Rapport anna lindh








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LE

RAPPORT

ANNA LINDH

Niccolo Inches

Marion Lesourd

Hélène Jouvet

(Culture et société 4ème année, section 2011 / 2012)
INTRODUCTION :

Le Rapport Anna Lindh Gallup constitue un véritable instrument d’analyse en ce qui concerne l’évolution de la société méditerranéenne. A partir d’une enquête qui a intéressé plusieurs interviewés de 13 pays du bassin méditerranéen (du Nord et du Sud-est), on a cherché à repérer les dynamiques qui concernent les différentes communautés de la Méditerranée et les perceptions des peuples de la région par rapport aux voisins et aux cultures moins proches.

Le défi du Rapport est celui de découvrir s’il existe la possibilité de bâtir une « identité méditerranéenne » et un véritable dialogue interculturel, à partir des similarités et des interactions sociales mises en évidence par l’enquête.

La démarche du Rapport implique aussi l’adoption d’une perspective empirique qui puisse éviter le recours à un type de recherche prescriptive ou basée exclusivement sur des stéréotypes (comme dans le cas de l’Orientalisme, à l’égard des peuples asiatiques). Par ailleurs, l’approche utilisée pour l’enquête est de type anthropologique et sociologique.

I. Construire une « Population Euro-Méditerranéenne »
A/ des perceptions contrastées.

a/ des valeurs différentes selon les régions

Quelle image perçoit-on des différents peuples méditerranéens ? Les résultats de l’enquête révèlent que, d’après les peuples du Nord, il est possible d’identifier des caractéristiques propres de la région (alimentation, style de vie, propension à l’hospitalité), qui fondent un héritage commun. Presque 80% des interviewés reconnait des vertus positives de la société méditerranéenne. D’autre part, 68% des interviewés ne nie pas qu’il y ait des questions qui puissent représenter une source de conflit au sein de la région, par exemple : l’eau, la question du contrôle des ressources naturelles et énergétiques, les changements climatiques, les guerres du Proche Orient, la pression migratoire.

Donc, on pourrait isoler deux extrêmes sur le « continuum » de la perception de l’identité méditerranéenne: d’une part, l’hospitalité, perçue en particulier par les peuples du Nord (surtout dans le cadre du tourisme), alors qu’il y a plus de scepticisme parmi ceux du Sud, dû à une certaine « rivalité » entre eux par rapport à la défense des vertus nationales; d’autre part, le conflit, lié aux tensions en Palestine et à la question de Cipre, même si les résultats révèlent que les pays impliqués (Turquie, Syrie, Egypte) ne le considèrent pas comme un élément-clé de la vie de la région.

Les valeurs sont des éléments idéaux et culturels sur lesquels on fond des actions collectives ; ils justifient et légitiment des pratiques individuelles et sociales.

L’enquête présente 6 types de valeurs qui contribuent à éclairer une certaine identité méditerranéenne (OBEISSANCE, INDEPENDENCE, CURIOSITE, RESPECT POUR LES AUTRES RELIGIONS, RESPECT POUR LES AUTRES PEUPLES, SOLIDARITE’ FAMILIALE); à partir des différentes perceptions de ces valeurs, on peut isoler 3 groups de pays : le Nord de l’Europe, qui ne considère pas du tout la religion comme une priorité ; les pays qui ont une forte tradition religieuse mais où le culte est en déclin (Royaume Uni, France) ; le Sud-Est de la Méditerranée, où la religion est un moyen de socialisation de masse, même s’il y a eu des épisodes de sécularisation (comme la révolution d’Atatürk en Turquie).

