Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990)








télécharger 0.51 Mb.
titreRaymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990)
page9/19
date de publication17.05.2017
taille0.51 Mb.
typeDocumentos
b.21-bal.com > comptabilité > Documentos
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   19

Chapitre 6 Les institutions et

la socialisation


Retour à la table des matières

Il importe maintenant d'étudier la forme concrète de l'environnement social, sa forme immédiate : l'institution. Cela est d'autant plus important que c'est par les institutions que s'effectue l'intériorisation du social par l'individu, la socialisation. La socialisation, c'est l'environnement externe devenu structuration interne, c'est le dehors au-dedans. À l'inverse, c'est par le changement des institutions que les gens modifient le plus souvent leur environnement social, justement parce que les institutions sont la forme concrète, immédiate, quotidienne de la vie sociale.
La société est un réseau de rapports entre les individus. Mais les individus ne sont pas équivalents ou interchangeables. Les relations qu'ils entretiennent entre eux ne sont ni libres, ni transparentes. Ces rapports s'imposent à eux bien plus qu'ils ne les construisent librement. Car la plupart des sillons dans lesquels les rapports sociaux s'inscrivent préexistent aux protagonistes, sont préétablis. Une institution sociale est une organisation pré-fixée de rapports sociaux déterminés. Les institutions sont relativement stables. Généralement, elles disposent d'une infrastructure matérielle développée, d'un cadre juridique spécifique, d'une définition assez nette des rôles et des fonctions que son fonctionnement présuppose et d'un système de représentations qui lui est propre et qui alimente sa « vie culturelle ». La famille nucléaire, l'administration gouvernementale, l'Église catholique romaine, les médias, l'armée, la police, les syndicats, les écoles et les grandes entreprises sont des institutions.
Comme on le voit, les institutions sont diverses dans leurs formes et dans leurs fonctions. Mais elles ont toutes en commun une stabilité relative qui leur permet de s'imposer (comme de l'extérieur) aux individus qui y travaillent, y sont engagés, ou qui ont affaire à elles. Toutes ces institutions disposent de ressources matérielles (bâtiments, revenus, système de communications, de surveillance et de sécurité, mode spécifique de gestion, etc.) proportionnées à leurs missions, à leurs moyens et à leurs ambitions. Elles existent par le fait d'un cadre juridique qui leur a donné naissance, qui légitime leur existence et les régit sur le plan légal. Elles supposent des modes d'organisation déterminés où chaque agent – du plus haut placé au plus humble manœuvre en passant par tous les échelons – joue un rôle précis dans leurs structures d'organisation et remplit une fonction déterminée. Finalement, elles constituent d'immenses génératrices d'information, laquelle circule souvent de façon restreinte, car dans bien des circonstances, le contrôle de l'information, c'est le pouvoir ! Elles développent couramment un sentiment d'appartenance chez leurs agents et suscitent toute une sous-culture spécifique. La vie humaine est une vie socialisée, c'est-à-dire que nous sommes constamment confrontés aux institutions, qui sont souvent la source et le lieu des conflits sociaux.

