Cours de sémiotique 1992/1993








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Donc, — « ainsi ce diagramme », — La dyade, ça y est. — « représente les indices de Caïn est d’Abel respectivement et ainsi le sujet se conforme à notre conclusion ». — Je vous rappelle le point de départ. — « Considérons, maintenant le sujet de cette proposition, » — Vous voyez, c’est donc une deuxième exemple, c’est riche ! Nous avons droit à deux exemples ! — « Tout homme est le fils de ses parents ». — Vous voyez la différence entre « Caïn tue Abel » et « Tout homme est le fils de ses parents », nous ne sommes plus dans la particulière nous sommes dans l’universelle, nous passons à la pire, c’est directement symbolique. — « Ceci suppose un diagramme mental d’une paire étiquetée, premier et second, » — Parce qu’au fond nous sommes toujours dans des prédicats dyadiques, nous pourrions avoir deux sujets, mais cette fois-ci, nous sommes un peu dans la « panade », car nous n’avons plus directement d’indices, comme avec Caïn et Abel, ça marchait à peu près. — « comme précédemment, ou plutôt par des symboles équivalents à ceux-ci dans un but particulier. Mais au lieu de considérer directement les deux unités du diagramme, comme les indices de deux individus existants, » — Bien entendu, tout homme, c’est pas un individu existant. — » l’interprétant représente, que si l’interprète de toute la proposition attache réellement, par un acte de l’esprit, une des unités du diagramme à un homme individuel» — Si « x » est un homme, « x » est le fils de ses parents. — « il y aura une relation existante attachant l’autre unité, à une certaine paire d’individus dont si l’interprète de toute la proposition attache l’un d’eux spécialement à cette unité, alors le prédicat sera vrai de cette dyade individuelle dans l’ordre de ses membres. » — Doucement, « tout homme », je rattache un homme spécifique à ce « tout homme ». Voilà l’acte par lequel je fabrique un indice. Un acte mental auquel je ne suis jamais contraint par le symbole, mais dans la mesure où je suis dans une proposition, c’est un acte auquel je dois me conformer, dans la proposition je dois chercher l’indice, comme nous disons : « cherchez la femme ». Voilà pour la première partie, nous avons notre dyade à deux, avec premier, second, tout ça va très bien, et maintenant alors un premier qu’est-ce que c’est, et bien, il faut que je me fabrique un indice, tout seul, moi, je fais mon travail, mon acte mental, je prends un homme particulier. Et puis j’ai l’autre, « fils de ses parents », les parents, c’est général là aussi, il faut que je me fabrique un autre indice, pas n’importe lequel, d’ailleurs. L’autre est contrainte, la seconde paire, vous voyez que c’est un peu plus compliqué que Caïn et Abel ! Parce que les parents, ce ne sont pas n’importe lesquels, ce n’est pas le fils de n’importe quels parents, c’est le fils de certain parents bien déterminés. Donc, l’attachement de l’indice à la seconde partie de la paire est plus complexe que celui à la première partie, autant à la première partie je pouvais prendre le « x » que je voulais, autant maintenant pour le second je suis contraint, ce qui est une contrainte supplémentaire de la dyade, ce qui légitimait jusqu’ici qu’il y ait un premièrement et un deuxièmement. Quand le premier est déterminé, ipso facto, le deuxième devient déterminé existentiellement. A ce moment-là, l’affaire est réglée, être le fils de, devient le prédicat, c’est attribuable à la paire d’objet ce « x », cet homme que j’ai choisi et puis les parents qui, ipso facto, en découlent. Si maintenant je ne trouvais aucun indice dans la deuxième partie de la paire, cela voudrait dire que ce n’est pas vrai. Puisque je pourrais prendre n’importe quels parents qui soient et je ne trouverais jamais des parents qui soient ceux de cet homme-là. Nous pouvons voir ça avec Adam, donc Adam n’était pas un homme. Et Eve non plus, oui, d’accord ! C’était pas un homme ! Vous voyez ça pose des problèmes ce genre de truc, donc cette proposition est fausse, au Moyen Age, ils auraient discuté longuement sur Dieu, sur Jésus, là ils auraient dû faire une proposition spéciale pour Jésus, sinon, ils se faisaient brûler. Maintenant, nous n’avons plus ce genre de problème.