En ce qui concerne la solidarité familiale, nous devons citer les études menées par le sociologue de Giddens sur l’émergence de l’individualisme, qui a contribué à la crise de la famille traditionnelle. L’enquête révèle que cet aspect culturel est plus fort chez les peuples européens que dans les pays de tradition musulmane (Syrie 9%, Egypte 3%). Les réponses des interviewés du Sud-est sont dues à un sentiment de déception face à la crise économique, au chômage, à l’absence d’un « Etat – Providence » efficace.

b/ des valeurs qui évoluent dans le cadre des interactions et de la mobilité

Le rapport Anna Lindh tend à se focaliser sur les relations multiculturelles au sein de la Méditerranée. La question du dialogue entre peuples différents est liée au facteur de la mobilité : cela concerne surtout les phénomènes migratoires, dont la ligne directrice principale est celle Sud-Nord (Allemagne, Italie et France sont les principaux pays d’accueil), mais aussi le tourisme (qui se s’effectue suivant la direction opposée) et les enjeux économiques et commerciaux.

On ne peut nier que ce dialogue est limité par un décalage entre la réalité et les perception des différents types de société; les perceptions ne font que modifier notre approche par rapport aux autres cultures.

Le dialogue interculturel présente plusieurs dimensions: la curiosité pour les conditions économiques, les styles de vie et les pratiques religieuses des autres populations (le rapport montre que des peuples déjà satisfaits de leurs propres conditions ne sont pas très intéressés par celles des autres); les contacts interpersonnels, qui concerne les échanges, des outils très importants pour confirmer ou modifier une certaine pensée (42% des habitants du Sud a des proches ou des amis au Nord, 36% des européens interviewés a visité le Sud ; les migrations et la formation des enclaves au Nord caractérisent les gens du Sud, le tourisme ou les voyages d’affaires); Enfin les médias et Internet sont des thèmes importants ; en effet, les nouvelles formes de communication, dont la « Toile », contribuent à faire circuler les informations sur des réalités différentes, en dépassant les préjugés. Internet est devenu un outil privilégié pour recréer le sentiment de communauté chez les migrants, mais surtout pour aider leurs proches à connaître les pays d’accueil.

La communication, dont on a parlé auparavant, est indispensable pour un dialogue multiculturel et la construction d’une « citoyenneté » hors des frontières nationales.

Le contexte global actuel est complexe et fragmenté en plusieurs identités territoriales, et nombreux patrimoines culturels pouvant devenir l’objet de cette forme d’intégration. La même histoire de la région méditerranéenne est un ensemble de processus économiques, dynamiques d’échange et de confrontations : cela peut représenter le véritable « héritage commun » de la Méditerranée.

Le rapport cite, en particulier, les efforts de l’Unesco en matière de partage des expériences culturelles : le dialogue et l’échange permettent le développement d’une « compétence interculturelle » dont la principale conséquence est la « Décolonisation de la pensée » et la condamnation de toutes formes de « Ghettoïsation ».

Le rapport Anna Lindh parle de « manque de connaissance » par rapport à la réalité démographique de la Méditerranée. De plus, ce qui prévaut est une approche « à la Huntington », inspirée de la théorie sur le choc des civilisations. D’après l’auteur, la croissance démographique dans les pays de tradition islamique représente une véritable menace pour l’Occident et l’Europe elle-même, en termes de diffusion du fondamentalisme et d’immigration massive.

Par contre, il faut contraster cette approche-ci si l’on veut adopter une perspective interculturelle. La collision entre de différentes cultures est un outil idéologique. Les études démographiques démontrent une réalité tout à fait différente : ça c’est l’âge de la transition démographique (contrôle des naissances, sécularisation, contraception), qui implique la chute de la mortalité et de la fertilité. Il a fallu deux siècle à l’Europe pour connaître ces changements, alors que les pays du Sud de la Méditerranée l’expérimentent en seulement 40 ans (pendant la période 1970-2010, d’un indice de fécondité de 7 à 2,6).

En particulier, dans le cadre des pays arabes et musulmans il y a un vrai décalage entre le Maghreb et le Proche Orient : des pays comme la Syrie, l’Egypte et Israël-Palestine maintiennent des chiffres de fertilité très élevées. Cela est dû à la prééminence de la tradition religieuse mais surtout aux exigences militaire de certaines réalités (Palestine et Israël).

La « menace islamique », véritable obstacle au dialogue interculturel, est donc un phénomène exagéré. La convergence démographique entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, au contraire, contribue au redimensionnement de la pression migratoire selon la ligne Sud-Nord.