Les institutions



En mettant l'accent sur les structures de l'institution et sur les mécanismes qui assurent sa stabilité, les théories traditionnelles qui la concernent expliquent surtout les phénomènes de reproduction sociale, mais passent sous silence les phénomènes de mutation et de transformation sociale. Il y a là une immense méprise, voire une mécompréhension des textes fondamentaux d'Émile Durkheim, pour ne référer qu'à ce précurseur. Une institution est un organisme animé d'une vie intense, dont les structures assurent certes la stabilité, mais qui sont aussi capables de s'adapter aux situations nouvelles et d'évoluer.
Il faut cependant noter deux caractéristiques importantes des institutions : leur forme matérielle et leur fonction d'instrument pour la promotion des intérêts souvent opposés de divers groupes socio-politiques. On avait traditionnellement pris l'habitude de mettre en évidence l'aspect culturel des institutions, à tel point que celles-ci apparaissent pratiquement comme de purs véhicules d'idées organisant l'esprit d'une société donnée. Il faut contrer cette tendance unilatérale en rappelant qu'une institution est avant tout une organisation matérielle, qui comprend des ameublements, occupe un espace particulier et met en opération toute une série de techniques précisément codifiées et transmises, appropriées à ses fonctions spécifiques (de production, d'éducation, de commerce, de gestion gouvernementale, etc.). Bref, les institutions sont des appareils au sens courant du terme. A cet égard, on évoque souvent les images de monstres froids et indifférents, de fonctionnaires bornés et de procédures administratives tatillonnes et interminables. S'y retrouver peut être périlleux pour le profane. Mais la gestion et la reproduction sociales que les institutions mettent en place ne sont pas imposées de l'extérieur à la société, elles font partie des rapports sociaux eux-mêmes. Il importe donc de comprendre précisément ce que sont les institutions et quelle est la raison de leur existence.
On peut lire dans un texte classique de Marcel Mauss et Paul Fauconnet, paru en 1901, que pour identifier ce qui est proprement social (par rapport à ce qui est individuel) il faut d'abord considérer que « ... le caractère obligatoire dont sont marquées les manières sociales d'agir et de penser est le meilleur des critères que l'on puisse souhaiter. Gravées au fond du coeur ou exprimées dans des formules légales, spontanément obéies ou inspirées par voie de contrainte, une multitude de règles juridiques, religieuses et morales sont rigoureusement obligatoires 1. »
C'est par la sanction que tout groupe assure l'obéissance à ses règles. Cependant, dans les sociétés ayant un niveau supérieur d'organisation (comme nos sociétés avancées), l'individu se sent largement autonome dans son action. Les individus disposent d'une marge de manœuvre variable et relative mais bien réelle, qu'ils utilisent quelquefois pour contrevenir à certaines prescriptions morales ou sociales. Néanmoins, le caractère préétabli des faits sociaux demeure une source importante de contrainte. L'individu naissant sera éduqué dans le respect des us et coutumes liés a son origine et à son statut, il apprendra une langue, sera inscrit dans des structures économique, politique ou culturelle bien déterminées. Ainsi, Mauss et Fauconnet peuvent-ils écrire : « ... sont sociales toutes les manières d'agir et de penser que l'individu trouve préétablies et dont la transmission se fait généralement par la voie de l'éducation 2 ». C'est cet ensemble de formes préétablies que désigne le mot institution. « Qu'est-ce en effet une institution sinon un ensemble d'actes ou d'idées tout institué que les individus trouvent devant eux et qui s'imposent plus ou moins à eux 3 ?
Une institution est en quelque sorte un rapport social qui a été formalisé et littéralement inscrit dans la pierre ! Les modes de cette objectivation sont divers : rituels, organisation bureaucratique, propagande, contrôle de l'information, règlements, structures, fonctions, établissement d'une infrastructure matérielle, engagement et formation d'un personnel, etc. La famille québécoise, le collège où vous étudiez, C.F.T.M. télévision, l'Église baptiste, le Parti libéral du Québec, la C.S.N., l'Association de protection des automobilistes sont des institutions sociales de divers types.