— « Bien entendu, nous ne pouvons pas dire que la personne qui comprend suffisamment le diagramme suit réellement ce processus élaboré de pensée, mais seulement que c’est substantiellement ce qu’il faut faire complètement et exactement pour comprendre la proposition. » — Vous voyez, tout ce travail compliqué, c’est simplement pour nous permettre à nous, de comprendre ce qu’est la proposition, et de savoir qu’en tout état de cause, nous avons eu besoin de tout ça, pour la proposition. Voilà le mécanisme qui est à l’œuvre. Ce qui est très intéressant quand par la suite, nous voudrons savoir quel est le mécanisme psychique qui est à l’œuvre dans la proposition. Parce que nous aurons fait ce travail d’analyse logique, de ce qui est indispensable pour qu’il y ait une proposition, et alors maintenant, nous savons très bien, qu’il va bien falloir que sur le plan psychique, nous nous conformons à cette chose-là, et il nous faudra bien trouver les éléments qui puissent répondre de ce monde logique. C’est la force de la position de Peirce. Quand nous avons fait une analyse logique suffisamment précise, sans rien laisser dans l’ombre, évidemment c’est tragique, comme rien n’est dans l’ombre, tout est au soleil, nous voyons tout pareil, le soleil ça écrase un peu tout. Nous, nous préférons les ombres parce que ça nous fait un peu de relief, mais là non, tout est clair, mais quand ensuite nous voulons savoir ce que c’est que le jugement, qu’est-ce que c’est que l’assertion, nous aurons là une analyse suffisamment exacte de la logique de la proposition pour pouvoir éventuellement savoir les mécanismes qui sont à l’œuvre. Vous voyez en quoi, c’est très utile d’avoir ça.

— Pourquoi ne pas voir « le fils de ses parents » comme « bleu », c’est-à-dire comme un adjectif ?

Parce qu’il n’y a pas qu’un sujet, que dit la proposition ? Si nous la formalisions, nous dirions, pour tout x il existe y, tel que x est le fils de y. C’est ça la proposition, un mathématicien irait vite, il dirait tout de suite ça. C’est ce que dit la proposition, sinon être le fils de ses parents, serait une phrase vide. S’il s’agit simplement de prédiquer une phrase du type, « est le fils de ses parents », sans savoir au fond ce que ça veut dire, en la prenant comme un rhème. Au sens où, tout homme est fils. Moi je veux bien, tout homme possède la filitude, c’est ce que vous voulez dire ! Bon, d’accord, à ce moment-là, ça marcherait, voilà la proposition qui s’analyserait comme vous le dites. Si je prends un homme alors je peux lui attacher le prédicat « avoir la filitude ». Mais là, ce n’est pas ce qui est dit. « Est le fils de ses parents ». Nous précisons, il nous les faut, il faut les montrer. Il faut les produire sous forme d’indices. Il faut avoir une idée de ce que peut être l’indice des parents. Parce que « Caïn tue Abel », nous pourrions dire que si je pense par exemple à Abel Gance, je pourrais dire, admettons qu’il soit mort d’une crise cardiaque, « le cœur tue Abel », alors il y aurait une sorte de truc qui serait, la tuéabélitude, quelques hommes ont la tuéabalitude ! Prenons par exemple, tous les gens qui s’appellent Abel et qui ont été tué depuis le début de l’histoire, à ce moment-là, nous dirons tous ces hommes ils ont la tuéabelitude ! D’accord, pas de problème. Il faut faire attention à ne pas transformer abusivement un prédicat dyadique en prédicat monadique, même si c’est toujours possible, la preuve c’est que nous venons de le faire. Si vous lisez « Mythologie », c’est ce que fait Barthes, il invente des tas de mots. Ça, vous voyez, ce sont les avantages de mon cher Oury, qui, l’autre jour à son séminaire, parlait de ce truc-là, sur les rapports avec le fantasme. Il m’a appris aussi l’existence de Gabriel Tarde. Il parle de la « basquité », de « l’impérialité » de la France, la « francesoirité » Nous sommes en plein là-dedans, nous avons toujours la possibilité de fabriquer des choses comme ça, quand nous passons d’un prédicat dyadique à un prédicat monadique. Et ceci ne peut se faire qu’à condition d’enlever le second sujet, c’est-à-dire celui qui est second dans la dyade, celui qui dépend du premier. Mais nous ne pouvons pas faire le contraire. Il faut faire attention à ça. Ça ne marche que dans un sens, nous pouvons à la rigueur qualifier ou priméiser ou iconiciser ou prédicatiser le sujet déterminé mais pas le sujet déterminant. Là c’est le cas. Tout homme est le fils de ses parents. Mais si nous essayons d’imaginer ce que pourrait être la filitude, comment cela marcherait si j’essayais de prédicatiser le premier sujet, je n’y arriverai pas ! Ce serait une sorte de touthommisation, ce serait trop compliqué. Bon ! Où en étions-nous ! Alors là, en plus il me met les scolastiques. Ah, c’est bien quand même !