La Méditerranée a toujours été un espace d’échange et de mobilité physique. Aujourd’hui, cela est encore plus évident puisque il y a de nouvelles formes de déplacements (surtout migratoires), facilitées par des nouveautés technologiques.

Les migrations ont connu le passage du modèle fordiste au modèle postfordiste. Les flux migratoires ne répondent plus seulement à des exigences individuelles d’amélioration des conditions économiques, mais les déplacements actuels intéressent toute une série d’acteurs, individuels et collectifs. Les migrations modernes impliquent des logiques communautaires et de groupes (diasporas et enclaves au cœur des pays d’immigration) ; les communications entre individus et groupes sociaux de repère servent à recueillir des infos sur le pays de destination, parfois en stimulant d’autres déplacements.

Le domaine de la mobilité humaine ne concerne pas seulement les migrations : pour cette raison on parle de « Caravansérail », un terme qui peut se bien adapter aux phénomènes de circulation humaine au sein de la région (pèlerins, tourisme, nomadisme). Le rapport Anna Lindh cite, par exemple, l’augmentation des flux touristiques entre l’Espagne et la Syrie.

Parmi les indicateurs principaux de la mobilité, il ne faut pas oublier les espaces publiques, le « commerce équitable», les marchés populaires. Les mêmes lieux d’échange commercial peuvent représenter des moyens d’harmonisation culturelle et de rencontre cosmopolite. A ce propos, on peut citer de nouveau l’Espagne, où les marchés couverts comme celui de Barcelone, ont toujours constitué un point de contact entre les cultures hispanique et marocaine, malgré les fortes tensions sociales causées par la construction des Mosquées dans le pays.
B. La Culture au cœur des relations euro-méditerranéennes : trouver un espace de significations partagées.
a/ la mise en place d’une politique de connaissance de l’autre
D’après Thierry Fabre, la culture a été trop marginalisée dans les relations euro-méditerranéennes. Or ce point est essentiel pour valoriser un héritage partagé. Il semble fondamental que les cultures se connaissent entre elles et que l’on travaille à construire un monde de significations communes. Dans cet objectif, Thierry Fabre propose deux axes de travail : la mémoire et les œuvres artistiques.

Aussi, les acteurs doivent s’orienter vers une politique de la reconnaissance qui passerait premièrement par la sortie des antagonismes classiques entre civilisation Gréco-romaine et Judéo-arabe. Il s’agirait alors de créer des « hubs culturels ». Ce travail de reconnaissance doit également passer par la mise en valeur du style de vie méditerranéen. Il faut en effet insister sur la culture dans sa dimension quotidienne et ne pas se limiter aux aspects élitistes de cette culture ; dans cet objectif, on mettra en valeurs le régime méditerranéen, le « savoir-vivre » méditerranéen comme alternative à l’impératif d’accélération du temps imposé par la modernité occidentale et pour finir la culture de la polis, passant par un plus grand investissement dans l’architecture urbaine et les traditions de dialogue démocratique. Cette reconnaissance mènera ainsi à une politique d’interconnaissance qui passera par la facilitation de la circulation des artistes et des œuvres d’art. Umberto Eco écrivait que la « véritable langue européenne est la traduction ». En effet, la meilleure circulation des œuvres implique une politique accrue de traduction des œuvres littéraires.

Les valeurs mises en évidence par Thierry Fabre de « reconnaissance » et « d’interconnaissance » doivent permettre de combler le fossé qui s’est creusé entre les européens musulmans et les européens judéo-chrétiens d’après Martin Rose. Dans cette optique, Martin Rose nous renvoie à une politique édictée par le British Concile intitulée : « Our Shared Europe ». Il s’agit de promouvoir l’idée selon laquelle les musulmans font partie intégrante de notre histoire passée, présente et future. Cette politique qui se pense à travers des projets de partenariats a pour axes : l’éducation, les arts, les échanges entre jeunes, les expositions, le web et l’organisation de débats.

