Raymond Robert Tremblay Professeur au cégep du Vieux-Montréal (1990)








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Philosophie de l'autonomie

écologique



On a longtemps pensé que la vie humaine était déterminée par le milieu. Les anciens parlaient du fatum, du destin, comme d'une divinité toute-puissante qui réglerait nos vies dans leurs moindres détails. Tout ce qui arrive arriverait par nécessité : « c'était écrit dans le grand livre du monde ». D'autres défendent la même idée en s'appuyant sur une prétendue connaissance de l'influence des astres sur nos vies. Plus près de nous, les déterministes ont affirmé que toute chose est le fruit de causes précises commandées par les lois intangibles de la nature. Ainsi, toute liberté est-elle impossible et tout sentiment de liberté est-il simple illusion. En effet, la connaissance parfaite des lois naturelles dans les domaines physique, biologique, sociologique, psychologique, linguistique, etc., combinée avec la connaissance parfaite des conditions initiales du système du monde, permettrait, selon les déterministes, de prédire avec certitude tous les événements et tous les états. De ce point de vue où les lois naturelles remplacent les diktats divins, le résultat est le même : les systèmes humains ne sont que l'aboutissement d'un déterminisme strict où la volonté et le libre arbitre ne jouent aucun rôle, sinon celui de nous faire croire à une impossible autodétermination. Dans ces différentes conceptions, le milieu spirituel, cosmique, biologique, social ou psychologique est à l'origine de toutes nos pensées et de tous nos comportements.
Le systémisme contemporain, que nous avons illustré ici, contredit fermement ce point de vue. Premièrement, il existe un argument épistémologique puissant contre tout déterminisme. Si tout est déterminé par des causes précises, alors on doit pouvoir définir ces causes, ce qui est possible, mais jusqu'à un certain point. Or, pour tout effet non expliqué, il faut reconnaître que si une détermination s'applique, nous n'en savons rien. Alors comment affirmer que tout est déterminé s'il y a de nombreux phénomènes dont nous ne connaissons pas les causes ? C'est bien téméraire ! En fait, le déterminisme est une foi universelle basée sur des phénomènes particuliers, ce qui n'est guère défendable. Le déterminisme est une croyance métaphysique parmi d'autres qui repose sur l'idée que le monde est totalement ordonné. Mais personne n'est en mesure de prouver ce point de vue. L'idée contraire, à l'effet que tout n'est pas déterminé, est tout aussi défendable et ne contredit en rien la croyance en la causalité.
Deuxièmement, l'observation des systèmes vivants a amené plusieurs chercheurs, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, à penser que les systèmes les plus complexes possèdent des mécanismes autorégulateurs tels que leur comportement devient imprévisible. L'autorégulation équifinale implique à ce niveau la possibilité de modifier ses propres règles de fonctionnement en faisant preuve de créativité et d'adaptabilité progressives. Bref, l'auto-organisation des systèmes complexes – au nombre desquels il faut compter évidemment les systèmes humains, l'espèce, les individus, les sociétés et les cultures – suppose l'émergence graduelle et le développement potentiel de la faculté de définir ses propres règles de fonctionnement, bref le progrès d'une autonomie opératoire. L'existence de cette autonomie ruine tout déterminisme, car si nous constituons (certes en partie et dans des conditions bien précises) des systèmes autonomes, alors nous ne sommes pas simplement le produit de nos déterminismes. Le hasard et la liberté ne contredisent pas la nécessité, ils la complètent dans une conception du monde plus souple et plus explicative. Or, cette conception doit se développer dans une perspective écologique car nul système n'est indépendant de son environnement. Le concept d'autonomie permet de penser à la fois cette dépendance d'un système donné envers son milieu et l'imprévisibilité relative de son comportement.

