catéchèse a pour mission de conduire l’esprit humain, étape par étape,13 de l’extérieur vers cet intérieur, des choses du monde à la Parole de Dieu. Ce passage à l’intériorité de la foi correspond à une modification profonde de la structure mentale originelle qui est appelée à s’orienter vers les coeurs et non à rester fixée sur l’apparence. L’accès à l’amour de Dieu est à ce prix. A cause d’une telle finalité qui touche à la structure mentale, la catéchèse ne peut se limiter à transmettre des savoirs religieux, ce qui ne ferait qu’ajouter de l’extériorité à l’extériorité.

Si la catéchèse était seulement informative, la Bible et la liturgie, importées de l’extérieur, seraient saisies dans la structure mentale du premier Adam. Elles seraient entendues sans résonance intérieure, captées comme des « choses », comme des savoirs du monde, apprises comme des connaissances historiques, religieuses, ou morales... à la manière « naturelle » de l’esprit enfantin. Les Juifs eux-mêmes le savent : en Moïse, aidés par leur tradition orale (Talmud), ils cultivent le Livre dans la parole et le débat permanent.

Ainsi, la catéchèse ne recherche pas d’abord la transmission de savoirs, mais vise l’inverse, elle conduit l’enfant vers la résonance, et ce trajet d’intériorisation demande du temps14. La catéchèse ne veut pas fabriquer des savants, mais plutôt des « écoutants » qui « disent Dieu ». Des enfants qui seraient seulement savants ne pourraient pas écouter la Parole. Nous en rencontrons parfois : ils savent ou croient savoir, et restent dehors. Ces enfants, piégés par leur structure mentale positive que nul ne fait bouger, risquent de rester longtemps hors de l’Alliance, sourds à la Parole.

Seule, une modification profonde des structures mentales originelles permet de lire la Bible autrement, de parler différemment les Écritures, le monde, les autres et Dieu. Un autre esprit - la capacité symbolique - permet de creuser la surface des choses, de faire quitter à Jésus le passé des morts. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus ainsi à présent (2 Cor 5,16). Aujourd’hui, le Vivant nous propose d’être son Corps en étant intérieurement l’Église15. Intérieurement suppose un esprit neuf qui s’appelle « l’intelligence de la foi » et nous encourage à offrir nos corps en Hostie vivante, sainte, agréable à Dieu (Rm 12,1). La catéchèse, en modifiant les structures mentales, permet aux enfants, aux adolescents et aux adultes, l’écoute de la Parole et l’apprentissage du Salut et de l’Église.

Mais modifier la structure mentale, n’est-ce pas ce que font les sectes quand elles aliènent la liberté ? La catéchèse fait l’inverse, elle s’oppose au conditionnement extérieur, elle communique la liberté en sollicitant la critique des savoirs et en faisant goûter la résonance de la Parole divine qui rend libre. La vérité de l’amour allége le poids du dehors. Mon joug est léger dit Jésus (Mt 11,30). La liberté n’est plus aliénée, elle est libérée par l’amour reçu d’en haut.

Avant de passer au dossier des Pères, il nous faut encore préciser les questions que posent habituellement les animateurs de catéchèse et tenter d’y répondre
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