Ce projet est en cohérence avec l’idée émise par Anat Lapidot-Firilla selon laquelle l’Euro Méditerranée doit se comprendre comme une carte cognitive. Cet espace méditerranéen est l’objet d’une multiplicité de perceptions. En effet, les ethnographes de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle percevaient la Méditerranée comme un espace cohérent duquel se dégageaient des caractéristiques communes telles que la féodalité, le climat, la géographie… Cette idée d’une « Méditerranée primitive » a été renforcée par la production cinématographique (de Cléopâtre, à Midnight Express), ainsi que par le tourisme. Après que les ethnographes aient mis en évidenec une conception cohérente de l’unité de l’espace méditerranéen, c’est au tour des historiens de construire une « conscience méditerranéenne ». Fernand Braudel ou encore l’Ecole des Annales ont participé à la construction d’un modèle méditerranéen.
Cependant, cette idée d’une unité de l’espace méditerranéen fait en général exception et on a en effet plus souvent marginalisé cet espace. L’exemple des penseurs égyptiens met en évidence cette idée. Ils se pensaient comme appartenant à un monde africain ou musulman. De même, le scepticisme tunisien quant à l’unité d’un monde méditerranéen trouve son illustration chez le Juif Tunisien Albert Memmi. Quant aux israéliens, leur méfiance vis-à-vis du sentiment d’appartenance à la Méditerranée viendrait selon Anat Lapidot-Firilla de leur peur d’être instrumentalisé dans le cadre du conflit israélo-palestinien. Ces exemples nous mènent à l’idée que l’on a souvent assimilé l’espace méditerranéen au reflet d’un compromis raté où la religion est devenue un outil de classification et de division.

On distingue cependant, au milieu du XXème siècle, un phénomène d’association des régions. Le dialogue se ravive dans le contexte d’une identité américaine très forte à laquelle il faut faire face, ainsi que plus tard, à la chute de l’URSS. Cette association passe par exemple par la création de nombreux programmes académiques sur l’espace méditerranéen dont les objets d’étude vont de la biologie marine à la diplomatie.

Face à ces divergences de regards sur la Méditerranée, un premier enjeu apparaît qui consiste à dégager le concept de Méditerranée du discours euro centrique. Il faudrait par exemple penser un nouveau langage qui ait un sens autant pour les Turcs de Berlin que pour les Russes d’Israël. Ce besoin d’un point de vue neuf exprime le foisonnement d’images euro-méditerranéennes créées par la carte de l’immigration. Il faut ainsi chercher cet univers commun de significations du côté des populations immigrées qui existent à travers une identité composée de la connaissance des deux rives. La prise en compte de la réalité culturelle des migrants passe par le dépassement des schismes traditionnalistes et patriarcaux. Ces changements de réalité induisent des changements de concepts qu’il s’agit de placer au cœur de la culture euro-méditerranéenne.
b/ La création d’un espace de significations communes passe par la compréhension des concepts « d’espaces d’appartenances » et de « possessions émotionnelles ».
Selon Heidi Dumeicher et Bettina Kolb, la peur de construire une région commune est due à une contradiction entre le souci de conformité avec l’espace habité et la nostalgie des origines. Ainsi, le « foyer » se définit comme la combinaison de sentiments physiques et sociaux renvoyant à une réalité familière (rues, voisinages, famille,...). C’est cette réalité familière qui donne lieu au développement d’une identité sur la base de traditions culturelles. C’est à partir de là que l’on donne un contenu aux concepts d’identité et de différence. Il s’agit d’un processus d’appropriation qui crée du sens. L’appartenance émotionnelle implique un attachement fort à un lieu et à des significations sociales. On comprend ainsi l’importance de certaines références physiques : le hammam, le rythme religieux de la fréquentation de la mosquée le vendredi. Le contexte de la vie de tous les jours est fondamental.

L’enjeu est alors de créer une identité commune à travers une pluralité de sentiments d’appartenance. L’unité dans la diversité passe par l’échange de ces éléments physiques. On pourra alors mettre en avant des valeurs communes aux cultures méditerranéennes : l’art de vivre, la nourriture, l’hospitalité, l’héritage et l’histoire.