— « Alors ici comme précédemment le sujet représente la dyade individuelle, dont la proposition est le symbole et que l’indice doit représenter. Si la proposition a un sujet abstrait comme rougéité ou justice, elle peut être traitée ou bien à la manière des scolastiques comme un exponible, c’est-à-dire comme une proposition dont un trope grammatical déguise la construction réelle, ou bien si cela ne fournit pas la vraie interprétation, la proposition discourt d’un univers comprenant une réplique pour chacun des symboles d’une collection possible de symbole.» — Là, il part sur les conditions propositionnelles, hypothétiques, etc., c’est très intéressant, surtout qu’il explique très bien ensuite avec un exemple. — « S’il gèle cette nuit vos roses mourront, » — Ça c’est une proposition conditionnelle. — « La signification est que toute réplique de la proposition : il gèlera cette nuit, qui peut être vrai, ce n’est pas nécessairement vrai, coexiste avec la vraie réplique de la proposition : vos roses mourront, » — Ce qu’il appelle réplique c’est au sens de réplique du légisigne, c’est-à-dire une phrase effectivement assertée. Si j’asserte effectivement, il gèlera cette nuit, ce doit être asserté en même temps que vos roses mourront. — » Ce qui implique la représentation d’un indice comme en implique le sujet de la proposition : toutes les roses mourront. » — Là, nous sommes replacés devant le chapitre précédent : toutes les roses mourront, je pense à une rose particulière, etc., particulière au sens où je prends n’importe quelle rose. N’importe quelle rose particulière marchera comme indice, et les choses iront. C’est ce qu’il expliquait avec les répliques pour chacun des symboles, d’une collection possible des symboles, parce que d’abord il exprime les choses sous la forme de théorème, et puis ensuite nous voyons ce qu’il veut dire pratiquement. Bon, c’est difficile ! C’est monstrueux ! Parce que si nous essayons de regarder, de voir vraiment ce qu’il raconte dans cette histoire-là, c’est intéressant de le voir de très près. Il se pose les questions comme se les pose un grand logicien. C’est bien de suivre ça, car nous pouvons dire que lui, ne laisse dans l’ombre aucune des possibilités, c’est ce qui rend obscur son discours, mais en même temps c’est ce qui, si nous le suivons de très près, nous permet de savoir que nous n’avons rien laissé de côté. Il faut se laisser faire, évidemment quand nous naviguons là-dedans, si vous voulez avec ce que vous savez de la proposition, vous avez une idée un petit peu générale de ce qu’est la proposition, avec ses histoires de l’indice, sujet qui doit au moins couvrir un indice sinon être un indice ou au moins le couvrir, le représenter, donc ça peut être un symbole, d’un autre côté nous avons le prédicat qui est une icône, pas de problème, et nous voyons que la proposition consiste à la copulation des deux. La copulation dont nous avons vu que c’était une sorte d’identité maintenue de l’indice. L’indice est toujours le même, simplement nous lui avons rajouté un peu de fioritures ou bien nous avons insisté sur un point que l’indice ne relevait pas spécialement, du coup, ce point devient le signe possible de l’indice, le substitut possible de l’indice. Quand je dis « bleu », au fond pour vous cela va être pendant quelques temps le rideau, cela devient en quelque sorte un icône du rideau.

