Sud-Ouest du 15 novembre 2016








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Sud-Ouest du 15 novembre 2016
Le frelon asiatique trahi par ses gènes
ENVIRONNEMENT Introduite en Lot-et-Garonne vers 2004, l’espèce invasive souffre de consanguinité. Coïncidence ou pas, les entomologistes observent moins de colonies cette saison


 XAVIER LEOTY
DANIEL BOZEC

d.bozec@sudouest.fr
Et si le pire ennemi du frelon asiatique, terreur de nos abeilles et des randonneurs, n’était autre que le frelon asiatique ? Remarquée pour la première fois en Lot-et-Garonne courant 2004, l’espèce souffre de consanguinité, avec pour conséquence l’apparition précoce de mâles dans les colonies. S’il reste à évaluer scientifiquement, le phénomène ne serait pas neutre concernant l’activité d’un nid et, accessoirement, la diffusion du frelon asiatique. Détail troublant et fait inédit depuis l’expansion à marche forcée de l’espèce, la population observée cette année en France, notamment dans les premiers départements colonisés du Sud-Ouest, est moindre.
1 Des mâles à la place des ouvrières
Chercheur à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte de l’université de Tours, Éric Darrouzet planche depuis des années sur cet insecte, au point d’en avoir fait son « principal modèle d’étude ». Au dé- tour de travaux sur les phéromones du frelon asiatique – Vespa velutina de son doux nom latin –, l’entomologiste s’aperçoit que, sur 18 nids rapportés en laboratoire entre 2012 et 2014, 15 comptent des mâles dès le printemps, au tout début de la colonie. « Une surprise », se souvient Éric Darrouzet, puisque à cette période de l’année la reine est affairée à la ponte exclusive des ouvrières nécessaires à l’essor du nid. L’explication ? Ses gènes et ceux du mâle reproducteur sont si proches qu’il y a eu confusion dans la ponte des œufs et production prématurée de mâles qui, dotés ici de deux paires de chromosomes au lieu d’une, engendreront des individus stériles dès la génération suivante.
2 Une seule femelle arrivée en Lot-et-Garonne
Rapporté l’an dernier dans la revue scientifique « Plos One », le phénomène n’est pas étonnant en soi. D’autres travaux publiés en 2015 par une doctorante du CNRS ont confirmé qu’une seule reine fécondée par plusieurs mâles est à l’origine de l’invasion du frelon asiatique. Une femelle qui, après recoupements génétiques avec des spécimens capturés en Chine, serait partie des provinces côtières du Zhejiang ou du Jiangsu, autour de Shanghai. La découverte venait corroborer « la piste des poteries chinoises » remontée par « Sud Ouest » en 2010 : importés de Yixing, ville du Jiangsu réputée pour ses manufactures de céramiques, les pots de bonsaïs avaient atterri après un long voyage par conteneur chez un pépiniériste de Pinel-Hauterive, près de Sainte-Livrade-sur-Lot (47). Sans doute la femelle avait-elle hiverné au fond d’un carton avant de s’envoler dans le ciel lot-et-garonnais. Dès l’automne 2004, le pépiniériste fut d’ailleurs le premier à remarquer et à signaler à la préfecture d’Agen la présence de deux nids caractéristiques de l’espèce à la cime des chênes qui bordaient sa propriété.
3 « Pourtant, l’espèce est toujours là »
« Il y a un fort problème de consanguinité, et pourtant l’espèce est toujours là », poursuit Éric Darrouzet. Pis, le frelon asiatique poursuit son expansion : 83 départements français, auxquels s’ajoutent l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, l’Angleterre depuis le printemps (lire ci-dessous), sont touchés. S’ils n’apparaissent pas dans le dernier relevé du Muséum d’histoire naturelle, la Belgique et l’Italie le seraient aussi. Le tout au rythme de « 75 kilomètres » gagnés chaque année sur la ligne de front. « Une future reine peut faire 100 à 200 kilomètres avant de trouver son nid », précise Éric Darrouzet. Aussi, en l’état, le scientifique ne se risque ni à prédire l’extinction de l’espèce façon « La Guerre des mondes », ni à annoncer des répercussions majeures : « On ne peut pas répondre » à cette question. Il n’en demeure pas moins que ces mâles précoces, qui représentaient jusqu’à 50 % des populations observées dans les nids du laboratoire tourangeau là où il ne devait pas y en avoir un seul, sont autant de forces ouvrières en moins. Car, dispensé des tâches domestiques, le mâle n’est bon qu’à assurer la reproduction de l’espèce. « On peut imaginer des colonies plus petites, moins populeuses, des individus moins nourris au stade larvaire. » Un vaste champ d’exploration scientifique reste à investir.
4 Beaucoup moins de nids cette année
Et voilà que, pour la première année depuis son introduction en France, le frelon asiatique semble marquer le pas. « Les années précédentes, on avait beaucoup plus de colonies qu’à l’heure actuelle », remarque Éric Darrouzet. « Ici, en Indre-et-Loire, mais aussi en Gironde, en Dordogne, dans les Landes, en Charente-Maritime. » En Lot-et-Garonne, où 15 randonneurs auraient été attaqués près d’Agen à la mi-octobre, l’entomologiste Jean Haxaire décrit une année « extrêmement faible » : « Il y aura toujours un apiculteur pour dire le contraire s’il a un nid à proximité de ses ruches, mais le nombre d’observations est en décroissance considérable. » Dans quelle proportion ? « Trois fois moins », avance-t-il. Un dommage collatéral de la consanguinité du frelon enfin palpable ? Une hypothèse qui ne saurait être exclue, mais n’est en aucun cas validée. « En sciences, il y a rarement des explications monofactorielles », ajoute Jean Haxaire. Ainsi le printemps pluvieux et l’été chaud et sec, combinaison de saisons peu prisée chez les hyménoptères, ont-ils « fort probablement » joué un rôle dans la moindre pression exercée sur le territoire par le frelon asiatique, conclut Éric Darrouzet.
Un impact « inquiétant »
Plusieurs recherches scientifiques sont engagées autour du frelon asiatique. Notamment sur « l’impact écologique » d’une colonie : « Nous avons commencé à y travailler, et je crains d’avoir des chiffres inquiétants », dit le chercheur tourangeau Éric Darrouzet. « Le frelon asiatique est un pré- dateur généraliste : la prédation de divers insectes, comme des mouches, des papillons, des coléoptères, en passant par les abeilles, a une conséquence environnementale qu’on ne mesure pas à l’heure actuelle. » À l’université de Tours, dans des pièces protégées en sous-sol, l’équipe de l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte étudie divers aspects de la vie des frelons.