Pour comprendre ce qui fonde le lien des membres du monde méditerranéen entre eux, il faut comprendre la diversité des points de vue et des intérêts à vivre ce lien : deux exemples originaux sont proposés par les chercheurs de la fondation Anna Lindh : la perspective des pays nordiques et la perspective nomade.

Tuomo Melasuo montre dans son étude sur le lien entre les pays scandinaves et l’espace méditerranéen que ce dernier a toujours constitué en enjeu pragmatique pour les pays du Nord de

l’Europe : le monde méditerranéen a en effet présenté des attraits économiques en tant que partenaire des échanges et est devenu un enjeu de l’intégration européenne des pays nordiques. Ces derniers ont signé la déclaration de Barcelone et se sont engagés sur les questions environnementales (mer, énergie, écologie,…). Le lien entre scandinaves et méditerranéens est également plus direct à travers le tourisme et les mariages mixtes donnant naissance à des identités culturelles des deux rives.

Quant à l’approche nomade, Bichara Khader nous montre que celle-ci est marquée par l’imposition de stéréotypes qui stigmatisent l’Autre, impliquant des difficultés d’intégration et des logiques d’oppositions binaires. Les perceptions et stéréotypes sont le résultat de siècles de frictions entre les Musulmans et les Occidentaux. Cette mémoire douloureuse (Croisade, conquista musulmane, colonisation européenne, guerre en Irak,…) donne des arguments à la création de mythes politiques tels que la « violence islamique », les « nouvelles croisades », « la fin de l’histoire » ou encore « le choc des civilisations et la théorie des dominos démocratiques ».







Cependant, la Méditerranée a toujours été perçue comme un lien et non comme une frontière. Les arabes l’appelaient : « la mer blanche du centre ». Pour Romano Prodi, il s’agissait de ne pas laisser la Méditerranée se transformer en un front de bataille. Au nom de cela, le pardon et l’oubli semblent être les meilleurs alliés d’un dialogue interculturel pour changer la vision des générations futures.




II. Le rôle des médias dans les perceptions interculturelles dans la Région euro-méditerranéenne.
Les médias sont, d’après Naomi Sakr, au fondement de la promotion des valeurs d’inter culturalité en Méditerranée. Il s’agit pour la fondation Anna Lindh d’analyser le travail des médias aujourd’hui, leur rôle dans la construction d’un espace méditerranéen reconnu et partagé et leur rôle dans la rupture avec une circulation de stéréotypes stigmatisant l’altérité.

Avant de commencer l’étude proprement dite, Naomi Sakr insiste sur l’aspect méthodologique du travail de la fondation. Il s’agit en effet de distinguer différents niveaux d’analyse :

Tout d’abord, il s’agit de voir comment l’Occident est représenté dans les pays à majorité musulmane et comment le monde musulman est défini dans les pays de type occidental. D’autre part il nous faut considérer les nuances : le regard que les médias portent sur les populations immigrées dans chaque pays ainsi que les médias des minorités. Enfin il nous faut étudier les portraits réalisés par les médias de certaines régions sur d’autres régions de l’espace euro-méditerranéen.