Maintenant se pose une question c’est : est-ce que toutes les propositions ont un sujet et un prédicat ? Je vais vous laisser lire, là il parle de toutes les propositions qui ont une forme extraordinaire, il parle de la disjonctive, simplement il critique les logiciens — « qui ont une pensée si remarquablement orientée ou dense, qu’ils font des phrases latines, fulguet et lucet, des propositions sans sujet. Mais qui ne peut voir que ces mots, ne communique aucune information s’ils n’ont pas une référence qui sera d’ordinaire indiciaire, l’indice étant l’environnement commun aux interlocuteurs, » — Ça nous l’avions vu dans « il pleut », — « aux circonstances dans lesquelles ils énoncent que les priméités qu’ils signifient se produisent. » — Bien entendu, c’est une priméité, en ce sens-là, c’est une icône.

Alors, le paragraphe suivant, nous intéresse, en ceci que, — « La proposition devrait avoir une syntaxe réelle, qui est représentée comme étant l’indice de ses éléments du fait représenté qui correspondent au sujet et prédicat. Depuis Abélard, il est courant de faire de cette syntaxe une troisième partie de la proposition, sous le nom de copule, » — donc nous apprenons en passant que c’est depuis Abélard — « la raison historique de l’apparition de cette conception au 12ème siècle, fut bien entendu, que le latin de cette époque ne permettait pas que l’on omette le verbe « est », qui était ordinairement, mais non pas invariablement omis en grec, et très communément en latin classique, dans la plupart des langues il n’y a pas de verbe de ce genre, mais il est clair que nous n’échappons pas au besoin d’une syntaxe en regardant la copule comme étant la troisième partie d’une proposition.» — Il ne suffit pas de dire copule pour éviter le terme syntaxe. — « Il est plus simple de dire qu’elle est simplement la forme accidentelle que la syntaxe peut prendre. » — Là, c’est bien clair ! La copule c’est la forme accidentelle que la syntaxe peut prendre. Mais nous n’en avons pas besoin. — « Donc une proposition est en bref un dicisigne qui est un symbole, mais un indice peut pareillement être un dicisigne, mais ce n’est plus une proposition, le portrait d’un homme avec le nom d’un homme inscrit dessous, est à strictement parler une proposition, » — Vous avez Rigaud Hyacinthe, avec écrit dessous « Hyacinthe Rigaud » sur la place Rigaud, en plus, donc c’est un dicisigne. C’est vrai ou c’est pas vrai, c’est vrai. — « Bien que sa syntaxe ne soit pas celle d’un discours, et bien que le portrait lui-même non seulement représente mais soit, une hypoicône, mais le nom propre est si proche de la nature d’un indice que cela pourrait suffire pour donner une idée d’un indice informationnel.» — Parce que le nom propre c’est presque un indice, Hyacinthe Rigaud, nous sommes au voisinage de l’indiciaire, c’est quelque chose qui a surgi à l’occasion du dénommé Rigaud Hyacinthe, né chez les Rigaud, prénommé Hyacinthe, et peut-être il n’y a que lui, finalement, né à Perpignan. Là, arrive la photographie dont je vous ai déjà parlé. — « Un meilleur exemple est une photographie, la simple impression en soi, ne communique pas une information. Mais le fait qu’elle est virtuellement une section de rayon projeté d’un objet par ailleurs connu, en fait un dicisigne. » — Par ailleurs connu, bien entendu, il faut que nous nous connaissions l’objet, sans quoi rien ne serait rien. — « Tout dicisigne est une détermination d’un signe déjà connu du même objet,» — Ça vous va, c’est bleu ! — « On remarquera que ce lien de l’impression qui est le quasi-prédicat, » — dit-il, pour éviter prédicat quand même, l’impression en voyant la photo, l’image, l’icône. — « le lien de l’impression avec la section des rayons qui est le quasi-sujet, » — C’est ça la syntaxe du légisigne, le lien entre l’impression et la section des rayons. — « et comme la syntaxe de la proposition c’est un fait concernant le dicisigne. » — Qu’est-ce qui veut dire par là. Il veut dire que dans la proposition, le seul fait, c’est le fait de la proposition. S’il y a un fait dans la proposition, c’est le fait propositionnel, c’est-à-dire la syntaxe. Le fait c’est que j’ai mis les deux ensembles. Voilà le fait propositionnel. C’est la syntaxe.

