Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990)








télécharger 0.51 Mb.
titreRaymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990)
page4/19
date de publication17.05.2017
taille0.51 Mb.
typeDocumentos
b.21-bal.com > comptabilité > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   19

PREMIÈRE PARTIE




PROBLÉMATIQUE



Chapitre 1 L'étude de l'être humain

dans son milieu


Retour à la table des matières

Comprendre l'être humain ne consiste pas simplement à le connaître en tant qu'individu. En effet, nous sommes tous dépendants de notre milieu de vie. La compréhension de l'être humain suppose aussi une compréhension du milieu dans lequel il vit. Le milieu affecte l'individu, comme en retour l'individu est quelquefois en mesure d'amener des changements dans son milieu. Cependant, il est rare que les individus vivent tout à fait seuls, c'est le plus souvent comme collectivités qu'ils s'affirment et transforment leur milieu de manière notable. Mais qu'est-ce que le milieu dans lequel vivent les êtres humains ? Quelles relations peut-on analyser entre l'humain et son milieu ? Comment ce milieu peut-il être transformé ? Ce sont là les questions que nous allons discuter brièvement dans cet ouvrage.

La notion de système



Afin de simplifier les très nombreuses et très complexes questions que nous sommes susceptibles de nous poser à propos de notre sujet principal, et afin de les aborder dans un ordre qui soit logique, nous nous servirons d'un outil scientifique très puissant et particulièrement bien adapté à notre propos : la théorie des systèmes . En vertu de cette théorie, toute réalité digne d'intérêt peut être conçue comme un système, c'est-à-dire comme un ensemble d'éléments organisés, liés entre eux par diverses interactions. Un système peut toujours être caractérisé par son activité spécifique. Il est délimité par une frontière et entretient des rapports (des échanges) avec son environnement. Ces rapports sont de deux types : les intrants (ce que le système reçoit de son environnement) et les extrants (ce que le système émet dans son environnement). Quelquefois, un système émet dans l'environnement des extrants qui lui reviennent sous forme d'intrants : on parle alors d'une boucle de rétroaction. Un système est donc une organisation relativement stable d'éléments, qui entretient des relations spécifiques avec son environnement.




On peut donner de nombreux exemples de systèmes. Une école est un système. C'est un ensemble d'éléments organisés (un bâtiment, des meubles appropriés, des livres, des professeurs et des élèves, une administration, des règlements, etc.), qui dispose d'une frontière (on est dans ou en dehors de cette école), qui reçoit des intrants (budgets, personnes qui veulent y étudier ou y travailler, etc.) et produit des extrants (élèves diplômés). Ces diplômés peuvent parfois revenir comme employés (boucle de rétroaction). L'environnement d'une école, c'est d'abord son milieu physique, puis les divers organismes qui y sont reliés d'une manière ou d'une autre, le quartier qui constitue son bassin d'élèves avec ses caractéristiques ethniques, sociales et linguistiques, la ville où elle est située, etc. On pourrait donner beaucoup d'autres exemples de ce genre. Une cellule est un système, sa membrane est sa frontière. Un aéroport est un système qui reçoit et renvoie des avions et des passagers. Notre pays est un système. Notre planète également. Puis, évidemment, l'être humain aussi peut être considéré comme un système. On imagine sans peine que c'est un système extrêmement compliqué et difficile à comprendre, tout comme l'est son milieu.

Dans ce livre, nous tenterons d'éclairer quelques aspects importants de la relation que l'être humain, considéré comme individu et comme collectivité, entretient avec son milieu. Nous allons chercher à savoir de quoi est composé ce milieu et quels sont les échanges qui s'y produisent. Puis nous allons étudier comment le système général, composé de l'être humain et des différents systèmes qui constituent son environnement global, est susceptible de vivre différentes phases d'équilibres et de déséquilibres, de façon qu'il soit susceptible d'évoluer tout en évitant les catastrophes qui semblent nous menacer aujourd'hui.