Toute institution comprend une organisation matérielle et une codification de ses activités : toute institution comporte donc ce qu'il est convenu d'appeler un appareil. Ainsi, une institution est une organisation systématique de rapports sociaux particuliers comprenant un appareil et une codification formelle (lois et règlements) et informelle (culture institutionnelle) de ses pratiques, remplissant diverses fonctions sociales, ayant la capacité d'agir dans le monde social aussi bien sur le plan matériel que sur le plan symbolique. Les appareils représentent donc la partie visible de la formalisation des rapports sociaux.
Illustrons cela par un exemple. Qu'est-ce qu'un « appareil syndical » ? Un syndicat est l'incarnation d'un idéal, celui de la représentativité des membres, de leur solidarité et de la convergence de leurs intérêts. Mais c'est d'abord l'ensemble de ces membres eux-mêmes et la codification formelle (les statuts et règlements, le code de procédures par exemple) et informelle des relations entre ces derniers (qui régissent par exemple les rituels syndicaux). Un syndicat, c'est aussi un réseau d'information avec tout ce que l'information peut avoir d'idéologique (c'est-à-dire de partial, de moral et de stratégique). Mais un syndicat est aussi un appareil, c'est-à-dire une machine à produire de l'organisation. Cela est à tel point vrai qu'il arrive souvent que les membres confondent le syndicat et l'appareil qui l'incarne. Un syndicat comporte du matériel, des locaux, mais surtout des officiers (présidence, trésorerie, etc.) dont l'action est régie par une codification formelle assez précise et en grande partie contraignante. On confond souvent les individus travaillant dans un syndicat et les fonctions qu'ils occupent. C'est aussi le cas dans la plupart des institutions. La personne s'efface derrière le P.D.G., le père, le secrétaire, le fidèle, le contremaître ou l'ouvrier !
Toute institution comporte aussi une certaine activité symbolique qui consiste à produire du sens à propos d'elle-même et à interpréter et justifier son action au sein de la vie sociale en général. Il y a des institutions dont le produit principal est symbolique : qu'on pense à la religion, à l'art ou au monde de l'information. Cette part de l'activité des institutions les plus importantes qui consiste à rendre significative leur activité en général et leurs effets sur l'environnement social est à la fois un travail de justification, de propagande et d'influence politique. Cette action symbolique des institutions n'est pas un simple redoublement de son activité matérielle, c'est une condition nécessaire à sa vie même : ainsi, toute institution produit-elle un discours institutionnel. La plupart des activités sociales peuvent être analysées par rapport aux institutions qui sont à leur origine. Les institutions sont donc une réalité incontournable de la vie en société. Pas de société sans institutions.
Afin d'illustrer ce travail de signification que comportent les institutions, prenons comme exemple la représentation télévisée de la lecture d'un discours du budget à la Chambre des Communes. Il s'agit d'un rituel (par exemple le ministre des Finances doit exhiber ses chaussures neuves) qui suit un scénario précis (la réponse de l'Opposition, les répliques du ministre, etc.), qui use d'un canal à grande diffusion (la télévision, avec tout son jeu de mise en forme ici strictement codifié), qui comprend des acteurs désignés à l'avance, seuls habilités à parler avec autorité (les députés de la Chambre, les commentateurs politiques). Ce spectacle institutionnel est idéologique car il véhicule des valeurs (la démocratie, le parlementarisme, etc.), il met en scène des normes comportementales (la civilité des débats, la résolution verbale des différends, etc.), il manifeste un pouvoir politique (le pouvoir gouvernemental de décider des affectations de ressources, des impôts, etc.), et enfin il contribue à organiser la stratégie d'action de ce pouvoir (un message est transmis aux partisans de ce gouvernement concernant les politiques économiques qu'il faut défendre, le caucus apparaît uni autour des politiques économiques du gouvernement, etc.).