— « La proposition a pour but de contraindre son interprétant en renvoyant à son objet réel », — Vous voyez nous sommes toujours dans ce truc-là. Regardez, il donne un exemple qui est intéressant, il dit : par exemple « un terme général composé », à savoir « un homme grand », il se dit, est-ce qu’un homme grand c’est équivalent à une proposition ? A savoir : un homme est grand. Et bien, non. Vous auriez dit oui ? Ça ne renvoie pas nécessairement à un objet réel. C’est un terme, simplement. Donc, nous sommes dans la situation des rhèmes, c’est un pur terme, c’est un problème délicat celui-là, parce que c’est vrai que nous pourrions considérer qu’un homme grand, c’est dire un certain homme est grand, cet homme est grand, nous pourrions considérer que c’est l’équivalent d’une proposition. Si je dis, simplement le terme, un homme grand, comme celui-là, a priori, ce n’est pas une proposition. Bon.

Maintenant, si je vous donne les définitions des classes, donc les classes 7, 8 et 9, vous vous souvenez dans le tableau des classes que je vous avais fait, il y avait, le dicisigne qui était à la 7ème classe, vous vous rappelez, le légisigne ou le type indiciaire dicent.

Type Symbole Argument

Trace Indice dicisigne

Ton Icône Rhème

Trace indiciaire dicente — Type indiciaire dicent — Type symbolique dicent — Voilà les 3 dicisignes. Ça c’est quelque chose que vous n’avez pas vu, c’était les classes de signes. L’exemple le plus classique c’est la girouette, c’est idiot, car il n’y en a plus des girouettes maintenant, ça ne sert plus à rien de savoir d’où vient le vent. Dans les sociétés paysannes cela était très utile, évidemment, mais maintenant c’est remplacé par des antennes de télévision ! Sur les autoroutes, nous voyons des manches à vent. Ça c’est un dicisigne. C’est clair ! Non ? Si nous prenons les manches à vent, je ne sais pas si c’est comme ça que cela s’appelle, je crois que c’est des manchons, ça me donne deux types d’indications, la direction et la force du vent, quel est l’indice là ? L’indice c’est précisément le manchon lui-même, le tissu lui-même tel qu’il est à ce moment-là avec le vent qui s’engouffre à l’intérieur, là nous avons une sorte de matérialisation du vent, l’icône c’est quoi ? D’une part la forme plus ou moins inclinée de la chose jointe à la direction, suivant le degré d’inclinaison et la courbure du manche nous aurons une idée de la force du vent, et en même temps, suivant la direction du manche, nous aurons une idée de la direction du vent. Nous saurons vers où il va. Nous pouvons dire que les manchons nous indiquent vers où va le vent. Nous voyons bien que c’est entièrement un dicisigne puisque nous avons les ingrédients nécessaires, un indice et un prédicat à savoir ce qu’il appelait l’impression, au fond l’icône c’est la forme du manche. Si nous regardons, maintenant, le légisigne indiciaire dicent, là aussi, les exemples qu’il donne date du siècle dernier, ils étaient très convainquant à ce moment-là, mais ils ne le sont plus tellement maintenant, il serait temps de les changer. Un truc que nous n’entendons plus et qui sont les cris dans la rue. « Pairot », encore dans mon quartier, je l’entends, le mardi matin, « le pairot » passe. Ça veut dire « chiffon ». Pourquoi c’est un légisigne indiciaire dicent, ça se voit bien, ce sont des mots qui sont prononcés, en principe la phonation intervient puisque nous pouvons distinguer, par exemple, « le pairot » du marchand de poisson : « el peix dones » ou bien du vitrier, etc., ou alors des rémouleurs, mais là c’est quand même un type, puisque c’est pour distinguer dans un monde quand même conventionnel, où se faisait entendre le bruit du rémouleur qui était de toute façon différent, — le bruit de la meule —, qui était différent du bruit du « pairot », c’est par un système typique.