Le milieu de vie de l'être humain



Nous vivons dans un milieu beaucoup plus complexe que celui de la plupart des êtres vivants. Comme les autres animaux, nous vivons dans un environnement naturel, bien que cet environnement ait été grandement transformé par la main humaine. Mais nous vivons aussi dans un environnement de relations interpersonnelles (familiales ou communautaires). Nous vivons en outre dans un environnement social déterminé (quelles différences trouve-t-on entre un pays socialiste et un pays capitaliste, entre un pays industrialisé et un pays en développement !). Puis nous vivons dans un environnement culturel particulier, lequel détermine notre langue maternelle, nos us et coutumes, certaines formes d'organisation de l'espace, un mode de vie, des croyances et des idéologies particulières. Ces quatre systèmes constituent ensemble l'environnement global de l'être humain. Ils entretiennent entre eux de nombreux échanges très complexes.
I
l ne sera pas possible, dans le cadre de cet ouvrage, d'étudier toutes ces interactions, mais il est important de considérer qu'elles sont constantes. En effet, nous concentrerons notre attention sur les interactions entre l'être humain et chacun de ces systèmes particuliers pris isolément. Mais ce n'est là qu'une abstraction utile. En réalité, ces systèmes s'influencent les uns les autres. Examinons rapidement de quoi il retourne.
Partons du système naturel, qui est le plus évident et le mieux connu des quatre. La nature influence la société : par exemple, au Canada, les ressources naturelles sont un des fondements de notre prospérité économique. Mais inversement, une exploitation intensive de ces ressources par la société mène rapidement à la détérioration de l'environnement naturel, comme l'épuisement progressif de nos forêts le montre bien. Elle influence aussi la culture : combien de peintres canadiens célèbres ont été inspirés par la magnificence de nos grands espaces ! À l'opposé, notre culture de loisir ne manifeste pas un grand respect pour toutes ces beautés que l'on détruit volontiers dans le but d'aménager une piste de ski. Enfin, la nature affecte aussi nos relations interpersonnelles : par exemple, lorsque les ressources viennent à manquer, nous sommes plutôt enclins à favoriser les nôtres (parents et amis) ; par contre, lorsque survient une catastrophe naturelle, de parfaits inconnus peuvent nouer ensemble des liens très forts et collaborer activement aux secours. Mais d'un autre côté, la forme d'organisation communautaire et familiale dans les sociétés traditionnelles agricoles influence grandement la manière dont les terres seront exploitées.
Ces systèmes entretiennent également entre eux des rapports indépendants de l'environnement naturel. Les formes de parenté affectent les rapports sociaux : par exemple, les Japonais sont réputés reproduire dans leurs relations sociales les valeurs de fidélité, de respect de la hiérarchie et de l'âge qui caractérisent leur organisation familiale et leur culture traditionnelle. On a même mis ces valeurs au service d'une organisation du travail extrêmement rigide et performante, souvent appelée le « modèle japonais » ; cependant, il semble que ce modèle soit bien difficilement exportable, parce qu'il est en rapport étroit avec cette culture et les rapports familiaux qui la distinguent. De la même manière, l'organisation technique du travail dans les sociétés industrielles avancées influence fortement les tendances musicales contemporaines (musique synthétisée par ordinateur). Inversement, la culture patriarcale traditionnelle du Québec marque encore notre vie politique et économique, où les femmes ont beaucoup de difficulté à s'imposer et à influencer le processus de prise de décision. Ainsi, on peut constater facilement que ces quatre systèmes entretiennent entre eux des rapports nombreux et complexes. Il est important de retenir cette idée.

Les systèmes de l'environnement humain



Pour l'être humain pris indépendamment de ces facteurs (l'individu par exemple), ces quatre systèmes forment autant d'environnements particuliers. Chaque personne vit dans un environnement naturel (par exemple la ville), dans un environnement interpersonnel (la famille et les amis), dans un environnement social (la société contemporaine dans laquelle elle vit avec ses avantages et ses complications) et dans un environnement culturel (où la télévision, par exemple, prend une très grande importance). Chacun entretient des rapports particuliers avec ces quatre environnements, c'est-à-dire qu'il est affecté par eux et qu'il agit à l'intérieur d'eux. Sa vie se déroule dans une succession d'influences réciproques.