Les institutions permettent de bien comprendre la vie en société, car toute action sociale importante fait partie d'une activité institutionnelle, est dirigée contre une institution ou est reprise, encadrée et réinterprétée dans un réseau symbolique institutionnel. Les institutions du travail social et de l'intervention psychosociale constituent un cas particulièrement évident de ce travail de réinterprétation des situations sociales dans une forme qui soit recevable par l'État et gérable du point de vue de l'administration gouvernementale. Si le discours institutionnel apparaît souvent de l'extérieur comme un discours excessif ou incompréhensible, c'est qu'il reflète des réalités contenues dans l’institution. C'est pourquoi il doit être reformulé pour les fins particulières de la communication de masse : c'est là le travail spécifique du journalisme.

La socialisation des agents



C'est par la socialisation que tout individu acquiert sa personnalité, devient un agent social et se situe par rapport à l'ensemble des normes et des valeurs dominantes de la société dans son ensemble et par rapport aux valeurs spécifiques de son groupe d'appartenance. La socialisation commence dans la famille, puis continue dans des institutions destinées à cette fin (comme l'école, l'Église ou les médias). Elle se poursuit tout au long de son existence dans les groupes et les sous-groupes auxquels l'individu appartient successivement.
Il existe de nombreux cas où ce processus est perturbé, et où par conséquent la socialisation échoue partiellement. Par exemple, lorsqu'une société subit diverses situations anomiques, le processus de socialisation peut être perturbé au point où les mécanismes fondamentaux de la reproduction sociale seront affectés. Chez le sociologue américain Merton 1, l'anomie est définie comme une situation sociale dans laquelle apparaît une distorsion entre, d'une part, les objectifs et les contraintes auxquels les agents sont soumis et, d'autre part, les satisfactions qui découlent pour eux de la poursuite des fins ou de l'usage des moyens inhérents à ces objectifs et à ces règles. Cette distorsion est dysfonctionnelle car elle produit des zones de démotivation, de démobilisation et, éventuellement, de déviance dans le tissu social. La délinquance juvénile, la criminalité, le décrochage scolaire sont des exemples de situations qui découlent de l'anomie. En effet, lorsque la conformité aux normes sociales n'entraîne aucune gratification (on obéit « pour rien »), des comportements « aberrants » (du point de vue de l'ordre social) apparaissent. En général, les institutions sociales prévoient des mécanismes d'adaptation pour rétablir les équilibres, mais il y a de nombreuses situations anomiques qui les dépassent. C'est pourquoi on observe actuellement un accroissement du nombre de sans-abri et une recrudescence de la prostitution juvénile et de la criminalité violente. Ces phénomènes sont les symptômes de situations anomiques que des institutions souvent en crise (comme la famille, la religion et les services sociaux) sont incapables d'endiguer.
Les normes sont des règles admises dans un certain contexte social qui régissent le comportement des agents par intériorisation de prescriptions (ce qu'il faut faire) et de proscriptions (ce qu'il ne faut pas faire) 1. Tout groupe, toute institution, tout comportement est régi par des normes sociales plus ou moins strictes et plus ou moins générales selon leur champ d'application. Une bonne part de la socialisation consiste à intérioriser, à introjecter comme disent les psychanalystes, les normes propres à une société, à un groupe et à une position sociale donnés. Le système normatif commun d'une société particulière peut certes être désobéi, mais en général tout écart contribue à la perpétuation de la règle en mobilisant la majorité pour la défense de celle-ci. Car la désobéissance entraîne forcément la culpabilité, puisque les normes s'imposent d'abord comme des règles internes de comportement, elles ne sont défendues par la loi (laquelle implique forcément la sanction) qu'en dernier recours. Le principe d'obéissance aux normes est immanent, intégré à la pratique sociale elle-même (alors il se moule sur la définition même d'une situation sociale donnée et se pose comme tautologie sociale), ou moral (alors il suppose une certaine réflexion délibérative de la part des agents sociaux). Dans le second cas, il s'intègre aux convictions de l'individu et fonctionne comme partie intégrante de sa personnalité. Or les normes sont intimement liées aux valeurs.
Les valeurs sont des représentations abstraites et idéalisées des normes sociales. Elles peuvent sûrement donner lieu à des jugements, mais le plus souvent les valeurs sont implicites et fonctionnent comme des catégories intrinsèques de l'action. Si les valeurs renvoient à des manières d'être ou d'agir idéales 2, elles renvoient surtout à des manières d'être ou d'agir adéquates par rapport à une certaine norme ; or, c'est ce renvoi qui permet de distinguer la valeur de la norme, Une valeur est en effet une abstraction sociale à partir d'une norme à caractère essentiellement moral. Généralement, les valeurs que professe un individu ou un groupe sont une sublimation de sa situation objective. En tant qu'idéaux, les valeurs tracent un contour fictif à l'action. Dans les faits, les valeurs avouées ne sont pas celles qui inspirent véritablement l'action, mais elles servent aisément de justification. Les valeurs sont des points de référence abstraits, offrant une base axiologique (formant une échelle de valeurs) aux jugements d'espèce sur des cas particuliers. En même temps que l'individu apprend à se conformer à certaines normes, il apprend à respecter certaines valeurs. Ce qui ne signifie pas, bien entendu, qu'il s'y conforme nécessairement dans la pratique, car l'action n'est pas commandée par les valeurs, malgré ce que certains prétendent. Il ne faudrait cependant pas conclure l'inverse, c'est-à-dire que les valeurs n'ont rien à voir avec l'action. Dans la mesure où les valeurs procèdent d'un choix conscient, elles participent de l'efficacité relative de la conscience dans l'action.
Les rôles sociaux se distinguent des statuts non seulement du point de vue subjectif (en général nous n'avons qu'un seul statut mais nous avons plusieurs rôles à jouer), mais aussi du point de vue structural (c'est-à-dire du fonctionnement concret des institutions). De manière générale, les rôles sont moins rigidement assignés que les statuts, bien qu'ils supposent, une fois assumés, autant de contraintes, et souvent plus ambiguës, donc productrices d'un stress accru. L'anthropologue Linton écrit à propos de cette distinction :
La place qu'un individu donné occupe dans un système donné à un moment donné sera nommée son statut par rapport à ce système. (…) Quant au second terme, le rôle, nous nous en servirons pour désigner l'ensemble des modèles culturels associés à un statut donné. Il englobe par conséquent les attitudes, les valeurs et les comportements que la société assigne à une personne et à toutes les personnes qui occupent ce statut ; on peut même y ajouter le droit d'escompter, venant des personnes qui occupent d'autres statuts dans le même système, certains comportements caractéristiques. Tout statut est ainsi associé à un rôle donné, mais du point de vue de l'individu, les deux faits ne sont pas absolument identiques 1.
Les statuts sont assignés, alors que les rôles sont appris. Le concept de statut correspond à une analyse de la structure sociale, alors que celui de rôle correspond à une analyse plus dynamique des fonctions réelles qui sont assumées par les individus. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les rôles sont plus malléables que les statuts.
La socialisation dans son ensemble est opérée par les institutions sociales. Elle a pour but de produire des individus convenables du point de vue des normes en vigueur dans une société donnée. Elle implique l'intériorisation de valeurs et d'idées qui expriment ces normes (ou du moins quelques-unes parmi elles, puisqu'il existe des normes implicites). Elle débouche sur l'obtention d'un statut social plus ou moins approprié. Elle suppose enfin l'apprentissage plus ou moins réussi des rôles que l'individu est appelé à jouer.