— Question.

Alors, nous appelons ça, des quasi-propositions, les propositions c’est lorsque c’est symbolique, nous réservons le terme de proposition aux symboles. La proposition c’est la 3ème, c’est le type symbolique dicent. C’est celle dont la syntaxe est par exemple, représentée par une copule. Sinon, cela s’appelle des dicisignes, ou quasi-propositions. A ce moment-là, nous pouvons dire que la girouette est une quasi-proposition, ainsi que le cri dans la rue.

— Question.

Non, l’argument c’est l’inférence ! C’est ce dont nous parlerons la prochaine fois. La quasi-proposition, c’est le dicisigne, c’est donc la trace indiciaire dicente.

— Question.

Ciel ! Qu’ai-je dit, je ne me reconnais pas là ! Quand nous analysons la proposition nous analysons le symbole. L’analyse propre de la proposition c’est celle d’un symbole. Pas le dicisigne en général. Quelles sont les propriétés du dicisigne en général ? Nous avons vu que le dicisigne en général doit être formé de deux parties, l’une que nous appellerons le quasi-sujet, l’autre que nous appellerons le quasi-prédicat, disons qu’il faut qu’il y ait : un indice, le quasi-sujet et une icône, le quasi-prédicat. En quoi consiste le dicisigne, il consiste en ce que les deux soient reliés par une syntaxe. Cette syntaxe n’est pas la même suivant que nous sommes dans les traces indiciaires dicentes, dans les types indiciaires dicents ou bien dans les symboles dicents. Dans le symbole dicent qui est la véritable proposition, la syntaxe par exemple peut être représentée par la copule, le verbe être. A ce moment-là, la proposition est un symbole qui conjoint un indice et une icône suivant une certaine syntaxe, voilà ce qu’est la proposition authentique. Maintenant nous avons des variantes qui sont les quasi-propositions, ou dicisignes proprement dits, qui sont elles toujours une question de lien, avec une certaine syntaxe entre un indice et une icône, mais ne formant pas pour autant un symbole. Le lien entre ces deux n’est pas nécessairement établi comme un symbole.

— Mais le lien, je veux dire le symbole, ça a quelque chose à voir avec la copule !