L'écologie humaine : science des interactions

et nouveau paradigme pour les sciences humaines



Si la perspective écologique en sciences humaines suppose l'analyse des interactions entre les systèmes humains et leurs environnements, elle ne doit pas s'attacher seulement à décrire et expliquer les équilibres anciens comme s'ils étaient le produit du destin. Elle doit aussi se pencher sur l'étude des dynamiques et des changements. Dans le présent ouvrage, nous nous sommes arrêté à une perspective assez statique et descriptive afin de montrer simplement la fécondité d'un point de vue systémique dans l'étude des rapports entre l'être humain et son milieu. Nous n'avons pas beaucoup étudié les liens entre les divers systèmes qui composent le milieu, ni les influences réciproques entre ces systèmes et les communautés humaines. Voilà pourtant le programme qui devrait être celui d'une véritable écologie humaine vers laquelle nous avons voulu cheminer. En effet, nous sommes d'avis que l'écologie humaine traditionnelle, qui s'est bornée à étudier les relations entre les communautés humaines et leurs habitats – se confondant alors soit avec la géographie humaine, soit avec la démographie, ou bien avec la sociologie de l'espace, des populations et de la déviance urbaine –, n'a pas exploité toutes les richesses de l'approche systémique.
L'homéostasie n'est pas seulement la recherche d'une stabilité structurelle, c'est aussi la recherche d'un équilibre dynamique sur un plan d'activité supérieur, laquelle recherche entraîne la complexification du système. Sous cet angle, toute l'histoire naturelle, sociale et biographique des êtres humains apparaît comme un gigantesque processus de complexification écologique, dont l'issue demeure incertaine. L'écologie humaine se présente alors non comme une science humaine en particulier, mais comme une certaine perspective valable pour toutes les sciences humaines. Elle s'impose, avec le systémisme comme méthode et cadre de travail, comme un nouveau paradigme de recherche en sciences humaines.
Ce point de vue n'est pas nouveau. Déjà, en 1935, J. W. Bews décrivait l'écologie humaine comme une synthèse qui « unifie toutes les sciences humaines et permet à chacune d'elles de trouver sa propre place dans une étude générale de l'être humain 1 ». Pour lui, toutes les sciences qui s'intéressent à l'humain le font soit du point de vue de J'organisme lui-même, soit de celui de son environnement, ou enfin sous l'angle des interactions entre les deux. Ainsi, de la biologie humaine à la psychologie en passant par l'anthropologie, la géographie et la sociologie, les sciences humaines ne sont que des chapitres d'une science plus vaste : l'écologie humaine, l'étude des êtres humains dans leurs environnements. Car, dit-il, « la vie en dehors d'un environnement n'existe pas, et ne peut être conçue... » Or « un environnement sans vie est (...) sans signification 2 ». Ce que Bews pose dans ce texte est ni plus ni moins le postulat fondamental de l'approche systémique du vivant.
Mais Bews conçoit l'environnement dans une perspective naturaliste. La plupart des écologistes de l'humain ne conçoivent l'environnement que du point de vue spatial et géographique, omettant ce point fondamental, sur lequel nous avons voulu attirer l'attention, que les formes interactionnelles, sociales et culturelles sont aussi des environnements pour l'organisme et la collectivité humaine. Ainsi, Bews a-t-il raison d'affirmer que la vie peut se décrire comme un échange constant entre un organisme et son environnement, bien qu'il conçoive cet échange sous un angle fonctionnaliste. Nous devons abandonner cette perspective fonctionnaliste et reconnaître que l'état économique d'une société, les idéologies qui l'animent, les lieux anomiques qui s'y créent, les formes de savoir qui s'y développent (pour ne souligner que quelques éléments) font tout autant partie de notre environnement global, de notre milieu, que l'organisation de l'espace (habitations, bruits, division sociale de l'espace, etc.) ou nos conditions naturelles d'existence (degré de pollution, disponibilité des ressources essentielles, etc.). Ils ne doivent donc pas être exclus d'une véritable écologie humaine, même si dans un sens plus restreint celle-ci s'intéresse plus spécifiquement aux interactions soit entre l'individu et son environnement (autécologie), soit entre les groupes et leurs environnements (synécologie), lesquelles sont souvent négligées par les sciences particulières.

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