Le but de cette étude est de repenser comment promouvoir une communication interculturelle à travers les productions médiatiques. Naomi Sakr propose des idées : par exemple, le fait de donner la parole aux réalisateurs de documentaires ou de films pour qu’ils explicitent leurs choix de représentations, ou encore le fait de favoriser la multiplicité des points de vue sur les différentes problématiques plutôt que de ne diffuser qu’un corps homogène de perceptions. C’est par exemple le cas du combat mené par les productions cinématographiques régionales et indépendantes contre les productions hollywoodiennes.
A. Une production médiatique dont l’efficacité est biaisée par des facteurs politico-économiques.
a/ Une inégalité dans le droit à la diffusion.
En effet, on peut constater que la circulation des films du Sud vers les pays du Nord est empêchée par des obstacles économiques de compétitivité d’après Naomi Sakr. Le rôle des prix et récompenses peut être un levier efficace pour rendre plus visibles les productions cinématographiques du Sud. Ainsi, on a vu une explosion des films indépendants en Turquie ces dernières années. Ces productions ont gagné en prestige et sont entrées dans les goûts du public. Le problème de la liberté d’expression dans de nombreux pays à la tradition démocratique limitée est aussi un obstacle à une diffusion libre des productions artistiques vers le Nord. Ainsi, le cinéma égyptien, bien qu’étant un cinéma à succès, se voit soumis à une censure l’empêchant d’aborder les thèmes subversifs des clivages sociaux dans le pays.
b/ Une instrumentalisation des médias par le politique.
Un premier aspect dans cette instrumentalisation est la façon dont les médias contribuent à la construction d’un sentiment national. La diffusion rapide de l’information sur les conflits, le champ lexical des antagonismes et les images à sensation ont un rôle important de construction du clivage culturel. Par ailleurs, les médias sont souvent le lieu d’une construction homogène et unique de la nation ; leur complicité dans l’invention d’une tradition impose une définition de la cohésion sociale n’étant possible que dans la continuité avec le passé. Le jeu des antagonismes est parfois amplement exploité par les médias donnant naissance à deux clichés négatifs : l’Occident islamophobe et l’Islam terroriste, d’après Rym Ali. Le chercheur rappelle à titre d’exemples, un article récent publié dans un journal connu : « honor crimes as islamic practices », l’affaire des caricatures de Mahomet ou encore la visibilité presque monopolistique de la chaîne Al JAzeera International.

Au-delà de ces antagonismes entre Occident et monde musulman, les médias peuvent participer à des logiques de rivalité ethnique au sein d’une même région. C’est ce que montre Eldar Sarajlic dans le contexte d’après-guerre de la Bosnie Herzégovine où les médias, malgré de nombreuses lois garantissant la diversité culturelle et ethnique tant au niveau européen (Convention européenne des droits de l’homme) qu’au niveau national (loi sur l’information publique), restent sous le joug d’intérêts ethniques et de manoeuvres de lobbying politico-économiques.
Cependant, il ne faut pas non plus négliger le rôle des médias dans la construction d’un espace d’entente mutuelle. Les médias peuvent en effet devenir une « plateforme du dialogue » selon Bhikhin Parekh, ou encore le lieu de l’échange international et culturel des journalistes, comme le propose Naomi Sakr.

Les concepts clés développés par le Rapport Anna Lindh 2010 sont les valeurs, les perceptions, les attitudes et le rôle des médias en tant que vecteurs de dialogue entre les deux rives

  1. Les recherches sur les medias dans les différents pays de la Méditerranée montrent que la presse, la radio, la télévision ont un réel pouvoir, qu’ils peuvent renforcer les stéréotypes sur les « autres », tout comme au contraire être un vecteur de dialogue.

a/ le traitement de l’information contribue à diffuser des stéréotypes et à poser des obstacles au dialogue.

Alors que la presse écrite a souvent contribué au développement d’un débat public sur la représentation des immigrants et des minorités dans les medias, comme en France par exemple, les pratiques même de la presse écrite ont rarement été analysées et semblent complètement exempt de toute autocritique. Formuler des principes pour encourager la diversité n’est pas suffisant et pour que celle-ci soit effective, il faudrait déjà qu’au sein des medias eux-mêmes cette diversité soit reflétée. C’est ce que montre un journaliste allemand: « pas même 3% du personnel des medias ont un passé de migrant, alors que les immigrants représentent quasiment 1/ 5e de la société germanique ».

Si l’on prend l’exemple de l’Allemagne, il y a la fiction d’une nation homogène, perpétuée par les medias, où l’on voit l’importance de la relation entre medias et stéréotypes. La couverture des affaires étrangères est cruciale en ce qu’elle forme l’opinion sur l’Islam. Les documentaires TV quant à eux adoptent une perspective particulière, s’adressent à un public particulier, donc en exclut une partie. Les journalistes eux-mêmes reconnaissent que même s’ils n’adoptent pas de point de vue raciste, la couverture de l’actualité est biaisée et exagérée. Les recherches montrent que les journalistes échouent à être justes.