Le symbole n’est pas la copule, ou plutôt n’est pas la copule au sens où le verbe être est la copule. Le symbole, c’est le signe tout entier qui est symbolique. Quand je dis « le ciel est bleu », c’est tout le truc qui est un symbole. Quand je décompose ce symbole, quand je l’analyse, je dis : « le ciel » sujet, doit donner un certain nombre de lien avec les indices, je choisis le « x » que je veux et si « x » est « le ciel » alors « x » est « le ciel ». La syntaxe c’est la copule, c’est le verbe être qui présente cette syntaxe, mais nous n’en avons pas toujours besoin. Nous avons quelque chose qui est certes symbolique parce que c’est de l’expression, parce que j’ai parlé, parce que je suis donc dans le monde des symboles, mais c’est quand même propositionnel parce que j’ai directement un indice, avec le sujet. Le sujet peut être soit directement un indice, soit représenter un indice, cela dépend de la nature des sujets, mais cela ne change rien à la nature de la proposition elle-même. Par contre je peux distinguer des propositions particulières ou des propositions universelles. Dans les propositions universelles le sujet est toujours un symbole, mais j’ai une procédure qui me permet de passer à l’indice qui est de dire, pour tout indice subsumé par le symbole je peux fabriquer une proposition authentique du type « x est p ». Maintenant quand nous prenons le dicisigne, là-dessus les syntaxes sont très différentes, car je suis simplement aux indices, donc la syntaxe est nécessairement différente, par exemple je vous disais dans la photographie, qu’est-ce que la syntaxe, c’est l’association d’une icône, l’impression iconique de l’image, à la section des rayons. Dans la girouette, c’est la forme qui est conjointe à la matière même du manchon. Dans le cri dans la rue c’est encore quelque chose de différent, c’est un type mais dont je vois que le caractère symbolique a ceci de particulier, c’est qu’il n’est pas symbolique, c’est un type indiciaire, certes il est type car ce sont des mots et qu’il y a une certaine convention, mais c’est indiciaire car le cri lui-même attire l’attention sur la présence de la personne, dans ce sens-là c’est parfaitement indiciaire.

— Est-ce que nous pouvons dire que la syntaxe c’est la saturation du prédicat ?

Oui, elle porte sur les modes de saturation du prédicat ou du quasi-prédicat.

— Pour le symbole, ce qui m’aiderait, ce serait de dire que lorsqu’il y a une proposition, nous nous trouvons au niveau d’une langue, parce que lorsque nous entendons « pairot », ça indique mais ce n’est pas au niveau d’une langue, c’est du langage, de la parole, si nous pouvions dire ça, ce serait bien.

Oui, mais le problème c’est que si nous arrivons à définir les choses de manière plus vaste, nous pourrons ensuite peut-être caractériser ce que c’est qu’une langue, tandis que si nous partons de l’évidence de la langue pour définir ces choses-là, ça va pas, nous devons partir dans le bon sens. Maintenant si vous voulez avoir des représentations intérieures de ces choses-là, vous pouvez très très bien prendre cette représentation-là, aucun problème. Nous pouvons dire, oui, en gros c’est quand il y a la langue, bien que cela ne soit pas toujours vrai. Le code de la route, ce sont des types et pourtant ce n’est pas de la langue. Un panneau indicatif du type « feu rouge et feu vert » c’est quelque chose qui est un type. Tel « feu rouge » est une réplique de type, c’est ce que j’appelle une tessère. Mais nous voyons bien que là, la langue n’est pas directement concernée. Ce n’est pas directement en langue un système de panneaux du code de la route.

— Je me demandais pourquoi le « pairot » ce n’est pas un symbole ?

Ça ne l’est pas parce quel est l’objet de la chose ? L’objet c’est de faire en sorte que vous sortiez de votre maison et d’apporter des chiffons. Je veux dire que l’objet de « pairot » c’est très précisément le fait de présenter en situation quelqu’un et son cri est le signe de sa présence.

— Alors quelle est la condition pour que ce soit symbolique ?