Le « frelon tueur » passe la Manche
ANGLETERRE Branle-bas de combat dans l’île britannique, où l’espèce est officiellement arrivée
Ils ont surgi un peu partout avant l’été, dans le Devon, le Surrey, le Sussex et le Kent, parfois catalogués à tort « frelons asiatiques » mais faisant le bonheur de la presse anglaise. Avec titres au diapason, entre les « Frelons mortels qui dévorent les abeilles et peuvent tuer des humains » de « The Telegraph » et « Une femme terrifiée découvre un frelon tueur dans sa maison » du « Daily Mail », vidéo en prime. Douze ans après son apparition en Lot-et-Garonne, le frelon asiatique a fini par traverser la Manche. Le 20 septembre dernier, le ministère britannique de l’Environnement confirmait ainsi l’observation en bonne et due forme d’un Vespa velutina à Tetbury, dans le Gloucestershire, près de Bristol : « C’est la première fois qu’un frelon asiatique est découvert au Royaume-Uni. » À toutes fins utiles, son ADN devrait être analysé « pour aider à établir comment il est arrivé », ce qui de toute évidence devrait montrer qu’il s’agit de la même souche que celle introduite en France. Caméras infrarouges S’il est bien précisé que l’espèce ne représente « pas plus de risques pour un homme qu’une abeille », les services du département de l’Environnement de Sa Majesté disent travailler « à identifier, détruire et éliminer tous les nids ». Un centre de contrôle « pour coordonner la réponse » a ouvert le 21 septembre à Tetbury, et des techniciens devaient être déployés dans « une zone de surveillance de 3 miles » (4,8 km) avec caméras infrarouges « pour localiser les colonies » et des pièges. « Nous avons anticipé l’arrivée du frelon asiatique depuis plusieurs années et établi un protocole pour l’éradiquer et contrôler une éventuelle propagation », a indiqué Nicola Spence, directrice adjointe du département de l’Environnement. Vœu pieux ? Début octobre, le ministère confirmait l’observation d’un second spécimen de frelon asiatique dans le North Somerset, à une cinquantaine de kilomètres de Tetbury. Maigre consolation : « On pense que l’espèce n’est pas capable de survivre dans le nord du Royaume-Uni, en raison des hivers plus rigoureux. » D. B.

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