L'être humain dans son milieu

L
a naissance est évidemment un phénomène naturel. Tout au long de sa vie, l'individu est soumis aux lois de la nature ; la mort elle-même est un phénomène naturel. L'environnement naturel influence donc énormément la qualité de sa vie. Inversement, les individus affectent cet environnement naturel, par exemple par les déchets qu'ils produisent. Un phénomène semblable peut être observé dans l'environnement interpersonnel. Nos parents, nos professeurs, nos employeurs, nos enfants, nos amis et nos connaissances influencent profondément notre existence par leurs comportements et leurs propos. D'un autre côté, chaque personne influence aussi cet environnement interpersonnel par ses attitudes, ses paroles et ses actes. Il en est de même de l'environnement social. Dès notre naissance, la société s'applique à nous apprendre une langue, une manière de vivre, de comprendre et d'évaluer les choses ; à nous assigner une place qui est fonction de son mode d'organisation. Cependant, nous ne sommes pas des marionnettes : par nos prises de positions, nos tentatives et nos engagements, nous sommes en mesure d'influencer (plus ou moins) l'évolution de la société, souvent d'ailleurs à notre insu, simplement par le fait d'avoir agi de telle ou telle manière. Enfin, des interactions ont aussi lieu entre les êtres humains et leur culture commune. La culture véhicule des systèmes de valeurs, de normes et de croyances que les individus intériorisent (apprennent et reproduisent) ; elle les fait baigner dans une atmosphère de symboles, de musiques, d'images, de sons et de significations qu'en retour les individus reproduisent et transforment. Certains individus, plus créateurs et mieux favorises par leur situation, proposent de nouvelles significations qui viennent enrichir la culture et qui se transmettent aux générations futures.
Comme on le voit, la vie humaine se déroule dans un milieu riche et complexe, où chacun est susceptible (seul ou en groupe) d'entretenir de nombreux échanges avec cet environnement global, à la fois naturel, interpersonnel, social et culturel. Cela ne signifie pas que ces interactions sont similaires d'une personne à l'autre, d'une société à l'autre, d'une époque à l'autre : au contraire ! Le système global défini par les relations entre l'être humain et les systèmes de son environnement n'est qu'une représentation abstraite de la réalité ou, si l'on préfère, une manière de visualiser les éléments essentiels de toute réalité humaine indépendamment de tout contenu particulier. Ce schéma est surtout utile pour classer les questions essentielles qu'il faut se poser lorsqu'on s'interroge sur les relations entre l'être humain et son milieu, et pour s'assurer qu'on fait les distinctions qui s'imposent. Dans la vie quotidienne, les différences sont beaucoup plus difficiles à faire, parce que tout événement est susceptible de comporter une dimension naturelle, une dimension interpersonnelle, une dimension sociale et une dimension culturelle. Un simple souper entre amis contient toutes ces dimensions.
Si nous revenons brièvement à la question de la situation de l'individu dans un tel système global, nous constatons immédiatement qu'il existe au moins deux possibilités : d'un côté l'individu est passif et reçoit des intrants du système, de l'autre il est actif et émet des extrants dans son environnement. Ces deux positions sont formelles. En fait, nous sommes toujours dans une situation mixte : nous sommes à la fois agis et agissants, émetteurs et récepteurs. Mais il existe une troisième possibilité, qui découle de la création boucle de rétroaction : celle en vertu de laquelle l'individu qui agit s'affecte lui-même, c'est-à-dire crée une situation environnementale qui l'affecte en retour. L'existence de cette dernière possibilité est l'une des bases de l'autonomie de l'être humain dans son environnement, de sa possibilité de créer les règles de son propre conditionnement. Il est certain que cette possibilité est liée à la conscience et à l'action, mais elle peut aussi être liée à des mécanismes inconscients, comme ceux par lesquels nous créons les conditions de notre propre échec.

Conclusion



L'écologie est l'étude des interactions à l'intérieur des systèmes naturels. L'écologie humaine est l'étude des interactions entre l'être humain (comme individualité ou collectivité) et son milieu et des conditions de leur équilibre. L'analyse systémique est un outil puissant pour analyser les interactions entre les systèmes. Comme ces interactions sont complexes et se déroulent sur divers plans, il est nécessaire de distinguer plusieurs sous-systèmes qui s'imposent à nous par l'analyse. L'environnement naturel est certes essentiel, et c'est le premier auquel nous pensons. L'environnement interpersonnel est aussi vital, c'est entre autres le milieu des apprentissages élémentaires et des réactions psychologiques. L'environnement social est manifeste lorsqu'il s'agit d'étudier les modes de relation des êtres humains entre eux, particulièrement dans le cas où ces rapports s'incarnent dans les institutions. Enfin, l'environnement culturel apparaît à la fois comme un mode d'organisation et d'utilisation de l'espace et un univers de significations symboliques. Seule une vision d'ensemble de ces systèmes nous permet de tracer le schéma général des rapports entre l'être humain et son milieu.

Sujets de réflexion 1



1. Est-il acceptable de décrire l'être humain comme un système ?
2. Les rapports interpersonnels forment-ils un système autonome que l'on peut facilement distinguer de la culture et de la société ?
3. Reprenons l'exemple du souper entre amis. Peut-on décrire cet événement, que l'on classerait plus volontiers dans les événements du système des relations interpersonnelles, comme ayant aussi à voir avec la biologie humaine, la sociologie et l'analyse de la communication ?
4. Donnez un exemple de rétroaction et montrez comment l'autonomie d'un individu peut en être augmentée.
5. À partir de la vie d'un individu considérée sommairement, montrez que tout sujet est à la fois agi par son environnement global et agissant à son tour dans cet environnement.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   19

similaire:

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconFonds raymond maillet (1927-1994)

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconVit et travaille à Montréal

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconCorrespondances intellectuelles 1990-2010

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Pierre Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconUn document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) icon1 L’éducation à la citoyenneté 1 1 De quelques objectifs
«éducation à la citoyenneté». Nous rapporterons enfin une première expérience menée en mathématiques dans le programme de Sciences...

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconAdam bruno / chiss robert / kaiser andré 4 micholet isabelle

Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990) iconMartin dansky 4108 Parc Lafontaine Apt 14, Montréal (Québec) H2L 3M8 (514) 528-0113








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com