Pour que ce soit symbolique il ne faut pas qu’il y ait directement cet aspect indiciaire. Le symbole il n’est pas usuel, par exemple quand je dis, « le ciel », je peux dire « le ciel » quand bien même je suis loin du ciel et de toutes ces choses-là, c’est pas indiciaire là, c’est pour ça que je dis que c’est symbolique. C’est symbolique dans ce sens que le rapport entre le mot prononcé et l’objet visé, n’est pas un rapport de secondéité, ce n’est pas un rapport existentiel. Alors que dans l’indice, il y a un rapport existentiel entre la voix de la personne qui crie « pairot » et sa présence là. Quand je vous en parle du « pairot », nous voyons bien que c’est symbolique, mais si je parle du cri réellement où il a lieu dans la rue, là nous sommes devant une situation indiciaire.

Le théorème fondamental de la sémiotique c’est qu’il n’y a pas de signe en soi. C’est la première chose que je vous ai dite lorsque nous nous sommes rencontrés.

— La difficulté c’est, je pense, la mobilité des signes.

Donnez-moi le contexte et je vous dirai de quel il s’agit. C’est toujours circonstanciel. Même y compris pour les symboles, quand je vous dis « tous les hommes sont mortels », il est évident que lorsque je fais référence aux syllogismes c’est très circonstanciel, c’est parce que je fais référence à la logique, à des textes, des choses comme ça, c’est très précis. Quand je vous parle d’un cri dans la rue, c’est quelque chose de très général, c’est dans le cadre de la sémiotique de Peirce, ce sont des exemples qui sont donnés, mais si maintenant j’entends le cri dans la rue, nous sommes très loin de la sémiotique de Peirce, nous allons directement faire aiguiser ses couteaux par exemple, nous n’allons pas penser à Peirce, sinon que par associations d’idées, si demain vous entendez un cri dans la rue vous allez penser à Peirce, ça je vous le garantis. Mais c’est une sémiotique qui est toujours en contexte. La sémiose est toujours en contexte. Mais les définitions que je vous donne elles, ne sont pas en contexte. Ce sont des définitions, quand nous faisons l’analyse de la proposition c’est une analyse qui est indépendante des circonstances d’émission de la proposition, c’est pour ça que je fais une analyse de la proposition et non pas de l’assertion de la proposition. Mais quand par la suite je vais étudier l’assertion de la proposition, je vais analyser l’assertion en général. Nous sommes toujours dans un certain registre, et d’ailleurs à mon sens il y a quelque chose d’intéressant là-dedans, c’est le niveau du mythe. Le niveau du mythe c’est dit Barthes, lorsque nous avons quitté le premier système sémiologique pour passer au second système sémiologique où c’est le signe authentique qui devient le signifiant. Ça c’est sa théorie, c’est le fait que lorsqu’il voit sur la couverture de Paris Match un noir en train de saluer le drapeau français, il dit, « c’est le mythe de l’impérialité française », nous pourrions dire aussi que c’est un noir qui salue un drapeau, très bien, mais non, dans Paris Match nous savons bien que non. Il essaie d’en faire une analyse très fine, très astucieuse, et que nous pouvons reprendre dans de large moments, parce que à ce moment-là, il a besoin d’articuler ces choses-là, comment j’ai pu à partir de cette idée arriver à l’impérialité, c’est donc bien qu’elle est présente d’une certaine manière, comment est-elle présente là-dedans, question ? Ça ne saurait être simplement dans l’articulation signifiant/signifié saussurienne. C’est donc qu’elle est déjà présupposée pour que je puisse venir à l’impérialité. Autrement dit que j’ai pu voir la photo et comprendre les éléments. Mais pour venir lire cette chose-là, il a fallu que la photo elle-même ou ses éléments soient des signifiants complets avec signifiant/signifié saussurien, donc que le signe tout entier devienne signifiant pour un autre registre, celui où je lise l’impérialité. Nous pouvons dire les choses autrement, c’est vrai, mais je trouve aussi que c’est une question que nous pouvons nous poser. Pourquoi, tout à coup ça surgit, c’est une bonne question ! Réponse dans Roland Barthes, peut-être ferons-nous un commentaire là-dessus. C’était dur aujourd’hui, je vous ai fait une lecture accompagnée de Peirce, quand vous faites la lecture directement, c’est inhumain !
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