La transformation des institutions sociales



Une certaine tradition sociologique nous avait habitués à privilégier la part instituée (ce qui est déjà établi) des institutions sociales au détriment de sa part instituante (transformatrice : ce qui est seulement potentiel), et donc à négliger les contradictions qui secouent les institutions de l'intérieur et les dressent les unes contre les autres. Comme toutes les autres structures constituant le système social dans son ensemble, les institutions sont des champs de lutte. Elles sont animées d'une dialectique transformationnelle qui fait leur petite histoire : une institution évolue grâce à ses contradictions. Le concept d'institution n'implique donc pas du tout une vision statique de l'organisation sociale.
Le moteur de l'évolution des institutions est la part de l'instituant, c'est-à-dire des forces qui travaillent à sa transformation. Ces forces ne sont pas seulement du côté des dominés. Il y a des défenseurs de l'institué aussi bien chez les dirigeants que chez les dirigés, et il peut y avoir un désir de changement aussi bien chez les uns que chez les autres. Mais généralement, les dominés ont plus d'intérêt au changement que les dominants, qui y voient plutôt une menace à leur pouvoir. Bref, toute institution est un lieu de contradictions, de rapports de forces. Ces contradictions se manifestent lorsqu'une situation, souvent anodine d'apparence, les révèle dans toute leur ampleur. René Lourau 1 appelle une telle situation un analyseur d'institution. Les analyseurs ont la vertu non seulement de mettre au jour les contradictions, mais aussi de contraindre les agents à prendre leur parti : soit la défense inconditionnelle de l'institué, soit la proclamation radicale de l'instituant (souvent moins articulé, car seulement embryonnaire), ou bien l'ouverture de l'institué à l'instituant, c'est-à-dire un changement relatif dans une certaine continuité. Sauf situations de crises graves (pas si rares qu'on serait porté à le penser), c'est le troisième parti qui l'emporte, permettant ainsi un rééquilibrage du système institutionnel, qui sort souvent de la crise transformé et mieux adapté à son environnement.

Conclusion



Les institutions organisent une grande partie de la vie sociale, surtout dans les sociétés les plus développées. C'est pourquoi leur analyse est importante pour une bonne compréhension de la société. Les institutions sont les cadres préétablis de la vie en société qui s'imposent et définissent les individus. La socialisation est un processus opéré par les institutions qui mène à l'intériorisation par les individus des normes et des valeurs sociales dominantes. Également, ce processus leur assigne une fonction et définit certains rôles. Dans les situations d'anomie, la socialisation peut échouer. Alors apparaissent des déséquilibres sociaux importants. Les institutions doivent s'adapter aux changements environnementaux. C'est la dialectique de l'instituant et de l'institué qui permet cette adaptation grâce à l'émergence d'analyseurs qui révèlent les contradictions institutionnelles. Une institution forte et solide est capable de s'adapter aux changements sociaux et quelquefois y contribue elle-même.

Sujets de réflexion



1. Prenez une institution sociale en particulier et analysez ses différentes caractéristiques en regard de ce qui est dit des institutions en général dans ce chapitre.
2. Que signifie concrètement être socialisé ?
3. Pouvez-vous donner un exemple de crise institutionnelle ? Cherchez l'analyseur et décrivez les mouvements de l'institué et de l'instituant.
4. Définissez les normes sociales auxquelles vous devez vous soumettre. Êtes-vous en accord avec ces normes ?
5. Quel est votre statut social et quels sont les rôles que vous devez jouer ? En sera-t-il toujours ainsi ou prévoyez-vous une évolution de ce statut et de ces rôles ?
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   19

similaire:

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconFonds raymond maillet (1927-1994)

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconVit et travaille à Montréal

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconCorrespondances intellectuelles 1990-2010

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Pierre Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) icon1 L’éducation à la citoyenneté 1 1 De quelques objectifs
«éducation à la citoyenneté». Nous rapporterons enfin une première expérience menée en mathématiques dans le programme de Sciences...

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconAdam bruno / chiss robert / kaiser andré 4 micholet isabelle

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconMartin dansky 4108 Parc Lafontaine Apt 14, Montréal (Québec) H2L 3M8 (514) 528-0113








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com