Concernant la Turquie par exemple, le processus d’intégration à l’UE est présenté comme l’objectif commun dans la plupart des principaux medias, ce qui a pour conséquence de présenter les migrants turcs dans les autres pays d’Europe comme des « héros ». Les principales chaines européennes attirent des groupes sociaux avec un niveau d’éducation et de revenus plus élevés, quand les chaines populaires attirant les classes plus modestes diffusent un discours nationaliste.

Ce à cause de la pression toujours plus importante sur les medias, des exigences quantitatives plus que qualitatives. C’est ce que disait déjà Alfred de Vigny au 19e siècle avec cette formule célèbre « La presse est une bouche forcée d’être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu’elle dit mille fois plus qu’elle n’a à dire, et qu’elle divague souvent. » (Journal d’un poète, 1867).

Les medias ont pris l’habitude de se cacher derrière des termes comme “neutralité”, “objectivité” et “impartialité » qui servent à camoufler le manque de rigueur professionnelle, le manqué d’authenticité, le manqué d’engagement éthique de la part des journalistes.

Est-ce que les medias reflètent réellement la richesse culturelle de leur pays ? Au Maroc par exemple la majorité des films et des programmes de divertissement sont américains, français ou égyptiens, et le plus souvent faisant un portrait faussé de ces sociétés, les présentant comme des eldorados et encourageant l’immigration. Cela contribue notamment à une perception différenciée entre les pays considérés comme proches du Maroc car ils partagent le fait qu’ils sont arabes, musulmans et en développement, malgré l’existence de conflits politiques comme avec Algérie et les autres pays , surtout en Europe occidentale qui sont perçus comme des communautés blanches chrétiennes, anciennes puissances coloniales, destinations de rêve pour les immigrants, et partenaires stratégiques économiquement et politiquement pour le gouvernement et les entrepreneurs.

Les medias contribuent donc pour une large part à la reproduction d’une vision négative des migrants et de l’immigration comme problème. Les arabes et les musulmans sont réduits à des stéréotypes et l’Islam est perçu comme monolithique, représentant une menace et un danger pour l’Occident, comme une religion violente et irrationnelle. Les stéréotypes négatifs communément répandus sont l’association des jeunes immigrants du Sud de la Méditerranée avec le crime, les musulmans avec l’oppression des femmes, les peuples des régions du Sud de l’Europe avec les conflits violents. On peut aussi observer un impact négatif de la presse britannique sur les lecteurs par rapport aux questions liées à la migration et à l’intégration européenne. Quatre journaux de la presse à scandales ont ainsi diffusé des informations de provenance douteuse ridiculisant les décisions et les directives de l’UE. Le parti d’extrême-droite BNP a capitalisé sur la couverture xénophobe de certains journaux pour promouvoir une position raciste, anti-immigration, anti-Europe et anti-musulmane du parti. La presse ne ferait donc plus de distinction entre normes culturelles et normes religieuses. L’Islam est associé aux mariages forcés et aux meurtres pour l’honneur, à l’homophobie, aux exécutions publiques et aux amputations judiciaires. La fatwa contre Salman Rushdie pour Les Versets Sataniques et les réactions contre les caricatures danoises de Mahomet ont été exploités dans ce sens pour donner l’image d’un Islam vengeur et violent. On a par exemple observé que la couverture médiatique du conflit israélo-palestinien s’est accompagné d’une hausse des actes antisémitiques. 2/3 des évènements couverts entre 2000 et 2008 par la presse britannique mettaient en valeur les différences, les liens avec le terrorisme, ou présentaient les musulmans comme une « menace » ou un problème.

A l’inverse deux domaines sont négligés dans les études sur les médias : la radio et la TV (au profit de la presse), et la représentation des femmes arabes/musulmanes. Ce qui est en fait source de tension, c’est l’équilibre entre le respect de la diversité et la liberté des medias, la question fondamentale est alors peut-on imposer aux medias de traiter de la diversité ?
b/ Les medias comme instruments de dialogue dans l’avenir de l’Euro-Méditerranée.
Si les médias peuvent diffuser des stéréotypes, alors ils peuvent tout autant favoriser le dialogue via une objectivité professionnelle, et le recrutement de journalistes eux-mêmes issus de la diversité. Il faut donc prêter attention à ne pas tomber dans les écueils du populisme, de la presse à sensation, et se libérer de la pression économique tout comme politique. Eduquer ceux qui prennent les décisions est plus important qu’éduquer ceux qui essaient d’avoir accès aux medias.

Dans certains pays comme en Grèce, on a pu observer durant les dernières décennies le développement des medias par les minorités, en conséquence du flot migratoire. En Grèce, il y a environ 24 journaux de migrants qui paraissent quotidiennement. La plupart sont bilingues, et traitent de questions de législation, d’emploi, de sécurité ainsi que de culture, sociales ou abordent des thèmes sur la vie quotidienne. Les articles sur les minorités ou les questions liées n’apparaissent qu’à l’occasion d’un évènement particulier et sont donc occasionnels. Les reportages sont fondés sur la fréquence, la signification et l’attractivité du sujet. Ainsi les principaux thèmes abordés concernant les pays de la rive Sud sont l’entrée illégale dans le pays, la prostitution, les vols et attaques. Mais ces dernières années on a pu tout aussi bien noter l’apparition de programmes de tv populaires, feuilletons et tv-réalité qui ont inclus des migrants dans leur casting, ce qui montre leur importance dans les sociétés concernées.

Des améliorations en général dans le domaine des medias sont pour autant à rappeler : de nouvelles législations, plus de liberté d’expression, un meilleur traitement des informations par les medias contribuent à une représentation plus juste de tous les segments de la société, les dialectes locaux sont par exemple reconnus au Maroc. Un élément très important à noter, surtout depuis le Printemps Arabe, est la popularité croissante des medias électroniques. Cependant il reste indispensable d’assurer l’indépendance des medias par rapport aux autorités étatiques, et la régulation des medias par un organisme objectif et indépendant. Chaque pays devrait s’inspirer des moyens mis en œuvre dans les pays voisins pour promouvoir la diversité culturelle et lutter contre les préjugés pour instaurer un dialogue constructif.
CONCLUSION :
Les défis et les conflits sociaux, économiques et politiques ont définitivement une influence sur les perceptions mutuelles, les stéréotypes traditionnels, et provoquent des oppositions idéologiques, de la peur sociale et culturelle.

La qualité des relations humaines provoque le dialogue et le rapport montre que la région Euro-méditerranée existe comme espace d’interactions sociales ; il faut maximiser le potentiel des nouveaux moyens de communication comme plateforme du dialogue plutôt que comme moyens de renforcer racisme et l’intolérance.

Des perceptions erronées persistent en dépit d’un intérêt mutuel. Ainsi les peuples du Sud et de l’Est de la Méditerranée ont tendance à surévaluer l’importance des valeurs individualistes parmi les européens ; quand les européens ont tendance à sous estimer l’importance des valeurs religieuses et la curiosité du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Il existe cependant des valeurs partagées qui encouragent un sentiment de même appartenance : un mode de vie spécifique, un profond sens de l’hospitalité, et un héritage culturel commun.

La religion est un élément significatif pour un débat interculturel, les villes constituent les principaux espaces d’interaction ; les medias doivent relever le défi de la complexité culturelle, et enfin les peuples ont de réelles attentes envers le projet Euro-Méditerranée.

La fondation Anna Lindh conclut donc le rapport en suggérant quelques propositions qui répondent aux conclusions ci-dessus énoncées : Il faudrait développer des outils pour améliorer la qualité des interactions, rassembler des images et des valeurs clés associées à la région (souligner l’aspect humain et social du projet), investir dans l’éducation pour l’apprentissage interculturel, supporter la dimension interculturelle dans l’espace urbain, donner plus de pouvoir aux immigrants comme agents de dialogue, susciter la conscience de la communauté artistique, encourager la recherche sur la dimension culturelle de l’Euro-Méditerranée, promouvoir la dimension culturelle des échanges économiques et du tourisme, supporter le rôle des jeunes et des femmes comme principaux acteurs de l’Union pour la Méditerranée, favoriser le dialogue entre les peuples avec des croyances religieuses et des convictions différentes.

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